Scamipr, Die Geschichte Jesu. p
2 D'après Branpr (Die evangelische Geschichle und der Ursprung des Christentums, Leipzig, 1893. p. 516), c’est au moment des persécutions que Paul serait pour la première fois entré en contact avec des chrétiens. La participation de Paul à la persécution contre Etienne a été mise en doute, sans aucune raison à notre avis, par Haver, Le Christianisme et ses origines, Paris. 1884, IV, p 91.
3. Paulus kannte Jesus nicht aber er merkle, dass in seiner Gemeinde ein Geist hberrschle der das Judenthum sprengen musste. als efriger Jude verfolgle er darum zuerst die Gemeinde (WELLHAUSEN, Îsraelitische und Jüdische Geschichte, 3e éd., Berlin, 1897, p. 386); PrLEIDERER (Das Urchrislentum, T, p. 63) suppose aussi que Paul a comme deviné à l'avance la puissance du
explication ne nous satisfait pas entiérement. Comment admettre, en effet, que le pharisien fanatique que Paul était alors, ait pu croire que la misérable secte des Galiléens püût être un danger réel pour le judaïsme? N'oublions pas, de plus, que les premiers chrétiens se montraient zélés observateurs de la loi mosaïque.
Nous croyons devoir nous en tenir au motif que Paul lui-même indique dans lépître aux Philippiens (Phil. 3, 6;): c’est par zèle pour Dieu que Paul a persécuté les chrétiens en qui il voyait des blasphémateurs. Il n’est pas difficile de se représenter les sentiments de Paul. Ces premiers chétiens, de qui la vie était irréprochable, et qui fréquentaient assidument dans le temple, se rendaient coupables du plus horrible des blasphèmes en affirmant la résurrection de Jésus.
Jésus, pour Paul, qu’elle qu’ait pu être d’ailleurs la nature de son enseignement moral, avait commis le crime le plus épouvantable qu'un juif pût commettre, en affirmant qu'il était le Christ, eten osant s’attribuer letitre de Fils de Dieu. Ce crime avait reçu sur la croix son juste châtiment, et désormais on pouvait répondre par un argument de fait à ceux qui invoquaient l'autorité du prophète de Nazareth, en leur rappelant la parole de l’Écriture: « Maudit est celui qui est pendu au bois» (Deut., 21, 23;). On comprend la fureur du pharisien en entendant les disciples affirmer malgré tout, que Jésus était ressuscité et qu’il était réellement le Christ. Croire cela, ce n'était pas seulement pour Pau! manquer de jugement,
christianisme, et que c'est à sa lutte contre ces doutes que fait allusion la parole que le Christ lui adresse sur le chemin de Damas : Il te serait dur de regimber contre l’aiguillon. Voir aussi BkaNor, Die evangelische
Geschichte.…., p. 516.
c'était surtout outrager Dieu. C'est pour cela qu’il s’efforçait d'obliger les chrétièns à blasphémer (Actes, 26, 11 ;), c'est- es déclarer que Jésus était maudit et non béni de Dieu. Il n’y eut donc aucun motif bas ou intéressé à la haine de Paul contre les chrétiens. Le seul mobile auquel il obéit fut le fanatisme du pharisien qui s’imagine sérvir Dieu même par la violence et par le meurtre. On peut légitimement appliquer à Paul le jugement quil devait plus tard porter sur ses anciens coreligionnaires : « Ils ont du zèle pour Dieu, mais un zéle inintelligent » CRom., 10,2;).
