‹ L'Apôtre de SaguenayChapitre 5 sur 7 · I-' APÔTRE · texte numérisé non relu

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épiscopale du saint prêtre qui a blauehi au milieu de vous dans la prière et le travail ; vous venez, pour la première fois, contempler, sous ses ornements d'évêque, celui que vos vœux avaient placé à la tête de cette nouvelle église avant même que Rome eût entendu prononcer son nom."

Cependant la fête est terminée : les feux variés d'une brillante illumination se sont éteints ; ils ont repris leur silence majestueux, ces puissants échos des montagnes du Saguenay, un moment excités par la voix des canons et surtout par les acclamations enthousiastes d'un peuple qui comprend son bonheur ; ces amis, qui sont accourus de toutes parts pour faire honneur au nouveau Prélat, ont repris le chemin de leur demeure. Alors commence ce laborieux épiscopat qui ne durera pas un grand nombre d'années, mais qui contribuera puissamment aux progrès et aux développements du Saguenay.

L'organisation d'un nouveau diocèse, avec des ressources presque nulles, n'était pas chose facile. Cependant, avec l'activité et l'énergie qu'il mettait dans toutes ses œuvres, Mgr Racine réussit à faire beaucoup. Des missions et des paroisses nouvelles furent établies, à mesure que la colonisation s'étendait de tous côtés. La dette considérable qui avait été contractée pour la construction de la cathédrale, fut près-

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que éteinte grâce aux secours que procura l'Œuvre de Saint-François-Xavier, établie et dirigée par M. Ambroise Fafard, curé de Chicoutimi. De nouvelles fondations religieuses, comme nous le raconterons plus loin, s'établirent et se développèrent rapidement. Et au milieu de ces travaux qui concernent l'administration spirituelle, l'évêque de Cliicoutimi s'occupa encore des besoins temporels de son diocèse. S'il avait autrefois si bien mis à profit, pour Tavantage du Saguenay, sa position et ses excellentes relations sociales, il ne négligea rien pour travailler dans le même sens, lorsqu'une éminente dignité le mit à même d'exercer une influence bien plus grande. Les hommes d'Etat qui ont administré la chose publique, de 1878 à 1888, à Ottawa et à Québec, pourraient ici nous fournir des renseignements bien précieux. Et si la population du Saguenay est heureuse de voir les locomotives côtoyer les rives du lac Saint-Jean et atteindre le centre même de ce territoire, à Chicoutimi, sur les bords de la rivière Saguena}", elle sait qu'elle doit, en bonne partie, ces bienfaits inestimables aux efforts dévoués et incessants de Mgr Racine.

S'est-il fait quelque chose d'important au Saguenay, depuis un quart de siècle, sans que le nom de son premier évoque s'y trouve mSlé d'une façon ou d'autre ?

Vous qui avez savouré les jouissances toujours nouvelles d'une excursion sur la rivière Saguenaj, vous avez senti une bien douce émotion remplacer subitement la surprise et un certain eiFroi que causaient en vous ces points de vue si extraordinaires, cette nature sauvage, dont l'aspect étonne toujours ; oui, votre cœur s'est attendri, votre œil s'est mouillé, lorsque tout à coup la statue de Marie Immaculée vous est apparue, laissajit tomber sur vous ses regards de mère, comme une apparition céleste au milieu de ces solitudes effrayantes.

Mgr Racine avait un jour formulé ce souhait, au fond de son cœur, de voir une statue de la sainte Yierge élevée sur ce cap Trinité, l'un des endroits les plus saisissants de ces longues murailles de granit qui encaissent pour ainsi dire la rivière Saguenay. Mais comment réaliser ce pieux dessein, lorsque tant d'œuvres, qui semblaient beaucoup plus urgentes, réclamaient tous ses efforts?

Mais Dieu, qui voulait que ce lieu fût consacré d'une manière spéciale à Notre-Dame du Saguenay, avait inspiré la même idée à un dévoué serviteur de Marie, M. Nap. Robitaille, qui était bien l'homme qu'il fallait pour accomplir une œuvre comme celle-là. Ayant soumis son projet à Mgr Racine, qui l'accueillit avec empressement et bénit son entreprise, cet homme au

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cœur enthousiaste, à la foi vive, se mit à l'œuvre avec courage, ne se laissant eifra3^er ni par les obstacles à surmonter, ni par les sacrifices à faire ; et au mois de septembre 1881, la statue colossale de Marie couronnait l'un des sommets du cap Trinité, pendant qu'une croix aux proportions extraordinaires était fixée sur une cime encore plus élevée de la montagne.

