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Nous nous séparons donc ici de notre maître Ménégoz pour admettre avec Sabatier et Pfleiderer que la chair n’est qu’un des éléments de la nature humaine, et non cette nature dans sa totalité. Ce qu'il faut retenir de largumentation de Ménégoz, c'est qu’il n’y a pas cependant chez Paul un dualisme comme celui qu'on trouve dans la philosophie grecque. Si Paul a conçu deux éléments en l’homme, dont l’un est le siège du péché, il n’a pas attribué toute la réalité de l'être humain à l'esprit, concevant la chair matérielle comme une espèce de non être. Il a, au contraire, conservé fidèlement le réalisme de la conception hébraïque de la chair; ce qui le prouve, c’est qu’il n’a nullement posé comme idéal l’anéantissement de la chair, mais sa transformation. Il n’a pas désiré être délivré du corps, mais être revêtu d’un corps plus parfait CPCon as 42 IT Cons Su 40)
Nous avons vu dans ce qui précède que le péché réside dans la chair sans résulter nécessairement de sa nature *. Il apparaît, au contraire clairement que le péché n’est qu'un trouble introduit dans la nature humaine. Nous avons à rechercher d’où vient ce trouble, en d’autres termes, à examiner la question même de l’origine du péché.
Deux voies s'offrent pour arriver àune solution de cette question : celle de l’histoire, et celle de la psychologie. Paul les a suivies l’une et l’autre.
Il ÿ a d’abord une explication historique de la genése
1. Le contexte prouve qu'il s’agit de l'esprit de Dieu reçu pat le croyant.
2. Sur ce passage, cf. Soxorowskr, Die Begriffe Geist und Leben, pp. 148 ss.
3. Sur ce point nous nous séparons de Sabatier qui semble admettre le caractère nécessaire du péché (L’apôtre Paul, pp. 390 ss.).
LE PÈCHÉ 147
du péché, c’est celle qui rattache le péché à la désobéissance du premier homme, en d’autres termes, à la chute d'Adam. À vrai dire, Paulne donne jamais d’une rnanière systématique cette explication de l’origine du péché, mais elle semble impliquée dans le parallèle qu'il établit entre Adam et Jésus-Christ, dans l’épître aux Romains (Rom., S,-12-21;). |
Le parallèle qui est développé dans ce passage, est déjà incidemment esquissé dans le grand développement de la première épître aux Corinthiens, sur la résurrection des morts (I Cor., 15, 12-58;). L'apôtre a affirmé que la résurrection du Christ est postulée par la foi, et qu’elle est le gage de notre propre résurrection ; puis il a répondu aux objections des incrédules en invoquant l’usage du baptême pour les morts, et en affirmant que, sans la résurrection, tout sacrifice et tout dévouement seraient, non seulement inutiles, mais encore insensés, il a terminé ce développement par une exhortation à la vigilance (I Cor., 15, 12-34;). Arrivé à ce point, Paul pose la question du mode de la résurrection, et y répond en développant sa théorie de la transformation des corps. La mort, affirmet-il d’abord par l'exemple du grain de blé, est la condition de l'augmentation de la vie, car Dieu donne au germe un corps nouveau (I Cor., 15, 35-38;). Paul affirme à ce propos qu'il y a différentes espèces de chair, et que de même il y a deux espèces différentes de corps, de valeur trés dissemblable : les corps célestes et les corps terrestres (sôpara érovpdwa nat copata émtyeux, [| Cor., 15, AO), ae) résurrection des morts est la condition de la transforma: tion de l’un en l’autre. Du corps psychique ou terrestre (oüux uyér), dont les attributs sont la corruptibilité (o0c64), la faiblesse (äcdévax), la honte (éxwix), sort un corps pneumatique ou céleste (sx rveouauxé), qui a pour attributs
l'incorruptibilité (azbzpstx), la gloire (865) et la puissance (uèivus, I Cor., 15,42-44;).
Parvenu à ce point de son raisonnement, Paul entre dans une digression incidente sur le süua puyxév et le cou mvevarmév. C'est dans cette digression qu'il introduit le parallèle entre Adam et Jésus-Christ. Partant du passage : de la Genése où il est dit qu'Adam fut créé âme vivante (ais Vuy Cow, Gen., 2, 7;), Paul voit en Adam le type de l'humanité psychique et terrestre', tandis que le second Adam, Jésus-Christ, qui est un esprit vivifiant (reine Quorouiy), est le type et le principe de l'humanité céleste (I Cor.,15, 45-47;). Les hommes sont terrestres comme Adam, de qui ils ont porté l’image (ägopéoauev rhv einéva voù 005, [ Cor., 15,49 ;); de même, ils seront célestes comme le Christ, de qui ils porteront l’image (oopésumey xei ray eixéva voù émoupaviou, | Cor., 15, 49;). Le raisonnement se termine enfin par l'affirmation que la chair et le sang ne pourront hériter le Royaume de Dieu (I Cor., 15, 50;).
Nous avons maintenant à rechercher ce que le passage que nous venons d'analyser nous fait connaître sur l'origine du péché. Paul affirme que l'homme est charnel comme Adam, c’est-à-dire, nous le verrons plus loin, pécheur comme lui, parce qu'il porte son image. Il est malheureusement difficile de savoir ce que signifie exactement ce terme de « porter son image ». Il n’a pas manqué d’exégètes qui ont reconnu la le dogme du péché originel transmis de génération en génération; mais cette opinion manque de preuves. Paul ne parle pas d’une faute dont les conséquences se transmettent de génération en génération, mais d’une faiblesse de constitution qui pourrait fort bien avoir été originelle. Remarquons
1, Il est presque inutile de dire que tel n’est nullement le sens du texte hébreu.
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que, dans notre texte, Paul dit qu'Adam a été créé psy-
chique, et non qu'il l’est devenu à la suite d’une trans-
gression (I Cor., 15, 45;); d'autre part, il affirme que la chair précède nécessairement et logiquement l'esprit (I Cortiseare)
Le texte de l'épître aux Corinthiens que nous avons étudié nous apprend donc que le péché est dans un rapport intime avec la nature même de l’homme, mais il ne nous dit pas s’il en était ainsi à l’origine des choses, ou si cet état résulte de la chute. Il ne faut pas d’ailleurs attribuer à ce texteuneimportance trop grande pour la solution du problème qui nous occupe, car Paul n’y a pas en vuela question du péché, maislaquestion delarésurrection.
Il était utile néanmoins d'examiner cette première esquisse du parallèle entre Adam et Jésus-Christ, avant d’en venir à l'étude du passage de l’épître aux Romains où ce même parallèle est développé d’une manière directe et non plus seulement incidente. Dans le passage qui précède immédiatement celui que nous avons à étudier ici, Paul a exposé la doctrine de la justification par Jésus-Christ. Il est ainsi amené à établir un parallèle entre Adam et Jésus-Christ, parce que, comme le péché est entré dans le monde par la désobéissance d'Adam, de même la Justice et la vie y entrent par Jésus-Christ. Essayons de reconnaître quelle est la suite des idées dans ce célèbre morceau (Rom., 5, 12-21;).
On peut la résumer comme suit :
1° Premier énoncé (incomplet) du parallèle : La mort est entrée dans le monde par leseul péché d'Adam (12;)'.
1. Le second terme du parallèle — que l’on pourrait formuler ainsi : La grâce de Dieu vient dans le monde par le seul Jésus-Christ — manque ici, car Paul, entraîné par une digression, perd de vue ce qu'il vient d'écrire.