‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 18 sur 111 · EN · texte numérisé non relu

EN

er

Due le tes les paroles prononcées de Feus sont É.

plus étendues que dans le récit A. Quand la voix a dit :

« Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? » elle ajoute : «Ilte serait dur de regimber contre l’aiguillon. » La

= seconde parole du Christ est également plus étendue, mais en même temps assez sensiblement différente. « Je suis Jésus que tu persécutes, » dit-elle comme dans À, . mais tandis qu’A continue : « Entre dans la ville et là on te dira ce qué tu dois faire, » on lit dans € : « Tiens-toi surtes pieds. Je me suis montré à toi pour te choisir comme envoyé et comme témoin des choses que tu as vues et que je te montrerai. » Les mêmes idées sont encore développées de manière à présenter une apologie

du ministère de Paul. Ce qui suit le récit de la conver-

sion proprement dite, est aussi fort différent de ce qu'on lit dans le document A. Il n’y a ni cécité de Paul, ni intervention d’Ananias. L’apôtre déclare seulement qu'il n’a pas été rebelle à l’appel de Dieu, et qu'il a prêché l'Évangile, d’abord.à Damas, puis à Jérusalem et dans toute la Judée, et chez les païens. A part les deux épisodes que nous avons signalés, la fin du document C est d’accord avec celle du document À, mais moins développée.

Comment faut-il interpréter ces rapports entre le docu-

ment À et le document C? Wendt', suivi par Clemen, croit que la priorité est du côté du ch. 26 (doc. C). La raison principale que ces auteurs font valoir à l’appui de leur manière de voir, c’est que le texte du récit Cest plus obscur que celui du récit A. Clemen relève en particulier la phrase AVApOULÉVWY TE Ty XATAVEYAX oo (26, TOY; qu'il trouve moins intelligible que ce qu’on lit dans je récit A.

1e WENDT, Die Apostelgeschichte, Güttingue, 1899 (8° édit. du commentaire de MEYER), pp. 186 ss.

2. CLEMEN, Die Chronologie der paulinischen Briefe, Halle, 1893, p.40

LA CONVERSION DE PAUL

di ee de. est, il est vrai, un peu ho mais elle n’est nullement obscure. On ferait la même remarque a ess propos du membre de phrase 6 @y te elDéç pe Ov 7e dobfooual cou (26, 16;), que Clemen trouve dure. Le même auteur estime que le proverbe mis dans la bouche de Jésus : « Il te serait dur de regimber contre l’aiguillon » a été supprimé par les auteurs des chapitres 9 et 22, parce qu'il était peu compréhensible pour des Hébreux'. Nous

__ avouons ne pas bien comprendre cette argumentation. Rien ne démontre d’abord que les chapitres 9 et 22 aient n. été destinés à des Hébreux, et le chapitre 26/à des:Grecs’ 4 De plus, on se demande en quoi ce proverbe est peu

intelligible pour des Hébreux. Sans doute l’image est bien grecque, puisqu'elle est employée par Ennonien mais elle pouvait parfaitement être comprise par des non Grecs*.

“4 On pourrait, nous semble-t-il, invoquer à ot à . la priorité de C, un argument bien plus saisissant l'absence dans ce récit de l'épisode de la cécité de Paul et de l’intervention d’Ananias, et la simple mention de la prédication à Jérusalem quia remplacé le récit détaille . de lafuitede Saul de Damas, et de son arrivée à Jérusalem, - que l’on trouve dans le récit À. Cet argument seraïtdéci-. sif, s’il était demontré que ces deux épisodes faisaient partie intégrante du texte primitif du récit A, et s’il était . établi qu’ils ne peuvent être l’œuvre d’un rédacteur postérieur. Il y a donc lieu d'examiner ici i la question de l’inere du récit À.

