‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 44 sur 111 · PL TS · texte numérisé non relu

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seulement qu’il n’agit pas. — Nous dirions de nos jours qu’il n'existe qu'en puissance, et non en acte. — À ce moment-là, au contraire, l'individu vit, ce qui veut dire qu'il n’est pas torturé par le sentiment de son péché, qu'il n’a pas conscience d’être mort en puissance. Par l’intervention du commandement au contraire, le péché, saisissant le prétexte que lui offre la loi, prend vie, c’est-à-dire passe de la puissance à l’acte, de la virtualité à la réalité et tue l'individu (Rom., 7, 9-11;). Ainsi la loi est sainte et le commandement saint, juste et bon, et pourtant la conséquence directe de l'intervention de la loi, c’est la mort’; comment cela est-il possible? Paul commence par écarter l'idée que quelque chose de bon puisse produire la mort. Il expose ensuite l’explication qu’il propose. Il faut d’abord observer que la loi sert seulement d’instrument au péché pour produire la mort, et qu’elle n’en est ainsi que la cause occasionnelle, la cause efficiente restant le péché. L'effet de ce processus est de rendre, au moyen du commandement, le péché plus coupable (x40” ürep8orñ éuagrwrès, Rom., 7, 13;)°. Si l’on demande comment un tel processus est possible, Paul répond que c’est parce que la loi est spirituelle, tandis que l’homme auquel elle s’a-

1. Cette idée. n’est pas complètement exprimée. Après avoir affirmé la sainteté de la loi, au lieu de passer à un second membre de phrase que réclame impérieusement la marche des idées et la particule mev, Paul est amené par l'idée qu'il vient d'exposer, à demander : comment ce qui est bon peut-il produire la mort?

2. Nous trouvons dans le verset 13 une de ces constructions incorrectes et obscures dont il semble que Paul ait le secret. Le premier duæptia qui est au nominatif n’est le sujet d’aucun verbe. Il faut suppléer par exemple éyévero pot Odvaros, et traduire ainsi : Le péché [a été pour moi une cause de mort] en réalisant la mort par le moyen de ce qui était bon (la loi)afin que par le commandement, le péché devint éminemment (x20” dreo601nv) coupable. ‘

dresse est un être charnel (Rom., 7, 143). Nous ne nous arrêterons pas ici à cette opposition entre la chair et l’esprit, sur laquelle nous aurons àrevenir un peu plus loin.

Un certain nombre d’autres passages nous présentent aussi, quoique d’une manière moins nette, cette même théorie des rapports du péché et de la loi. Paul écrit par exemple aux Galates que la loi a été donnée à cause des transgressions (roy rapabdseus yaerv recsetéün, Gal., 43 Lo): Le sens de ce passage est que la loi a été donnée pour multiplier les transgressions. Paul ajoute en effet un peu plus loin: « L'Écriture a tout enfermé sous le péché, afin que la promesse fût donnée à ceux qui croient en Jésus-Christ » (Gal., 3, 22;). De même, Paul écrit dans l’épître aux Romains : « La loi produit la colère, car là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas de transgression » (Rom., 4, 15 ;); et au chapitre suivant, il dit : « La loi est venue pour que le péché abondit, car là où le péché abonde, la grâce surabonde » (Rom., $, 20;). D'autre part, la loi donne la connaissance du péché (2 vépou éniyvocts apaprias, Rom., 3, 20;). Dans la première épître aux Corinthiens Paul résume toute cette théorie en disant que la loi est la puissance du péché (à 3? dévaurs 19e duaptias 8 véuos, I Cor. 15, 56;)°.

Nous avons maintenant à nous demander quelleestdans lanature humaine telle qu’elle estactuellement constituée, la cause du péché. Nous pouvons d’abord constater que pour Paul le péché est inséparable de la chair. Cette idée se trouve déja d’une manière très nette dans l’épitre aux

1. Il n'est pas possible de porter sur cette théorie un jugement plus injuste que celui de Haver qui la qualifie de « bizarre » (Les origines. p. 148), comme d’ailleurs il traite de « sombres fantaisies » (ouv. cité, p. 153) les idées de Paul sur le péché et la grâce.

