‹ L'Apôtre de SaguenayChapitre 4 sur 7 · DU SA G L'EN A Y 3Î · texte numérisé non relu

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de cette organisation. On sait que tout le pays s'émut au récit de la calamité qui avait frappé les colons du Sagucnay : le gouvernement provincial, les associations diverses, le peuple des cités et des campagnes, tous rivalisèrent pour expédier sans délai des grains, des provisions, des vêtements, etc. Tous ces articles arrivaient en immense quantité, à Cliicoutimi même, parles bateaux à vapeur. Imagine-ton quel travail énorme exigeaient la réception, le classement et la distribution do ces envois? M. Racine, avec quelques auxiliaires intelligents, se dévoua à cette ingrate besogne pondant des mois ; les jours et les nuits étaient consacrés à ces occupations fatigantes, et l'on s'étonne qu'il ait pu supporter de tels labeurs. Quand il n'aurait pas d'autres états de service, le dévouement extraordinaire qu'il montra en ces circonstances suffirait pour lui mériter à jamais la reconnaissance du Saguenay.

L'année suivante, en 1871, les amis de AI. Eacine eurent la joie de voir changer son titre do vicaire forain, qu'il avait depuis 1862, pour celui de vicaire général de Mgr Taschereau : c'était une preuve non équivoque de l'estime et de la confiance que lui témoignait réminent archevêque de Québec, estime et confiance que les années n'ont fait qu'augmenter encore dans la suite. C'était aussi le mettre en position de travailler avec encore plus d'efficacité aux [)rogrès du

Sagueiiay ; et le nouveau grand vicaire ne faillit pas à la tâche.

Nous arrivons ici à la fondation du Séminaire de Chicoutimi : ce fut l'œuvre de prédilection du grand vicaire Racine, celle qui lui tint le plus au cœur. Comme pour ses autres fondations, et beaucoup plus même, il mit à contribution ses ressources personnelles, jusqu'à se dépouiller de tout ce qu'il possédait, pour ainsi dire, atin d'aider cette institution. Lorsque fut construite la première aile de l'édifice actuel du Séminaire, on le vit travailler de ses mains, ne se contentant pas de consacrer à cette œuvre ses ressources, son intelligence et son cœur. — Il sera intéressant, crojons-nous, de donner ici quelques détails sur les débuts de cette maison.

Dans l'été de 1870, un ministre protestant vint s'établir ^ à Chicoutimi, et ouvrit une école où l'on enseignait le français et l'anglais et dans laquelle on recevait gratuitement les enfants des Canadiens. A la vue du danger que courait son troupeau, M. Racine forma le dessein de fonder une école commerciale, afin d'ôter à SCS paroissiens la tentation d'envoyer leurs enfants à

l Cclte mission protestante a été abandonnée, il y a déjà, plusieurs années, et le temple que l'on avait construit a été vendu et consacré à des usages tout à fait profanes. Nous pouvons espérer que le Saguenay sera toujours, comme aujourd'hui, une terre canadienne-française et catholique.

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l'école protestante ; avec le temps, cette maison d'éducation deviendrait un collège. A part cette raison de prudence, d'autres motifs justifiaient le projet de cette fondation. Les colons du Saguenay, isolés du reste du pays, n'étaient pas dans une condition de fortune qui leur permît d'envoyer leurs enfants dans les collèges de la Province, tous situés à une grande distance. Et une nombreuse jeunesse, pourvue de talents comme celle des autres parties du pays, y demeurait dans l'ignorance, privant la religion et la patrie des secours qu'elles ont droit d'attendre de tous leurs enfants.

Après plusieurs essais qui n'eurent pas de résultat, M. Eacine se décida, dans l'hiver de 1872, à tenter un nouvel effort, et il exposa à l'arclievêque de Québec la nécessité d'ouvrir sans retard cette maison d'éducation dont il attendait de si heureux effets. Mç-r Taschereau lui répondit, le 18 avril: "Je donne de tout mon cœur ma bénédiction au futur collège dont les humbles commencements promettent, comme tout ce qui est humble, une grande prospérité et une longue durée. Exaltavit humiles....Je ferai tout en mon pouvoir pour l'aider et le favoriser i .... Courage ! Confortare et esto

. 1— Personne n'ignore avec quelle générosité Son Eminence fi tenu sa promesse ; aussi le Séminaire de Chicouiimi conservera toujours, avec une reconnaissance sans bornes, le souvenir delà part très grande qu'Elle prit dans l'œuvre delà fondation, et de l'intérêt qu'Elle a porté à ses développements.

robustus. Une œuvre comme celle-là ne se fait pas en un jour, ni sans des peines infinies. Vous serez tenté plus d'une fois de regretter de l'avoir entreprise, vous vous, trouverez souvent en face de difficultés qui paraîtront insurmontables ; mais ne craignez rien, car Dominus erit voMscum, et à la fin vous direz avec joie : Bonum. certaraen certavi....\ oWk donc la première pierre de l'édifice que je pose et que je bénis ; vous allez dire peut-être qu'elle paraît lourde et hérissée d'angles menaçants. C'est néanmoins une pierre de la meilleure espèce."

