‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 71 sur 111 · Das Abendimahl IT. Das Messianität und Leidensgeheimms · texte numérisé non relu

Das Abendimahl IT. Das Messianität und Leidensgeheimms

où l'époux leur sera Ôté, alors ils jeûneront » (Marc, 2, 19-20;). Il ne nous paraît pas nécessaire d’admettre, comme le font certains auteurs’, que cet tpisode doive être reporté beaucoup plus tard, aprés la mort de Jean Baptiste. Il n’y a rien d’invraisemblable à ce que Jésus ait eu déjà, à ce moment-là, au moins l’idée de la possibilité de sa mort. N’était-il pas dés le début de son ministère en conflit avec les Juifs, à propos du pouvoir qu'il s’attribuait, de pardonner les péchés, lors de la guérison du paralytique (Marc., 2, 1-12;), puis, à propos du jeûne (Marc, 2, 18-22 ;) et du sabbat? (Murc, 2, 24;-3, 15 ;) Enfin, il ne faut pas oublier que, si quelques épisodes peuvent faire illusion, le trait dominant du ministére -galiléen de Jésus, est le rejet de sa prédication. Le point culminant de cette période, c’est la scène qui se passe dans la synagogue de Nazareth, lorsque Jésus déclare qu'aucun prophète n’est accueilli dans sa propre patrie (Marc, 6, 4;). Luc va plus loin et raconte que les habitants de Nazareth, non contents de rejeter la prédication de Jésus, essayent de l’entraîner sur une montagne et de le précipiter en bas (Euc, 4, 23-30;). Quoi d'étonnant à ce qu'après une pareille scène, Jésus en soit arrivé à l’idée qu'un jour viendrait où il ne pourrait plus échapper à la fureur des Juifs? Il est infiniment probable qu'à partir de ce moment, la mort apparut à Jésus comme une hypothèse de plus en plus vraisemblable, et comme il ne lui était pas possible de voir dans ce qui lui arrivait autre chose que la volonté de Dieu,ilen vint à considérer que s’il devait mourir, c’est que sa mort entrait dans le plan

1. H. HoLTzmanN, HC, I, 1, 121; HOLLMANN, Die Bedeutung des Todes

Jesu, 19.

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de Dieu, et qu’elle était un élément essentiel de sa messia-

nié \

Pourtant, on se tromperait si l’on croyait qu'a partir du moment où il quitte la Galilée, Jésus connaît le sort qui l’attend à Jérusalem. Sa mort a dû lui apparaître à ce moment-là comme probable, et bien souvent il dut es-. sayer d'ouvrir là-dessus les yeux des apôtres, sans toutefois leur donner un enseignement aussi précis que celui que lui attribuent les évangiles. On ne s’expliquerait pas sans cela le désarroi dans lequel les apôtres se trouvérent à la mort de Jésus. Quelque inintelligents qu'ils aient pu être, on ne saurait admettre, comme le font les évangiles, qu’ils n’aient absolument rien compris de ce que Jésus leur avait enseigné.

Il y a d’ailleurs une preuve trés nette que Jésus, au. moment même où il va être arrêté, ne voit pas dans sa mort une nécessité absolue, c’est la scène de Gethsémané. Jésus, à cet instant, sent plus que jamais le danger qui le menace. La trahison de Judas qu'il a devinée, va précipiter les événements. Malgré les précautions qu’il a prises pour se dissimuler *, il sent que ses ennemis sont sur ses traces et que, tout 4 l'heure peut-être, ils vont se saisir de lui. Alors se livre dans l’âme de Jésus une lutte désespérée. Presque abandonné par ses disciples qui, inconscients du danger, se sont endormis, il prie. Il demande que cette heure lui soit épargnée : « Père, ditil, tout t'est possible, écarte cette coupe de moi, toutefois que ta volonté soit faite et non la mienne », et par trois fois il répète les mêmes paroles (Marc, 14, 32-42;

1. H. HoLTzmanN, Neufestamentliche Theologie, I, 288 ss. ; BEYScHLAG, Neutestamenthche Theologie, T, 153; HoLLManN, Die Bedeutung des Todes Jesu, 50.