Plus intéressantes encore que les faits de la vie de Paul avant sa conversion, sont les idées qu’il professait alors. Nous ne possédons malheureusement aucun renseignement sur la pensée de Paul à ce moment-là, mais comme nous savons qu'il était pharisien trés rigide, il n'est sans doute pas téméraire de lui attribuer les idées qui étaient alors celles du pharisaisme. Essayons donc de noter brièvement ici quelques traits caractéristiques des doctrines et de la piété pharisiennes'. Le pharisaisme avait été à son origine un parti d'opposition. En face de l’abaissement du niveau moral et religieux des prêtres, représentants officiel du judaïsme, les pharisiens s'étaient constitués les champions des droits des laïques. Ils représentérent dans le judaïsme le principe du pro-
1. Nous ne pouvons songer à donner ici un exposé complet de la théologie juive. On trouvera des renseignements très nombreux dans les ouvrages suivants auxquels nous renvoyons une fois pour toutes Scaürer, Geschichte des judischen Volkes….; Sraprer, La Palestine au lemps de Jésus-Christ, s° éd., Paris, 1892; WEBER, /tdische Theologie, 2° éd., Leipzig, 1897; Bousser, Die Religion des Judentums, Berlin, 1902; DALMAN, Die Worte Jesu I, Leipzig, 1897; BALDENSPERGER, Die messianisch-apokalyphischen Hoffnunge:: des Judentums, 3° éd., Strasbourg, 1903.
grés religieux. Leur conflit avec les sadductens les.
amena à séparer de plus en plus la piété de la vie nationale. Le centre religieux fut pour eux la synagogue et non le temple. Bien qu'ils eussent toujours maintenu les droits de la loi juive, la propagande active à laquelle ils se livraient dans toute la diaspora devait nécessairement tendre peu à peu à atténuer le particularisme de la morale juive. |
Dans ses grandes lignes, la théologie pharisienne n'est qu'une forme plus particulièrement rigide de la théologie juive. Elle est donc avant tout un nomisme. Le principe religieux le plus élevé est la loi donnée par Dieu comme révélation parfaite de sa volonté. Elle estlasource de tout salut et le privilège d'Israël. La piété pharisienne tire de là un caractère légaliste aggravé encore par ce fait que la plupart de ses représentants sont des juristes. A côté de la loi, ils avaient tout un ensemble de traditions qu'ils considéraient comme obligatoires, et qui avaient pour eux plus d'importance encore que la jurisprudence n’en a pour les juristes modernes. La conséquence de cet esprit juridique fut que la vie religieuse revêtit chez les pharisiens une forme toute Jlégaliste. C’est des pharisiens, par l'intermédiaire de Paul, que nous tenons les idées de justice, de jugement, de justification (en d’autres termes : d'acquittement), de condamnation, etc. qui tiennent tant de place dans la piété et dans la théologie chrétiennes.
L'anthropologie pharisienne est particuliérement intéressante, parce qu'elle nous présente — non pas sans
1. C'est certainement parce qu'il est resté en une certaine mesure pharisien que l’apôtre Paul emploie des expressions comme « l’obéissance de la foi » (branon riorews, Rom., I, 5; 6, 16; etc.).
doute la doctrine du péché originel ramené à la chute d'Adam, — mais en tous cas l’idée trés nette de l’univer-
salité du péché, en même temps qu'une tendance mar-
quée à mettre en rapport le pêché d’Adam avec les souffrances et la mortauxquelles sont voués ses descendants. En corrélation avec cette idée, on peut noter chez les pharisiens une tendance à limiter la liberté de l'homme. Mais le trait le plus caractéristique de l’anthropologie pharisienne, c’est la croyance à la résurrection des morts en vue d’un châtiment ou d’une récompense. On sait que c'est dans le livre de Daniel que cette idée apparaît pour la première fois en Israël (Daniel, 12, 2;). Cette foi à la résurrection a ceci de particulier, qu’elle est née exclusivement pour donner satisfaction à un besoin religieux, et non ainsi qu en Grèce, comme conséquence de la spéculation sur âme. Quantau mode de la résurrection, on y voit, non un réveildel’âme endormie, mais un acte créateur de Dieu. Dans la prière juive connue sous le nom de Schemoné-Esré ou dix-huit prières, Dieu est appelé « Dieu qui ressuscites les morts"». Paul lui donne exactement le même titre (Rom., 4, 17;).
Un autre trait qui n’est pas sans rapport avec la croyance à la résurrection, c’est que les pharisiens, en conflit sur ce point avec les sadducéens, croient à l’existence d’esprits et de démons. On sait que ces croyances se retrouvent dans les épîtres de Paul*.
