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Continuez-y l’œuvre de protection que vous avez commencée ici-bas, ct aidez votre peuple à aller vous y
rejoindre.
Cependant, mes chers frères, l'appareil de cette cérémonie funèbre, ces cris déchirants que l'Eglise nous fait répéter autour de la tombe de ses plus saints serviteurs, au moment de leur trépas, nous avertissent que nous avons un devoir à remplir, devoir de reconnaissance pour un grand nombre, devoir d’amitié pour tous. Si sainte, si parfaite qu’ait été la vie sur la terre, Dieu, dont la sainteté et la perfection infinies trouvent des taches jusque dans ses anges, demande peut-être un complément à la justification qui a été commencée sur la terre. Ce serait donc une cruauté que de se renfermer dans la douce confiance d’un bonheur immédiat, et de refuser, sous ce prétexte, des prières à celui dont la perte vous cause tant de regrets. Quels que soient les justes motifs de notre confiance, ne cessons pas de prier pour le repos de l’âme de notre
cher et vénéré défunt.
Qui sait, mes chers frères, s’il n’a pas à expier, dans les Hammes du purgatoire, des impatiences, des découragements, des froissements trop naturels dont, par vos désobéissances, ou par votre refus de suivre ses conseils charitables, vous avez peut-être été la cause ! Qui d’entre vous, levant la maiu vers cette dépouilie
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mortelle, peut se dire : Je suis innocent du sang de ce juste ? Que chacun donc, dans la crainte d’avoir contribué aux souffrances dont la terrible justice de Dieu le tient peut-être responsable à cause de vous, s’empresse de lui donner, du fond du cœur, l’aumône de ses suffrages. Ce sera là la meilleure manière de lui témoigner votre estime et votre reconnaissance.
Ainsi entouré des prières Ge tout son peuple, il sera délivré par votre charité ; et si, comme nous l’espérons, ii jouit déjà dans le ciel de la récompense de ses travaux, vos prières vous reviendront, enrichies de sa protection ct toutes imprégnées de la bénédiction de Dieu, pour vous aider à mener sur la terre une vie de chrétien, et à aller au ciel rejoindre celui que vous avez aimé sur la terre, pour y jouir avec lui de l’éternel bonheur que Dieu réserve à ses fidèles serviteurs. AINSI SOIT-IL.
ORAISON FUNÈBRE DE MONSEIGNEUR DOMINIQUE RACINE, ÉVÊQUE DE CHICOUTIMI, PRONONCÉE DNS LA BASILIQUE DE QUÉBEC, LE ler FÉVRIER 1888, PAR MONSIEUR L’ABBÉ LoOuIS-H. PAQUET, DOCTEUR EN THÉOLOGIE ET PROFESSEUR A L'UNIVERSITÉ LAVAL.
1pse dedit quosdam quidem apos!/rlos [Eph, IV, 11].
C’est Dieu lui-même qui nous a donné quelques apôtres,
ÆEminence , mes frères,
mé À cérémonie funèbre à laquelle nous
+ assistons, cérémonie qui attire dans les
fs 5 EX nefs de cette basilique une foule si nom- VF breuse et si recueillie, est par elle-même
\%é un éloge bien éloquent de celui qui en est l’objet ?.
Les cendres de Mgr D. Racine sont À peine Le] refroidies,ses restes inanimés ne reposent pas encore sous
1—Son Eminence le cardinal Taschereau, archevêque de Québec.
2—M. l'abbé Louis-Honoré Pâquet, prètre du Séminaire de Québec, avait été prié de faire l’éloge funèbre de Mgr D. Racine. Averti à la dernière heure, M. l’abbé Pâquet dut en quelque
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les dalles du sanctuaire de sa cathédrale inachevée, et cependant voici que, par les ordres de Son Eminence le cardinal archevêque de Québec, cette église métropolitaine revêt ses plus solennels habits de deuil, et de tous côtés on accourt pour honorer la mémoire, non pas d’un grand de la terre, non pas même d’un prélat célèbre par des actions d'éclat, par des écrits retentissants, ou encore par une longue et brillante administration de quelque florissant diocèse, mais pour honorer la mémoire du plus modeste, du plus obscur, du plus pauvre des évêques.