2. On sait que pendant cette dernière semaine Jésus eut soin de sortir de Jérusalem tous les soirs.

etparal.). Sans doute, dans cette prière se manifeste unesoumission absolue à ce que Dieu veut, mais aussi le fait que Jésus demande que l'heure douloureuse dont il devine limminence lui soit épargnée, prouve que la mort ne lui apparaît pas comme une inéluctable nécessité, et qu’à ce moment-là, quelques instants à peine avant son arrestation, il pense qu'il peut encore être délivré de ses ennemis'. Il nous semble, en résumé, que Jésus a dû, detrés bonne heure, entrevoir la possibilité de ses souffrances et de sa mort. À mesure qu’il avançait dans son ministére et qu’il entrait en conflit de plus en plus aigu avec les repré-

sentants officiels du judaïsme, cette perspective a dû.

prendre dans son esprit une certitude de plus en plus grande; parallèlement à cette évolution a dû s’en produire une autre. La mort qui ne lui était peut-être apparue d’abord que comme un simple accident, en est arrivée à faire dans sa pensée, partie intégrante de sa notion de la messianité. Il nous paraît donc que c’est dans la conscience messianique de Jésus, et non ailleurs, qu'il faut chercher l’origine de sa notion du Messie souffrant et mourant. On trouve bien en effet, dans le judaïsme, l’idée que la souffrance et la mort du juste ont une valeur expiatoire; cette idée est en particulier magnifiquement

exprimée par le Deutéro-Esaïe, dans le chant du serviteur

de l'Éternel (Es., 53, 2-10;) et Jésus s’en est certainement nourri, mais l’idée du Messie souffrant est restée étrangère au judaïsme”.

Aprés avoir ainsi essayé de montrer ce que Jésus a pensé de lui-même, il convient d’exposer maintenant ce

r. C’est le Christ synoptique et non le Christ johannique qui dit : « C’est pour cette heure-là que je suis venu » (Jean 12, 27;). 2. BALDENSPERGER, Dus Selbstbewussisein Jesu, p. 127; SCHüRER, Geschichte des jüdischen Volkes, IX, 553. SRE

qu'il a pensé de son œuvre. On peut dire, en un mot, qu’il l’a considérée comme une préparation du Royaume de Dieu. Nous avons vu que pour Jésus, ce Royaume a un caractère nettement eschatologique. L'œuvre de Jésus ne consiste pas à l’amener, mais uniquement à mettre les hommes dans des, conditions telles qu'ils puissent y entrer. Jésus travaille à détruire les obstacles qui s’opposent à l’entrée des hommes dans le Royaume de Dieu; son œuvre est donc une lutte contre le mal sous toutes les formes, c’est-à-dire contre le péché et la souffrance.

La prédication du Royaume qui apparaît commel’œuvre propre de Jésus (Math., 4, 17; Marc, 1, 14. 15; Luc, 4, 43 ;) consiste à promettre un soulagement à tous ceux qui souffrent des conséquences du péché, à ceux qui ont faim et soif de la justice (Math., $, 6; Luc, 6, 21;), à ceux qui sont pauvres (Luc, 6, 20; Math., $, 3 ;), ou qui pleurent (Lu, 6, 21;); pour tout dire en un mot, à ceux qui sont fatigués et chargés et qui soupirent aprés le repos de leurs âmes (Math., 11, 28 ss.). C’est au même point de vue qu’il faut considérer les nombreuses guérisons accomplies par Jésus. Rien n’est plus faux que de supposer que Jésus a eu le dessein de se faire une réputation de thaumaturge; ce qui le prouve, c’est qu'il refuse absolument de faire aucun miracle devant les pharisiens qui lui demandent un signe du ciel (Marc, 8, 11-13 ; ét paral.). De même, dans la synagogue de Nazareth, devant la curiosité malveillante de ses compatriotes, Jésus, nous disent les évangiles, ne put faire aucun miracle (Marc, 6, 5 ; Matbh., 13, 58; cf. Math., 12, 38-42; Pub nr, 29-32:).

Mais si Jésus combat ainsi les conséquences immédiates du péché, les souffrances physiques et morales, c'est la lutte contre le péché lui-même qui occupe la

place centrale dans son ministère. La premiére prédication de Jésus, c’est : « Repentez-vous, car le royaume de Dieu est proche » (Maib., 4, 17; Marc, 1, 14, 15;), c'est-à-dire : Rompez avec ce qui vous éloigne de Dieu, avec ce qui vous empêcherait d'entrer dans le Royaume quand il viendra. Dans tout le cours de son ministère, nous voyons Jésus ne pas craindre le contact des péagers, des femmes de mauvaise vie, de tous ceux qui passaient, non sans raison, pour être la lie du peuple juif. Jésus fait en quelque sorte la théorie de son ministère, quand il déclare : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc, 19, 10;). Jésus déclare qu’il est le médecin qui vient porter secours à ceux qui se portent mal : « Je ne suis pas venu, dit-il, pour appeler les justes à la repentance, mais les pécheurs » (Mur, 2, 17; et paral.). Il annonce que toute âme a, aux yeux de Dieu, un prix infini, et que chaque fois qu'un pécheur se repent, il y a de la joie dans le ciel. C’est ce qu’expriment les paraboles de la brebis et de la drachme perdues, et celle de l'enfant prodigue (Math., 18, 10-14; Luc, 15, 1-32;). « Ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux, dit Jésus, qu’un seul de ces petits périsse » (Math., 18, 14;). Nous pouvons dire en résumé, que l’œuvre de Jésus consiste à combattre le mal sous toutes ses formes, en guérissant les malades, en promettant la délivrance à ceux qui souffrent, et en appelant les pécheurs à la repentance à laquelle les convie la miséricorde du Père céleste.