Ce qui importe. plus peut-être que les idées que Paul tient des pharisiens, c’est la culture et la forme d'esprit
1. On trouvera le texte de cette prière chez DALMAN, Die Worte Jesu, I, p. 299, et la traduction française chez STAPFER, La Palestine, pp: 376-379. 2. Nous ne parlons pas ici des espérances messianiques parce qu'elles n'étaient pas particulières au pharisaïsme, mais communes à tout le ju-
daïsme.
TE + Na pee
qu'il eur doit. A Jeur école il | d’une dialectique infiniment subtile, don
principal était de raisonner sur des mots plus que su des idées; il s’était rompu à la pratique d’une exégèse toujours respectueuse de la lettre, mais qui, par des pros te
cédés savants, arrivait à faire dire à un texte à peu près tout ce qu’elle voulait. Ce sont ces habitudes d'esprit qui donnent aux développements pauliniens le caractére si particulier qu’on leur connaît.
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II. — L'Église chrétienne au momeni de la conversion de Paul.
A. — De quelques idées dominantes du siècle apostolique.
Il convient avant tout de noter ici quelques idées qui ont été comme des principes directeurs du siécle apostolique. En premier lieu, il faut relever l'autorité attribuée à l'Ancien Testament. Pour Îles premiers cürétiens, comme pour leurs contemporains juifs, les livres quile composent sont la parole de Dieu. L’argument scripturaire u est pour eux la preuve la plus décisive que l'on puisse 0 concevoir. Nous voyons ainsi Paul invoquer l'autorité de l'Ancien Testament, là même où la question pourrait, : nous semble-t-il, être plus aisément et plus complète ment résolue parla citation d’une parole de Jésus-Christ’. ee
Un second fait digne de remarque, c’est la croyance si
vivante chez les premiers chrétiens à l'inspiration pneu- matique. Cette inspiration constitue pour EUX une haute autorité. Ce que dit le prophète n’est pas la parole d’un
1. Sur l'Ancien Testament dans l'Église primitive, cf. HARNACK, Lebr- T buch der Dogmengeschichle, 1, 3° éd, Fribourg, Éeipzig, 1894, pp. T45 ss:
165 ss.
homme, c’est la déclaration de l'Esprit, c’est-à-dire de Dieu lui-même’.
Les deux idées de l’autorité de l'Ancien Testament et de l'inspiration prophétique, agissant conjointement, devaient s'opposer dans une très large mesure, en la rendant inutile, à la formation d’une autorité nouvelle. C’est ce qui explique ce fait si étrange au premier abord, que les paroles de Jésus, tout en jouissant dans les commurnautés primitives, comme chez l’apôtre Paul, d’un trés profond respect, n'étaient pas considérées comme la seule autorité.
L'importance attribuée à l'Esprit, nous permet aussi de comprendre le rôle qu’une personnalité comme celle de Paul a pu jouer dans le christianisme naissant. C’est parce qu'il était absolument certain de parler au nom et par l'autorité de l'Esprit, qu'il a été possible à l’apôtre de présenter comme ayant une valeur absolue, le produit de ses réflexions personnelles. Nous pouvons ainsi comprendre l'intolérance un peu hautaine de Paul. Il sait que l’évangile prêché par les apôtres de Jérusalem diffère sur certains points, assez notablement, de son enseignement, mais il n'admet que son propre évangile. Il y a plus : Il dit « mon évangile» (Rom., 2, 16; 16, 25 ; etc.), marquant par là qu'il a conscience d’avoir innové en quelque mesure; cela ne l’empêche pas d’identifier sans hésitation son évangile avec l’évangile de Dieu. Il parle en termes extrêmement durs, de ceux qui ne professent pas les mêmes idées que lui : « Je m'étonne, écrit-il aux Galates, que vous vous soyez si vite écartés de celui qui
1. L'importance de cette idée a été très bien mise en lumière par GunxeL, Die Wirkungen des heiligen Geistes nach der populären Anschauuno des apostolischen Zeilalters und der Lebre des Apostels Paulus, 2° éd., Gôttingue, 1899.