Ayant appris le projet que l'on avait formé, les commissaires d'écoles du village de Chicoutimi off'rirent une maison pour la réalisation de ce dessein (14 nov. 1872). Cet édifice, qui servait déjà d'éeolo, était en bois et à deux étages ^. Pendant l'hiver et l'été de 1873, on fit à la bâtisse les réparations et les modifications nécessaires, et, le 28 juillet, Mgr l'archevêque la bénit solennellement.

Le 15 août 1873, Mgr l'archevêque érigeait canoniquement le Séminaire de Chicoutimi, et le plaçait sous la protection de la Sainte Famille. Sa Grandeur nommait M. Racine Supérieur de l'institution. Les classes s'ouvrirent le 15 septembre suivant, avec un

1 — Actuellement, cet édifice est employé comme hôtel de ville.

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personnel peu nombreux, deux prêtres et un diacre. Durant cette aunée, le nombre des élèves fut de 61, et les quatre classes du cours commercial furent organisées. Le cours classique ne commença que l'année suivante. En cette année, 1874, la première aile du Séminaire fut construite, sous la direction immédiate de M. Eacine, et en 1875, le 4 août, Mgr l'archevêque en fit la bénédiction solennelle. Ce jour, qui était celui de la fête patronale du Supérieur de la jeune institution, fut un jour de réjouissances publiques pour les paroissiens de Cbicoutimi, qui comprenaient bien quels avantages ils retireraient d'une semblable maison d'éducation établie dans leur paroisse.

Le 7 septembre 1875, la communauté prit possession de la nouvelle demeure, et, acquiesçant au désir de Mgr l'archevêque, M. le G. V. Eacine vint lui-même y résider, tout en continuant à rem^Dlir la charge de curé de Cbicoutimi. Il était ainsi en mesure de suivre et de diriger de plus près l'œuvre qui n'était encore qu'à ses débuts. S'astreignant lui-même à toutes les exigences de la vie de communauté, il s'étudia constamment à établir et à fixer l'esprit et les traditions de la maison. S'il ne nous est pas permis d'entrer ici dans des détails qui appartiennent à l'histoire intime du Séminaire, nous pouvons du moins aflârmer que les prêtres qui ont eu l'avantage de vivre en sa compagnie de 1875 à 1887, n'oublieront jamais les beaux exemples

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de charité et de dévouement qu'il leur a donnés si souvent. Et l'un des plus vifs regrets qu'il éprouva sur le bord de la tombe, ce fut de n'avoir pas été en mesure de faire encore davantage pour cette institution ;* comme il aurait été heureux, le jour où il aurait pu ajouter de nouvelles constructions au premier édifice, depuis longtemps trop étroit !

Ajoutons quelques laits, pour montrer combien il eut à cœur de compléter l'organisation de la maison. Le 25 décembre 1880, il j établit la Congrégation de la sainte Vierge ; le 25 février 1881, il désigna saint Thomas d'Aquin comme patron des études au Grand et au Petit Séminaire. Ce fut aussi par ses soins que le Séminaire fut affilié à l'Université Laval le 22 mai 1877, et qu'il fut érigé en corporation, en 1879, par acte du Parlement provincial. Enfin, il rédigea lui-même les Constitutions du Séminaire et les mit en force le 21 janvier 1882.

En 1882, il se démit de la charge de Supérieur, mais il continua de résider dans le Séminaire, jusqu'en 1887. Le 5 octobre de cette année fut un jour de deuil pour lui et pour le Séminaire : ce jour-là, le fondateur bien-aimé, refusant de se rendre aux supplications les plus pressantes des Messieurs du Séminaire, qui ne désiraient rien tant que le voir demeurer toujours au milieu d'eux, ce jour-là, disons-nous, il s'im-

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posa le sacrifice de se séparer de son œuvre chérie, et se retira dans une maison fort modeste, en attendant qu'il fût possible de construire un palais épiscopal. Il voulait par là mettre quelque espace de plus à la disposition de la communauté, dont les développements rapides exigeaient un local de plus en plus étendu. ÎTous pouvons assurer que cette séparation fut bien cruelle et pour lui et pour les Messieurs du Séminaire ....

Cbicoutimi doit encore à celui qui fut si longtemps son pasteur dévoué, celui de ees monuments dont il s'enorgueillit à plus juste titre. En efiet, de 1876 à 1878, nous voyons le curé de Cbicoutimi diriger la construction d'une nouvelle église paroissiale, temple magnifique qui, depuis son achèvement en 1891, fait l'admiration des connaisseurs par la pureté de son architecture.— A son insu, c'était la cathédrale d'un nouveau diocèse qu'il avait construite.

^4lGliKAClNr, PREMIER ÉVÊQUE DE ChICOTJTIMI — ¥NE FÊTE REMAR- QUABLE— Fkuctukux épiscopat -^ Notre-Dame uu S \guenay — Le mo>^astère de la Mère de l'Ixcarnatiox, a Roberval.

IIICOUTIMI devenir le siège d'un nouveau diocèse ! Qui aurait pu le prévoir, il y a seulement vingt-cinq ans ?

