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ticité n’est pas élevée au dessus de tout soupçon’. En interprétant éveè ou& d’après Math., 23, 26; Ps., 103, 1; 109, 22; (Lxx.), c’est-à-dire en lui donnant le sens de « dans vos cœurs » *, on arriverait à ce résultat, que, au moment où Jésus parle, le Royaume est réalisé dans le cœur de ceux qui l’écoutent, qu’il est ainsi d’ordre moral et non d’ordre eschatologique. Mais cette interprétation convient mal au passage qui nous occupe. Les pharisiens qui interrogent Jésus partent de l’idée que le Royaume de Dieu est à venir. Or, cela n’est nullement contesté par Jésus, il dit que le Royaume de Dieu ne viendra pas avec éclat, mais non qu'il ne viendra pas. Il affirme que lorsqu'il viendra, il ne sera pas réalisé dans un endroit donné, en sorte que tous ceux qui s’y trouveront y entrent, mais qu'il sera réalisé dans le cœur des croyants, c’est-à-dire par tous ceux dont les sentiments remplissent les conditions mises à l’entrée dans le Royaume. Le seul moyen de sortir de la difficulté très réelle que présente ici le mot isriv est de supposer qu’il
peu de place dans l'Évangile si tant est qu’elle y soit; même dans les paraboles du sénevé et du levain, il n’y a pas autre chose que l’idée de la prochaine et inexplicable transformation [nous dirions plutôt apparition] du Royaume... La comparaison du sénevé et du levain avec le Royaume des cieux ne porte pas sur la force vitale ni sur la puissance du ferment, mais sur la disproportion apparente de la cause à l'effet, du commencement avec la fin ».
1. Il faut avant tout écarter comme artificielle l'interprétation de TEr- TULLIEN, nier vos est id est in manu, in potestate vestra ; cf. HoLTzMANN, Hand Commentar zum Neuen Testament, X, 1 die Synoptiker, 3° éd., Tubingue, Leipzig, 1901, pp. 393, 394.
2. J. We:rss dit de cette interprétation qu'elle convient dans le contexte : wie die Faust aufs Auge (Die Predigt Jesu.…, p.85). D'après cet auteur (ibid. p- 87.), Jésus, en prononçant cette parole, aurait voulu seulement répondre à une question insidieuse des pharisiens.
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provient d’une faute de traduction pour #«', ou que, d’une manière quelconque, le présent ait ici le sens du futur. En tous cas, le caractère eschatologique de la notion du Royaume de Dieu chez Jésus, ne saurait être sérieusement contesté au nom de ce seul passage dont l’authenticité est douteuse et le sens obscur.
La prédication du Royaume, c'est-à-dire l'annonce de la proximité de sa venue et l’exhortation à s’y préparer, constitue l’essence de l'Évangile de Jésus. Les textes qui viennent à l'appui de cette affirmation sont extrêmement nombreux, aussi nous bornerons-nous à en indiquer quelques-uns. L'auteur de notre premier évangile caractérise ainsi l'activité de Jésus : « Il parcourait le pays, préchant l'Évangile du Royaume » (Math., 4,23:9, 35:). Quand Jésus envoie ses disciples prêcher l'Évangile, il leur dit : « Annoncez que le Royaume de Dieu est proche » (Math., 10, 7;). Dans l’évangile de Luc, Jésus déclare lui-même : « Il faut que j’annonce l'Évangile, car c’est pour cela que j'ai été envoyé » (Luc, 4, 43; cf. Math. 24, 14; Luc, 8, 1; 9, 2;). L'idée du Royaume est tellement centrale pour Jésus, qu’elle domine tousles moments de sa pensée. Toute sa sotériologie, s’il est permis d’employer ce terme technique à propos de quelque chose d'aussi peu théologique que la pensée de Jésus, consiste uniquement à faire connaître les conditions d’entrée dans le Royaume. Toute sa morale consiste à enseigner comment doivent se conduire ceux qu'il appelle les enfants du Royaume.
Le salut pour Jésus”, c’est l'entrée dans le Royaume
1. On sait que dans les langues sémitiques il est très aisé de confondre
le présent et le futur.
2. Sur le contenu de cette notion du salut, voir l’étude de MÉNÉGoZ,
de Dieu‘. Un passage de la péricope du jeune homme riche ne laisse subsister aucuñ doute sur ce point. Jésus dit : « Qu'il est difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu »; à quoi les disciples répondent : « Qui peut donc être sauvé? » (Marc, 10, 24. 26 et paral.). L'identification de l'entrée dans le Royaume et du salut n’a d’ailleurs rien qui doive nous surprendre, car Jésus enseigne que le Royaume est préparé dés l’origine du monde pour ceux que le Pére à choisis. Dans la péricope du jugement dernier, le juge dit à ceux qui sont à sa droite : « Venez, vous les élus de mon Père, recevez le Royaume qui vous a été préparé depuis la création du monde » (Maib., 25, 34;). Jésus dit de même au petit groupe de ses disciples : « Ne crains rien, petit troupeau, car il a plu au Père de te donner le Royaume » (Luc, 12, 32;).