VOUS a appelés à à la grâce de Christ pouraller à un autre évangile. Il n’y en a pas d’autre, il n’y a que des brouillons qui veulent vous détourner de l’évangile de Christ. Si quelqu'un, fût-ce nous-mêmes, fût-ce un ange du ciel, vous évangélisait autrement que nous vous avons évangélisés : qu'il soit anathème! Comme je vous l’ai déjà dit, je vous le dis encore : si quelqu'un vous évangélise autrement que ce que vous avez reçu, qu'il soit anathème! » (Gal., 1, 6-9;). Il est vrai que ces lignes ont été écrites sous le coup de la surprise et de l’indignation douloureuse que causa à l’apôtre la soudaine défection des Galates, mais elles n’en montrent pas moins la haute autorité que Paul attribue à son évangile, parce qu'il le croit inspiré par l'Esprit.
Notons enfin une troisième cause qui à dû agir sur la formation de la pensée de l’apôtre : la croyance à la proximité de la parousie. Non seulement cette idée a tenu une grande place dans la pensée de Paul, mais encore elle a directement influencé la forme qu’elle a prise. On sait que, s’il y a un système paulinien très fortement constitué, Paul ne s’est jamais préoccupé d’en donner un exposé théorique. Cela tient sans doute, pour une large part, à ve que, malgré ses éminentes aptitudes spéculatives, ses préoccupations dominantes étaient d’ordre pratique, mais il est certain aussi que l’imminence de la parousie devait lui faire paraître bien moins urgent le besoin de laisser un exposé systématique de sa pensée.
B. — La prédication des premiers apôtres de Jésus-Christ.
Il est utile ici d'essayer de nous faire une idée de la prédication des premiers apôtres de Jésus-Christ, ear la connaissance des idées répandues dans l’Église chré-
tienne, au moment où Paul v est entré, est indispensable pour pouvoir juger de l'originalité de la pensée paulinienne.
Malheureusement les renseignements directs sur les premiers temps de l'Église nous font défaut. Nous en sommes réduits, pour la période qui nous intéresse, aux indications que nous fournissent les Actes des Apôtres. Or on sait combien la valeur de ce document est contestable et avec quelle prudence il faut lutiliser. Nous n'avons pas à nous occuper ici d’une maniére générale de la valeur du livre des Actes, mais seulement de ce que vaut la partie de cet ouvrage qui nous fait connaître les idées des premiers chrétiens, c’est-à-dire l’ensemble des discours attribués à l’apôtre Pierre‘.
On sait qu'il convient de se défier d priori de tous les discours conservés dans des ouvrages de l'antiquité, car l'habitude des auteurs de cette époque était de mettre leurs propres réflexions, sous forme de discours, dans la bouche d’un personnage historique. En est-il ainsi pour les discours de Pierre au commencement du livre des Actes ? Une remarque s'impose avant tout, c’est que ces discours ne peuvent être l’œuvre du rédacteur du livre, car cet auteur, — que ce soit Luc ou un autre, peu importe — a une tendance paulinienne non déguisée, et que cette tendance fait complètement défaut dans les discours de Pierre’. Nous sommes par là amenés à penser que ces discours devaient faire partie de quelque chro-
1. Le principal de ces discours est celui qui fut prononcé par Pierre le jour de la Pentecôte (2, 14-36 ;); il faut y joindre les autres discours de Pierre (3, 12-26; 4, 8-12; 5, 29-32;).
2. On ne peut dire qu'il en est ainsi par une intention voulue du rédacteur, car à l'époque où il travaillait, personne ‘n'avait conscience d'une différence entre le paulinisme et le christianisme primitif.
nique jérusalémite ancienne, en sorte que, si même ces discours ne sont pas la reproduction de ceux qui ont été réellement prononcés par l’apôtre Pierre, ils reflètent en tous cas les grandes lignes de la prédication des premiers apôtres. Il nous est donc possible, grâce à eux, de nous faire une idée suffisante de la première prédication chrétienne”.