Fait presque inouï, dans l’histoire de nos solennités religieuses, qu'un service funèbre soit célébré, dans la première et la plus vénérable église de tout un pays, avant même que la tombe se soit définitivement fermée sur la dépouille mortelle de celui pour qui nous
sorte improviser son discours, lequel n’en fut peut-être que plus vrai par là-même qu’il était plus spontané.
L’émotion profonde dont l’orateur était pénétré se communiqua tout de suite à son auditoire, qui l’écouta avec la plus religieuse attention et une visible sympathie. Depuis quelques années, M. l'abbé L.-H. Pâquet avait été empêché par la faiblesse de sa santé de paraître dans la chaire de la basilique. En l’y voyant ce jour-là, tout le monde sentait que seul un devoir d'amitié avait pu le décider à entreprendre, sur quelques heures d'avis, une tâche aussi difficile et aussi délicate que celle d’un éloge funèbre, Mais il faut avouer que l’amitié a parfaitement inspiré l’orateur de la circonstance, et a su mettresurses lèvres des, paroles aussi sincères que touchantes.
venons tous verser des larmes et des prières ! Fait inouï qui parle bien haut à l’honneur du brave et noble évêque qui vient d’être enl:vé à notre admiration et à notre amour, qui parle aussi bien haut à l’honneur du prince de l’Eglise qui a commandé ces pompes funèbres à la première nouvelle du tragique événement dont la ville de Chicoutimi fut le théâtre samedi dernier,
Quelle est donc la cause d’une distinction si grande, si extraordivaire, qu’au premier abord elle nous paraîtrait même tenir de l'étrange ?
Ah!M. F,, c’est qu’il s’agit ici d’honorer, dans la personne de l’humble évêque Ce cette lointaine région du Saguenay, un apôtre, un véritable apôtre dans toute la force du mot, de ce mot qui est pourtant le plus fort que puisse nous fournir le langage ecclésiastique lorsqu’il s’agit de désigner l’un de ces travailleurs infatigables qui ont consacré leur vie entière à cultiver, à arroser de leurs sueurs la vigne chérie du Seigneur. Zpse dedit quosdam quidem apostolos.
L’apôtre ! Ce mot simple et sublime à la ‘ois résume admirablement toute la carrière, tant sacerdotale qu’épiscopale, de Mgr Dominique Racine, premier évêque de Chicoutimi.
Pour qu’un homme, consacré au service de Dieu et
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de l'Eglise, juisse mériter, en droit et en vérité, un titre si grand devant la terre et devant le ciel, il faut qu’il ait été doué par Dieu lui-même d’un ensemble de qualités bien précieuses et bien rares. Muis il faut qu’il soit, avant tout--personne, je crois, ne voudra contredire cette assertion—-homme de conseil et d'action» homme de dévouement et de cœur.
Or, M. F, plus j’examine l?s œuvres de Mgr Racine, plus je scrute les motifs qui l’ont dirigé dans toutes ses entreprises, plus j’étudie les traits admirables de cette belle figure de prêtre ct d’évêque, plus aussi je me convaines que rien chez lui n’a manqué de ce qui constitue l’homme vraiment apostolique.
L’apôtre n’a pas seulemené à prêcher l'Evangile aux nations. Il lui faut en même temps fonder des églises, créer des œuvres danslesquelles l’esprit de Jésus-Christ puisse se conserver et se perpétuer à travers les âges. Le succès d’une pareille mission requiert deux forces également nécessaires : le conseil et l’action ; le conseil qui ordonne, l’action qui exécute ; le conseil que la prudence dirige, l’action que le courage et l'énergie
commandent.
Qui déjà ne reconnaît à ces premiers traits la sympathique figure de celui que nous pleurons ?