C'est en 1878 que s'accomplit cet évé- •nement d'un si grand intérêt pour le Saguenay. A •cette époque, un rameau se détachait 'encore, après tant d-'autres, de Fairbre vrgou- 'riôiîx'îc^tii,' croissant depuis; plus de deux siècles sur le' rocher de Stàdacona, avait éteiidu peu à peu son ombre bienfaisante sur l'Amérique septentrionale presque "erïtière. Et ce ; qui 'doubla, pour le Saguenay,' le prix de cfet événement mémorable, ce fut le choix du gratid vicaire Eaeine comme titulaire du nouveau siège .épiscopal. A vrai dire, personne ne fut su^rpris de tcette nomination: tout le monde en était certain à l'avance. Ses ,qualités> «t ses vertus émi-

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ncntes, les grandes œuvres qu'il avait déjà accomplies pour l'avantage matériel du Saguenay le désignaient manifestement pour occuper cette position supérieure. Aussi lorsque, le 28 mai 1878, Notre Saint-Père le Pape Léon XIII le choisissait pour être le premier évêque de Cbicoutimi, sa parole souveraine ne faisait que confirmer, si l'on peut parler ainsi, une élection déjà faite par les vœux et les espérances de la population du nouveau diocèse.

Mais, pour cette fois, le cœur du prélat ne battit pas à l'unisson avec celui de son peuple. Ce fut avec une répugnance très grande qu'il se chargea du fardeau qu'on lui imposait, et il ne l'accepta que parce qu'il croyait que Dieu le voulait ainsi. " Véritablement, " disait-il, à part la mort de ma mère, aucune épreuve " dans ma vie ne m'a plus dominé." Nous pouvoùs croire pourtant que le poids de cette croix qu'il fallait porter désormais fut allégé par la pensée qu'il allait à présent être plus en mesure de promouvoir les intérêts de son cher Saguenay. Car le dévouement, la géujérosité, le zèle pour l'avantage de ses ouailles, le renoncement et l'abnégation pour lui-même, c'étaient les qualités distinctives de ce grand apôtre ! ^

Mgr Racine reçut la consécration épiscopale dans la Basilique de Québec, le 4 août 1878, des mains de Mgr Taschereau, assisté de MgrFabre, évêque de Montréaîl,

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et de Mgr A. Eaciiie, évêqiie de Sherbrooke et frère du Douveaii prélat. Il célébra sa première messe d'évêque à l'église du Bon -Pasteur de Québec, et la deuxième à ISTotre-Dame-des-Yictoires, qu'il avait des servie autrefois lorsqu'il était vicaire de Québec.

Le 7 août, avait lieu l'intronisation solennelle à Cbicoutimi. Sur tout le parcours depuis Québec, à chacun des endroits où touchait le bateau à vapeur et qui appartenaient au nouveau diocèse, les populations étaient accourues pour saluer sur son passage le Pasteur que le ciel leur avait envoyé ; partout des décorations magnifiques, et des adresses de félicitations pour exprimer la joie qui débordait de tous les cœurs. Au quai de la Rivière-du-Loup, on vit les mêmes démonstrations, le même concours, de la part des anciens paroissiens de Mgr Racine. Mais ce fut à Chieoutimi que les fêtes furent vraiment grandioses. Les citoyens de la jeune cité, qui se font remarquer en toute occasion par une générosité sans bornes, ne s'étaient pas épargnés pour préparer une réception solennelle à celui qui leur revenait revêtu de la dignité épiscopale ; ils pensaient avec raison qu'ils avaient plus que tous les autres des raisons particulières de manifester en ce jour une allégresse si justifiée. Aussi, de l'aveu de tous ceux qui en furent témoins, la fête fut brillante au delà de ce qu'on pouvait attendre. La présence de

presque tous les évoques de la Province et de près d'une centaine de membres du clergé ne contribua pas peu à rehausser l'éclat de la solennité. Aussi avait-il bien raison, le prédicateur du jour, M. l'abbé Apollinaire Gingras, lorsqu'il s'écriait en commençant son remarquable discours : " Jamais encore le Saguenay n'a été témoin d'une fête religieuse aussi imposante et aussi solennelle. Ces augustes prélats — cesprincesde l'Eglise — dont la présence vous pénètre d'un respect si profond ; ces prêtres vénérables, venus au milieu de vous pour un e'rand nombre de si loin ; cet immense concours de fidèles, .... voilà un spectacle qui vous fait tressaillir, voilà une solennité qui remplit vos cœurs d'un sentiment nouveau : aussi, à travers votre recueillement, quelle joie religieuse, inconnue de vous jusqu'à ce jour, semble déborder en ce moment de toutes vos âmes et se répandre sur vos figures ! "

Citons encore ce passage où le distingué prédicateur donnait si heureusement le secret de l'allégresse universelle : " Votre joie, mes frères, est bien légitime : vous assistez, non pas à la formation d'un royaume, mais à quelque chose de plus grand encore, — vous, assistez à la naissance d'une église ! Vous acclamez pour la première fois comme évêque celui que vous aimez depuis si longtemps comme un père ! Vous venez, pour la première fois, recevoir la bénédiction

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