Comme cela est naturel et légitime, c’est la personne de Jésus-Christ qui est au centre de la théologie des premiers apôtres”. [l apparaît comme un homme approuvé par Dieu. Sa sainteté est attestée par les miracles et les prodiges que Dieu à accomplis par lui au milieu du peuple (Actes, 2, 22;). C’est ainsi que Pierre appelle Jésus « le saint et le juste » (Actes, 3, 14;); Jésus est pour eux le Messie. Le terme de Christ qui accompagne son nom d’une manière presque constante, en est la preuve. Sa venue a été annoncée à l'avance par les prophètes. « Moïse dit : déclare Pierre à propos de Jésus, Le Seigneur Dieu vous suscitera un prophète comme moi d’entre vos frères : Écoutez-le dans tout ce qu'il vous dira. Tous ceux du peuple qui l’écouteront seront sauvés. Tous les prophètes depuis Samuel et ceux qui ont suivi ont annoncé ces jours-là » (Actes, 3, 22,24:). À part l'appel aux miracles pour prouver la sainteté de Jésus, il
1. WEIsÆCkER, Das apostolische Zeilaller, p. 32; Bevscarac, Neulestamentliche Theologie, 1, pp. 310-311; MERLE D'AUBIGNÉ, La prédication des premiers apôtres de Jésus-Christ, d'après le Nouveau Testament (thèse) Paris, 1902, pp. 16-17. Voir dans BEyscHLaG (I, pp. 311-327) un exposé de la prédication primitive. L’exposé de MERLE D'AUBIGNÉ est intéressant, bien que la différence avec le paulinisme ne soit pas toujours marquée avec toute la netteté désirable.
2 Sur la christologie de ces discours. voir H. Horrzmaxx, Neutestamentliche Theologie, 1, pp. 366 ss.
ne paraît pas y avoir eu chez les premiers chrétiens
d'intérêt direct pour l’enseignement de Jésus et les faits
de sa vie. Ce qui domine tout, c’est l’idée de la mort et de la résurrection, mais le point de vue auquel ces deux faits sont envisagés, diffère trés sensiblement de celui qu'on trouve dans le paulinisme. La mort de Jésus est considérée, non pas comme le fait central de toute l’histoire religieuse de l'humanité, mais comme un crime du peuple juif. « Ce Jésus, homme approuvé de Dieu, dit Pierre aux Juifs le jour de la Pentecôte, par les mains des païens vous l’avez frappé et cloué à la croix » (Actes, 2, 23;). « Ce Jésus, dit encore le même apôtre, vous l'avez livré et vous l’avez renié devant Pilate qui voulait le relâcher. Vous avez renié le Saint et le Juste et vous avez demandé la grâce d’un meurtrier, mais le prince de la vie, vous l’avez tué » (Actes, 3, 13-15; cf. 5, 30:).
La possibilité même de cette mort devait être expliquée sous peine de rester pour la foi nouvelle un intolérable scandale. Aussi trouvons-nous dans la prédication de Pierre plusieurs essais d’explication. Mentionnons sans nous y arrêter celle que donne le discours qui suit la guérison de l’impotent. « Je sais, mes frères, dit Pierre, que vous avez agi par ignorance, vous et vos chefs » (Actes, 3, 17;). Il n’y a pas là en effet de véritable interprétation théologique de la mort du Christ. Une explication plus satisfaisante consiste à dire que la mort du Christ n’a pas été un accident imprévu, mais la réalisation du plan de Dieu. C’est ainsi que Pierre parle « d’un dessein arrêté et de la prescience de Dieu » selon lesquels Jésus a été livré aux Juifs (si Dptouévn BouAT na Tpoyvwoe Tod Geo. Actes, 2, 23 ;).
Conformément à cette idée, Pierre enseigne expressément que la mort du Christ a été prévue et annon.
