‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 42 sur 111 · LE! BÉCHEU HAN) AIN · texte numérisé non relu

LE! BÉCHEU HAN) AIN

en vous-mêmes ? Lequel est le plus facile, dire au paralytique : Tes péchés te sont pardonnés, ou bien de lui dire : Lève-toi, prends ton lit et marche ? Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés : Lève toi, dit-il au paralytique, prends ton lit et va dans ta maison. Il se leva, ajoute l’évangéliste, et aussitôt prenant son lit, il alla dans sa maison. » Cela nous montre que pour Jésus, guérir, cest montrer son pouvoir de pardonner les péchés. La maladie est donc la conséquence directe et comme la manifestation du péché. Il y a là une idée qu'il ne faut pas perdre de vue, si on ne veut pas s’exposer à mécon-

naître complétement le sens d’une grande partie de l’acti-

vité de Jésus. Quand il guérit les malades — et on sait quelle place les: récits de guérisons tiennent dans nos

évangiles — il n’agit pas en thaumaturge, mais en Sauveur, il ne cherche pas à manifester son pouvoir supé-

rieur, il veut vaincre le péché.

Mais cette identification presque complète de la soutfrance et du péché, pouvait présenter certains inconvénients, celui, en particulier, de faire conclure de la maladie d’un individu à son état de péché. Ce danger n'a pas échappé à Jésus. Il Pa écarté en considérant la souffrance, non seulement comme un châtiment du péché, mais encore comme un avertissement donné à ceux qui en ont le spectacle. Quand on vint lui parler un jour de Galiléens de qui Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs sacrifices, il dit : « Croyez-vous que ces Galiléens-là étaient plus coupables que les autres parce qu’ils ont souffert ces choses? Non, vous dis-je, mais si vous ne vous convertissez, vous périrez tous de même » (Luc, 13, 1-5). :

1. Oa trouve une réserve analogue dans le quatrième évangile (Jean, 9,

en partic. 2. 3;).

Il y a de même pour Jésus, un rapport entre le péché et toutes les formes de la souffrance morale. « Heureux, dit-il par exemple, ceux qui ont faim etsoif de la justice, car ils seront rassasiés » (Math, $, 6;). Il n’est pas question ici du sentiment du pêché et du désir de la justification, mais de la souffrance de ceux auxquels il est fait injustice ; à ceux-là, Jésus promet la délivrance. Cette opposition entre la délivrance qui vient de Dieu et l’injustice du monde, nous autorise peut-être à dire que Jésus considère cette injustice comme résultant du péché qu’il vient combattre (cf. Math., 11, 28-30;).

Le péché a pour conséquence un châtiment qui viendra au moment de la fin du monde. Il semble que ce châtiment doive venir de l'extérieur. Déjà Jean-Baptiste avait enseigné qu'« il faut fuir la colère à venir » (Math., 3, 7; Luc, 3, 7;). Jésus annonce de même que « tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu » (Math., 7, 19;). Cette pensée est exprimée dans la parabole de la vigne où Jésus dit : « Quand le maître viendra, il fera périr les vignerons qui, au lieu de lui rendre en son temps le fruit de sa vigne, ont outragé et battu ses envoyés et mis à mort son fils » (Marc, 12, 1-12;). Nous avons déjà vu que Jésus a l’idée d’un jugement qui, à la fin des temps, séparera les méchants des bons (Maih., 25, 31-46;)