Jeune vicaire à Notre-Dame de Québec, après avoir
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fait ses études classiques et ecclésiastiques au séminaire de la même ville, on le voit, dès le principe, déployer, ï dans la modeste sphère de son action, cette sagesse de e . L LI L Li dessein, cette énergie d'exécution, qui devaient le
ut ‘ suivre sur de plus vastes théâtres.
ra | | ni Je ne puis me dispenser de rappeler ici que c’est lui | qui, par son zèle actif et ingénieux, sauva de l'oubli, 4 probablement de la ruine, ce pieux sanctuaire de Notre- 1e Re S : Dame des Victoires, d’où chaque jour tant de grâces et ses LI . L] “ de bénédictions se répandent sur les fidèles de cette tt e .
paroisse.
ne qui Curé de Saint-Basile, puis de Saint-Patrice de la Rivière-du-Loup, partout son esprit organisateur, son | courage au-dessus de toutes les épreuves témoignèrent | | UX . . .
que le sang de l’apôtre bouillonnait dans ses veines, et es À é ; k Na qu’il était de la race de ceux qui s’épuisent et meurent rist . ! :
au service de Jésus-Christ.
res.
ces Mais Dieu le destinait à des travaux plus grands seil encore. e la . ! . , . ve . Une immense vallée venait de s'ouvrir au défricheur rgie : ; | 8 canadien et appelait en même temps la semence | évangélique. Son poste était tout trouvé ; il fut nommé \pa- curé de Chicoutimi.
Ici, M. F, commence À proprement parler cette vie (Al ? 2 P P j voir de l’apôtre, dont les travaux antérieurs n'étaient qu’un
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prélude, et qui,» se poursuivant à travers les diverses fonctions de curé, de vicaire forain, de vicaire général, devait s'épanouir par l'épiscopat et s’éteindre sous son
pesant fardeau.
Qui dira les travaux accomplis, le zèle déployé, les privations endurées par le dévoué curé de Chicoutimi dans l'intérêt des Âmes dont il était chargé ?
Aussi quand vint l'heure où l’on jugea qu’il fallait donner un évêque à cette jeune contrée du Saguenay, encore pauvre de biens acquis, mais riche des espérances de l’avenir, l'opinion publique désigna de suite celui
que Rome ne pouvait manquer de choisir.
Il ne nous est pas possible de renfermer dans le adre restreint de cet éloge funèbre tout ce qu’a fait Mgr D. Racine pour organiser et développer l’immense diocèse confié à sa sollicitude. Qu'il nous suffise de rappeler ses principaux titres à la reconnaissance de
son pays.
Deux choses surtout contribuent à former un peuple :
l'éducation religieuse, la culture du soi.
L'éducation religieuse forme l'esprit et le cœur du peuple ; la culture du sol le rend maître de la forêt et la convertit en champs fertiles d’où sort la richesse
publique.
Eh bien ! M. F., éducation et colonisation, voilà le double objectif des travaux et des efforts de Mgr Racine pendant toute sa carrière. Ceux qui ont visité le diocèse de Chicoutimi dans ces dernières années, se sont sans doute demandé comment, dans un pays si nouveau et avec aussi peu de ressources, Mgr Racine était parvenu à bâtir une cathédrale, à fonder un grand et un petit séminaire, deux couvents pour l’instruction des filles, etun établissement de charité publique. Le mot de l'énigme, c’est l'esprit de conseil et d'initiative, l'énergie presque surhumaine du premier évique de cette jeune contrée,
Apôtre de l'Evangile, il l'était, vous le voyez, dans le vrai sens du mot. Il fut aussi l’apôtre de la colonisation, et c’est en très grande partie à son zèle infatigable que le district de Québec doit d’être relié aujourd’hui par une voie commode et rapide avec cette vaste et fertile contrée du Saguenay destinée à recevoir le tropplein de notre population toujours croissante, et qui sera avant longtemps le grenier fertile qui alimentera nos marchés. Autant Mgr Racine mérite le titre d’apôtre de l'Evangile, autant il mérite celui de patriote et de bienfaiteur de son pays par le mouvement qu’ila imprimé à la colonisation dans toute l’étendue de ce qu’on a appelé et de ce que l’on appellera avec de plus en plus de raison le royaume du Saguenay.
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Nous venons de voir l’homme de conseil et d'action ; voyons maintenant, en peu de mots, l’homme de dévouement et de cœur.
Les plus belles actions aux yeux des hommes sont souvent bien petites aux yeux de Dieu. Que faut-il, au point de vue de la foi, pour frapper de stérilité les actes en apparence les plus éclatants et les plus féconds ? Un motif intéressé, un sentiment égo’ste, une pensée de glorification personnelle, un retour malheureux sur soi-même lorsque tout devrait être rapporté à Dieu, à ce Dieu jaloux à qui appartient tout honneur et toute
gloire.