. cée par Fe pére « ne. a | accompli, Far ce q HR avait annoncé par la bouche de tous les prophètes, TES à savoir que son Christ devait souffrir » (Actes, 3, 185). . Maisencoreici, iln y a pas d'interprétation théologique du fait de la mort. 2 … Ce qui frappe, quand on lit ces premiers discours des Actes, c’est qu'on ne trouve pas une parole danslaquelle la mort du Christ soit envisagée comme jouant un rôle dans le salut de l'humanité. On peut dire que l'idée de l'efficacité de la mort du Christ est tout à fait étrangère à la première prédication chrétienne.
L'absence totale de cette idée nous explique pourquoi les premiers apôtres cherchent à effacer toute l'horreur de la mort, par l'éclat de la résurrection. Quand Pierre en parle, on sent bien que là est le centre véritable de sa théologie, l’objet même de sa foi. « Dieu, dit-il, l’a ressuscité ayant delié les liens de la mort, car il n’était pas possible qu’il y fût assujetti, car David dit de lui : Le Seigneur est à ma droite pour que je ne chancelle pas. C'est pourquoi mon âme s’égayera, ma langue se réjouira et ma chair reposera dans l’espérance. Tun’abandonneraspas mon âme dans l’Hadés, tu ne permettras pas quetonsaint voie la corruption. Il parlait prophétiquement de la
EL AE Ve O
raie es
TR | 74 résurrection du Christ, ajoute Pierre, expliquant la parole du Psalmiste, sachant qu'il ne serait pas laissé dans
l'Hadès et que sa chair ne verrait pas la corruption. Ce Jésus, conclut-il, Dieu l’a ressuscité et nous en sommes tous témoins » (Actes, 2, 24-32; cf.3, 15; 4,10;
1. Il ne nous paraît pas légitime d’ajouter, comme le fait MERtE D AUBIGNÉ (La prédication des premiers apôtres, p. Ss), que les premiers apôtres ont enseigné que Jésus avait prédit sa mort.
ns apôtres. Su ne paraît pas que le Ressus= Le cité ait. été pour. eux simplement comme un prolonge ment du Jésus qui avait vécu au milieu d'eux, mais il. semble bien que, parlefaitdesarésurrection, Jésusaitreçu des attributs nouveaux et que ce soit par là qu'ilsoit devenu réellement le Sauveur. Voici par exemple ce que .… dit Pierre le jour de la Pentecôte : « Élevé à la droite de Dieu et ayant reçu l'esprit qui avait été promis’, illarépandu comme vous l’entendez et le voyez. Car David n'est point monté au ciel; or, il dit: Le Seigneuradita . mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite jusqu’à ceque je + mette tes ennemis sous tes pieds. Que toute la maison - d'Israël sache donc avec certitude que Dieu a établi Sei- __ gneur et Christ ce Jésus què vous avez crucifié » (Actes, D 31-30; cl. 3:16: $, 31;) 1. Dans l’idée-que les premiers apôtres se font ainsi du Christ, l'intérêt spéculatif n’a aucune place, il disparaît \ > entièrement devant l'intérêt pratique. Ce qui touche Pierre dans la personne du Christ ressuscité, c’est qu'il est le prince de la vie (Actes, 3, 15;). C’esten lui seul que | les pécheurs peuvent espérer le salut. « Il est, déclare Pierre au sanhédrin, la pierre rejetée par vous qui bà- | tissez et qui est devenue la principale pierre de l'angle. Il1n'y a de salut en aucun autre, car il n’y a sous le ciel __ aucun autre nom qui ait été donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés » (Actes, 4, 11-125). « Dieu l’a élevé à sa droite, dit-il encore, et l’a établi prince et Sauveur pour donner à Israël la repentance et le . des péchés » (Actes, 5, 31:;).
