‹ L'Apotre Paul: esquisse d'une histoire de sa PenséeChapitre 25 sur 30 · III, 24; IV, ^; VII · texte numérisé non relu

III, 24; IV, ^; VII

lie fait de la mort de Jésus devient ainsi le centre de toi;t Je système paulinien. Le diristia^isp^e de l'apôtre se résume (Ja^s la personsœ de Glu'ist; mais cejfcte personne elle^jnêflie îi'.acquiert toute son importance rédea»ptrice qu'au moment de sa mort sur la croix. Dès lors on comprend que l'apôtre déclare n^ vouloir rien savoir que OÀrisf et Ohrist çrv^ifié {\ Cor. II, 2). Toutefois* à côté de la mort, se place néce^saii^ioent le fpdt de la rjésurrectâon dç Jésus. Non-seulement fm dcu?: faits resteftt logiqu^Bapi^t liés dans la pensée de Piajil, «aais fm pourrait roên^e dire qu'ils sont un seul et même acte, exprimant les deux moments successifs et logiques de la justification^ Au premier, Paul rattache to^te la partie négative de la rédemption : la délivrance de la ^9ilpe !^t l'anéairtissesiient d^ la puissance du péché; au ,s»0condj fl rapporte toute la partie positive : la justification, la créaiion de la vie spirituielle (Rom, ÏV, 25; VI, l-U),

l^ .théftri^ .çQQlésia^stique M l'qxpiatio;^^ loiu de bien

rendre la pensée de l'apôtre, est arrivée à la contredire formellement. L'idée d'une satisfaction extérieure, accordée à Dieu pour lui arracher le pardon des pécheurs, est étrangère à toutes nos épîtres. Paul ne dit imlle part que Dieu ait besoin d'être apaisé. Il est parti d'un point de vue contraire. Le pardon des péchés est toujours un acte libre de l'amour de Dieu. C'est sa grâce souveraine et absolue qui a pris et qui garde l'initiative dans l'œuvre de la rédemption. Le sacrifice de Christ est un eflet de cet amour, loin d'en être la cause. Il ne s'est point accompli hors de la sphère de la grâce, et en quelque sorte hors de Dieu-même, pour déterminer la volonté divine. Bien lui-même était en Christ, se réconciliant le monde par lui (2 Cor. V, 19).

Comme Paul n'admet point en Dieu le dualisme traditionnel entre l'amour et la justice, il ne distingue pas davantage entre le pardon des péchés et l'anéantissement du péché lui-même. L'idée d'une expiation extérieure ne lui suffirait point. Les textes classiques sur lesquels on la fonde (Rom. III, 25; Gai. III, 13), sont loin de nous donner toute sa pensée. Ils n'ont point d'ailleurs dans la théorie paulinienne l'importance capitale que la théologie scolastique leur a attribuée. Si l'on a quelque souci de l'unité logique de la pensée paulinienne, c'est d'après Rom. VI, 1-11; VIII, 3 et 2 Cor. V, 21, qu'il faut les expliquer. Seuls, ces derniers passages nous donnent la théorie entière de l'apôtre sur la rédemption; or, ils font consister la valeur de la mort de Jésus, non point dans une satisfaction quelconque donnée à Dieu, mais dans l'anéantissement du péché que cette mort amène.

Plus l'idée de satisfaction reste étrangère à la sotériologie paulinienne, plus au contraire l'idée de substitution paraît lui être essentielle (2 Cor. V, 14-16). Toute la construction de l'apôtre repose, en dernière analyse, sur une identification

mystique entre Jésus et les croyants : Jésus devient tout ce que nous étions, et nous, nous devenons tout ce qu'était Christ. Il est péché en nous ; nous sommes justice en lui (xèv [JL^ Y^6vTa àfjLapTiav... à[jLapT(av èTO^r^^Jcv, Tva i^jj^eiç Ysv(*)(i.£6a §i>wtioa6vY) èv aÔTô, 2 Gor. V, 21). Il s'est fait pauvre de toute notre pauvreté, afin de nous enrichir de toute sa richesse (2 Gor. Vni, 9). Jésus ne pouvait donc pas sauver l'humanité en restant hors d'elle. Pour réaliser en elle la justice de Dieu, y commencer organiquement un développement nouveau, il devait nécessairement apparaître dans son sein comme l'un de ses membres. Le poids de la rédemption ne porte point ici, comme dans la théorie d'Anselme, sur la divinité du Ghrist; il porte tout entier sur son humanité (âi' àvôpdixou, 1 Gor. XV, 21; cf. XV, 45 et Rom. V, 15: toO Evbç àvOpàirou 'Iyjœou xp^^'^o^O' Non-seulement le Rédempteur doit appartenir à l'humanité, mais il doit se mettre sous toutes les puissances qui la dominent, sous la puissance objective du péché, sous celle de la loi, sous celle de la mort, afin de les vaincre réellement. En d'autres termes, résumant toute l'humanité en lui-même, il doit laisser se reproduire, et, pour ainsi parler, s'épuiser en sa personne ce développement fatal de la vie du péché que nous avons décrit plus haut.

