jusqu'au moment où, sur la croix, il dit en ex
pirant : « Père, je remets mon esprit entre tes mains »
Sn 23, 465) |
Il résulte de cette communion intime entre Jésus et
son Pére que Jésus considère Dieu comme l’auteur de
tout ce qu'il fait. Il ne demande pas à ceux qui veulent
être ses disciples de suivre ses commandements et de
lui obéir, il leur demande de faire la volonté de son Pére
qui est dans les cieux (Math., 7, 21;). Lorsqu'il chasse
les démons, ou qu’il accomplit une guérison, ce n’est
pas en SGn nom ni par son propre pouvoir qu'il agit, c’est
1. Il n'est cependant pas impossible qu'à certains moments il y ait eu
comme des éclipses dans la conscience que Jésus a de sa communion
avec Dieu. Quand, par exemple, il s’écrie sur la croix : « Mon Dieu, mon . p ? 4
Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Math., 27, 46: Marc, 15, 34.).
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par la puissance de son Père (Math, 12, 28; Luc, 11, 20;). Ainsi, quand il a délivré le démoniaque de Gadara, il lui dit : « Va et raconte tout ce que Dieu t'a fait » (Luc, 8, : 39;). Il semble de même que Jésus considérait l’ensei- __ gnement qu il donnait comme la parole même de Dieu: « Heureux, dit-il en effet, ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique » (Luc, 11, 28;). E’idée de la paternité divine ne suffit pas pour épuiser : Ja conscience que Jésus a du rapport qui l’unit à Dieu. Il ne conçoit pas seulement ce rapport comme celui qui. devrait normalement exister entre tout homme et Dieu, mais comme quelque chose d’unique. Jésus ne se sent pas un des nombreux enfants de Dieu, il se sentle Fils au sens absolu du mot. Cette idée ressort de trois passages principalement : le premier est la conclusion de la parabole du Serviteur impitoyable. « C'est ainsi, dit Jésus, que vous traitera mon Pére céleste si vous ne pardonnez pas chacun à votre frère de tout son cœur » (Math, 18, 35;). Il est évident qu’en parlant ainsi, Jésus ne se place pas à l'égard de Dieu dans la même situation que les hommes. Dans l'opposition entre Dieu et les hommes, Jésus se met, non du côté de l’homme, mais du côté de Dieu.
Uné conclusion identique ressort aussi d’un passage caractéristique de l'évangile de Luc, où Jésus dit aux siens : « Je dispose du Royaume en votre faveur, comme le Pére en a disposé en ma faveur » (Luc, 22, 29). Une parole de Jésus conservée par Mathieu etpar Lucestplus décisive encore. Jésus dit à ses disciples : « Tout m'a été
- donné par mon Père, et nul ne connaît le Fils que le Père, et nul ne connaît le Père que le Fils, et celui auquel il plaît au Fils de le révéler » (Math., 11,27; Luc, 10, 22;)°.
1. Sur ce passage, cf. SCHMIEDEL, Die « johanneische » Stelle bei Matthäus
Dans ce passage, Jésus n’est pas un fils de Dieu, il est le Fils, au sens absolu du mot. Dieu seul le connaît, et seul il connaît Dieu, ce qui veut dire qu'il y a entre eux un rapport unique différent, non seulement par sa perfection, mais par sa nature, du rapport qui existe entre Dieu et les autres hommes.
À ce fait s’en rattache certainement un autre : c’est qu'il n'y a pas trace dans les déclarations de Jésus sur luimême, du sentiment du péché'. Il faut d’abord écarter l’idée que les évangélistes auraient fait soigneusement disparaître tout ce qui se rapportait à ce sentiment, car ce travail n'aurait pu être fait d’une manière telle qu'il soit impossible de retrouver la trace des remaniements qu'auraient subis les textes. Une observation s'impose ici. Une personnalité d’une intensité et d’une profondeur religieuses comme celle de Jésus, quand elle éprouve le sentiment du péché, le ressent sous une forme extrêmement aiguë et douloureuse. Tel a été, pour nous en tenir aux plus grands noms de l’histoire de la piété chrétienne, le cas de l’apôtre Paul, d’ Augustin, de Luther. Si donc Jésus avait éprouvé le sentiment du péché, il l'aurait selon toute vraisemblance, éprouvé avec une intensité très grande, et ce sentiment aurait débordé dans ses moindres paroles. Nous sommes donc amenés à cette conclusion : Ou Jésus n’a réellement pas éprouvé le sentiment du péché, ou bien il a été un monstre d’hypocrisie et de dissimulation, et toute sa vie religieuse n’est qu’une façade sans réalité. Il n’est pas nécessaire d'examiner ici laquelle de ces hypothèses il convient de préférer. Nous sommes
und Lukas und das Messiasbewusstsein Jesu (Protestantische Monatshefte 1900). 1. La sainteté de Jésus est exprimée symboliquement dans Luc (23, 31 ;) par la comparaison de Jésus avec le bois vert.
donc en droit de conclure que le sentiment du péché a été étranger à la conscience de Jésus. |
À cette conclusion, on peut faire deux objections principales qu’il ya lieu d'examiner maintenant'. La première est tirée du baptême de Jésus par Jean-Baptiste; la seconde de ce qu'au jeune homme riche qui l’appelle mon bon maître, Jésus répond : « Pourquoi m'appelles-tu bon? Un seul est bon : Dieu ».
Jésus s’est fait baptiser par Jean-Baptiste. Or l’évangile
de Marc appelle le baptême de Jean « un baptême de
repentance pour la rémission des péchés » (Marc, 1, 4:).
Mathieu, d'autre part, dit que ceux qui venaient à Jean
étaient baptisés après avoir confessé leurs péchés (Math., 3, 6;). Quand Jésus est venu se faire baptiser (Marc, 1, 9-11; Math., 3,13-17; Luc, 3, 21-22;),était-ce qu’iléprouvait lui aussi le sentiment du péché et le besoin d’être pardonné *? Il y a là une difficulté qu'ont bien vue déjà les auteurs du premier et du quatrième évangiles; mais, à examiner les choses de près, l’objection contre la sainteté de Jésus tirée de son baptême ne nous paraît nullement décisive. Si en effet, on examine la notion du baptême de Jean-Baptiste, on voit qu'il était essentiellement un
1. À ces deux difficultés on peut en ajouter à une autre, Jésus a-t-il prié le « Notre Père » et, dans ce cas, a-t-il prononcé la demande : « Pardonnenous nos offenses ? ». Nous ne croyons pas devoir nous arrêter à cette objection, car nous estimons qu’il ne peut être démontré que Jésus ait prié le « Notre Père ». La sainteté du Christ a été vivement contestée par PÉCAUT : Le Christ et la conscience, Paris, 1859, pp. 244-273. Ces pages, d’une très grande élévation, montrent d’une manière frappante combien un esprit très droit peut être égaré par l'absence de sens historique.
2. L’évangile de Mathieu (3, 13-15 ;) raconte que lorsque Jésus vint.
pour se faire baptiser, Jean refusa d’abord. Le quatrième évangéliste supprime complètement le baptème de Jean, et le remplace par une vision du Baptiste (1, 29-34).
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