DS
1. Sur le sens de ce passage cf, mon FE sur la notion johannique dei a heure CCR RE
“qe premiers apôtres. Les duo mises Fate
= échapper au châtiment qui va atteindre la génération
pécheresse qui a fait périr le Christ, de se repentir de Jeurs péchés, de croire à Jésus et d'entrer par le bap- tême dans la communauté de ses disciples. Il dit aux Juifs le jour de la Pentecôte : « Convertissez-vous et que
chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés; et vous recevrez le don de
l'Esprit saint, car la promesse en a été faite à vous et à vos enfants et à tous ceux qui sont au loin autant
que le Seigneur en appellera » (Actes, 2, 38-39;). « Re- pentez-vous et convertissez-vous, dit Pierre une autre fois, afin que vos péchés soient effacés lorsque viendra de la part de Dieu le temps du renouvellement, et qu'il enverra Christ-Jésus qui vous est prédestiné, lui que les cieux doivent contenir jusqu’à ce que vienne le temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé de toute éternité par la bouche de ses saints prophètes » (Actes, 3, 19-21;). La repentance et la foi sont ainsi pour les premiers apôtres les seules conditions du salut.
Par le dernier passage que nous avons cité, on a vu que l’idée du retour du Christ faisait partie de la premiére prédication chrétienne; ajoutons seulement qu’on croyait ce retour prochain. Dans son discours de la Pentecôte, l’apôtre Pierre déclare en effet que le phénoméëne de leffusion de l'Esprit qui vient de se produire, est
celui que le prophète Joël avait annoncé pour les der-
niers jours (Actes, 2, 17 ; cf. Joël, 3, 1-5 ;). Il ne saurait être question ici d'établir un parallèle entre cette prédication des premiers apôtres, que nous venons
d’esquisser dans ses traits principaux et l’enseignement
sont fort simples. Pierre demande à ceux qui eee Le
EN
re À:
| ra se ou. “ mare étien pu è mitif. Nous voulons parler de la place attribuée à la mort à : duChrist. Pour les premiers apôtres, la mort de Jésus en elle-même reste un scandale, mais dont l'horreur est effa- cée par l'éclat de la résurrection. Le souvenir des scènes de la passion auxquelles ilsavaient assisté, et l’épouvante qu’ils en avaient ressentie, étaient restés trop vivants en de | eux pour que la mort de leur maître ait pu étreàaleurs yeux autre chose qu’un crime et qu’un terrible malheur. 0 0 La certitude de la résurrection a fait renaître leur foi en 5e Jésus, ébranlée etmême détruite par le drame du Calvaire, mais jamais ils ne sont parvenus à intégrer ce drame # dans leur théologie.
Paul s’est trouvé dans des conditions tout à fait dif férentes : lui n’a pas cru d’abord. Pendant toute la période qui précède sa conversion, Jésus n'a été pour lui qu’un criminel justement condamné. Sa mort aux yeux du pharisien était le fait dominant de toute son existence: elle lui apparaissait comme le juste châtiment d’un blas __ phémateur et comme la preuve que le pseudo-messie de Nazareth n'avait été qu’un faux prophète. La Loi sainte avait en effet déclaré : « Maudit est celui qui est pendu au bois » ( Deut., 21, 23;). Et certainement, si dans ses __ premiers contacts avec les chrétiens il arriva à Paul de se sentir parfois ébranlé par la foi et par la douceur d'un En Étienne, ce dût être en se rappelant cette déclaration de De l'Écriture, qu’il dût sortir de ses hésitations. Le fait de la mort de Jésus acquit ainsi pour le pharisien Saul une importance capitale, et quand, sur le chemin de Damas, le | persécuteur eut été vaincu dans sa lutte contre le christianisme, la mort de celui qu’il savait maintenant étrele
di Christ ne put “lai € être en pour hi au a rang d un. simple accident, vite réparé par la résurrection, mais elle dut rester le fait central de l’œuvre du Messie, la raison de sa venue sur la terre, la source da salut de l'humanité. . Nous verrons plus loin que c’est en effet cela qu’elle est
* dans la théologie paulinienne, et que c’est là l'originalité
de l’enseignement de l’apôtre Paul, le trait par lequel il sedistingue le plus de la prédication des premiers apôtres.