Mais si le châtiment du péché est ainsi conçu comme venant de l'extérieur, c’est sans doute parce que le langage de Jésus, et, dans une certaine mesure aussi, sa pensée, sont conditionnés par les idées de son temps, A certains indices, on peut en effet constater que le châtiment du péché n’est pas le produit de je ne sais quelle vengeance de Dieu, mais qu'il est une conséquence logique et directe du péché lui-même, qu'il en est en quel-

que sorte l'épanouissement. Le châtiment du péché, pour Jésus, est déjà contenu en germe dans le péché luimême. Cela ressort nettement de la parabole de l'enfant prodigue. Le dénûment et la misère dans lesquels il se trouve ne sont dus à aucun facteur extérieur, mais sont la conséquence directe de l’abandon de la maison paternelle, c'est-à-dire de la faute même qui a été commise. Jésus d’ailleurs a posé le principe de cette théorie de la sanction, quand il a dit à ses disciples : « Là où est votre trésor, là sera aussi votre cœur » (Math., 6, 19-21;). Ceux de qui le trésor est sur la terre seulement, sont nécessairement voués à l’anéantissement, que les choses terrestres ne sauraient éviter. | Il n’est pas aisé de déterminer ce qu’est en lui-même ce châtiment. Il est hors de doute qu’il comprend comme facteur principal l'exclusion du Royaume, mais comment Jésus se représentait-il le sort de ceux qui étaient ainsi rejetés ? Supposait-il qu'ils continuaient à vivre, mais d’une vie misérable et pleine de tourments, ou bien concevait-il qu’ils avaient absolument cessé d'exister? Il semble d’après quelques textes, qu'il faille se prononcer pour la première de ces deux hypothèses. Jésus parle à plusieurs reprises d’ « être jeté dans les ténèbres du dehors, là où il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Math., 8, 12; 22, 13). Dans la péricope du jugement dernier, il dit: « Éloignez-vous de moi, maudits, allez : dans le feu éternel (sis 52 rüe 5à ainov), préparé pour Satan et pour ses anges » (Maih., 25,41;), etilest dit que ceuxlà s’en vont aux tourments éternels (is xéhaw aitnos, 46 ;); mais, quelque précis que soient ces textes, ils ne sont pas absolument décisifs. Il ne faut pas oublier que Jésus ne parle pas par formules théoriques, mais par images. À vouloir interpréter ses métaphores comme des for-

mules, on risque de se mépiendre complètement sur sa pensée. Nous croyons donc qu'en l’état des textes il vaut mieux laisser sans solution la question que nous avons posée ‘.

Il faudrait maintenant savoir ce que Jésus a pensé des questions de l’étendue et de l’origine du péché; mais ce sont là des problèmes théologiques et, nous l’avons déjà

vu, Jésus n’est rien moins qu'un théologien. Il semble

pourtant qu'il a cru à l’universalité du péché. Nulle part, sans doute, il ne l’affirme d’une manière théorique, mais certains passages indiquent qu’en fait il considérait tous les hommes comme pécheurs. Nous le voyons dans les évangiles, combattre sans répit le sentiment de la propre justice. Dans la parabole de la paille et de la poutre, il appelle chacun à s’examiner soi-même avant de condamner son prochain (Math., 7, 1-5 ;). Dans la parabole du pharisien et du péager, 1] montre que ceux dont la vie extérieure est irréprochable, sont parfois moralement inférieurs aux plus grands pécheurs (Luc, 18, 9-14;). Dans la parabole du serviteur inutile enfin, il combat énergiquement l'idée du mérite (Luc, 17, 7 ss.;). Mais rien ne prouve mieux que Jésus croyait à l’universalité du péché, que l'épisode de la femme adultère que certains manuscrits intercalent dans le IV® évangile (Jean, 7, 53-8,11;)°. Une femme surprise en flagrant délit d’adultère est conduite à Jésus, et celui-ci interrogé sur le châtiment qu'il faut lui faire subir. Jésus refusant de résoudre la question qui luiest posée répond seulement : « Que celui qui est

1. Notons seulement que d’après la parabole du riche et de Lazare (Luc, 16, 19. ss., en part. 23 ss.), Jésus a admis le caractère définitif des sanctions d’outre-tombe.