Le véritable dévouement, le dévouement désintéressé, est chose bien rare, même dans les vocations qui en exigent le plus.
J’ose dire que Mgr Dominique Racine a été un modèle accompli de cette abnégat:an complète, de ce sublime oubli de soi-même qui est le trait caractéristique de l’apôtre dans son type le plus parfait.
Tout pour Dieu, tout pour l'Eglise qu’il aimait d’un amour ardent et passionné, tout pour les âmes confiées À ses soins, tout pour son clergé dont il était ie père tendre et adoré, tout pour l'avancement de ses œuvres
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fondées au prix de labeurs cet de sacrifices de tous genres ; pour lui-même rien, jamais rien.
La Providence, qui l’avait destiné à reproduire fidèlement sous nos yeux le äévouement apostolique des plus illustres fondateurs de nouvelles Eglises, sut le préparer par degrés à la mission difficile qui lui était réservée, comme fondateur de l’Eglise de Chicoutimi.
Curé, comme nous lavons vu, d’abord de Saint- Basile, puis de la Rivière-du-Loup, il n'avait même pas de presbytère ; il logeait, soit dans une mansarde, soit dans l’obscur soubassement d’une pauvre sacristie ; mais il ne se plaignit jamais.
Le même sort l’attendait à Chicoutimi où tout était à faire. Il a été dix ans évêque; et, sur ces dix années de labeurs ardus et fructueux, pendant lesquels on voit s'élever par ses soins une magnifique cathédrale, des maisons d'éducation et de charité ; sur ces dix années consacrées tout entières à l'avancement, à la prospérité d’une région qui sera plus ‘rd lPun des plus riches joyaux de notre domaine national, il a passé quelques semaines à peine chez lui, dans ce qu’il appelait, avec une joie que je serais tenté de dire enfantine, sa maison, sa petite maison. Et pourtant cette maison, nous l’avons vue ! Le plus humble rentier de Québec aurait eu honte de l'habiter !
Soyons juste cependant. Il songeait à construire une résidence épiscopale convenable, non pour lui-même —ilse trouverait mal à l’aise, désorienté, lui l’apôtre, lui le missionnaire, dans un logement vaste et spacieux—, mais au moins pour ses successeurs, Cette résidence n’est pas encore sortie de terre, il est vrai; mais le successeur de l’évêque apôtre trouvera déjà recueillie et soigneusement conservée une bonne partie de la somme nécessaire pour qu’un jour l’évêque du royaume du Saguenay puisse être chez lui et recevoir chez lui les membres de son clergé.
Homme de dévouement et de cœur! Ah! mes frères, que ne puis-je ici faire appel à des souvenirs personnels ! Mais la dignité de cette chaire ne l’autoriserait peut-être pas. Je puis au moins en appeler au témoignage de ceux qui, comme nous, ont connu intimement ce cœur d'or, cet ami fidèle, ce caractère sincère et loyal, cette nature franche et généreuse, toutes ces belles qualités de l'intelligence sans doute, mais du cœur surtout ; qualités qui se reflétaient si admirablement dans sa figure sympathique et expressive, dans sa démarche vive et décidée, dans sa conversation chaude, animée, toute pétillante de verve et d’esprit !
Mais il faut me borner., Et pourtant vous me permettrez de rapporter un trait qui résume tous les autres.
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Il y a de cela troisans. On était au cœur de l'hiver. De grands intérêts ecclésiastiques réclamaient à Québec Le)
la présence de Mgr D. Racine comme celle de ses
collègues dans l’épiscopat. Il faut traverser cinquante-
deux licues de neiges et de montagnes ; mais il n’hésite
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pas, et on le connaît si bien que personne ne doute qu’i
sera l’un des premiers rendus à l'appel de son métropolitain.
