‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 55 sur 111 · SEAL · texte numérisé non relu

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une question aussi grave que:celle de la prédestination, en s'appuyant sur un seul passage, étant donné surtout que dans ce passage Paul ne se propose pas de formuler avec précision une théorie dogmatique. Il faut remarquer aussi que l’intérêt de Paul n’est pas spéculatif. Il ne raisonne pas ici dans l’abstrait, mais se place en face d’un fait, à savoir que les chrétiens auxquels il écrit ont êté appelés par Dieu qui veut les sauver.

Ce qui lui importe, ce n’est pas de discuter sur l’acte par lequel ils ont été sauvés, mais d’en mettre les constquences en lumière et de montrer à ceux auxquels il écrit, que leur salut repose sur un dessein arrêté de Dieu, et que par conséquent, rien ne peut séparer le croyant de l'amour que Dieu lui a témoigné en Jésus-Christ (Rom., 8, 31-39;). Cela étant, il convient, croyons-nous, pour interpréter correctement la doctrine paulinienne de la prédestination, de considérer l’ensemble dela théologie de Paul, et de voir laquelle des deux explications que nous avons exposées répond le mieux à ce que nous connaissons de la pensée de l’apôtre. Or, nous avons vu que l'appel de Dieu s’adresse non seulement à quelques-uns, mais à tous : « Dieu a enfermé tous les hommes sous la désobéissance, dit Paul, afin de faire miséricorde à tous» (Rom., 11, 32:). Cette déclaration très nette va directement contre la prédestination.

De plus, comment concilier ce choix fait d’une partie seulement de l'humanité, avec la déclaration si nette de l’'apôtre, que Dieu ne fait pas acception de personnes ? (Gal. 2,6; Rom., 2, 11;) Paul, en outre, enseigne que c’est par la foi que l’homme est sauvé, or sans doute c’est Dieu qui fait naître la foi dans le cœur de l’homme, mais la foi n’en dépend pas moins d’un acte libre de l'individu. Dieu ne sauve pas les gens malgré eux, ni même en dehors d’eux.

Nous pouvons donc affirmer que ce que Paul nous dit de l’appel adressé par Dieu aux hommes, et du processus du salut dans le cœur de l’homme, ne permet pas de lui attribuer une doctrine prédestinatienne rigoureuse. Nous devons conclure que Paul enseigne tout au plus que Dieu prévoit, mais non qu'il détermine à l’avance qui sera Sauvé.

Mentionnons encore ici un certain nombre de passages, desquels il ressort nettement que Dieu prend, si on peut ainsi s'exprimer, l'initiative de la Rédemption des hommes. Le salut est appelé indirectement par Paul « l'œuvre de Dieu », dans un passage où, montrant que le scandale a pour effet de faire tomber le faible, c'est-àdire de lui faire perdre la foi, il dit que celui qui en est la cause détruit l’œuvre de Dieu (Rom., 14, 20;).

La même expression se trouve dans l’épître aux Philippiens où Paul dit, en parlant de l’œuvre du salut: « Dieu qui a commencé cette bonne œuvre en vous »... (Phil., 1, 6;). Dieu est personnellement le défenseur des élus (Rom., 8, 33;). Il a opéré la justification des pé-

cheurs, pour laquelle la loi était impuissante (Rom., 8,

3:); il a établi Christ « propitiation pour les péchés » (Rom., 3, 25;); c'est lui qui donne son Fils pour les pécheurs (Rom., 8, 32;), qui l'envoie dans le monde (Gal., 4, 4; Rom., 8, 3;), qui le fait péché pour nous CHCor.; $;20:).

Plus directement encore, c'est Dieu qui justifie (Gal., 3, 8. 11; Rom., 8, 33;); c'est lui qui nous réconcilie avec lui-même par le Christ, car Dieu réconciliait par Christ le monde avec lui-même » (II Cor., 5, 18. 19;). . Enfin l'Évangile, qui est le moyen par lequel les hommes sont sauvés est appelé par Paul, l'Évangile de Dieu TR 0 0 Il. Cor deeio7s Rom MENT. 621$

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16;), et même la puissance de Dieu (I Cor., 1, 18. 7. [Con rs, 4; Rom 1167) ll résulte de tout ceci, que non seulement Dieu conçoit le dessein de sauver les hommes, mais encore qu'il le réalise lui-même.