2. Le codex D par exemple, cf. Tiscmenporr, Ed. 8 critica major, Leipzig, 1869, [ p. 826 ss.

sans péché lui jette la première pierre ». Cela veut dire

évidemment : « Aucun de vous n’est sans péché ». Repris dans leur conscience, les accusateurs de la femme s’éloignent tous depuis le plus vieux jusqu’au plus jeune.

Quant à la question de l’origine du péché, c’est une question proprement théologique qui est, par là même, étrangère aux préoccupations de Jésus. Nous pouvons seulement relever ici une indication intéressante. Il s’agit des purifications avant les repas. négligées par Jésus et par ses disciples. Aux reproches des pharisiens, Jésus répond en disant : « Écoutez-moi bien et comprenez: rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui

ne peut le souiller, mais ce qui sort de l’homme, c’est ce

qui le souille » (Marc, 7, 14. 15 ; et paral.). Un peu plus loin, Jésus précise sa pensée en disant à ses disciples :

« Ce qui sort del’homme, c’est ce qui le souille, car

du cœur des hommes sortent les mauvaises pensées, les débauches, les vols, les meurtres, les adultères, les rapacités, les méchancetés, la tromperie, l’impudicité, l'envie, la calomnie, l’orgueil, la démence; toutes les mauvaises choses sortent du dedans et rendent l'homme impur » (Marc, 7, 20-23;). Il résulte de la que la cause du péché est en l’homme‘. Faut-il aller plus loin, et attribuer à Jésus une explication psychologique et anthropologique de l’origine du péché ? Nous ne le croyons pas. Une parole de Jésus semble, il est vrai, nous mettre sur la trace d’une pareiïile théorie : « Veillez et priez, dit Jésus 4 ses disciples, afin que vous ne

1. Le fait que Jésus parle à plusieurs reprises de la tentation (Math. 6, 13; 26, 41; etc.) n’affaiblit pas cette conclusion. Il est évident, en effet, que la tentation extérieure ne saurait avoir d'effet que si elle trouve un point d'appui dans ie cœur de l’homme.

LE HÉCHÉ DNRE

tombiez pas en tentation, car l'esprit est prompt mais la chair est faible » (Marc, 14, 38: Math., 26, 41;). Fautil, en s'appuyant sur ce passage, dire que pour Jésus la cause du péché est la chair et son antagonisme avec l’esprit? Cette conclusion nous paraît fausse. Cette parole de Jésus ne suppose pas antagonisme entre la chair et l'esprit, mais seulement inégalité entre eux. Jésus affirme qu’il est plus facile de concevoir un dessein que de le réaliser, de prendre une résolution que de la mettre en pratique. Il y a donc ici une observation psychologique, et non une doctrine théologique.

Pour caractériser en peu de mots cet enseignement de Jésus sur le péché, nous pouvons dire que son trait dominant, quant à la forme, est que c’est une conception exclusivement pratique du péché. Quant au contenu même de cet enseignement, on peut le caractériser en disant qu'il fait consister l'essence du péché dans l’éloignement de Dieu.

IT. — La doctrine paulinienne du péché’.

Si on considère les choses de l’extérieur, le péché apparaît d’abord chez Paul comme un acte individuel. Dans l’épître aux Thessaloniciens, par exemple, Paul parle des Juifs qui mettent le comble à leurs péchés en s’opposant UE prédication de l'Évangile (1 Thess., 2, 16;). Le péché est ici un acte nouveau, venants ajouter à des actes antérieurs. [l en est de même dans l’épître aux Galates, où Paul dit après une énumération de différents vices, comme la débauche ou l’idolâtrie : « Ceux qui agissent ainsi (oi rx rouira mpéaoves) n’hériteront pas du Royaume

1. MÉNÉGOZ, Le péché el la rédemphon d'après saint Paul, Paris, 1883.

de Dieu » (Gal. $,21; cf. Rom., 1, 323). Dans les épitres aux Corinthiens, on trouve des expressions comme : AUTAITe Hiapeche », (Con, 6 107 Cor., 11,75) Dans l’épitre aux Romains, Paul emploie comme équivalent de pécher, « accomplir le mal » (rarepyatetv TÔ zaxév (Rom., 2, 9;). « Tout ce qui n’est pas fait en bonne conscience, écrit-il dans la même épître, est un péché » CRom., 14, 23;)!.