La réunion épiscopale terminée, il s’agit maintenant pour l'un des évêques de se transporter à Rome par la saison |. plus rigoureuse. Le choix tombe sur Mgr D. Racine. Ne craignez rien, il ira, quoi qu’il en coûte. Mais avant de quitter Chicoutimi pour se rendre à Québec, il n'avait pas prévu ce voyage à Rome. Eh bien ! il se remet bravement en route pour le Saguenay, pourvoit rapidement aux besoins de son diocèse pendant son absence, et au bout d’une semaine ou à peu près il est de retour à Québec, prêt à s’embarquer pour la Ville Eternelle,ayant parcouru, dans l’espace de quelques jours, par des routes impraticables, au milieu de froids intenses et de tempêtes effroyables, une distance de cent soixante lieues environ.
Ah l'uous le voyons encore, au moment de ce départ pour aller soutenir à Rome une seconde fois les plus chers intérêts de l'Eglise de Québec. Jamais, nous dit-il, sacrifice ne m’a tant coûté ; j’en ai le cœur tout
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brisé ! Mais le devoir était à. Il partit. Par sa loyauté et sa droiture, par cette manière nette et franche d'exposer une cause qui portait avec elle l’accent même de la vérité, il sarmonta tous les obstacles et fit prévaloir ls droits de la justice. Il laissa à Rome, dans l'esprit du Saint-Père, des cardinaux, l’impression la plus favorable, la plus profonde et la plus durable. Mais je m’arrête, M. F. Je me hâte de conclure cet éloge bien imparfait sans doute, qu’il m’a fallu en quelque sorte improviser, mais que l’amitié a imposé à ma faiblesse.
Tel a été l’homme, tel a été l’apôtre dont l'Eglise de Chicoutimi et de la Province de Québec tout entière déplore amèrement la perte.
Si, pour mesurer l’étendue de cette perte, il fallait ajouter une dernière considération à ce que je viens de vous dire, j’appellerais votre attention sur la vivacité des souvenirs qui s’attachent au nom de Mgr D. Racine, sur l’universalité des regrets que sa mort laisse dans les cœurs.
Les sympathies qu’un homme recoit pendant la vie sont quelquefois trompeuses ; elles peuvent prendre leur source dans un sentiment dissimulé d’intérêt et d’égoïsme. Il n’en est pas ainsi des sympathies et des regrets qui éclatent sur une tombe.
Or, quel spectacle s'offre à nous depuis quelques
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jours? celui de la douleur ïa plus profonde et là plus universelle. C'est un concert général d’éloges et dé regrets, concert lugubre ct solennel auquel pretinent part le peup'e, le clergé, les communautés religieuses de cette ville, tous les organes de l’opinien publiqtte, enfin les amis sans nombre que comptait parmi nous le digne et saint évêque que la mort, l’impitoyable mort vient de coucher si brusquement dans la tome. Concert éloquent que celui-là, M. F., plus éloquent que ne pourrait être aucune parole humaine.
Hélas ! il n’est plus cet homme de Dieu, cet apôtre vaillant et intrépide qui jamais ne se laissa abattre par la grandeur du travail et par les difficultés de la lutte ! Je me trompe. Des hauteurs du ciel où déjà sans doute les anges qui président à nos éternelles destinées ont transporté son âme, la foi nous autorise À croire qu'il continuera de suivre de son regard paternel les progrès spirituels et matériels de ce peuple qui lui était si cher, de cette Eglise qu’il aima d’un amoursitendre.
Il n’est plus ; mais sa mémoire vivra dans ses œuvres, dans le cœur de son peuple ct de ceux qui eurent le bonheur de connaître son mérite ou de jouir des charmes indicibles de son amitié. L'histoire de notre Eglise canadienne, sous le nom de Mgr de Laval, premier évêque de Québec, inscrira le nom de Mgr D. Racine, premier évêque de Chicoutimi.
O noble évêque, trop vite enlevé à notre affection, agréez ce suprême hommage rendu à votre mémoire, au nom de l’illustre métropolitain de ect archidiocèse à qui vous étiez si profondément dévoué, au nom de cette université catholique que vous avez si généreusement servie, au nom de la ville de Québec tout entière qui eut les prémices de votre zèle et qui vous a suivi avec intérêt, avec amour, dans les diverses phases de
votre carrière apostolique.
Nos prières et nos larmes vous accompagnent au delà de la tombe, et jamais votre souvenir ne s’effacera de notre mémoire.— AINSI SOIT-IL.