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rons autant d’affirmations surl'état naturel de l’homme pécheur : « Que le péché, dit Paul, ne règne pas dans votre corps mortel, en sorte que vous obéissiez à ses convoitises. Ne livrez pas vos membres comme armes de l'injustice pour le péché... car le péché ne domine plus sur vous, vous n'êtes plus sous la loi, mais sous la grâce » (6, 12-14;). De cela, nous pouvons conclure que, chez l’homme naturel, le péché règne sur le corps mortel, en sorte qu'il obéit à ses convoitises, le corps est dominé par le péché, ses membres sont les armes de l’injustice.
Le passage qui suit immédiatement celui que nous venons d'étudier apporte une confirmation de la même thèse. Paul montre à ses lecteurs qu’autrefois, esclaves du péché, ils sont maintenant esclaves de la justice (Rom., 6,16-19;). Cetesclavage consistait en ceci, que les membres du corps étaient des instruments de débauche et de désobéissance.
__ La seconde partie du chapitre qui suit (Rom., 7, 14- 25 ;), présente également des affirmations intéressantes sur le sujet qui nous occupe. Paul veut expliquer comment il est possible que la loi, qui, en elle-même, est bonne, puisse servir d’instrument pour faire surabonder le péché. L’explication proposée par l’apôtre se résume ainsi : « La loi est spirituelle, mais moi je suis charnel, vendu au péché » (6 vépos mveupatinés Éamy * yo DE caoxvés eipu, merpauévos Ürd äuaoptixv. Rom., FA 14) Il est évident que les termes « charnel » et « vendu au péché » sont équivalents, et que c'est parce qu’il est charnel, que l’homme
à est esclave du péché. Le commentaire que Paul donne
À de la thèse ainsi énoncée est aussi intéressant que la thèse
. elle-même. Le point de départ en est emprunté à l’expé-
' rience de tout homme. L’individu a conscience de ne pas
être le maître de ses actes, il ne connaît pas le principe qui le fait agir, il ne fait pas ce qu'il veut faire, et ce qu’il reconnait comme bon, mais il fait ce qu’il hait (7, 15- 16;). La seule explication possible de ce fait d'expérience, cest que ce n’est pas le moi de l'individu qui agit, mais le péché qui habite en lui(17;). La conclusion de tout ceci est que c'est le péché qui habite en l’homme, et Paul précise qu’il entend par là dans la chair (18;). Cette argumentation est si importante pour l’apôtre, qu'il y revient en des termes presque identiques. Il y a une force qui oblige l’homme qui veut faire le bien, à faire le mal (21;). L'homme intérieur ratifie la loi de Dieu, mais il y a une autre loi daus ses membres qui combat la loi de l'esprit, et qui rend l’homme esclave du péché qui est dans ses membres (22. 23;). On connaît l’admirable conclusion de ce morceau : « Misérable que je suis, s’écrie l’apôtre, qui me délivrera de ce corps de mort » (24;)? Le péché est donc une puissance étrangère à l’homme mais intimement liée à sa nature et qui exerce son pouvoir dans ses membres, c’est-à-dire dans sa vie charnelle. |
Nous trouvons une confirmation de cette idée au chapitre 8. Paul montre comment Dieu ayant condamné le péché en son Fils, la justice se trouve être réalisée pour ceux qui marchent, non selon la chair, mais selon l’esprit. Ceux qui sont dans la chair ont des pensées charnelles, c’est-à-dire des pensées de péché qui vont à la mort. Ces pensées sont hostiles à Dieu car elles sont incompatibles avec sa volonté ; aussi l’homme qui vit dans la chair ne peut-il plaire à Dieu (Rom., 8, $-8;). Paul engage donc ses lecteurs à tuer par l’esprit les actions du corps (Rom., 8, 13;), ce qui équivaut à une exhortation à mourir au péché. Dans le même passage, Paul dit que
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la création tout entière est esclave de la corruption, c’està-dire de la chair, en d’autres termes, du péché (Rom., 8, 21;). Il dit que les chrétiens attendent la rédemption du corps (iv amohbtpway 725 cwpares, Rom., 8, 23 1) ce qui ne veut pas dire qu'ils attendent d’être délivrés de leurs corps, mais qu'ils attendent le moment où leurs corps mortels et corruptibles seront transformés en des corps immortels et incorruptibles, ainsi que Paul l’expose dans la première épître aux Corinthiens (1 Cor., 15;).
La doctrine de l’épitre aux Romains est donc parfaitement nette : Paul affirme que la chair est le siège du péché. Celui-ci est une puissance qui agit sur l’homme, comme malgré lui, sans que cependant on puisse dire qu'il s'agisse d’une puissance étrangère à l’homme, car la chair est un des éléments constitutifs de la nature humaine”.