Ce qui caractérise le péché comme acte, c’est l’éloignement de Dieu. Ceci résulte d’abord indirectement d’un curieux passage de l’épître aux Galates. « Nous, dit l’apôtre, qui par nature sommes Juifs et non pécheurs d’entre les païens » (Gal., 2, 15;). Dans l'opposition absolue statuée ici entre Juifs et païens, ceux-ci sont qualifiés de pécheurs. Est-ce que les Juifs sont effectivement plus justes que les païens? 1] est impossible d’admettre que telle ait été la pensée de Paul, quand on se rappelle avec quelle âpre éloquence il affirme, au commencement de l’épître aux Romains, la culpabilité déttous, Juifs et Grècs# Quél.est donc! lé:senside ce passage? L’apôtre ici se place au point de vue du judéo-christianisme pour lequel, comme pour le judaïisme même, le fait d’appartenir à Israël, soit par la naissance, soit par l'adoption, constituait un immense privilége, puisque Dieu était le Dieu des Juifs seuls, tandis que les païens incirconcis lui restaient étrangers. L'idée que Paul veut indiquer ici et qu’il exprime par le mot éuaprwkot appliqué aux païens, c’est que ceux-ci sont éloignés de lui et lui restent étrangers. L’essence du pé-

£. Il faut prendre ici et dans ce qui précède le terme d’ « acte » dans ün sens un peu large, de manière à ce qu’il puisse comprendre des sentiments comme la colère et la dureté de cœur.

ché est donc pour Paul l'éloignement de Dieu, puisque cette idée est directement impliquée dans le terme même de pécheur (cf. Coloss., 2, 13). |

Dans l’épitre aux Corinthiens, une exhortation à s'abstenir du péché et à s’éloigner des pécheurs se termine par ces mots : « Car quelques-uns ignorent Dieu » (I Cor., 15,343). C’est évidemment aux pêcheurs que Paul songe, et il explique la cause de leur péché en disant qu’ils ne connaissent pas Dieu.

A l'égard de Dieu, le péché est donc éloignement et ignorance, il est aussi désobéissance. Dans l’épitre aux Romains, Paul rappelant une parole du livre d’Esaïe (Esaïe, 65, 2;), appelle Israël, un peuple désobéissant et rebelle (Rom., 10, 21;). De même, évoquant le souvenir du temps où ses lecteurs n'étaient pas encore chrétiens, l'apôtre dit : « Alors vous désobéissiez à Dieu » (Rom. 11, 30;). Enfin, les épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens appellent les pécheurs, les « fils de la rébellion » (Ephes., 2, 2; Col., 3,6; ms. NA).

Une idée très voisine de l’idée de désobéissance résulte de l’opposition entre le péché, que Paul appelle dix ou encore Veïux, et la vérité (&xf0aa). Cette opposition se trouve très nettement dans l’hymne de la charité. « La charité, dit l’apôtre, ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit de la vérité » (I Cor., 13,6;); mais c’est surtout dans l’épître aux Romains que cette antithèse est développée. Dans Rom., 3, 7; la vérité de Dieu et le mensonge de l’homme s'opposent comme la justice et le péché; dans Rom., 2,8;, parlant des pécheurs sur lesquels viendra la colère de Dieu, l’apôtre dit qu’ « ils désobéissent à la vérité et qu’ils obéissent à l'injustice ». Mais aucun passage n'est peut-être à cet égard plus intéressant que le passage Rom., 1, 18-32; sur lequel nous aurons