Nous avons terminé l'exposé de ce qu'on pourrait appeler la théologie paulinienne proprement dite; il nous faut passer maintenant, du terrain théologique au terrain religieux, et nous demander quelle place Paul attribue à Dieu dans la piété des croyants.

L'existence d’un rapport particulier entre Dieu et l'homme résulte déjà du rôle que Dieu joue, ainsi que nous l'avons vu, dans l’œuvre de la Rédemption. Une preuve plus décisive nous est fournie par l'expression « l'Église, ou les Églises de Dieu », que l’on rencontre assez fréquemment sous la plume de Paul (1 Thess., RE D MALE LES VOL LE OA MCE PE De A el tr AOC et 1, 1;). Pour Paul, à la période au moins à laquelle appartiennent les textes que nous venons de citer, l « Église » n’est pas une abstraction, mais l’ensemble des croyants réunis dans un endroit donné; il en résulte que c’est l’ensemble des croyants, et, par conséquence, chaque croyant pris individuellement, qui appartient à Dieu. Cette idée est d’ailleurs directement exprimée par Paul, quand ïl écrit aux Corinthiens : « J'ai planté, Apollos à arrosé, mais c’est Dieu qui a donné la croissance. Celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose, mais Dieu est quelque chose, lui qui donne la croissance. Nous sommes les collaborateurs de Dieu, vous êtes sa plantation, vous êtes son œuvre » (beoï yecpyiov, 0605 cixodouh ècre. [ Cor., 3, 6-9;).

Il est vrai que, dans le même chapitre, Paul semble encore présenter les choses d’une manière un peu différente : « Vous êtes à Christ, dit-il, et Christ est à Dieu »

(I Cor., 3, 233). Mais cette différence, d’ailleurs peu importante, s'explique fort bien si l’on considère que Paul analyse ce qu'auparavant il s'était borné à présenter d’une manière synthétique. L'intervention du Christ explique comment il se fait que le croyant appartienne à Dieu.

C’est une idée tout à fait semblable à celle que nous venons d'exposer, que celle qui résulte de lexpression & && que l’on trouve deux fois dans l’épître aux Thessaloniciens : « L'Église de Thessalonique, dit Paul, qui est en Dieu le Père et en notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Thes., 1, 1;). « J'ai osé en Dieu, dit-il encore, vous prêcher l'Évangile » (I Thes., 2, 2;). Cette expression #0 indique une relation extrêmement étroite entre Dieu et le croyant. Cette idée a en quelque sorte pris corps dans un passage de lépître aux Colossiens, où il est dit : « Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu » (Colos., 3, 3 ;).

Le rapport entre Dieu et le croyant est encore attesté par ce fait, sur lequel Paul revient souvent, que, par la foi, l'homme devient enfant et héritier de Dieu (Gal., 3, 26; 46 73 RoMnS TA A9 21196700: Phlieers Enfin, le terme de Royaume de Dieu, que Paul emploie comme synonyme de salut (I Th., 2, 12; Gal., S,21;1 Cor., 4, 203 6, 9. 10; 15, 24. 50; Rom., 14, 17; Col., 4, 11;), prouve encore que, pour lui, le croyant entre dans un rapport plus direct avec Dieu.

Dieu est ’en effet personnellement l’objet de la foi; « Votre foi en Dieu », écrit Paul aux Thessaloniciens (I Th., 1,8;). Par deux fois, dans les épîtres aux Galates et aux Romains, l’apôtre présente à ses lecteurs l'exemple d’Abraham, ce modéle des croyants, « qui, dit-il, eut foi en Dieu, et sa foi lui fut imputée à justice » (Gal., 3, 5 ; Rom., 4, 3 ; cf. 4, 17;). Cette foi en Dieu est pour Paul ce qui dis-

tingue le croyant du païen. Écrivant aux Thessaloniciens et leur rappelant comment païens autretois, ils se sont convertis, il leur écrit : « Vous vous êtes tournés vers Dieu, vous détournant des idoles pour servir le Dieu vivant et vrai » (I Thess., 1, 9;).

Un passage de la premiére épître aux Corinthiens nous permet de saisir sur le fait le caractère essentiellement concret de cette foi. L’apôtre, à propos des prophéties dans les réunions de la communauté, parle de l’impression intime qu'en recevront l’indifférent et l’incrédule, assistant par hasard à l'assemblée des chrétiens, et il s'exprime ainsi : « Alors, tombant à genoux, il adorera Dieu en proclamant que Dieu est véritablement au milieu de vous » (Cor. 14, 25 ;).