Le Royaume est le bien suprême, Jésus le compare à un trésor, ou à une perle de grand prix (Math, 13, 44. 45;).Il le déclare un bien si précieux, que pour y entrer, il ne faut pas hésiter à sacrifier un de ses membres (Marc, 9, 47 et paral. cf. Math, 19, 12;). La perspective seule du Royaume est tellement belle, que Jésus proclame heureux, uniquement parce qu'un jour ils entreront dans le Royaume, ceux qui sont actuellement pauvres et persécutés (Math., $, 3. 10;). Jésus déclare enfin que le Royaume doit être l’objet exclusif de la recherche des croyants : « Cherchez avant tout le Royaume de Dieu et sa justice, dit Jésus à ses disciples à propos des soucis, et toutes choses vous seront données par surcroît » (Muth., 6, 33; Luc, 12, 31;).
Le salut d’après l'enseignement de Jésus-Christ (Publications diverses relatives au fidéisme, Paris, 1900, pp. 387-415).
1. On ne trouve d’ailleurs pas chez Jésus de notion abstraite du salut.
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De cette rapide esquisse de l’enseignement de Jésus, il ressort, nous semble-t-il, avec une entiére évidence, que l’idée du Royaume est l’idée centrale de l’enseignement de Jèsus, l'annonce du Royaume l'essence de sa prédica-
tion.
Un simple coup d'œil jeté sur les épîtres de Paul suffit pour démontrer que l’idée centrale de la prédication de l’apôtre n’est nullement celle qui forme l'essence de l'Évangile de Jésus. Écrivant aux Corinthiens, Paul dit lui-même ce qui constitue l’essence de son enseigement : « Je n’ai rien voulu savoir parmi vous, déclare-t-il, que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié » (I Cor., 2, 2;). Si l’apôtre borne son enseignement à cela, c’est que pour lui Jésus-Christ nous à été fait de la part de Dieu « sagesse, justice, sanctification et rédemption » (I Cor., 1, 30;).
Ce qui vient en première ligne dans la prédication de l’apôtre, c’est donc Jésus-Christ, parce que Jésus- Christ est le seul moyen de salut.
Quant au salut lui-même, nous verrons plus loin qu’il comprend pour Paul deux éléments. Le premier est l’appropriation à chaque individu du salut réalisé en Jésus- Christ, c’est le pardon des péchés, l’adoption par Dieu, le gage reçu par le don de l'Esprit de la rédemption future. Le second élément, c'est la pleine possession de la vie, l'achèvement de l’œuvre dont la justification n'a été que le commencement. À vrai dire, l’idée du Royaume de Dieu ne manque pas complétement chez Paul’. La vocation adressée par Dieu pour le salut de l'humanité est, aux yeux de Paul, un appel à entrer dans le Royaume.
1. On trouve le terme de Royaume de Dieu neuf fois dans les épîtres pauliniennes. Sur l’idée du Royaume chez Paul, voir Wenpr, Die Lebre
Jesu, pp. 270-272.
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L’apôtre, écrivant aux Thessaloniciens, les exhorte à se conduire d’une manière digne de Dieu qui les a appelés à entrer dans son Royaume et dans sa gloire (I Thess., 2, 12;). Pour engager ses lecteurs à rompre avec le péché sous toutes ses formes, Paul leur écrit: « Ceux qui agissent ainsi n’hériteront pas du Royaume de Dieu:5, (Gal, 5,21; 1 Cor. 629! 10$MEph. SSSR FCOrSYTS F0);
Il ya donc accord fondamental entre l’enseignement de Jésus et la prédication de son apôtre. Pour l’un et pour l’autre, l’avénement du Royaume sera la pleine réalisation du salut, et pour chaque individu, être sauvé, c'est entrer dans le Royaume de Dieu. Mais malgré tout, il subsiste entre les deux enseignements une différence importante : l’idée du Royaume est loin d'occuper la même place chez Paul que chez Jésus. À quoitient donc cela? L'objet central de l’enseignement de Jésus, c’est le salut dans sa réalité concrète. L’objet central de la théologie paulinienne, c’est l'analyse des moyens par lesquels le salut se réalise. Affaire de tempérament, sans doute pour une large part. Paul était un esprit naturellement porté à l'analyse, et cette tendance avait été renforcée en lui par l'éducation rabbinique qu’il avait reçue. F’esprit de Jésus au contraire, était étranger aux subtilités de la théologie ; il saisissait les choses dans leur réalité vivante, sans se préoccuper d’en chercher avec détail le comment et le pourquoi. Jésus prêche le salut, Paul enseigne, — et c’est là l'originalité propre de sa théologie, — le comment du salut. Il y a chez Paul une sotériologie qui forme un système très complet, et qu'il a créée de toutes pièces, car Jésus n’avait pas élaboré de sotériologie, mais s'était borné à mettre à l’entrée dans le Royaume des
conditions trés simples, qui d’ailleurs dérivaient de la nature même des choses.
Dans la théologie paulinienne, le Christ prend la place que le Royaume de Dieu occupait dans l’enseignement de Jésus. C'est que, par suite des conditions dans lesquelles le christianisme de Paul était né, le Christ crucifié et ressuscité devait occuper dans sa pensée une place centrale. La chose importante entre toutes pour lui, c’est d'être en Christ. Ceux qui sont en Christ ont d’ailleurs l'assurance d'entrer dans le Royaume, quand le Royaume viendra. Par ce trait, qui lui est propre, le paulinisme rejoint par un certain côté l’enseignement de Jésus, car dans le petit cercle des disciples, l'attachement à la personne du Maître avait toujours été inséparable de la fidélité à son enseignement et de l’attachement au Royaume.