1. Das für Hebräer weniger verständliche Spr ichawort, OUV. cilé, p. 103. 7e 2. Bacchanies, 794.

: 200 3. Si même il était démontré que le proverbe qui nous occupe est ex- clusivement grec, l’argument de CLEMEN ne porterait pas, car il indique- rait que le récit C a un caractère secondaire.

RARE ee HAE 2 PREMIÈRE PARTIE. — LES FAITS

Occupons-nous d’abord de l'intervention dA’nanias. À propos de cet épisode, un premier fait nous surprend. Jusqu'au moment où il commence, le récit B suit fidèlement le récit À : à partir de ce moment, il s’en écarte sensiblement sans qu'il soit possible d'indiquer aucune raison de ses divergences. Il est impossible d'admettre. que l’auteur du récit B, aprés avoir copié fidèlement le récit À jusque-là, s’en écarte tout d’un coup et se mette à rédiger librement, sans qu'aucun intérêt historique ou. dogmatique explique ce changement. On est doncamené à supposer que le récit À, tel que l’auteur du récit B l'avait devant les yeux, ne contenait pas l'épisode d’Ananias. Dès lors, on comprendrait fort bien comment l’auteur du récit C ignore cet épisode. L'examen même du texte du récit À est nettement favorable à cette hypothèse; la suppression du fragment relatif à Ananias (9, 10-19;) laisse un texte parfaitement clair etintelligible. De plus, lintervention d’Ananias fait double emploi avec l’action du Christ sur le chemin. De deux choses l’une, en effet : ou bien l’apparition a suffi pour convaincre Paul de la résurrection, et par là même de la messianité de Jésus, et alors quel rôle peut bien jouer Ananias? ou bien, l'apparition du Christ n’a pas convaincu Saul, eton se demande alors comment une simple imposition des mains de la part de l’obscur Ananias a pu avoir une efficacité que l’action directe du Christ n'avait point eue‘.

Il n’est d’ailleurs pas difficile de déméler les préoccupations auxquelles a obéi celui qui a inventé l’intervention d’Ananias. Ce sont, au sens strict du mot, des préoccupations ecclésiastiques. L'auteur des Actes, on le

1. Le R. P. Rose, Éfudes sur la théologie de saint Paul (Revue Biblique internationale, 1902, p. 334) écarte aussi l'intervention d’Ananias. :

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Sait, tient à montrer l’unité du christianisme primitif. Il

projette naïvement dans les premiers temps de l’Église

la discipline ecclésiastique qui existait au temps où il.

écrivait. Son esprit un peu étroit ne pouvait comprendre qu'un persécuteur soit entré dans l’Église, et se soit converti sans avoir été baptisé et sans tenir son mandat des autorités ecclésiastiques. Cela lui paraissait non seulément scandaleux, mais même impossible, aussi a-t-il sans aucun scrupule imaginé cette intervention d’Ananias qui donne à la conversion et à la vocation de Paul un caractère régulier et officiel. Il n’a pas pensé dénaturer ainsi le récit primitif, mais corriger une omission involontaire du premier narrateur. Nous croyons donc avoir le droit d’affirmer que l'épisode d’Ananias a été interpolé dans le récit À par un rédacteur postérieur,

- Passons maintenant au second épisode : le voyage de Paul à Jérusalem après sa conversion. L'examen du texte, ici encore, est très défavorable à l’hypothése de l’originalité de ce morceau. La fuite de Jérusalem (9, 29-30 ;) est tellement identique à la fuite de Damas(9, 23-25 ;), qu'il est bien difficile d’écarter l’idée que l’une a été copiée sur l’autre. Il est d’ailleurs ici encore très facile de découvrir les raisons qui ont donné naissance à cet épisode : ce sont exactement les mêmes préoccupations que celles auxquelles l’épisode d’Ananias doit son origine. L'auteur

a voulu mettre Paul, tout au commencement de son

ministère, en rapport avec les apôtres de Jérusalem, afin que sa vocation apostolique reçoive d’eux une consécration régulière".

