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CHAPITRE I

Avant d'examiner comment Paul est devenu chrétien, et d'essayer de définir les rapports qu'il y a entre sa théologie et l’enseignement de Jésus-Christ, il n’est pas inutile de noter ici les conditions générales dans lesquelles le Paulinisme est né. Pour cela, nous nous demanderons d’abord ce qu'était Paul au moment de sa conver- . sion, puis ce qu'était l’Église chrétienne au moment où il y est entré.

LL — Paul avant sa conversion!

Il serait intéressant de connaître avec quelque prècision l’enfance et la jeunesse de l’apôtre Paul”; ce que

1. HAUSsRATH, Der Apostel Paulus, 2° éd., Heidelberg, 1872, pp. 3-60. MommseN, Die Rechtsverhältnisse des Apostels Paulus (Zeitschrift für die neutestamenthche Wissenschaft, 1901).

2. Sur son double nom : Saul-Paul, voir : DeEissmanN, Bibelstudien, Marbourg, 1895. pp. 181 ss.

AE tite PREMIÈRE PARTIE. — LES FAITS

nous en savons se réduit malheureusement à fort peu de chose. L'année de sa naissance nous est inconnue, mais on peut vraisemblablement la fixer tout au cornmencement de l’êre chrétienne. Lors du martyre d'Étienne, entre les années 30 et 34, le livre des Actes appelle Paul « un jeune homme » (veaas. Actes, 7, 58;)'. Dans l’épître à Philémon, écrite selon toute vraisemblance vers l'an 60, Paul s'appelle lui-même « un vieillard » (rpeoëirns. Philémon, 9;). Il n’est pas nécessaire d'admettre que l’apôtre fût à ce moment arrivé àun âge fort avancé, car la vie si pleine de travaux et de souffrances qu'il avait menée pouvait l'avoir veilli avant l’âge. Si l’on admet qu’il avait alors de 55 à 60 ans, sa naissance se placerait au plus tard en l’an 5. Il aurait donc eu une trentaine d'années au moment du martyre d’Étienne, ce qui s’accorde avec le mot vais qu'emploie le livre des Actes. Paul était né à Tarse en Cilicie (Actes, 9, 11; 21, 39; 22, 3;); par Sa naissance, il possédait le titre de citoyen romain (Actes, 16, 37; 22, 25; 23, 27;). Sa famille pourtant était de pure race juive et se disait issue de la tribu de Benjamin : Paul en témoigne à plusieurs reprises dans ses épitres (IT Cor., 11, 22 ; Phil., 3, 4-6; Rom., 11, 1). Il avait été instruit à Jérusalem * à l’école du célèbre rabbin Gamaliel l’ancien”, un des plus éminents docteurs du judaïsme (Actes, 22, 3;). Paul appartenait donc par

1. Étant donné le rôle joué par Paul dans la persécution contre les chrétiens, il est impossible qu’il ait été alors un tout jeune homme.

2. Le passage Actes, 23, 16; parle d'une.sœur de Paul qui selon toute vraisemblance habitait Jérusalem.

3. Nous savons peu de chose de ce rabbin; cf. Scnürer, Geschichte des jüdischen Volkes im Zeitaller Jesu Christi, 3° ëd., Leipzig. 1898, II, pp. 364, 365. D'après Actes, $, 345s., il aurait donné au sanhédrin le conseil de cesser les poursuites contre les chrétiens.

son éducation comme par son origine au pharisaisme le plus rigoureux (Actes, 22, 3 ;).

D'après les récits du livre des Actes et ‘à après son propre témoignage, Paul était non seulement un juif pieux, mais encore un fanatique (Actes, 22, 3 ; 23, 6; 26,

5;). Il ne craint pas d'écrire aux Philippiens que «quant à la justice de la loi, il était irréprochable » (Phil. 3, 6; cf. Actes, 26, 4-5;). Il est vrai que la majorité des exéocètes a voulu trouver dans le célèbre développement de Romains, 7, sur le péché, la preuve que la conscience de Paul était tourmentée par le sentiment du péché alors qu’il était encore dans le judaïsme’, mais cette opinion ne nous paraît pas légitime. « Jadis (xor£), dit l’apôtre, sous la loi, je vivais; mais le commandement étant venu, le péché prit vie et moi je mourus » (Rom., 7, 9, 10;). Dans. ce passage, en effet, Paul n’a pas en vue la différence entre juifs et chrétiens, mais détermine d’une manière tout abstraite le rôle de la loi. Les expériences qu'il nous fait connaître sont celles du chrétien Paul (cf. Ko-