Galates. L'apôtre exhortant ses lecteurs à se conduire d’une manière digne de la liberté à laquelle Christ les a appelés, leur parle de l'opposition entre la chair et l'esprit : « Si vous marchez selon lesprit, leur dit-il, ne réalisez pas le désir de la chair » (Gal., $, 16;). Le désir de la chair, c’est ici, comme le contexte le prouve abondamment, le péché dont le chrétien doit s'abstenir. En effet, aprés avoir montré l'opposition et presque laconjuration de la chair contre l’esprit, et après avoir affirmé que la chair s'oppose aux desseins de l'esprit, en sorte que ce n’est pas ce que l’on veut que l’on fait (Gal., 5, 17;), Paul parle des œuvres de la chair et du fruit de l'esprit. Or, les œuvres de la chair, ce sont : la débauche, l'inconduite, l’impiété, l’idolâtrie, et toute une série de vices semblables, en un mot, les manifestations les plus diverses du péché, tandis que les fruits de l’esprit sont la charité, la grâce, la douceur, la paix, etc. (Gal., $, 19-23 ;). La conclusion du raisonnement de Paul est très nette. « Ceux qui sont à Christ, dit l’apôtre, ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises » (Gal., $, 24;). Pour Paul, être à Christ, c’est avoir été libéré du péché en mourant avec le Seigneur. La conclusion à tirer de ce passage est donc que c’est dans la vie de la chair avec ses passions et ses convoitises, que réside la cause du péché.

Mais c’est ici encore l’épitre aux Romains qui nous apporte sur la pensée de Paul les renseignements les plus précis. Dès le premier chapitre, Paul y déclare que le péché résulte de ce que Dieu a abandonné l’homme aux passions de son cœur (Rom., 1, 24 ;). Le développement de lépiître le plus intéressant à notre point de vue se trouve au chapitre 6, où Paul s'attache à prouver que le croyant, uni à Jésus-Christ par la foi, n'est plus sous la loi, mais qu'il est sous la grâce, et qu'il ne doit pas conti-

nuer à vivre dans le péché (Rom., 6, 1-14;). Ce morceau a un caractère trés particulier qu'il ne faut pas perdre de vue, si on ne veut pas s’exposer à en fausser le sens. Il est à la fois dogmatique et éthique. La conclusion de l’exposé que fait Paul est en même temps la constatation d’un fait : le chrétien n’est plus sous la loi du péché, et une exhortation à ne plus pécher. Le point de départ du raisonnement est celui-ci : « Persisterons-nous dans le péché pour que la grâce abonde? » (Rom., 6, 1;). L’apôtre écarte aussitôt cette thèse. L'argumentation qu'il emploie pour cela consiste à rappeler les principes de sa sotériologie : Ceux qui sont morts au péché, dit-il, ne peuvent plus vivre dans le péché; or, les croyants sont morts et ensevelis avec le Christ (6, 2-5;). Il y a là une indication précieuse à recueillir : puisque la mort entraîne une rupture avec le péché, c’est que celui-ci est lié à lun des facteurs qui constituent la vie naturelle de l’homme. Paul d’ailleurs l’affirme expressément, quand il dit que le vieil homme a été crucifié avec Christ pour que le corps du péché soit anéanti, en sorte que l’homme ne soit plus esclave du péché (6, 6;). Le croyant doit donc être considéré comme étant mort au péché et comme ne vivant plus que pour Dieu (6, 11 ;). Comme c’est la vie charnelle qui est anéantie dans l'union mystique avec le Christ, il faut conclure que c’est en elle que réside le péché. Le raisonnement que nous venons d'exposer est suivi chez . Paul d’une exhortation à ne pas laisser le péché régner dans le corps mortel. C’est sans doute un idéal que l'apôtre propose ici à ses lecteurs, mais cet idéal est la conséquence du processus dogmatique qui vient d'être indiqué.

En prenant exactement l'opposé de ce que l’apôtre présente comme le devoir du chrétien régénéré, nous au-

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