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ie

encore à revenir quand nous examinerons la question de l’origine du péché. Dans ce morceau, l’idée de la vérité revient par deux fois, d’abord au werset 18 où ilest dit que les hommes se sont opposés à la vérité par l'injustice, puis au verset 25, où il est dit que les hommes « ont changé la vérité de Dieu en mensonge ».Le sens de ce passage est éclairci par une affirmation de l’apôtre, qui jette sur sa pensée une lumiére trés intéressante. « Ils ont, dit Paul, adoré la créature au lieu du créateur, et lui ont rendu un culte ». Cette affirmation est d’ailleurs confirmée par celle qu'on rencontre quelques versets plus

haut : « Ils ont substitué à la gloire du Dieu immortel,

des images représentant l'homme mortel, les oiseaux, les quadrupèdes, les reptiles » (Rom., 1, 23;). Ces deux passages nous montrent que la vérité, pour l’homme, consiste à rendre à Dieu le culte qui lui est dû, et le mensonge, à adorer à sa place des créatures, ce qui équivaut à s'opposer à la vérité, c'est-à-dire à l’ordre naturel des choses".

Enfin, et comme résumé de ce qui précède, nous pouvons dire que le péché apparaît, chez Paul, comme ce qui est opposé à la justice, et d'une manière plus particulière, à la justice de Dieu. Nous nous bornerons à indiquer ici trois passages dans lesquels cette opposition apparaît parfaitement nette. Dans la deuxième épître aux Corinthiens, Paul dit, par exemple, que « celui qui ne connaissait pas le péché, Dieu l’a fait péché pour nous, afin que nous devenions justice de Dieu en lui » (IE Cor,

1. Wicke Grimm (Clavis v. œ\0etx) explique ainsi ce mot : Id quod in rebus ad deum et hominum officia spectantibus verum est (die religiüs-sittliche Warbrheit). Il nous semble cependant que chez Paul l’élément religieux domine ici à l'exclusion de l’élément moral. On trouve &Af0z1x avec le même sens dans la Didachè (5, 2;).

TC ES A CRAN CE ANA UT A NT NE A Re té SALE TE Men! Gr: 1 DAS ê ' $ Lie (

ÿ21:); Dans l’épitre aux Romains, Paul oppose de la même façon notre injustice et la justice de Dieu (Rom. 3,5:). La même antithèse se trouve trés nettement dans un autre passage du même chapitre, où Paul déclare que la manifestation de la justice de Dieu se fait par le pardon des fautes (Rom., 3, 25;).

On a pu remarquer, en lisant tous les textes que nous avons étudiés dans les pages qui précèdent, que la notion concrète du pêché n’est que le point de départ de la pensée de Paul, et que, de la, il passe très vite à une conception abstraite. Les actes individuels de péché sont, à ses yeux, moins importants que le principe qui les engendre. C’est ce principe, beaucoup plus que les actes concrets de péché, qui fait l’objet de sa spéculation théologique.

Si Paul avait été un de ces esprits superficiels qui se contentent d'observer les faits sans avoir besoin de les comprendre, ou bien si, pour une raison ou pour une autre, il n'avait eu d’aptitudes à saisir que le côté pratique des choses, sans pouvoir s'intéresser à leur côté théorique et philosophique, il se serait borné à constater le principe du péché agissant dans le monde, sans éprouver le besoin d’en rechercher l’origine. Mais il n’en est pas ainsi; en même temps qu'il est apôtre, Paul est théologien et docteur, aussi ne pouvait-il se contenter d'observer le fait du péché, mais il devait nécessairement être amené à chercher à en saisir la nature intime, et par là, à se demander quelle est l’origine du péché.

La question de l’origine du péché dans le système paulinien passe à bon droit pour fort obscure et difficile’.