Ce rapport étroit entre le péché et la chair est d’ailleurs reconnu par tous les interprètes du système paulinien, mais quand on veut en préciser davantage la nature, on ne rencontre plus le même accord entre les exégétes. Essayons donc d'examiner à notre tour cette question qui ne laisse pas que d’être fort délicate.
Il est d’abord une explication qu'il faut délibérément écarter, c'est celle de Holsten qui identifie purement et simplement la chair et le péché”. D'après cet auteur, ‘ Paul aurait identifié la matière et le mal. La chair serait pour lui, non pas tant la cause du péché, que le péché lui-
1. Notons encore que la même doctrine se trouve aussi dans l’épiître aux Ephésiens, (2,135):
2. HOLsTEN, Zum Evangelium des Paulus und Petrus, Rostock, 1868, p. 403. Die oûe5 ist für Paulus in ibrer ér@vuix auch Beoriff und Wirklichkeit der apapria. cf. OLrRamaRE, Commentaire sur l'épitre aux Romains, Ï, pp. 122-124.
même. Une première raison de suspecter cette interprétation, c'est qu’elle fait de Paul un Grec alors que toute sa vie ilest resté Juif par les racines mêmes de sa pensée; mais surtout cette exégèse a contre elle des textes précis de Paul. Le péché ne peut être inhérent, comme la chair, à la nature humaine, puisque Paul déclare que le péché est entré dans le monde par la désobéissance d'Adam (Rom., 5, 19;), ce qui permet de conclure que la chair d'Adam était auparavant innocente du péché. De plus, Paul déclare que le Christ a vécu dans la chair humaine (Rom., 1, 3 ; cf. Col., 1, 22;); et d'autre part, il affirme qu’il a été parfaitement saint (II Cor.,s, 21; Phil., 2, 8;). Ilest vrai que Paul dit quelque part que le Christ est venu dans une chair semblable à la chair du péché (& époumart oxpxds auaotias, Rom., 8, 3 ) mais ceci n’est nullement une affirmation docëte. Paul ne dit pas que Christ n’a pas eu une chair réelle, mais seulement qu’il n’a pas eu une chair de péché comme la nôtre. Ces raisons qui ont été mises en lumière d’une manière trés nette par Ménégoz excluent complètement, à notre avis, toute interprétation qui aurait pour effet d'identifier la chair et le péché.
Il ne faut donc pas dire que le péché, pour Paul, c’est la chair, mais que le péché réside dans la chair. C’est, du reste, le terme qu’emploie lui-même l’apôtre (Rom., 7, 17-20;). Mais il est nécessaire de préciser ce qu’il a entendu par ce terme de chair. Deux interprétations sont en effet ici en présence, défendues par des hommes d’une compétence indiscutable en matière de théologie paulinienne. Pour Ménégoz', par séë Paul entend l’homme
1. Le péché et la rédemption, pp. 37 ss. Lrrsius, Hand Commentar zum Neuen Testament, IT, 2, 2° éd., Fribourg, 1892, pp. 140-141 attribue aussi à Paul une anthropologie moniste.
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dans toute la réalité de son étre. Pour Sabatier‘ et Pfleiderer ? la &ë n’est qu’un des éléments constitutifs de la nature humaine. Les raisons mises en avant par Ménégoz ont un grand poids. Il montre que Paul attribue à la chair une pensée (Rom., 8, 6-7;), un désir (Gal., $, 16. 17. 24;), et peut-être une volonté (Eph., 2, 3;) et un esprit (Col., 2,5. 18;), et en conclut que la chair est bien toute la réalité de la nature hurnaine. Il ajoute que la conception platonicienne de deux substances est étrangère à l'apôtre de qui la psychologie est toujours restée moniste. L'identité du moi et de la chair paraît à Ménégoz résulter de la déclaration de Paul : « Le bien n’habite pas en moi, c'est-à-dire en ma chair » (2 Emol TobT Éctiy êv +ÿ capxi pou. Rom., 7, 18 ;). Pour Ménégoz, la chair c’est donc « l’homme tout entier, corps et âme » *, c'est «l’homme naturel dans son existence terrestre »“. L'esprit, c’est la vie céleste à laquelle le croyant ne participe que virtuellement.
L'ensemble de ces raisons mérite certainement la plus grande attention, mais, en les examinant avec soin, elles ne nous paraissent pas absolument décisives. Il est certain, par exemple, comme le dit Ménégoz, que Paul n’a pas conçu la chair comme une substance animée seulement par l’âme qui l’habite, mais qu'il lui a attribué une vie consciente et une volonté. Mais le fait qu'il y a une volonté de la chair ne suffit pas à démontrer que la chair soit tout l’homme. Qu'est-ce qui empêche en effet de concevoir qu'a côté de cette volonté de la chair, il y a