Hand Commentar, X, 1, p
“er LA PERSONNE er L'ŒUVRE DU CHRIST 20$
je aurait alors voulu dire au jeune homme que Dieu seul devait être adoré. Ainsi dans sa réponse au jeune
homme riche, Jésus ne nie pas sa propre sainteté, mais
il la sépare nettement de celle de Dieu.
La légitimité de cette distinction ressort clairement de la vie de Jésus, telle que nos évangélistes nous laracontent. Ce qui caractérise la sainteté de Dieu, c’est qu’elle est d'ordre métaphysique, elle est un des facteurs constitutifs de son essence. L'idée même de quelque chose qui limiterait ou qui diminuerait cette sainteté, ne saurait être conçue sans contradiction. Il n’en est pas ainsi de la sainteté du Christ. Elle ne nous apparaît pas dans les évangiles comme une conséquence de sa nature, comme quelque chose qui ne pourrait pas ne pas être, mais elle nous apparaît comme produite par un acte libre de volonté,
- comme réalisée par un effort constant ; en d’autres termes,
comme une sainteté d'ordre moral et non d’ordre métaphysique. Il n’est pas difficile de fournir la preuve de cette affirmation. Nos trois évangiles contiennent chacun un récit de la tentation de Jésus (Marc, 1, 12-13; Matb., 4, 1-11 ; Luc, 4, 1-13 ;). Il est fort probable que les évangiles nous ont conservé ici, sous une forme poétique, un souvenir des doutes et des tentations qui ont dû assaillir l’âme de Jésus au commencement de son ministère; nous le voyons aux prises avec les tentations du messianisme politique. Le fait même qu'il ya lutte, implique qu'il y a possibilité de défaite, et prouve par là que la sainteté du Christ n’est pas une nécessité d’ordre métaphysique,
mais qu’elle est une victoire remportée par lui”. Ces ins-
1. La plupart des historiens donnent cette interprétation symbolique
des récits de la tentation, ainsi STraAPrER, Jésus-Christ avant son’ ministère,
Parñis:s0d p. 162ss.; ALBERT RÉVILLE, Jésus de Naxareth, Paris, 1897, II, pp. 19-20; J. Weiss, Die Predigt Jesu vom Reiche Golles, 2° éd., p.156;
tincts contre lesquels il dut lutter au début de son ministère ne disparurent d’ailleurs pas complètement de son âme. Vers la fin de sa vie, il repousse encore avec indignation, comme s’il craignait de se laisser séduire, les conseils que lui donne Pierre, son apôtre préféré : «Re-
tire-toi de moi, Satan, lui dit-il, tu m’es en scandale, car
tu n’as pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes» (Marc, 8, 33; Math., 16, 23;). Enfin au moment du sacrifice suprême, dans le jardin de Gethsemané, il y a encore lutte dans l’âme de Jésus : « Père, s’écrie-t-il, que cette coupe passe loin de moi »; mais immédiatement sa foi triomphe et il ajoute, domptant l'angoisse de sa chair par l'intensité de sa foi: « Que ta volonté soit faite et non la mienne » (Marc, 14, 32-42; Math., 26, 36-46; Luc, 22, 39-46;).
Les observations que nous venons de faire à propos de la sainteté de Jésus pourraient être répétées sur bien d’autres points. Jésus s'est, en effet, très nettement distingué de son Père. Jamais il n’a fait, ni laissé faire de confusion. Ce qu’il demande, c'est l’accomplissement de la volonté divine (Math., 6, 10; 26, 42;). C'est le Père qui pardonne les péchés et qui guérit les maladies, Jésus n’est que son instrument. Il réserve au Pére seul, s’excluant lui-même, la connaissance du moment de la fin du monde (Maih., 24, 36; Marc, 13, 32). De même, il répond à la mère des fils de Zébédée qui l'implore pour ses fils : « Être assis à ma droite et à ma gauche, il ne m'appartient pas de le donner, mais cela est réservé à
O. HoztzmanN, Leben Jesu, pp. 108 ss.; P. W. Scamipr, Die Geschichte Jesu, 4° éd., Tubingue, Leipzig, 1904, p. 59; ScHüREr, Das messianische Selbstbewussisein Jesu, p. 13.
1. Scandale a ici son sens étymologique, il signifie : occasion, cause de chute,
ceux à qui cela est préparé par mon Père » (Math., 20,
Ce serait toutefois aller trop loin dans la voie que nous venons d'indiquer, que de dire avec Harnack que « le Père seul et non le Fils fait partie de l'Évangile, tel que Jésus l’a prêché” ». Il est incontestable, et c’est ce qu'a voulu dire Harnack, que Jésus n’a pas donné d’enseignement christologique, et qu'il n’a pas émis sur sa personne, sur sa ou ses natures, des thèses systématiques, et qu'enfin, rien n’a été plus étranger à sa pensée que de vouer à une damnation éternelle, comme le fait par exemple le symbole Quicumque, ceux qui ne professent pas une croyance christologique conforme à un type arrêté. Mais d’autre part, il nous paraît certain que Jésus s’est donné, dans son Évangile, une place centrale. Il s’attribue à lui-même le droit de pardonner les péchés (Math., 9, 6;); il affirme qu’il est le maître, même du sabbat (Marc, 2,28; et paral.)*. Il ne craint pas de dire aux foules de la Galilée : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous soulagerai; chargez-vous de mon joug et apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes, car mon joug est doux et mon fardeau léger » (Maib., 11, 28-30;). On ne comprendrait pas, si Jésus ne
1. Nicht der Sobn, sondern allein der Vater gehôrt in das Evangelium, wie es Jesus verkündigt hat, hinein (Harnack, Das Wesen des Christenthums, Leipzig, 1900, p. 91); H. Horrzmann (Neutestameniliche Theologie, 1, pp. 234-236) montre par des observations extrêmement fines que la foi à Jésus devait être inséparable de la foi à son enseignement; cf. Bois, La personne de Jésus et l'Évangile de Jésus, dans la Revue de théologie et de questions religieuses, 1903-1904; KAEHLER, Gehürt Jesus in das Evangelium ? 2° éd., Leipzig, 1901.