Le rapport qui, pour l’apôtre Paul, est établi entre le croyant et Dieu, n'est pas seulement un rapport général, c’est une relation intime, profonde, personnelle, qui fait de Dieu le témoin de tous les actes, de tous les efforts, de toutes les pensées du croyant. Cela résulte d’abord d’un certain nombre de passages, dans lesquels Paul prend Dieu à témoin de la vérité de ses affirmations (1 Thess., 2, 5.10: Gal 1r, 205 ITCor 2 25; Roms 0; Phase) car il ne s’agit pas là de formules banales ou d’affirmations faites à la légère. On ne peut dire non plus que Paul invoque l’omniscience de Dieu, conçue d’une maniére philosophique, c’est-à-dire abstraite et vide, mais il fait appel au témoignage de celui qui est son compagnon de tous les instants, le confident de ses moindres pensées. Dieu, en effet, tient une très grande place dans la vie intérieure de l’apôtre, c'est à Dieu qu'il cherche à plaire et qu'il obéit (T Thess., 2,4; 4, 1; Gal., 1, 10;); quandilse réjouit, c'est devant Dieu qu'il se réjouit (I Thess., 3, 9;); quand il parle, c'est devant Dieu qu'il le fait (II Cor., 2, 17; 12,

19;). L'œuvre dela patience et del’espérance du chrétien a Dieu pour témoin (1 Th., 1, 3;), et c’est devant Dieu qu'il s'efforce de s’affermir en vue de la parousie (I Thess., 3; 13:); cest devant Dieu encore, qu'il travaille à manifester la vérité (II Cor, 4, 2 ;). Enfin, il n’est pas jusqu’à ses sentiments intimes qui n'aient pas Dieu pour témoin ; ainsi, le zèle pour quelqu'un (II Cor., 7, 12 ;). Une idée trés voisine de celle que nous venons d'indiquer, est que le chrétien doit glorifier Dieu par son activité, et ceci doublement, d’une part par l'esprit dans lequel il

accomplit les moindres actions (I Cor., 10, 31; II Cor.,

9; 13 ; Cf. Col., 3, 17;), et d'autre part par ses actes mêmes qui doivent être conformes à la loi de Dieu, car la transgression de la loi déshonore Dieu (Rom., 2, 23. 24: Phil, 0% 506) à

Dans ce qui précède, nous avons considéré le rapport entre Dieu et l’homme, surtout du côté de l’homme. Il convient maintenant de l’envisager du côté de Dieu. La première chose à noter est la présence de Dieu au milieu des croyants : « Dieu est réellement au milieu de vous », écrit Paul à l’Église de Corinthe (I Cor., 14, 25;). Par là, les chrétiens ont la paix avec Dieu (Rom. 5, 1;). Mais Paul ne s’en tient pas à ces déclarations, qui pourraient faire croire qu'il n’y a entre Dieu et l’homme qu’un rapport légal, juridique, et par suite extérieur. Il y a plus en effet. En deux mots, on peut dire que c’est Dieu qui crée en l’homme toute la vie religieuse (Phl., 2, 13). Ceci doit être expliqué plus en détail. | D'abord, c'est de Dieu que vient la vocation du chrétien. Dans la première de ses épîtres, Paul parlant aux Thessaloniciens de la vocation que Dieu leur a adressée, leur rappelle que Dieu les a appelés à la sainteté et à

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l'entrée dans son Royaume et dans sa gloire (I Thess., 1,4; 2, 12; 4, 7;). Cette même idée se retrouve plus tard dans la première épitre aux Corinthiens (I Cor. 197, 15. 17), ettouta lan dela vie dé Paul; dans lépître aux Philippiens (Phil., 3, 14;). En disant que c'est de Dieu que vient la vocation des chrétiens, Paul entend dire, non senlement que Dieu appelle d’une maniére générale les hommes à croire, mais encore, quil leur fait prêcher l'Évangile, ainsi que cela ressort d’un passage de l’épitre aux Romains : « Comment croiront les hommes, demande l’apôtre, s'ils n’entendent pas? et comment entendront-ils, s’il n’y en a pas qui prêchent? Comment y aura-t-il des hommes qui prêchent, sil n’y ena pas qui sont envoyés? » (Rom., 10, 14. 15;) L'idée que les apôtres sont directement appelés par Dieu est, on le sait, une des idées chères à Paul. Sa pensée sur ce point nous est parfaitement connue, parce que son apostolat étant contesté par quelques-uns, il a eu plusieurs fois l’occasion de revenir sur ce point (1 Thess., 24143 GAS AO LEE Cor FAO OH CES 1,1; etc.). Dieu intervient de même directement pour faciliter la prédication de l'Évangile. C’est ainsi que Paul dit aux Thessaloniciens : « Dieu lui-même, notre Pére et notre Seigneur Jésus-Christ m'ont préparé la route pour venir chez vous » (I Thess., 3, 11;)'.