1. MÉNÉGOZ, Le péché.…, pp. 30 ss.; SaBATIER, La question de l'origine du béché dans le système théologique de Paul (L'apôtre Paul, pp. 371 ss.). PFLEI-

LE PÉCHÉ | AUVRREE

Peut-être, toutefois, cette obscurité tient-elle, pour une

certaine part, à ce que les théologiens qui ont abordé ce problème ont, d’une manicre plus ou moins consciente, apporté dans leurs recherches des préoccupations d’ordre dogmatique, les uns désirant, sans méme s’en rendre compte, constater l'accord de l’enseignement de Paul

avec le dogme orthodoxe, d’autres, au contraire, inclinant

plutôt à opposer à ce dogme l’enseignement du grand

apôtre et à exagérer les différences qui les séparent. Nous

nous efforcerons d'éviter à la fois l’un et l’autre excés, et d'apporter dans cette étude un esprit strictement historique, c'est-à-dire aussi impartial et aussi objectif que possible.

Avant de poser la question même de l’origine du péché, il convient de rechercher s’il n’y à pas chez Paul, quelque indication qui nous permette de reconnaître chez lui une théorie de l’évolution du péché, car par là nous serions

conduits à constater une forme primitive du péché, et.

notre étude en serait facilitée, car nous aurions affaire, non pas à une forme complexe, mais à une forme plus simple et plus voisine de l’origine.

Or, il se trouve que Paul a précisément développé une

théorie qui nous présente une transformation du péché par l'intervention d’un facteur nouveau, c'est la théorie du rapport du péché et de la loi'. Cette doctrine apparaît déjà dans les épîtres aux Galates et aux Corinthiens, mais d’une manière encore obscure et sous une forme fort abrégée, elle est développée surtout dans l’épître aux Romains. Avant de faire l'exposé de cette théorie, il con-

DERER, Der Paulinismus, 2° éd., Leipzig, 1890, pp.49 ss.; H. HoLTzMANN, Neutestamentliche Theologie, Il, pp. 41 ss.

1. GRAFE, Die paulinische Lehre vom Gesetx nach den vier Hauptbriefen, Fribourg, Tubingue, 1884.

vient de faire une remarque sur le sens du mot loi chez Paul. On sait que les préoccupations relatives à la valeur et au rôle de la loi mosaïque ont tenu une grande place chez lui; malgré cela, Paul n’a jamais nettement distingué la loi morale dela loi rituelle, ou plutôt, s'il distingue l’une de l’autre, il les désigne parle même mot, ce qui ne va pas sans amener quelque obscurité”. Nous n'avons pas ici à nous occuper de la loi rituelle, mais seulement à étudier le rôle de la loi morale dans ses rapports avec le péché. Il n’est pas aisé de définir exactement ce qu'est cette loi morale pour Paul. C'est certainement toute la partie éthique de la loi mosaïque, et l’ensemble des prescriptions morales de l’Ancien Testament. Mais nous estimons très vraisemblable que Paul ait aussi eu l’idée d’une loi morale naturelle, innée à tout homme. L'idée même de quelque chose qui ne doit pas être fait (rx pi xadfrovcx) (Rom., 1, 28;), intervenant à un moment où il n’y a encore eu d’autre révélation que la révélation naturelle, nous paraît bien impliquer une loi morale naturelle. Il est impossible en tous cas, de préciser davantage sur ce point, car nous n avons pas d’autres renseignements dans les épîtres de Paul.

C’est surtout dans Rom., 7, 1-14; que Paul expose ses idées sur le rapport du péché, et de la loi. La pensée centrale que Paul développe et veut démontrer, c’est que le croyant qui est en Christ n’est plus sous la domination de la loi. L’argument qu'il met en avant est le suivant : La loi n’a de puissance sur l'individu que pendant le temps de sa vie; par la mort, elle perd ses droits. Donc l'individu qui, par son union mystique au Christ, est mort avec lui, cesse d’être esclave de la loi, en sorte qu'il n’est

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