‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 70 sur 111 · WREDE, Das Messiasgeheimnis, pp · texte numérisé non relu

WREDE, Das Messiasgeheimnis, pp

sa conscience messianique, a dû, dés le début de son mimistére, voir nettement le but auquel il tendait, la raison d’être de sa venue sur laterre'. Mais, raisonner ainsi, C’est faire de la dogmatique et non de l’histoire, et le résultat auquel on aboutit est le postulat d’une certaine théologie, ce n'est pas une certitude d'ordre historique.

Jésus n’a probablement pas prévu sa mort avec toutes les circonstances qui l’entourérent. Ce qui tend àle prouver, c'est que, lorsque cet événement se produisit, les disciples furent tout désemparés, et qu’ils ne l’auraient pas été, s'ils s’y étaient attendus”. Quand Jésus monte à Jérusalem, c’est pour essayer d’y triompher et non uniquement pour y mourir. Ce qui le prouve, c’est la tentative du jour des rameaux et les efforts désespérés que fait Jésus pour convaincre les scribes et les pharisiens. Il y a là des faits dont il faut tenir compte, mais qui ne suffisent pas, nous semble-t-il, pour établir que Jésus n’a nullement prévu sa mort, qu’elle a été, comme le dit Maurice Vernes, un accident qui l’a surpris lui-même *.

Il nous paraît, au contraire, historiquement établi que

1. On trouve des considérations de cet ordre chez BaBuT, La pensée de Jésus sur sa mort d'après les évangiles synoptiques (thèse), Paris, 1897; KAEHLER, Zur Lehre der Versühnung, Leipzig, 1898, pp. 156-182; DEVISME, Quelques traits du Jésus de l'histoire, Montauban, 1899. Ce que Jésus a pensé de sa mort, pp. 5-58. On trouvera une critique de l’étude de DE VismE par SraPFeR dans les Annales de bibliographie théologique, 1900, pp. 65 ss.

2. WREDE, Das Messiasgeheimnis, pp. 87-88 ; BALDENSPERGER (Das Selbstbewusstsein Jesu, p. 120) fait au contraire remarquer avec beaucoup de. raison que si Jésus n'avait nullement annoncé sa mort, la foi à sa messianité n’aurait pu triompher de l'épreuve terrible qu’elle eut à souffrir au moment de la passion.

3. Grande Encyclopédie, art. Jésus-Christ, Les opinions sur ce point sont assez partagées. WREDE (ouv. cilé, pp. 82-92) et EicHHoRN (Das Abendmahl im Neuen Testament, Leipzig, 1898. Hefte zur christlichen Welt 36, pp. 11, 14, 16.) nient que Jésus ait prévu sa mort. La majorité des critiques

Jésus au moment de monter, à Jérusalem a l’idée qu'il va peut-être mourir, et que sa mort ne sera pas un simple accident, mais qu’elle aura une valeur particulière, parce qu’elle sera un élément constitutif de sa messianité. Cela ressort, nous semble-t-il, avec une entière évidence du passage où Jésus dit que le Fils de l’homme est venu donner sa vie en rançon pour plusieurs (Marc, 10, 45;). Nous avons vu que rien ne permet de suspecter ce passage. Cela ressort aussi nettement des paroles de l’institution de la Cène. La conclusion que nous formulons ici est celle à laquelle arrivent la plupart des historiens de la vie de Jésus. La question qui se pose est de savoir s’il ne faut pas aller plus loin, et s’il ne convient pas d'attribuer à Jésus l’idée de ses souffrances et de sa mort, dès la période galiléenne de son ministère comme l'a fait récemment Schweitzer‘. Pour lui l’idée de la souffrance est l’idée essentielle de Jésus dès le commencement de son ministére. Il faut reconnaître que des raisons importantes viennent appuyer cette manière de voir. Dans un des premiers épisodes de la vie de Jésus, on voit apparaître chez lui l’idée de la mort, sinon nécessaire, du moins possible; c’est lorsque les pharisiens reprochent aux disciples de Jésus de ne pas jeûner; Jésus leur dit : « Les amis de l’époux peuvent-ils jeûner tant que l’épouxest avec eux? Aussi longtemps qu'ils ont l'époux, ils ne peuvent pas jeûner. Des jours viendront

porte un jugement différent. Parmi ceux qui admettent que Jésus a annoncé sa mort, nous citerons O. HozTzmann, War Jesus Ekstatiker ? Tubingue, Leipzig, 1903, p. 100; ScHwARTZKoPrF, Die Weissagungen Jesu Christi von seinem Tode, seiner Auferstebung und Wiederkunft und ibre Erfüllung, Güttingue, 1895, pp. 13-36; Hozzman, Die Bedeutung des Todes Jesu nach seinen eigenen Aussagen, auf Grund der synoptischen Evangelien, Tubingue, Leipzig, 1901, p. 15, etc.

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