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L'ÉVOLUTION DU CHRISTIANISME DE JÉSUS A PAUL

Toutes les différences que nous avons notées entre Jésus et Paul peuvent, croyons-nous, être ramenées à deux. La première, c’est que Paul a constitué une christologie ; la seconde, c'est que dans sa théologie, une théorie du salut a remplacé la prédication du Royaume. Pour bien comprendre la nature de ces différences, il faut essayer d’en découvrir l’origine.

Sur le premier point que nous avons signalé, la différence est frappante. Il nous paraît faux de dire que Jésus ne s’est pas considéré comme un être à part, et qu’il ne s’est attribué que le rang de prophète; cependant on peut affirmer qu'il n’a jamais fait de sa personne le centre de son enseignement. Toujours il a tourné la piété et l’adoration de ses disciples vers le Père, jamais vers lui-même. Enfin, et c’est là sans doute le point le plus important, Jésus a toujours vu la cause unique du salut, dans l’amour et la miséricorde du Père’. Jamais il n’a enseigné, ni

1. La valeur que Jésus attribue à sa mort ne contredit nullement cette thèse, car un fait peut avoir une certaine efficacité en vue d’un résultat, sans être la cause de ce résultat.

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même pensé que sa mort fût la condition indispensable | sans laquelle les péchés ne pouvaient être pardonnés.

Paul au contraire, a une christologie. À côté de Dieu, le Christ est pout lui l’objet de la foi et de la piété des croyants. Il y a plus : par sa mort et par sa résurrection, Jésus devient l’auteur et la cause de l’œuvre de la Rédemtion :.

Il n’est pas malaisé de découvrir la raison de cette différence ; il faut, pour une large part sans doute, faire intervenir ici l'esprit systématicien de l’apôtre Paul”, qui devait nécessairement tendre à donner de sa foi au ressuscité, une formule théorique*. Mais la cause profonde de la transformation réside plutôt, croyons-nous, dans la nature même des choses, que dans l'esprit de l’apôtre. Nous avons vu plus haut que toute la personne et toute : l'œuvre du Christ apparaissent à Paul à travers le drame du calvaire. À partir de l'instant où l’apôtre a compris que la mort du crucifié était autre chose que le juste chätiment d'un blasphémateur, le Christ ne pouvait plus être pour lui un simple homme, pas même un prophète, . il fallait qu'il fût l'être providentiel envoyé par Dieu pour accomplir l’œuvre du salut; en d’autres termes, le Messie promis à Israël. \

Ici nous dépassons le cas particulier de l'apôtre Paul. À partir du moment où la foi à la résurrection eut pris

1. Das Evangelium Jesu ist durch und durch theoxentrisch, der Glaube Pauli durch und durch christoxentrisch. Scumipr, Die Geschichte Jesu, p. 74.

2. On peut dire que tandis que Jésus avait un tempérament de prophète, Paul a un tempérament d’apôtre.

3. Wo Jesus schlicht und positiv die Wahrheiten des Gottesreiches verkündigt, sucht Paulus nach einer dialektischen Ableitung und nach einer Theorie. Jésus verktüindigt die Vergebung der Sünden, Paulus zeigt, wie die Vergebung der Sünden uns zur Gewissheit wird durch die Rechtfertiguno des Sünders vor Gott. (Heinricr, Jesus und Paulus, col. 818; cf. 820).

vie dans le groupe des disciples de Jésus, il fut nécessaire qu'un système christologique se formät", car il n’était plus possible que Jésus fût considéré comme un homme ordinaire. On peut constater déjà dans les discours de Pierre des tentatives bien inhabiles encore, il est vrai, de constituer quelque chose qui ressemblât à une christologie. La théologie d’Étienne a présenté une ébauche déjà plus avancée. Nos connaissances sur ce point sont malheureusement trop limitées, pour que nous puissions préciser davantage. Quoi qu’il en soit, ces premiers essais furent largement dépassés par la pensée de l’apôtre Paul, qui nous apparaît ainsi réellement comme le créateur de la christologie.

La constitution d’une christologie devait avoir pour conséquence celle d’une sotériologie ou système du salut. À quoi aurait-il servi, en effet, de formuler une théorie sur la personne du Christ, si on n’en formulait pas une autre sur son œuvre? Aussi voyons-nous, chez Paul, apparaître tout un système d’idées qui avaient été totalement étrangères à la pensée de Jésus. Pour lui, le Royaume est proche, les portes en sont ouvertes à tous par la miséricorde infinie du Père. Pour y entrer, il n'y a pas d'autre condition que de le vouloir réellement, c’est-àdire de renoncer aux sentiments et aux affections dont l’objet est en opposition avec le Royaume, et qui, par conséquent, sont incompatibles avec la dignité d’enfant de Dieu. Chez Paul, il y a au contraire une théorie fort complexe du salut. L’apôtre distingue deux causes différentes du salut : l’une, objective, est l’œuvre expiatoire que Jésus-Christ accomplit par sa mort et sa résurrection ; l’autre, subjective, la foi est la condition de lappropria-

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