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CHAPITRE I

VUE GÉNÉRALE. — L'ESSENCE DU CHRISTIANISME D'APRÈS Jésus ET D'APRÈS Paur.

Avant d'entrer dans le détail, il n’est sans doute pas inutile de chercher à avoir sur les relations de la théologie paulinienne et de l’enseignement de Jésus-Christ une vue d'ensemble, et pour cela, de comparer dans leurs grandes lignes l’enseignement de Jésus et la prédication de Paul. La question à laquelle nous avons à répondre est celle-ci : Quelle est, d’après Jésus et d’après Paul, l’essence de l'Évangile?

Une observation préliminaire s'impose ici. Ce que Paul entend par le terme d'Évangile n’est pas identiquement ce que Jésus entendait par le même mot’. Pour Jésus, l'Évangile est la bonne nouvelle de la proximité du Royaume, ainsi que cela ressort de cette déclaration de Marc : « Jésus vint en Galilée préchant l'Évangile de Dieu, disant : Le Royaume de Dieu est proche, convertissez-vous et croyez à l'Évangile » (Marc, 1, 14-15;). Pour Paul, au contraire, l'Évangile est une doctrine théolorique sur le Christ-(L Thés, 3,12: Gal, 1,7: 1 Cor,, 0; 13; Rom., 1-3; Phil., 1, 27;). Il n’est pas essentiellement la bonne nouvelle du salut, mais un enseignement touchant cette bonne nouvelle. Il y a là sans doute, avant tout, une question de vocabulaire, elle n’est cependant

1. Sur le sens primitif du mot, cf. J. Weiss, Das àlleste Evangelium, pp. 3158.

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pas négligeable, car elle exprime nettement un fait d'une importance considérable : la substitution par Paul d’une théologie à la prédication de Jésus.

Passons maintenant au fond même des choses :

A considérer l’enseignement de Jésus d’une manière tout extérieure, on est frappé d’abord de la fréquence

‘extrême des termes de Royaume de Dieu et de Royaume

des Cieux. Le Royaume est le centre de l’enseignement de Jésus. Conformément au sens même des mots, ilest, ou plutôt il sera une communauté ne comprenant dans son sein que des enfants de Dieu, c'est-à-dire des gens qui lui obéissent exclusivement’. Ce Royaume est futur”, il n’est pas actuellement réalisé, mais viendra à un moment que Dieu seul connaît (Math., 24, 36 et paral.;). Les paroles de Jésus où le Royaume apparaît comme futur sonttrès nombreuses. Sa première prédication est celle-ci : « Le Royaume de Dieu approche » (Marc, 1, 15; Math., 4, 17; cf. Maibh., 10, 7;). Quand Jésus dit à ses disciples : « Je vous le dis, en vérité, il y a quelques-uns de ceux qui sont ici présents qui ne goûteront pas la mort jusqu’à ce qu'ils aient vu le Royaume dé Dieu venir avec puissance » (Marc, 9, 1 et paral.), il est évident qu’il a l’idée très nette d’un moment, dans le temps, qui sera celui de l'avènement du règne de Dieu. La même idée est encore impliquée dans la prière que Jésus enseigne à ses dis-

1. Sur l’idée du Royaume dans l’enseignement de Jésus : J. Werss, Die Predigt Jesu vom Reiche Gottes, 2° éd. Güttingue, 1902. BALDENSPERGER, Das Selbstbewusstsein Jesu, Strasbourg 1888, pp. 107 ss.; H. HozTzmaxN, Neutestamentliche Theologie, 1, 188 ss.; Trnius, Jesu Lehre vom Reiche Gottes, Fribourg, Lepzig, 1895.

2. Cf. ExrHarDT. La récente controverse sur l’eschatologie de Jésus en Allemagne, 1895 (Extrait de la Revue de théologie et de philosophie). J. Werss dit très justement : « Ales Messianische herausxuexegesieren ist ein unerbôrter Gewalistreich » (ouv. cité, p. 65).

ciples : « Que ton Règne vienne » (Math., 6, 10; Luc. PCA

Quelques déclarations de Jésus semblent, il est vrai, aller à l'encontre de cette manière de voir, et présenter le Royaume comme un état intérieur se développant progressivement. Il en est ainsi, par exemple, de quelquesunes des paraboles du Royaume, de celles qui sont connues sous les titres de Paraboles du semeur (Marc, 4, 3 ss. et paral.), de l’ivraie (Math., 13, 245s.), du grain de moutarde, du levain (Marc, 4, 30-39, et paral.). Dans ces textes, le Royaume de Dieu assimilé à une graine ou à un ferment, semble bien être présenté comme un germe qui n a qu’à se développer. Mais il ne faut pas oublier que l'idée d’un développement organique est une idée essentiellement moderne; pour les anciens, ce n’est pas par une évolution naturelle, mais par un véritable miracle que la plante sort de la graine”. Ce que Jésus demande à ses disciples d’avoir en eux, — et qui est représenté dans les paraboles par le levain ou par la semence, — c’est un antécédent du Royaume, ce n’en est pas la cause, c’est encore moins le Royaume en puissance.

Une objection plus grave peut être tirée du passage Luc, 17,20. 21 ;. Les pharisiens demandent à Jésus : Quand viendra le Royaume ? il leur répond : « Le Royaume de Dieu ne viendra pas avec éclat. On ne dira pas : Il est ici, ou il est là, voici le Royaume de Dieu est au milieu de vous », (où yao 'h Basthela roù Aeoë évrès buy éorv). Avant de faire l’exégèse de ce passage, il faut observer qu'il perd en tous cas beaucoup de son importance, par le fait qu’il ne se trouve que dans l'Évangile de Luc, car son authen-

1. L'abbé Loisy (Revue critique, 1903, II, p. 267) présente des considerations analogues. « Cette idée du développement, dit-il. tient bien

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