‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 35 sur 111 · ROME RANCE · texte numérisé non relu

ROME RANCE

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avant tout, une question se pose: À quelle source Paul a-t-l puisé sa connaissance de la vie et des paroles de Jésus ? Il est impossible de résoudre cette question avec certitude. Il est probable qu'il devait connaître quelque chose de la vie et des paroles de Jésus, dès avant sa conversion, puis, quand il fut en contact plus étroit avec la communauté chrétienne, il s’enquit certainement d’une manière plus précise de ce qui concernait le Maître. 11 est enfin infiniment probable que quand Paul vint à Jérusalem, trois ans après sa converversion, les détails sur la vie et les paroles du Christ durent tenir une grande place dans les conversations qu'il eut avec Pierre et Jacques (Gal., 1, 18. 19;). Ceci n’est nullement en opposition avec ce que déclare maintes fois Paul, qu'il tient son Évangile de Dieu et non des hommes, car, pour l’apôtre, l'Évangile, la foi en Christ, ne consiste pas à savoir ce que Jésus a dit ou fait, mais à croire qu il est le Fils de Dieu, le Messie promis à Israël, qu'il est mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification (Rom., 4,25;). Or cette foi-là, ce n’est pas à ses entretiens avec tel ou tel chrétien que Paul la doit, c’est à l'expérience mystérieuse du chemin de Damas‘. Cela posé, voyons de quelle nature est l’intérêt qu'ont

1. Une expression cependant reste obscure. Paul, à propos du récit de la Cène, écrit aux Corinthiens : « J'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis, à savoir que... » (I Cor., 11,23;). Comment concilier cette affirmation avec une transmission purement humaine du récit de la Cène ? L’explication la plus vraisemblable nous paraît être de supposer qu’en disant qu'il tient ce récit mè to xvotou, Paul parle de l'autorité qu’il lui reconnaît et non de la source d’où il le tient. Paul dit dans l’épitre aux Galates (1, 15) qu'il tient son apostolat ox dr” av0pôrwy où à” avbpérov. On peut supposer qu'il tient le récit de la Cène amd roù xupiou à’ avpwrwy ; cf. PARET, arf. cité, pp. 60, 67; Weiss, Das älleste Evangelium, Gœttingue, 1903, p. 35.

d CE QUE PAUL CONNAÎT DE LA VIE ET DES PAROLES DE JESUS 97

pour Paul les faits de la vie de Jésus et ses paroles‘, De la vie de Jésus, Paul raconte quelques traits d’où ressort ce qu'était le Maître, et surtout il insiste sur la mort et sur la résurrection. Quant aux événements de la vie de Jésus, si Paul les connaît, ils n’ont pour lui aucun intérêt religieux, car ce qui est l’objet de sa foi c’est exclusive- : ment le Christ glorifié, l'être céleste, l'Esprit”. C’est pourquoi Paul affiche une indifférence qui étonne au premier abord, à l'égard des détails de la vie de Jésus; il va jusqu’à dire : «Si nous avons connu Christ selon Ja chair, . maintenant nous ne le connaissons plus » (II Cor., 5, 16;)°. Ce qui intéresse Paul dans la vie de Jésus, c’est uniquement ce qui sert de point de départ au développement de sa théologie‘ : « L'Évangile de Paul, dit avec raison Paret, commence là où finit la vie charnelle du Christ ° ». |

Pour les paroles de Jésus, il ne paraît pas que Paul en

1. Il est superflu de montrer qu’il ne saurait en tous cas être question d’un intérêt strictement historique au sens moderne du mot.

2. Die Briefe xeigen es unwiderleglich dass diese Details ein unmittelbares Glaubensinteresse für ibn nicht halte... Der eigentliche Gegenstand des Glaubens wie der Predigt des Apostels ist eben nicht Jesus, wie er auf Erden lebte, sondern der x5ptos oder Xototés im Himmel, der in Jesus erschienen war, jetxt als Geist wirksam ist (VON SODEN, ouv. cilé, p. 117, 118; cf. p. 165).

3. L'interprétation de Sagarier (L’apôtre Paul, p. s7), d’après laquelle il s’agirait seulement ici de la rupture de Paul avec la notion juive du Messie, ne nous paraît pas satisfaisante.

4. SrurM (ouv. cité, I, p. 17), dit : Es ist unleugbar, dass Paulus in seinen Briefen, die ja von ausgeprägler lebrhafler Art sind, aus dem irdischen Leben des Herrn im wesentlichen nur das aussdrüchlich verwendet, was ihm eine un. mittelbare Heilsbedeutung besitxt, und dass für ihn in dieser Bexiechung zunächst der Tod, daneben dann die Auferstebung und ausserdem noch der Eintritt des Prüexistenten in die Menscheit in Belracht kommen.

s- PARET, ouv. cité, p. 61. H. Horrzmanx, dit très justement : Die geschichtliche Person Jesu ist in eine transcendente Grüsse umgesetxt worden.

connaisse tel groupe plutôt que tel autre. Il est remarquable que Paul ne cite des paroles de Jésus, que pour donner des directions pratiques, pour régler des questions de détail'. C’est à cela que tient la fréquence toute particulière des citations, des allusions et des réminiscences de paroles de Jésus dans la première épitre aux Corinthiens. On sait en effet que cette épître a un caractère trés pratique, qui tient à ce qu’en l’écrivant, Paul a eu le dessein de répondre aux questions que lui avaient posées les Corinthiens. Au contraire, il n'arrive jamais que Paul appuie sur une parole de Jésus un des grands principes de sa théologie, la justification par la foi, l’effcacité de la mort du Christ, l’abolition de la loi’. Paul n’invoque l'autorité du Christ que dans les questions accessoires, jamais dans les questions essentielles ?.

En résumé, Paul connaît probablement assez bien la vie du Christ. Il n’en parie que peu, mais, comme le remarque Schmoller, « ce qu’il dit suppose la connaissance de plus, et même du tout ‘». Mais la vie de Jésus n'a pas pour lui d'intérêt directement religieux, si ce nest d'être la base de sa théologie. Les conseils et l'exemple de Jésus ont pour Paul une grande autorité, mais ils ne sont pas la seule autorité, ni même la plus

1. Encore Paul invoque-t-il l’autorité de l'Ancien Testament à côté de celle des paroles de Jésus; I Cor. 9, 14; nous en fournit un exemple curieux.

2. Il est à remarquer que Paul n’invoque jamais l'autorité de Jésus dans sa lutte contre le judaïsme ; cf. PARET, arf. cité, pp. 30, 31.

3. Nicht eben in Haupt, sondern gerade in Nebensachen (PART, art. cité,

Dig 4. Art. cité, p. 665.

“haute ne 6 lus sat k dépendre a autant ci ei leur contenu que de leur auteur.

Le Christ de Paul, ce n’est donc pas le Jésus qui a par- . 2

couru la Judée et la Galilée, qui a parlé et qui a agi; c'est &

F à le Christ qui lui est apparu si le chemin de Damas, C'est He qui donne Ra vie”

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sta va sans dire que nous ne noulons pas mettre en done par de | Panité fondamentale du Christ historique et du Christ sionies

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