‹ L'apôtre du Saguenay [microforme]Chapitre 22 sur 25 · EE · texte numérisé non relu

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ajouter : ‘ Le contrat qui doit amener le chemin de fer jusque dans l’enceinte de Chicoutimi, est signé ! Il manque cependant quelque chose : Chicoutimi, qui a un évêque, n’a pas d’évêché. ” Sans doute on était heureux de partager avec lui le pain de l’hospitalit“ ; mais enfin l’évêque n’a pas de chez lui, car on ne saurait appeler évêché la plus humble des maisons de la ville qui lui prêtait momentanément un abri.

Avec cette ardeur qu’il apportait à tout, il se mit à l’œuvre, autant du moins que le lui permettait la maladie. Dans les derniers temps même, on eût dit que c'était une course entre Mgr Racine et la mort, à qui terminerait plus tôt sa tâche, ou Mgr Racine son évêché, ou la mort le dernier coup de sa faulx. Hélas ! c’est celle-ci qui l’a emporté. Une série d’obstacles de tout genre, probablement providentielle, a empêché le commencement d’une œuvre que l’énergique ardeur de - Mgr Racine pouvait seule mener à bonne fin de son vivant, mais qui, commencée et à peine ébauchée, eñt peut-être été une source d’embarras pour son successeur, en gênant la liberté de ce dernier.

Mais pourquoi donc Mgr Racine voulait-il tant bâtir

un évêché? Etait-ce pour s’y loger lui-même plus à son aise, et y jouir de la gloriole d’un palais ? Ce serait, mes chers frères, faire injure à une si sainte mémoire que de lui attribuer un semblable motif. Quand même

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tout le passé ne serait pas là pour protester contre tout motif purement personnel, sa dernière maladie nous donnerait la véritable raison de tant d'efforts, Dans un de ses moments d’épanchement avec ses dévouées® garde-malades, dans un de ces si rares intervalles où la maladie par sa ténacité lui laissait entrevoir qu’elle pouvait se terminer fatalement, on l’entendit laisser échapper cette plainte qui peint si bien son bon cœur en même temps que le désintéressement de ses motifs : “Ce qui me fait le plus de peine, c’est de mourir avant d’avoir pu laisser un évêché à mon

successeur |?”

Mais Dieu, dont les décrets sont impénétrables at qui n’a besoin de personne pour accomplir ses desseins, avait trouvé suffisamment remplie cette carrière de soixante ans, toute pénétrée du zèle le plus ardent et le plus pur de la maison de Dieu. Il voulut achever d’épurer son fidèle serviteur par la plus pénible épreuve, eu égard au caractère du malade, celle de linaction forcée ; pendant près de trois mois, il le riva à cette petite chambre de l’hôpital que vous connaissez tous, se contentant d'accepter le mérite accumulé des désirs du saint évêque, seule ressource qui lui restait pour procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Dans cette dure épreuve, Dicu lui conserva jusqu’à la

fin touts la lucidité de son intelligence et toute la

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sensibilité de son cœur. Aussi Mgr Racine a-t-il pu jouir de l’affection et du dévouement de tout son peuple: de ces bonnes Sœurs qui lui ont prodigué les soins les plus délicats, ainsi que la riche aumône de leurs ferventes prières; de ces pauvres malades qui vivaient sous le même toit que lui, et dont plusieurs ont offert sincèrement à Dicu le sacrifice de leur vie pour sauver celle de leur bien-aimé pasteur ; de toutes les communautés du diocèse et même des diocèses étrangers, qui l’ont entouré des témoignages de leur vive sympathie ; de tous les habitants de Chicoutimi, qui, protestants comme catholiques, n’ont cessé de lui prodiguer les marques sincères de leur confiance, de leur estime et de leur affectueux respect. Sans doute, aussi, il a été bien agréablement sensible 4 toutes ces

marques d'amitié qu’il recevait des nombreux amis qu’il

s'était faits dans les diocèses étrangers.

Mais, entre tous, les témoignages qui le touchaient davantage, étaient ceux qu’il recevait de son cher

et dévoué clergé. Son clergé, c’était la prunelle de son

œil, c'était un dédoublement de lui-même ; aussi comme

il Paimait ! Combien il fut sensible À cette démarche

collective par laquelle son clergé s’entendit À offrir

pour lui, au jour de Noël, le saint sacrifice de la

messe ! Sans doute cette offrande commune a été

bien agréable à Dieu, puisque, cette nuit-là même et

les jours suivants, Dieu a bien voulu faire éprouver à lauguste malade un mieux sensible. Il nous est donc permis de croire que, si Dieu n’eût arrêté que la carrière de Mgr Dominique Racine devait se terminer cet hiver, Mgr Racine eût été sauvé par les prières de son clergé. Mais cette affection, Mgr Racine la rendait du fond du cœur à son clergé. Dans ces moments suprêmes, dans ces derniers entretiens qui furent comme le testament spirituel du bon pasteur, il dit à ceux qui eurent alors le bonheur d’être ses confidents : ‘ Dites À mon elergé combien je l’aime ! oui, je l’aime de tout mon cœur ; il est possible que d’autres évêques puissent aimer autant leur clergé, mais aucun ne saurait Paimer plus que j'aime le mien. S'il m'est arrivé de faire de la peine à quelques-uns de nos prêtres, c’est bien contre mes intentions. Dans tous les cas, je leur

demande de me pardonner. ”

Oh ! dormez en paix, cher et vénéré pontife. Non, at.eun nuage ne se trouve entre vous ct votre clergé : je ne vois ici que témoignages de respectueuse affection et de cuisants regrets. Que votre dépouille mortelle repose tranquillement au milieu de votre peuple et entourée de sa pieuse vénération ! Et, quaïñt À vous, allez rejoindre au ciel les Laval, les Briand, les Plessis, les Baillargeon, que vous avez honorés de votre respect

ou que vous avez entourés de votre dévouement.

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