Il nous semble donc que les arguments mis en avant

1. Nous verrons plus loin que l’idée d'une espèce de consécration de Paul par les Douze s'est rencontrée du vivant même de l’apôtre, et qu'il l’a repoussée avec indignation dans l’épitre aux Galates.

54 on CE & PREMIÈRE PARTIE, — “LES: FAITS | SV RE

par les partisans de la priorité du récit €: n’ont pas une

valeur décisive. Reprenons donc la question à notre tour.

Nous avons vu que les paroles de Jésus sont beaucoup

‘plus développées dans le récit C que dans le récit À. Le

problème est donc celui-ci : le rédacteur À a-t-il abrégé ou le rédacteur C a-t-il développé? Cette dernière hypothèse est certainement la plus vraisemblable, car un second rédacteur devait tendre à amplifier plutôt qu’à abré- : ger. Il n’y a en effet aucune raison qui ait pu pousser le cena à abréger le récit C. Clemen parle du désir de

simplifier un texte Vo Mais le récit C n’est pas obscur

à proprement parler, son style est seulement un peu re-

. cherché. Ce caractère un peu particulier du récit C est

parfaitement explicable, dans l’hypothèse de la priorité du récit À. Les paroles de Jésus, que l’on trouve dans À, se rencontrent textuellement dans C. Le récit des faits

coïncide pour le fond, mais jamais pour la forme. Une

hypothèse très simple rend compte de ces faits. Il suffit d'admettre, pour les expliquer entièrement, que l’auteur du récit C s’est proposé de reproduire le récit À sans le copier servilement, et que c’est pour introduire quelque variété dans son œuvre qu'il a pris soin de ne pas employer les mêmes tournures de phrases que son modéle. De là viendrait ce qu'il y a d’un peu recherché dans son style.

Dans ce qui précède, nous avons laissé entiérement de

côté le récit B qui, nous l’avons vu, dépend du récit À. Il convient maintenant de nous demander sl n'y4

pas quelque relation particulière entre les récits B et C. La parenté des deux discours nous paraît probable. Ils contiennent en effet l’un et l’autre un détail qui manque dans le récit À, à savoir que l’apparition s’est produite au milieu de la journée (22, 6; 26, 13;). Mais les différences

sont us dunes pour qu “il soit possible. de dire “lequel a emprunté ce détail à l’autre. La question ESA d’ailleurs, d'une importance trés relative, puisque l'un et l’autre est secondaire par rapport au récit A. | L'étude critique que nous avons faite des trois récits de la conversion de Paul dans les Actes, nous permet donc de dire que le plus ancien de ces récits est celui du ch. get que les deux autres en dérivent, mais que ce récit a existé primitivement sous une forme différente de celle que nous possédons, c’est-à-dire sans l'épisode d'Ananias et le voyage de Paul è à sen après sa con- | version. | Ce que nous apprend le livre des Actes sur la con- FA version de Paul, consiste en ceci : le persécuteur part - pour Damas. En route, au milieu de la journée, se produit un fait mystérieux. Saul voit le Christ, il entend la voix de Dieu, il est persuadé alors que le crucifiéest vraiment ressuscité, et arrivé à Damas, celui qui y était venu pour persécuter les Chrétiens, se met à annoncer l'Évangile.

IT. — Le témoignage . Paul”.

Quel que soit l'intérêt des récits que nous venons d'étudier, le témoignage de Paul lui-même sur sa conversion a beaucoup plus de prix à nos yeux. Nous n'avons pas, à proprement parler, de récit de la conversion dû à l’apôtre lui-même, mais nous trouvons dans ses épîtres des allusions très étendues à ce fait. Trois passages sont surtout importants : d’abord la très précieuse autobiographie de Paul dans l’épître aux Galates (Gal. 1, 1-2, 14;), puis le passage de la premiére épître

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