Le 15 septembre, Mgr Racine fit la bénédiction solennelle du monument. Ceux qui ont assisté ;i cette cérémonie grandiose n'oublieront jamais la splendeur du spectacle dont ils ont été les heureux témoins. C'était l'une do ces belles journées d'automne, où la' température est douce et tiède ; les feuillages, qui n'ont plus longtemps à vivre, ont ajouté à leur verdoyante parure les couleurs les plus riches. On aurait dit que ces lieux, d'ordinaire si désolés et si sauvages, avaient revêtu ces décors magnifiques pour faire honneur à Notre-Dame. Quel beau niomeut que celui où les deux bateaux k vapeur amenant, l'un, les pèlerins de Québec, l'autre, ceux do Chicoutimi, se rencontrèrent au pied du cap Trinité, et où la statue de Marie apparut aux regiirds de tous ! Mais la scène fat encore bien plus impressionnante quand le Prélat, revêtu des habits pontificaux, procéda à la cérémonie de la bénédiction. " Dans quel temple plus magnifique une " bénédiction céleste est-elle jamais descendue ? Pour " base, les flots de la rivière Saguenay ; pour encadre-

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" ment, les caps Trinité et Eternité ; pour dôme, " l'immensité des c'eux ; et pour tableau, une statue " colossale de la Mère de Dieu, placée dans un endroit " élevé au dessus du fleuve où nul encore n'avait mis " le pied. Jamais, suivant moi, on ne rencontrera rien " de plus grand, de plus sublimo et de plus imposant ^ ! "

Ce fut en cette circonstance que Mgr Racine nomma Vicaire Général honoraire de son diocèse le Révérend M. N.-T. Hébert, curé de Kamouraska, qui était au nombre des pèlerins ; Monseigneur voulait honorer en lui l'un des plus dévoués apôtres de la colonisation du Saguenay. On connaît la part importante que prit ce vénérable prêtre à l'établissement de la colonie du lac Saint- Jean.

L'année suivante, Mgr Racine présidait une cérémonie religieuse bien propre, elle aussi, à réjouir son cœur d'évêque. Nous voulons parler de l'ouverture du Monastère de la Mère de V Incarnat ion, à Roberval, sur la rive même du grand lac. Fondé il y a deux siècles et demi (1639), jamais le Monastère des Ursulines de Québec, depuis l'établissement d'une maison auxTrois- Rivières (1697), n'avait dirigé de colonie nouvelle en d'autres endroits du pays. C'était donc un événement bien remarquable, pour cette communauté, que la fondation d'un monastère ù Roberval ; ce fait n'était

1 — FI. Mollet, CoKrrier du Canada du 17 sci:it. 18S1.

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pas moins important pour la population de la vallée du lac Saint-Jean, qui comprenait parfaitement quels avantages elle allait retirer d'une telle œuvre. Dans tout ce territoire, il n'y avait pas un seul couvent, et bien peu de familles avaient les moyens d'envoyer leurs enfants au couvent de Ohicoutimi, à cause surtout de l'éloignement et de la difficulté des communications ; à plus forte raison, était-il presque impossible de les envoyer dans les autres maisons du même genre, aujourd'hui si nombreuses dans le reste de la Province.

" En venant s'établir au milieu de vous, disait Mgr " Racine dans une lettre pastorale adressée aux " paroissiens de Roberval, ces bonnes religieuses n'ont *' d'autre désir, d'autre ambition que de procurer aux " enfants de la vallée du lac Saint- Jean les grands et " précieux avantages qu'elles distribuent si largement " aux enfants de la ville de Québec. Vous les recevrez " donc comme les anges de la terre que le Seigneur " vous envoie dans sa bonté et sa miséricorde. " Ce vœu de l'évêque fut pleinement réalisé par les fidèles de Roberval. Ecoutons ici le rapport d'un témoin de cette belle fête : " Les citoyens, guidés par leur " curé, M. l'abbé J. Lizotte, ont tous rivalisé de zèle " pour décorer le village, l'église, le presbytère, le " couvent lui-même. Partout on voyait des flots de " verdure, groupés çà et là en arcs de triomphe du

•' plus bel oftet. Les drapeaux, les oriflammes flot- " talent de tout côté. On sentait qu'il s'agissait d'une " fête extraordinaire et personne ne restait en arrière. " Les inscriptions les mieux choisies proclamaient " hautement les sentiments de tous ^."