. Dieu n’est pas seulement au pointinitial de la vie chrétienne, il est encore présent à tous les moments de cette vie. C’est Dieu lui-même, qui, d’après notre apôtre, sanctifie, donne la paix et la grâce. Ceci résulte d’abord des formules de bénédictions que l’on trouve au commencement de beaucoup des lettres de Paul : « La grâce et la

FCEMED OS 47 3.

paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ; telle est en effet la formule de salutation qui ouvre les épîtres aux Galates, aux Corinthiens, aux Romains, à Philémon, aux Philippiens et aux Colossiens (Gal., 1, 3; I Cor. Poe Cor De ROM PEéRoN SPP, 1225 COM EL Te)

Dans un certain nombre d’autres passages, on trouve l’idée que Dieu donne la paix au croyant. C’est pour cela qu’il est appelé «le Dieu de paix » (1 Thess., $, 23: IL Cor. "#3, tr: cf. Rom 15, 13. 33: 16, 20 : Phil 2e 6) Demème,: Dieu’sanctifie”(L'T Besse) accorde à chacun un don particulier (1 Cor., 7, 7:), il assure au croyant la victoire surla mort (I Cor.,15,57;) et sur Satan (Rom., 16, 20;); il l’affermit, lui donne l’onction, le sceau, le gage de son esprit (II Cor.,1,21;); il met du zèle dans le cœur des individus(Il Cor., 8; 16;)il donne aux fidèles la patience et l’union fraternelle (Rom. 15, 5;); il donne l'espérance (Rom., 1$, 13;); il a pitié des hommes et leur accorde des délivrances matérielles (guérison d’'Epaphrodite, Phil., 2, 27;).

Mais l’idée la plus importante au point de vue qui nous occupe, est certainement l’idée de la grâce de Dieu. Cette grâce vient par l'intermédiaire de Jésus-Christ (Rom., 5, 15 ; cf. Il Cor., 13; 13;), mais c’est Dieu qui la donne. C’est une force que l’homme reçoit et qui lui permet d'accomplir une œuvre dont il serait sans cela incapable (£ Cor., 3, 10;):elle est une force qui s’accomplit dans l4 faiblesse de l’homme (II Cor., 12, 9;). C'est par elle que le pharisien Saul est devenu l’apôtre Paul, et qu'il a travaillé plus que tous les autres apôtres (I Cor., 15, 10;), en sorte qu'il peut dire que toute sa capacité vient de Dieu (II Cor., 3, 5 ;). Ceux en qui Dieu fait abonder sa grâce ont une ferme assurance, et abondent en

toute bonne œuvre (II Cor. 9, 8;). Mais cette grâce de Dieu n'est pas une puissance mécanique qui vient à l'homme du dehors et qui agit en quelque sorte malgré lui. Loin de là, elle est une aide qui est offerte à l'homme, mais que celui-ci peut négliger, c’est pourquoi l’apôtre déclare : @ Je-ne ‘rejette, pis ta ricé défDienb "(Gr 6200 c’est pourquoi aussi il adjure les Corinthiens, leur disant : « Nous vous adjurons de ne pas avoir reçu en vain la grâce de Dieu » (I Cor., 6, 1;). Si l’homme la rejette, la grâce divine reste en effet vaine (xew. IT Cor., 6, 1;).

En résumé, toute la vie religieuse de l’homme est créée par Dieu. Ce qui confirme cette affirmation, c’est ce fait que dans toutes les épîtres, sauf toutefois l’épître aux Galates , l’'apôtre, constatant le bon état religieux et moral de ses communautés, ne se borne pas à s’en féliciter, mais en remercie Dieu-QL 1 hess., 1,252, 13:3,9: 1 Cor, 1; 145 Il'Cor 0 Tiñr2 home 1 8 Co SSP mon, 4; Phl., 1, 3;); ce qui prouve que c'est à Dieu qu'il attribue les progrès réalisés par ses églises.