2. Comme preuve de cette autorité que Jésus s’attribue, on pourrait
encore citer Math., $, 22. 28. 32. 34. 39. 44; où Jésus oppose son enseignement à celui de l'Ancien Testament.
208 © DEUXIÈME PARTIE. TES ADÉES | s’attribuait pas une place centrale dans son Évangile, qu'il ait pu donner à ses disciples l’ordre de tout quitter pour le suivre (Marc, 1, 17, 20; etc.). Il est vrai que dans les passages que nous avons cités, Jésus n'agit et ne parle pas en son propre nom, mais il agit et il parle au nom du Pêére, et comme son envoyé. Cela prouve simplement que ce n’est pas en vertu de son essence, mais en raison du ministère que Dieu lui a confé, que Jésus s’attribue cette place dans son Évangile!.
Nous sommes ainsi amenés, pour préciser la position prise par Jésus, à examiner sa conscience messianique”. Jésus affirme sa messianité en se désignant lui-même, sous le nom de « Fils de l'Homme ». Ainsi, faisant allusion au reproche que lui adressent les Juifs de ne pas vivre d’une vie ascétique, Jésus dit : « Jean est venu ne mangeant ni ne buvant, et ils ont dit:Ila un démon. Le Fils de l’homme est venu mangeant et buvant, et ils disent: C’est un mangeur et un buveur, l'ami des péagers et des pécheurs (Matth. 11, 18. 19; Luc, 7, 33- 34;). Il est impossible que dans ce passage Jésus dé-
1. Il y a quelque chose d'insuffisant, à notre avis, dans cé que dit SABATIER : « L'autorité de Jésus-Christ, c’est l’autorité de sa personne si on veut, en tant que sa personne incarne l'Évangile et que l’un et l’autre sont revêtus de l'ascendant de la sainteté et du charme vainqueur de l'amour » (Les Religions d’autoritéet la religion de l'esprit, Paris, 1904, p.448).
2. Il est presque superflu de dire que sur cette question les opinions des théologiens sont extrémement divisées. On peut dire que tous les Systèmes possibles ont été soutenus, depuis celui qui affirme que dés Le premier moment de son ministère, Jésus a eu une conscience messianique absolument précise (Point de vue de la plupart des théologiens orthodoxes) jusqu'à celui d’après lequel il ne serait jamais venu à l'esprit de Jésus de se croire et de se proclamer le Messie (DE Laçarpe, Deutsche Schriflen. Gesammtausgabe, Güttingue, 1886, p. 69); cf. H. HOLTZMANN, Neutestamentliche Theologie, I, p. 280, n. 1; Capuis, Le Messianisme de Jésus de Nazareth (Revue de théologie et de philosophie, 1904)
signe par le terme de « Fils de l'homme » quelqu'un d'autre que lui-même. Il en est de même quand Jésus, sur le chemin de Césarée de Philippe, demande à ses disciples : « Que disent les hommes qu'est le Fils de l’homme », et qu’il continue : « Qui dites-vous que je suis?» (Matb., 16, 13.15 ;) Enfin, quand Judas s’approche de Jésus et le baïse, signalant ainsi son maître aux agents des sacrificateurs, Jésus lui dit : « Judas, est-ce ainsi que tu trahis le Fils de l’homme par un baiser? » (Luc, 22, 48;). Aussi bien l'identification de Jésus et du Fils de l’homme, n’est-elle nullement contestée. La difficulté | commence quand il s’agit d'interpréter cette expression. Il est bien certain que Jésus n’a jamais employé le terme grec 6 ütèc roù évlpéro, mais son équivalent hébreu ou araméen (héb. DIN T3, dram. wi 72), dont la signification
exacte est « un homme », « un individu de l’espèce humaine »°. S'appuyant sur ce fait, Lietzmann*, Wellhausen‘ et d’autres ont soutenu que Jésus n'avait pas pu se désigner lui-même comme le Messie, par l'emploi du terme de Fils de l'homme.
Cette thèse n'a pas été sans être contredite; sur le terrain purement philologique, un homme aussi compétent en ces matières que Dalman a soutenu que, si l’affirmation de Wellhausen est légitime en ce qui concerne l'expression araméenne W2N 92 (hé. DIN 72), où le mot
homme est employé sans article, elle cesse de l'être pour le terme MN 72 (héb. NN 12), où le mot homme est
déterminé par un article, et qui signifie, non pas