‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 40 sur 111 · CD LD FAT RC EU RER AE EE · texte numérisé non relu

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attachement coupable à quelque chose d’autre que le Royaume de Dieu et sa justice (Math., 6, 25-33;)°. Nous avons dans les évangiles, comme une contrepartie de ces déclarations de Jésus sur l'attachement aux choses du monde, qui constitue le péché : « Si quelqu'un

veut venir après moi, dit Jésus, qu'il renonce à lui-même,

qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive; celui qui veut sauver sa vie la perdra, celui qui perd sa vie à cause de moi et de l'Évangile, la sauvera » (Marc, 8, 34-36, et paral.). Ainsi le renoncement aux choses du monde, le sacrifice de soi-même, la souffrance volontairement acceptée, voilà la conduite normale de l’homme. Au contraire, l’égoisme et l’attachement au monde constituent le péché.

Si Jésus considère l'attachement au monde comme un mal, cest en vertu du principe qu'il expose ainsi à ses disciples : « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre où le ver et la rouille les rongent, et où les voleurs les percent et les dévorent, mais amassez-vous des trésors dans le ciel... car là où est votre trésor, là sera aussi votre cœur » (Math., 6, 19-21 ;).

Le péché consiste donc à faire volontairement partie du monde qui est mauvais et destiné à périr. Il empêche l'homme de s'attacher à ce qui ne périt pas. Considéré à ce point de vue, le péché n’est pas seulement un acte mauvais, il est encore un acte inintelligent, contraire aux véritables intérêts de l’homme.

Mais d'autre part, le péché est aussi une offense envers Dieu. Quand Jésus apprend à ses disciples à dire à Dieu : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons

1. Peut-être que la purification du temple par Jésus (Marc, 11, 15-17 par.) implique la même idée.

à ceux qui nous ont offensés » (Math., 6, 12; Luc, 17, 4;)', il est évident que cela implique que par le péché, Dieu est offensé comme un homme peut être offensé par un autre homme. La parabole de l'enfant prodigue, en même temps qu'elle présente le péché comme un éloignement de Dieu, et, par là même, en fait aussi une offense contre Dieu, car le père de la parabole est outragé par l’ingratitude de son fils. Cela est tellement évident, que tout l'intérêt de la parabole consiste à montrer comment l'amour triomphe dans le cœur du pére, de l’orgueil outragé (Luc, 15, 11-32;).

Par le fait même que le péché est une offense envers Dieu, il équivaut à une dette contractée vis à vis de lui. Il en est ainsi, par exemple, dans la parabole du serviteur impitoyable. Un maître veut régler ses comptes avec ses serviteurs. À l’un d’eux qui lui doit dix mille talents et qui ne peut payer, il remet sa dette. Ce dernier rencontrant un compagnon de service qui lui doit cent deniers, et qui, lui non plus, ne peut payer, le traite avec une dureté impitoyable, refusant même de lui accorder un délai. Le maître mis au courant de ce qui s’est passé s'irrite contre son serviteur et le traite comme il avait traité son compagnon de service. Et Jésus conclut ainsi : « C’est ainsi que vous traitera mon Père céleste si vous ne pardonnez pas, chacun à son frère de tout son cœur » (Math., 18, 21-35;). Cette conception du péchédette est étroitement apparentée à celle du péché-offense que nous signalions plus haut. On sait en effet que

r. L'Évangile de Marc qui, on le sait, ne donne pas l’oraison dominicale, contient une parole de Jésus qui rappelle cette demande : « Quand -vous priez, dit Jésus, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez-lui, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne vos péchés » (Marc, 11, 25;).

d’après la conception juive, tout péché appelle une expiation et que par là, le pécheur reste le débiteur de Dieu qu'il a offensé.

A ces diverses idées, il faut en joindre une autre. Le péché est comparé par Jésus à la stérilité d’un arbre. C'est ce qui ressort de l’obscure péricope du figuier maudit (Marc, 11, 12-14.20-25; Math., 21, 18. 19;). Jésus s’approchant du figuier couvert de feuilles, et n y trouvant pas de fruits, le maudit. L'arbre aussitôt se dessèche”. Marc ajoute une reflexion qui nous déroute : « Ce n’était pas, dit-il, la saison des figues ». Nous n'avons pas à rechercher ici quelle a pu être la forme primitive de cette péricope”. Une chose d’ailleurs est certaine, c’est que Jésus ne reproche pas autre chose au figuier que sa stérilité. Il est évident qu'il n’a pas agi par un mouvement d'humeur venant de sa faim déçue, mais qu’il a voulu, soit raconter une parabole, soit accomplir un acte symbolique pour exprimer cette idée, que Dieu blâme et condamne la stérilité de l’homme. Il en est en tous cas ainsi dans la parabole du figuier stérile que Luc rapporte (Luc, 13, 6-9;), et qui n’est peut-être qu'une transfor- mation durécit un peu obscur de Marc.

La condamnation de ceux qui ne portent pas de fruits, c'est-à-dire qui ne remplissent pas la mission que Dieu leur a confiée, et qui, au lieu de bonnes actions, n’en accomplissent que de mauvaises, semble avoir fait partie de la première prédication de Jésus, de celle qui lui est commune avec Jean Baptiste. « Voici, disait le précurseur, la cognée est déjà mise à la racine des arbres, tout arbre donc qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et 1. Il en est ainsi d’après Mathieu. D’après Marc, les disciples passant

le lendemain au même endroit trouvent le figuier desséché. 2. Cf. WELLHAUSEN, Das Evangelium Marci, Berlin, 1903, pp. 95-98.

jeté au feu » (Maib., 3, 10; Luc, 3, 9 ;), et tout à la fin de sa vie, dans la parabole des deux fils (Math., 21, 28-3r;), Jésus parle encore de la nécessité d’une obéissance active et non d'une soumission purement extérieure. Cette parabole n’est d’ailleurs qu’une illustration de ce qu'avait dit Jésus : « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le Royaume des cieux, mais ceux-là seuls qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Math., 7, 21;). |

À ce que nous venons de dire, il convient peut-être d'ajouter une autre manière de considérer le péché, que l’on trouve par moments chez Jésus. Il s’agit d’un péché que l’on pourrait appeler en quelque sorte, « péché à la deuxième puissance ». C’est le péché de ceux qui refusent d'accepter la prédication de Jésus et s’endurcissent. C'est ainsi que Jésus maudit les villes de Galilée. Il annonce à Bethsaïda et à Chorazin qu’elles seront traitées au jour du jugement plus rigoureusement que Tyr et que Sidon, et à Capernaüm qu'elle sera abaissée jusqu’en enfer et traitée plus sévérement que Sodome (Math., 11, 20-24 et paral.). Or ce ne sont pas des crimes et des hontes comparables à ceux de ces villes, types de la corruption païenne, que Jésus reproche aux villes de Galilée, c’est uniquement qu’elles n’ont pas reçu sa prédication.

Les différents traits que nous avons successivement notés au cours de notre étude, ne sont pas, dans la pensée et dans l’enseignement de Jésus, aussi nettement distingués l’un de l’autre. Ils se fondent au contraire et se combinent pour former une image du péché singuliérement vivante et saisissante. On pourrait la résumer en disant que pour Jésus le péché est l’état de l’homme qui ne remplit pas le rôle qu’il doit remplir ici bas, qui, au lieu de

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