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l'homme n’était pas une de ces expressions stéréotypées dont le sens est parfaitement établi’.
Après cette longue digression, revenons à l’objet même de notre étude. Nous pouvons dire qu'en se désignant lui-même par le terme de Fils de l’homme, Jésus a voulu à la fois affirmer sa messianité et ne pas l’afficher. Peut-être aussi, en se servant d’un terme que les Juifs n'employaient pas habituellement pour désigner le Messie, a-t-il voulu indiquer à ses disciples qu'il n était pas le Messie que les Juifs attendaient, c’est-a-dire un Messie politique *.
Il y a d’ailleurs d’autres indices que Jésus s'est attribué à lui-même la dignité messianique. Ainsi il a pris le titre de « fils de David », ou du moins, il se l’est laissé donner (Math., 9, 27; 12, 23; etc., etc.). Or, on sait que d’après la tradition juive, le Messie devait être un roi descendant de David. Une preuve plus frappante de la conscience messianique de Jésus, est la réponse qu'il fit aux envoyés du Baptiste. Ceux-ci lui avaient demandé de la part de leur maître : « Es-tu celui qui devait venir ou devons-nous en attendre un autre? » Jésus leur répondit : « Allez, et rapportez à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont nettoyés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et l'Évangile est annoncé aux pauvres. Heureux celui qui ne se scandalisera pas
1. Parmi les auteurs qui se prononcent pour l'interprétation messianiste du terme de Fils de l’homme, nous citerons H. HoLtzMANN, Neutestamentliche Theologie, 1. 260 ; Harnack, Das Wesen des Christentums, p. 82 ; J. Weiss, Die Lehre Jesu vom Reiche Gotles, p. 175; WEnDT, Die Lebre Jesu, pp. 426-456; FreBic, Der Menschensohn, Tubingue, Leipzig, 1907, pp. 120-121; SCHÜRER, Das messianische Selbstbewussisein Jesu, p. 17.
2. SCHÜRER, Das messianische Selbstbewusstsein Jesu..…., p. 17.
de moi » (Maib., xr, 2-6; cf. Luc, 7, 18-23 ;). L'entrée de Jésus à Jérusalem le jour des Rameaux constitue une autre affirmation de sa conscience messianique. Les évangiles nous le présentent réglant lui-même les détails de son entrée, et, loin de se soustraire aux ovations du peuple, les provoquant en quelque mesure (Marc, 11, 1-11; par.). Enfin, si la scène de Césarée de Philippe est vraiment historique, Jésus lui-même a confié à ses disciples le secret de sa messianité. A la question de Jésus, Pierre répond: « Tu es le Christ », c'est-à-dire « Tu es le Messie » (Marc, 8, 29 ef paral.), déclaration que Jésus accepte, recommandant seulement à ses disciples de ne pas encore divulguer ce secret!.
À ces preuves de la conscience messianique de Jésus, nous pouvons en ajouter quelques autres : Jésus considère que son enseignement apporte quelque chose de nouveau. Cela ressort de la parabole du vin nouveau mis dans de vieux tonneaux, et de la pièce neuve mise à un vieil habit (Marc, 2, 21. 22 et paral.). En parlant de quelque chose de neuf, Jésus pense ici à lui et aux siens’.
Mais, d’autre part, Jésus n'a jamais rompu complétement avec le judaïsme. Comment donc a-t-il pu regarder son enseignement comme quelque chose de nouveau? Ce n’est pas qu'il se soit considéré comme le continuateur de l’œuvre des prophètes, puisque l’idée de la clôture de l’êre prophétique était pour ainsi dire un dogme du judaïsme*. Une seule explication reste pos-
sible, c’est que Jésus se soit considéré lui-même comme
1. Il est vrai que l’historicité de cet épisode est contestée par Wrede,