L'action si directe et si nette que Paul reconnaît à Dieu dans la vie des individus et des Églises, a pour conséquence directe le devoir pour le croyant de prier Dieu. Les passages qui parlent de la prière ne sont pas extrêmement nombreux chez Paul, mais il n’y a là rien qui puisse nous surprendre. La question lui paraît si simple, qu'il n'éprouve pas le besoin de donner là-dessus de longues explications. Tout ce qu'il dit de la prière, il le dit d’ailleurs d’une manière toujours incidente. Paul connaît une prière d’adoration (1 Cor., 14, 25:), et une prière d’ac-

1. L’exception que fait à ce point de vue l'épitre aux Galates s'explique

aisément, parce qu’au moment où Paul l'écrit, l’état des communautés galates n’est pas de nature à le réjouir.

LA did TE | CU NEA

tions de grâces (Rom. 14, 6: cf. CAL NE $. mais il

connaît aussi une prière d'intercession. Lui-même supplia

par trois fois Dieu de le délivrer de la mystérieuse écharde qu'il portait dans sa chair (II Cor., 12, 8;). Il demande à Dieu le salut d'Israël (Rom., 10, 1 ;) et engage les Romains à prier Dieu pour qu’il soit délivré de ses adversaires de Jérusalem (Rom., 15, 30;). Il arrive aussi que

Paul réunisse les deux espèces de prières, ainsi quand il

écrit aux Philippiens : « Dans toutes vos prières et toutes

vos supplications, faites connaître à Dieu vos besoins avec actions de grâces » (Phil., 4, 6;). R

De tout ce qui précède, on peut conclure que le trait

dominant de la théologie de Paul est son intérêt plus

pratique que spéculatif. C’est un point qui la rapproche de l’enseignement de Jésus.

sine Rapport entre la théologie de Jésus et celle de Paul.

Si nous essayons maintenant de placer cet enseignement de Jésus sur Dieu à côté de la théologie paulinienne, nous serons frappés à la fois par des coïncidences sur quelques points caractéristiques, et par des divergences assez notables. Chez Paul comme chez Jésus, l'intérêt religieux l'emporte de beaucoup sur l'intérêt proprement Heu Ce n’est pas la définition de l'essence ou des attributs divins qui est le centre de gravité des deux doctrines, mais la question toute religieuse des rapports entre Dieu et l’homme.

‘ci se manifeste entre le paulinisme et l’enseignement

t. Îl faut rapprocher de cela le culte rendu à Dieu os des chants, etc. Col: 366:

de Jésus-Christ une différence importante, qui n’est d’ailleurs que la conséquence d’une différence quenousavons signalée au chapitre précédent. |

Ce qui intéresse Jésus, c'est la question très concrète de la conduite de Dieu à l’égard des pécheurs en tant qu’individus. Paul, au contraire, s'attache surtout à la question du principe du péché, aussi se demande-t-il plutôt quelle est l'attitude de Dieu à l’égard du péché. Ilest vrai que ce quiintéresse Paul, c’est bien, en dernière analyse, ce qui intéresse aussi Jésus; car si l’apôtre pose le problème de l'attitude de Dieu à l'égard du péché, ce n’est pas par curiosité spéculative ou par une sorte de dilettantisme philosophique, mais c’est pour résoudrela question d'ordre religieux du sort réservé au pécheur.

On peut donc dire que c’est la même question qui se pose devant Jésus et devant Paul, mais elle se pose à l'esprit de Jésus sous une forme individuelle : Comment Dieu traitera-t-il ce pécheur? tandis que devant Paul elle se pose d’une manière plus générale : Comment ‘ Dieu traitera-t-il le péché lui-même? Nous verrons dans les chapitres suivants quelles ont été, pour la christologie et surtout pour la sotériologie, les conséquences de cette divergence. Bornons-nous, pour le moment, à en signaler une. Pour Jésus, Dieu pardonne le péché, parce que le pêché n’a pas de réalité en soi, il est essentiellement négatif : c’est l'éloignement de Dieu. Quand l’homme, abandonnant les choses vaines auxquelles il s’était attaché, revient à Dieu, le péché, par là même, cesse d'exister. Pour Paul, Dieu condamne « le péché dans la chair » (Rom, 8, 3 ;), parce que l’homme ne peut être pardonné et réconcilié avec Dieu que lorsque la puissance du péché a été brisée.

À côté de cette différence fondamentale, nous avons à

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