C'est le 1er août 1882 qu'eut lieu cette installation solennelle des L^rsulines dans leur monastère de Roberval, cérémonie qui fut présidée par Mgr Racine, entouré d'un clergé nombreux et d'une multitude de fidèles. Après avoir béni l'édifice qui allait être le berceau de la nouvelle institution, le Pontife adressa une touchante allocution aux filles de Marie de l'Incarnation, qui venaient continuer en cet endroit reculé l'œuvre admirable de leur fondatrice. Puis, après une dernière bénédiction de l'évèque, les religieuses franchirent le seuil de leur monastère, dont les portes se refermèrent sur elles.

Ce premier monastère était construit en bois ; et bien qu'il fût de proportions assez considérables, il n'a. pas tardé à devenir bien insuffisant pour abriter la nombreuse jeunesse qui est accourue de toutes parts, avide dos leçons de science et de vertu que les disciplesde sainte Ursule savent si bien communiquer. Une. superbe construction en pierre, aux larges dimensions^

1 — M, l'abhé J.-C.-K. Lifiamnie, Revue cxn'.iiieane, septembre

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proclame déjà les bénédictions dont la Providence a favorisé cette œuvre précieuse, et l'estime de la population du Haut-Saguenay pour une éducation solide autant que brillante. Ajoutons que, même dans la pratique de l'art agricole, cette jeune institution est à la tête du vaste district qui l'environne : une précieuse récompense, obtenue dans un concours général, en a donné la preuve officielle.

Mgr Racine avait bien compris l'influence considérable qu'exercent les couvents au milieu de nos campagnes, et quels caractères particuliers doivent marquer l'instruction et l'éducation qu'y reçoivent les jeunes filles. Il est certainement avantageux qu'il y ait dans le pays plusieurs institutions où, sans négliger ce qui fait le fond d'une éducation vraiment chrétienne, on prépare l'enfant aux devoirs de la situation brillante qu'elle pourra occuper plus tard ; et l'on sait avec quelle distinction les Ursulines se sont acquittées de cette mission, parmi nous, depuis deux siècles et demi. Mais il faut autre chose à la masse de notre population ; et s'il est à propos de donner encore de l'attention aux arts d'agrément, il est raisonnable de s'appliquer davantage aux objets d'utilité pratique ; en un mot, il faut préparer de loin la maîtresse de maison, pour qui l'économie domestique n'aura pas de secrets. On doit donc savoir gré à Mgr Racine d'avoir dirigé en ce sens

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l'excellente éducation que distribuent les couvents du diocèse de Chicoutimi ; il s'intéressait vivement aux succès des élèves dans les travaux de l'ouvroir ou dans les détails des occupations domestiques. Les préjugés, que l'on rencontre quelquefois contre l'éducation donnée dans les couvents, disparaîtront d'eux-mêmes quand on s'apercevra qu'elle assure des résultats aussi pratiques et aussi utiles.

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" Ad limixa Apostolorum " — L'IIôtkl-Dieu Saint- Vallier de CmcouTiaH — Confrérie de la Sainte-Face, et autres

PIEUSES IN.-:TITLTI0NJ — PaLAIS ÉPISCOPAL DE ChICOUTIMI.

*^»'%?^//E PENDANT, an milieu des travaux do sa charge pastorale et de la sollicitude

ff^y^i^^ avec laquelle il poursuivait le plein Pfe/' ïï^ épanouissement de ses œuvres diocésaines, i R^^^ ^%i' Racine éprouvait un vif désir de

- --■' V incombait d'aller se jeter aux pieds du Soave-

pouvoir accomplir au plus tôt le devoir qui lui

rain Pontife. Et s'il avait autant tardé à remplir cette douce obligation, la faute en était ^à la modicité de ses ressources. Enfin, en 1882, la générosité de son clergé, d'une partie do ses diocésains et d'amis dévoués catholiques et protestants, se joignant aux faibles moyens dont il pouvait disposer, il eut la consolation de faire connaître à son peuple, par une lettre pastorale du 8 septembre, son prochain départ pour la Ville Eternelle. " Grâces en soient rendues, disait-il, à la

" divine Providence qui, dans sa miséricordieuse bouté, " veut bien nous fournir les moyens d'accomplir ce " devoir de notre charge pastorale et l'un des vœux " les plus ardents de notre cœur."