1. SABATIER, L'apôtre Paul, 3° éd., Paris, 1896, p. 37-38 ; WeIzSÆckER, Das apostolische Zeitalter der christlichen Kirche. 2° éd., Friburg en Brisgau, 1892, pp. 72, 73; FULLIQUET, La pensée religieuse dans le Nouveau Testament, Paris, 1893, p. 292; GopeT, Commentaire sur l'épitre aux Romains, 2° éd., Neuchâtel. Paris, 1890, Il, p. 114; B. Weiss, Der Brief an die Rômer, Gottingue, 1899 (Commentaire de Mever, 9° éd.), p.314; H. Horrz- MANN, Neutestamentliche Theologie, Fribourg et Leipzig, Il, p. 30; JüLICHER, Einleitung in das Neue Testament, 3-4° éd., Tubingue, Leipzig, 1901, p. 24; PrLeinerer, Das Urchristentum, 2° éd., Berlin, 1901, E, p. 65; Bovo, Théologie du Nouveau Testament, Lausanne, 1894, II, p. 80; BeyscaLac, Neutestamentliche Theologie, 2° éd., Halle, 1896, II, pp. 145. Parmi les auteurs qui rejettent cette interprétation, il faut citer : REUSS, La Bible. Épifres Pauliniennes, I, Paris, 1878, p. 74; OLTRAMARE, Commentaire sur l'épitre aux Romains, Genève, Paris, :1882, [],: pp. 624% Ménécoz, Le péché et la Rédemplion, d'abrès saint Paul, Paris, 1853, PP:49 5S.

une hic supérieure. eee qu'il en soit, le jeu e -pharisien ne se croyait pas seulement tenu à observer avec minutie tous les commandements, il lui semblait qu'il devait faire quelque chose de plus en combattant ‘avec ardeur ceux qu’il considérait comme les ennemis de Dieu. De la son zèle contre les chrétiens. | Avant de parler des persécutions dont Paul fut laser ou l'initiateur, il faut nous demander à quel moment il est entré en contact avec le christianisme. Toutl'intérêt de cette question se concentre sur le point de savoir si . Paul a connu Jésus-Christ. On ne peut apporter ici de solution certaine; l’apôtre écrit aux Corinthiens : Nous ne connaissons plus personne selon la chair; si même nous avons connu Christ selon la chair (ei xx Evan 2arx Ne “cpu Xi), nous ne le connaissons plus maintenant CIE Cor. s, 16:); mais ce passage, par ce qu'il a d’ typo D tique, ne nous permet de résoudre la question ni dans un sens ni dans l’autre’. Il n'y a en tout cas rien dans

1. PFLEIDERER, Das Urchristentum, 1, p. 60, déclare la question insoluble; de même P. W. Scampr, Die Geschichle Jesu erlaütert, Tubingue, Nbre 1904, p. 653; RENAN (Les Apôtres, Paris, 1866, p. IV, Saint Paul, Da . Paris, 1869, p. 563) se prononce pour la négative ainsi que JÜLICHER, | Hinleitung, p. 24 et FeINE, Jesus Chrislus 50, Paulus, p. 93; Keim ss (Geschichte Jesu von Naxara, Zürich, 1867-72), I. p. 35. se prononce au : contraire pour l'affirmative; de même DrescHer, Das Leben Jesu bei Paulus Giessen, 1900 p. 7; O. SR (Leben Jesu, Tubingue, Leipzig, 19071, P- 6) reste hésitant mais remarque très justement qu'il n'y a en tous cas pas eu un contact intime et prolongé entre Paul et Jésus. Cela GaUe ! DEuene l'importance de la question.

les épîtres de Paul qui puisse faire croire à un contact un peu prolongé entre lui et le Christ, par conséquent si même il l’a vu, il ne l’a pas approché, il ne l’a pas réellement connu. Si en effet Paul avait été en contact plus intime avec Jésus-Christ, il aurait certainement pris parti contre lui et l'aurait combattu avec acharnement, ce que nous ne pourrions manquer de savoir par les épitres, comme nous savons par elles qu'il a persécuté les chrétiens’.

Nous trouvons Paul activement mêlé aux premières persécutions dirigées contre les Chrétiens”. Il semble qu’il occupait à ce moment là une position importante dans l'Église de Jérusalem. Sa participation au supplice d’Étienne et sa fureur contre les chrétiens sont expressément relevées dans les Actes (Actes, 7, 58; 8,1; 9, 13; etc.) et quand il part pour Damas, il est muni de pouvoirs des autorités juives de Jérusalem (Actes, 9, 2;).

Quelles étaient les causes de l'hostilité de Paul contre le christianisme? Wellhausen a supposé que Paul avait reconnu dans la première communauté chrétienne, un principe qui devait à la longue ruiner le judaïsme, et que telle est la cause de sa haine pour les chrétiens *. Cette

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