Tel a été Jésus. Quand les temps ont été accomplis, le Fils de Dieu est apparu dans le monde, comme un simple homme; il est né d'une femme, il a vécu sous la loi (Gai. IV, 4) ; il est mort afin de nous racheter du péché, de nous affranchir de la loi et de nous arracher à la mort. Le péché est détruit dans la mort de Jésus, non-seulement parce qu'il y est ouvertement condamné et réellement puni, mais aussi parce qu'il achève alors de produire ses dernières conséquences. En arrivant à son complet développement, il s'épuise et se détruit lui-même. Un développement nouveau peut alors commencer. Ainsi Jésus n'expie propre-

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tnent le péché qu'en le ihenant à son terme. Sa mort est la consommation de la première période de la vie de l'hu* manité, la fin de la vie de la chair.

Il faut relever encore un point spécial, par où cette admi* ràhle théorie de la rédemption se rattache à ce que Paul a dit de la chair dans ses rapports avec le péché. La puissance du mal, que Christ doit briser, s'est emparée de la chair, avons-nous dit> jusqu'à s'incarner en elle. Le péché ne Saurait donc être absolument vaincu que par la destruction même de la chair. De là, cet axiome théologiqùe sur lequel repose toute la théorie de l'apôtre: Celui qui est mort, est libéré du péché (6 ^àp àxo6av<i)v SeBiz-aitoTai à%b rîjç àfjLapttaç, Rom. VI, 7). Paul applique rigoureusement cet axiome à la mort de Jésus, n rapproche le Rédempteur de l'humanité pécheresse et charnelle, autant qu'il est possible de le faire «ans compromettre sa sainteté. Telle est l'impérieuse logique de sa pensée > qu'elle ne recule pas devant cette expression presque scandaleuse : «Dieu a fait pé<ihé celui qui n'a point connu te péché.» Enfin, dans Rom. VIII, 3, il dira nettement: «Dieu a envoyé son Fils dans uns chair ùMdwff^nt s&rMeMe à néPf'^ chair dépêché, et a condamné ainsi lepéché dans U, chair, t> La chair de Christ, non moins que tout le reste de &a personne, a donc aussi une valeur représentative ; elle représeMe réellement la chair pécheresse de l'humanité, organe et siégëKÎu péché. Dans la mort de Christ, le péché est condatMïé, Ja chair est crooifiée et détruite, et la rédemption se ttKMive objectivement accomplie.

L'amour a réalisé l'identification de Christ av^ec l'humaïrité ; c'est la foi qui réalise l'identification de l'homme avec Ghri«t. Par eUe, nons nous associons si bien à Jésus, nous

devenons si bien un seul être avec lui, que sa mort devient notre mort, et sa résurrection, notre propre résurrection. Avec lui, nous mourons au péché, à la loi, à la chair; avec lui, nous triomphons de la mort et renaissons à une vie nouvelle (Rom. VI, 1-11). La foi continue et répète dans chaque vie individuelle la crise décisive, la révolution que la mort de .Jésus a amenée dans l'histoire. C'est la destruction du péché en nous, la création intérieure de la vie divine. La justification et la régénération individuelle ne sont plus que la continuation de la rédemption elle-même, qui, accomplie dans le chef de l'humanité, se réalise successivement en chacun de ses membres. La foi ne nous sauve point par sa propre vertu ; elle n'est par elle-même qu'une forme vidé et vaine ; elle nous sauve par son contenu divin qui est précisément cette Sixaioa6>Y) Oeou réalisée en Jésus-Christ, et devenue désormais en nous un principe immanent. Par. la foi^ nous ne sommes pas seulement pardonnes et libérés, nous sommes donc en même temps régénérés, affranchis, en un seul mot, rendus à la vie.

'AÇw-f^. La vie.

La vie est le fruit naturel de la justice, comme la mort était la suite et le salaire du péché (Rom. VI, 22, 23). Si la chair, qui a toujours en elle un principe de péché, est vouée à la mort, le croyant possède, dans l'esprit même de Christ (TcveûpLa Çwoiroiouv) un principe de vie immortelle qui pénètre, relève et transforme toute sa nature. Il y avait lutte autrefois dans l'homme charnel, et cette lutte finissait pa^un triomphe tmijours plus complet du péché et de la mort; il y a lutte encore dans l'homme régénéré entre le principe ancien qui s'épaise, et le principe nouveau qui se fortifie, mais oette totte aboirtît aujourd'hui i unie viçtdre toujours jdws ^coiq-.

plète et plus glorieuse de la vie sur la jnort. Tout ce qu'il y a de mortel en nous, finira par être absorbé par la vie. La justice relèvera tout ce que le péché a détruit.

Le chrétien possède par avance, dans la foi, tous les trésors de cette vie nouvelle. Il vit réellement de sa foi, selon cette grande parole : «Lejuste vivra parla foi. » Sa vie intérieure est une vie de pleine liberté. Il n'est pas sans loi; Christ est .devenu loi immanente en lui (lvvo[i.o<;xpt<îTôu, I Cor. IX, 21). Mais cette loi n'est pas autre chose qu'un principe d'amour, qui lui fait réaliser facilement et joyeusement la volonté de Dieu. La vie de l'amour n'est que l'épanouissement de la foi (Gai. V, 6). Ainsi la grande doctrine de Paul, après avoir triomphé dans la sphère des théories, triomphe plus magnifiquement encore dans la sphère de la vie pratique. On ne devra plus s'étonner qu'elle ait à la fois inspiré, depuis dix-huit siècles, les grands penseurs chrétiens dans l'ordre intellectuel, et fait les grands héros, dans l'ordre moral.

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