Parti de Cliicoutimi le 16 septembre, il s'embarqua pour l'Europe à Québec, le 7 octobre suivant, en compagnie de M. E. Eafard, curé de Saint-Joseph de Lévis, et de M. X. Gingras, curé de Saint-Gervais. L'Angleterre, l'Ecosse, rirlande,la Belgique, la France, l'Allemagne, la Suisse, l'Autriche et l'Italie, tels furent les pays que visitèrent, souvent bien à la liate, les distingués voyageurs.

Le jour de la Toussaint, Mgr Racine officiait pontificalemcnt dans le pieux sanctuaire de Xotre-Dame des Victoires, à Paris. Le samedi, 28 octobre, il avait célébré la messe de l'Archiconfrérie et adressé aux associés une touchante allocution. " Je ne puis passer *' au milieu de vous, s'écriait-il. dans cette église " vénérée, miraculeuse, sans éprouver le besoin de " vous adresser quelques paroles. Evêque du Canada " français, Français moi-même, je me sens attaché à " vous tous par le double lion de la patrie et de la " religion. Nos pères ont laissé là-bas dans ces terres *' lointaines des souvenirs toujours vivants de leur foi " et de leur piété profonde.. ..Vous avez entendu " prononcer ce texte : qn^im bonuni, quam Jucundum

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" habitare fratres in unum ! " Qu'il est bon, qu'il est " doux d'habiter ensemble comme des frères ! " Oh î " combien à cette heure je goûte ces délicieuses " paroles ! " etc i.

Dans sa dévotion à Notre-Dame, le pieux évêque érigea, le 1er novembre, et agrégea à l'Archicoufrérie, le même jour, les quarante et une confréries des paroisses et missions de son diocèse.

Le '11 novembre, Mgr Racine et ses compagnons de voyage étaient les hôtes des Dominicains établis à Yolders (Tyrol). Ecoutons ici l'un des Révérends Pères, racontant l'arrivée des Canadiens à leur monastère. " Désireux de nous ménager une surprise, les voyageurs nous avaient laissé ignorer le jour précis de leur arrivée. Rien n'était donc préparé ; mais bientôt les deux compagnons de Sa Grandeur purent prendre la place de deux religieux, tandis que le R. R Prieur cédait à Mgr sa cellule dont nos ressources nous permettaient de compléter en un tour de main l'ameublement : un lit de fer, un modeste tapis, deux fauteuils et quelques chaises de paille, voilà la chambre épiscopale. C'est bien pauvre sans doute ? Mais Mgr a des goûts simples et des habitudes tout apostoliques. Son palais épiscopal il Chicoutinii, consiste en une simple chambre, au

1 — Annales de l'Archiconfrérie de N.-D. des Victoires, décembre

grand séminaire, dont il est à la fois le premier supérieur, et, au besoin, l'économe et le portier. Et puis notre hôte est si bienveillant ! il est si disposé à se trouver chez lui au milieu de nous ! C'est qu'effectivement il est un des nôtres par ses sympathies pour notre ordre et par son culte pour S. Dominique. Il a reçu au baptême le nom de notre bienheureux Père, pour lequel il a constamment professé une dévotion toute spéciale, et lorsqu'il fut promu au nouvel éveché de Chicoutimi, il fixa son sacre au 4 août i." On s'étonnerait de voir que l'écrivain ait pu si tôt se former une idée aussi exacte du caractère de Mgr Racine, qui ne fit qu'un séjour de peu de durée chez les bons Dominicains, si l'on ne connaissait la nature franche et expansive du Prélat ; la simplicité de ses habitudes, la bonté de son cœur, la sincérité de sa conduite, on voyait tout cela dès le premier abord.

Cette visite aux exilés de Yolders procura à nos distingués voyageurs de bien vives émotions, et leur rappela le souvenir de la patrie absente : mais la joie qu'ils y goûtèrent, comme toutes celles d'ici-bas, fut voilée de tristesse. Car si l'évêque canadien eut la consolation de conférer le sous-diaconat à deux compatriotes, les FF. Thomas et Etienne Gauvreau, il eut aussi à s'associer aux honneurs funèbres que Ton rendait

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