Nous avons vu plus haut qu’à partir d’un certain moment au moins, Jésus a vu dans sa mort un élément essentiel de sa messianité. Elle lui est donc apparue comme faisant partie intégrante de son œuvre. Nous avons maintenant à nous demander quelle valeur il lui

a attribuée. Deux paroles de Jésus peuvent nous aider à résoudre cette question. La première est celle que Jésus adressa à ses disciples après la demande orgueilleuse des fils de Zébédée : « Que celui qui veut être grand parmi vous soit votre serviteur, et que celui qui veut être le premier soit l’esclave de tous, car le Fils de l'homme est venu non pour être servi, mais pour servir et, pour donner sa vie en rançon pour plusieurs » (Marc, 10, 43- 45; Math., 20, 26-28;). Le second texte qui se rapporte aux paroles qui nous occupent, se trouve dans le récit de l'institution de la Cène. En donnant la coupe à ses disciples, Jésus dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'alliance répandu pour beaucoup » (reüré ëoruw nd aiué mou sis Galrhuns To Éxyuvvépevoy dTÈp To ADV, Marc., I4, 24; De Nous devons essayer de reconnaître la pensée de Jésus sur la valeur de sa mort d’après le premier seul de ces textes. Le second, en effet, présente des difficultés d’interprétation telles qu’on ne peut espérer en tirer quelque lumière. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les controverses sans fin dont le sens de ces paroles de Jésus a été l’objet, pour reconnaître qu’il serait imprudent de faire reposer notre étude sur une base aussi fragile. Bornons-nous donc à examiner le sens des mots Doüvar thv Luynv adtoÿ AÜToOV avtt ToAADY (Marc, 10, 45 5) Une observation s'impose avant tout : Jésus n’est rien moins que dogmaticien. Il serait donc absurde de traiter les mots qui nous occupent comme une formule théologique, comme l'expression abrégée d'une théorie de la Rédemption; ce n’est donc pas du paulinisme ou de tout autre système théologique qu’il faut partir pour expliquer ce texte. Nous devons au contraire nous efforcer d'éclairer les expressions qu'emploie ici Jésus, par celles qu'il emploie dans d’autres passages, puis’ essayer de nous repré-

senter psychologiquement sa pensée à ce moment-là.

Nous avons heureusement une parole importante de Jésus qui se rapproche de Marc, 10, 45;, en ce qu'il y est aussi question d’un rachat de l’âme.

C’est après larévélation de sa messianité, Jésus appelle ses disciples et leur dit : « Que celui qui veut venir après moi renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu'il me suive, car si quelqu'un veut sauver sa vie il la perdra, et si quelqu'un perd sa vie à cause de moi et de l'Évangile, il la sauvera. Que servirait-il à un homme de gagner le monde entier s’il perdait sa vie (rhv tuyñv adro5);

car, que donnerait l’homme comme rachat de sa vie'?»

(avranayua ris Vuyñs adroë, Marc, 8, 34-3 (me cf. Math., 16, 247 26; Luc, 9, 23-25;)? Retenons d’abord cette idée que l’abandon qui va jusqu’au sacrifice, jusqu’à la perte de la vie à cause du Christ et de l'Évangile est, non seulement un moyen, mais le seul moyen de conserver sa vie, c’esta-dire d'obtenir la vie dans le Royaume. Que signifie la fin du passage? La question qui se pose est de savoir ce qu’il faut entendre par txt. Il convient, croyons-nous, de donner à ce terme un sens très général, qui puisse comprendre à la fois la vie physique et la vie dans le Royaume, celle-ci n'étant d’ailleurs que la continuation de celle-là. Le sens serait donc celui-ci : Il ne sert de rien à un homme de gagner tout le monde, s’il perd la vie, car rien ne lui permet de la racheter. La préoccupation égoiste de conserver sa vie amène donc la perte de la vie, car celui qui a une telle préoccupation est exposé à mourir, ou, s'il vit encore à l'avènement du Christ, il n’aura point de part à son Royaume. Quant à l’idée de la rançon, elle se trouve bien dans ce passage, mais sous la forme

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