RES RENE ES TES
Quand on considère tout ce qu’a fait le premier évêque de Chicoutimi, pour l’avantage spirituel et même pour la prospérité temporelle de ses ouailles, n’a-t-on pas bien sujet de proclamer la fécondité de son apostolat ? — Certes, on ne peut se défendre d’une véritable terreur lorsque, à la vue des œuvres des méchants, on considère les conséquences qu’elles ont trop souvent pour la perdition des âmes, conséquences qui peuvent se continuer et s’augmenter de plus en plus à travers les années et même les siècles ; quelle effroyable responsabilité pour les auteurs de ces œuvres de mort ! Mais, n’est il pas bien consolant, d’autre part, de penser que les œuvres de l’homme de bien ont aussi leurs effets, effets qui peuvent être également durables et produire des fruits de sanctification et de salut, longtemps après que lui-même a cessé de vivre ? Saluons donc avec respect, admiration et reconnaissance, ces grands citoyens, dont la vie se dépensa tout entière pour avantage de la patrie et de la religion, et dont l'influence pour le bien se continue après leur mort ; jouissant des résultats de leurs travaux et bénéficiant tous les jours du fruit de leur zèle et de leur dévoue-
ment, sachons bénir leur mémoire !
Cependant il y avait une œuvre que Mgr Racine tenait particulièrement à accomplir et qui était depuis longtemps l’objet de ses pensées : nous voulons dire
la construction d’un évêché à Chicoutimi. Après sa promotion à l’épiscopat, il avait continué à occuper deux pièces de dimensions bien restreintes dans son Séminaire. Quant à lui, il aurait volontiers passé le reste de sa vie dans un logement aussi modeste ; mais il comprenait que l'administration du diocèse souffrait d’un tel état de choses ; il voyait aussi que l'édifice occupé par le Séminaire était déjà fort insuffisant pour répondre aux besoins de l'institution. Ajoutons qu’il désirait vivement que son successeur trouvât le diocèse de Chicoutimi parfaitement organisé. Mais Dieu, dont les desseins sont impénétrables, ne lui permit pas de voir la réalisation de son picux dessein : il fallait un nouveau sacrifice pour couronner cette vie qui fut toute remplie de sacrifices !
L’abnégation, le renoncement pour lui-même, voilà quelles furent les vertus distinctives du saint évêque. Aussi les occasions ne lui ont pas fait défaut pour sy exercer ; c’est d’ailleurs la conduite ordinaire de la Providence, qui sait fournir ample matière aux âmes fidèles désireuses d'avancer dans la pratique d’une vertu particulière. Quelles ont été les jouissances de Mgr Racine? Nous l'avons vu enlevé À sa première
eure de Saint-Basile au moment où il venait de construire un presbytère; puis, À celle de la Rivière-du-
Loup, lorsqu'il allait recueillir le fruit des efforts qu’il Ù
ns
avait déployés pour continuer les travaux d’une église magnifique, A Chicoutimi, il bâtit une cathédrale, mais il ne la verra pas se terminer, Ce chemin de fer de Québec à Chicoutimi, qu’il a eu tant à cœur , à la construction duquel il à consacré tant d’énergiques efforts, il ne l’a pas vu se terminer non plus ; et si, au moment de sa mort, la voie ferrée atteignait presque la rive du lac Saint-Jean, il n’a pas eu une seule fois l’occasion de monter sur l’un des wagons de ce chemin de fer! Ce Séminaire de Chicoutimi, qu'il a fondé au prix des plus grands sacrifices, pour lequel il s’est dépouillé de tout ce qu’il possédait, qu'il a aimé pour ainsi dire au delà du tombeau, il a vu aux prises avec les plus grandes difficultés pendant les quinze années qui s'étaient écoulées depuis sa fondation ; et le plus vif regret qu'éprouva le dévoué fondateur, sur son lit de mort, fut de voir qu’il n’y avait encore aucune apparence de jours meilleurs pour linstitution
bien-aimée,
Enfin, pour ne pas parler des autres œuvres de Mgr
Racine, dont il dirigea avec amour et dévouement les
premiers progrès,mais dontaucune n’arriva de son vivant
au développement complet qui l’aurait récompensé de ses travaux, enfin, disons-nous, il voyait arriver le moment où il allait réaliser un dernier projet, celui de construire un palais épiscopal pour lui et ses successeurs,
Débarcadèire.
Cathédrale.
CHICOUTIII (partie est) EN 1892
Evêché.—Séminaire.
Hô!eï-Dieu.
6 ? pe 10 L'APOTRE
lorsque Dieu l’appela à lui, Sans doute, il jouit mainte- 4 | . . . ’ {1} nant d’une récompense bien belle, puisqu'elle lui a été
4 réservée tout entière pour la vie qui ne finira jamais !
l Le 15 avril 1887, Mgr Racine annonçait au clergé |{] et aux fidèles de son diocèse qu’il n’était plus possible 1 de différer la construction d’un évêché, et faisait un
touchant appel à leur générosité en faveur d’une
| je œuvre si importante, pour laquelle les ressources lui A manquaient absolument. A l'automne, malgré cette a! | cruelle maladie dont il ne devait pas triompher, la pensée 1 de cette entreprise l’occupa encore constamment. (l Pendant ces longues semaines de souffrances, tout en | pourvoyant encore à l'administration de son diocèse, il {il donna son attention à l’examen des plans de l'édifice ll projeté et à la rédaction des contrats. Il mettait, à Il. vouloir pousser de l’avant cette entreprise, l’énergie 11 qui lui était habituelle, mais d’une manière si accentuée, | en cette circonstance, qu’il semblait qu’il voulût se l tromper lui-même sur la gravité de son état. Enfin, on dut recourir à d’innocentes industries, pour retarder À 14 la signature de documents qui auraient pu créer des : 1h embarras pour l’avenir ; car il n’était plus permis
d'espérer que Mgr Racine reviendrait à la santé.
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