La dernière phrase manque chez Luc
Ve
d'une hypothése qui est immédiatement écartée comme non fondée. Il n'y a donc rien ici qui ressemble à une théorie de la Rédemption. Rien ne dépasse le point de vue du Psalmiste qui dit : « Le rachat de leur âme est cher, il ne se fera jimais » (Ps., 49, 9;).
Essayons maintenant d'appliquer les résultats de notre étude de Marc, 8, 34-37; à l’exégèse de Marc, 10, 45;. Le Fils de l’homme donne sa vie en rançon pour plusieurs. Cela signifie que, par sa mort, Jésus assure à plusieurs l'entrée dans le Royaume de Dieu. L'image employée ici est celle d’un esclave de qui la rançon est payée. Par la mort du Christ, le croyant échappe à la domination de la mort. Il ne faut pas trop presser les termes et demander, par exemple, à qui la rançon est payée, car il y a là, il ne faut pas l'oublier, non pas une doctrine théologique, mais une simple image. Jésus veut dire seulement qu’en mourant, il rend possible pour plusieurs l'entrée dans le Royaume. Le résultat auquel noussommes ainsi conduits est insuffisant, nous ne l’ignorons pas, mais nous ne pouvons historiquement aller plus loin avec les textes que nous possédons.
Il ne nous est toutefois pas interdit de suppléer à cette insuffisance à condition de marquer avec soin où finit le domaine de l’histoire, où commence celui de la divination psychologique. Plusieurs hypothèses sont possibles : Jésus a pu considérer sa mort comme nécessaire, parce
1. Ce texte a naturellement été l’objet d’un nombre infini d'interprétations, nous ne pouvons songer à en donner une idée, même incomplète, aussi nous contenterons-nous d'en rapporter deux parmi les plus remarquables : Es kann wohl im Zusammenhang mit dem Wort vom Dienen nur an eine Loskaufung aus dem Diensistande, also an ein Lüsegeld gedacht sein, wie man es bexahlf, um einem Sklaven die Freiheit xu verschaffen (H. HorTzmaANN, Neutestamentliche Theologie, 1, 292). Pour SaBATIER les mots Atpov avr! roNA\&y sont une parabole en raccourci, « La mort n’est pas la cause du
qu'il lui est apparu qu'il fallait, ou bien mourir, ou bien désavouer son œuvre, ou bien encore il a deviné que sa
mort serait le signal d’un nouvel épanouissement de son
Évangile. Une troisième hypothèse est possible, c'est que
Jésus ait cru qu'immédiatement après sa mort il revien- drait avec puissance pour établir le Royaume. D’autres hypothèses encore peuvent être imaginées. Bornons-nous
à dire que la dernière de celles que nous avons exposées,
nous paraîtavoir quelques chances d'être la bonne. Nous
savons en effet que Jésus a cru à son prochain retour; c’est
ainsi que lorsque le souverain sacrificateur lui demande
s’il est le Christ, le Fils du Dieu béni, il répond : « Je le. suis et vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite
de la puissance venir sur les nuées du ciel » (Marc, 14, 62, et paral.).
Il nous reste à voir comment Jésus a conçu l’achèvement de son œuvre, c’est-à-dire ce qu'il a enseigné touchant son retour glorieux et la réalisation du Royaume de Dieu. À mesure que se précise dans l'esprit de Jésus la pensée qu'il va mourir, l’idée de son retour glorieux se développe et s’affermit. Il l’affirme de la manière la plus précise au moment où, comparaissant devant le sanhédrin, il ne saurait plus conserver le moindre doute sur le sort qui l’attend (Marc, 14, 61.62; etparal.)'. Mais si, au momentdeson procès, Jésusaffirme ainsi solennellement
pardon des péchés, mais le moyen par lequel Satan est vaincu et le Royaume de Dieu décidement fondé. L’idée d’un sacrifice expiatoire, d’une rançon payée à Dieu, est totalement étrangère à ce texte essentiellement métaphorique » (La doctrine de l’expiation et son évolution historique, Paris, 190r, pp: 19, 20).
1. BrusrTON (La vie future d’après l’enseignement de Jésus-Christ, Paris, 1890, pp. 34 sS.) a essayé de montrer que ces prédictions de Jésus ne pouvaient être prises dans leur sens matériel, et qu’il fallait leur chercher un sens figuré. Son exégèse manque totalement de sens historique,
son retour, il l'avait depuis longtemps annoncé à ses disciples (Math., 16, 27; 24, 30; etc.).
La première chose à remarquer, c’est que pour Jésus, la venue du Royaume de Dieu et le retour du Fils de l'homme sont deux notions à peu près équivalentes. Il parle indifféremment de sa parousie ou de l’établissement du Royaume’. L'œuvre du Fils de l’homme à son retour consistera à opérer une séparation, à rejeter tout ce qui n’est pas digne du Royaume. C’est ce qu’exprime sous une forme mi-didactique, mi-parabolique, la péricope du jugement dernier. « Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec tous ses anges, dit Jésus, il s’assiéra sur son trône de gloire. Tous les peuples seront rassemblés devant lui, 1l les séparera comme un berger sépare les brebis des boucs, il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche ; alors le Roï dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous les bénis de mon Pèére, recevez le Royaume qui vous a été préparé depuis la création du monde... À ceux qui sont à sa gauche, il dira au contraire : Éloignez-vous de moi, allez dans le feu éternel qui est préparé pour le diable et pour ses anges » (Math., 25, 31-34. 41;). La même idée se retrouve à plusieurs reprises dans l’enseignement de Jésus. Le jour de la parousie est présenté comme le jour du règlement des comptes, dans la parabole des talents (Math., 25, 14-30; Luc, 19, 11- 27;). Jésus donne un enseignement identique dans l'explication de la parabole de l’ivraie : « Le Fils de l’homme, dit-il, enverra ses anges qui recueilleront pour les mettre hors du Royaume (ou X RE OUI Êx TS Baoukeiac), tous les scandales et tous les ouvriers d’iniquité, ils les
1. Dans deux passages identiquement parallèles (Marc, 9, 1; Math., 16, 28;), Marc donne « Le Fils de l’homme venant avec puissance ». Mathieu, « Le Fils de l’homme venant dans son Royaume ».
jetteront dehors dans la fournaise ardente, il y aura là des pleurs et des grincements de dents ; alors les justes brilleront comme le soleil dans le Royaume duPère » (Math. 13, 41-43;). Ainsi, d’après ces passages, le Royaume s'établira à la parousie par l'exclusion et la destruction de ceux qui ne sont pas dignes d'y entrer. Cette action du Fils de l’homme équivaut à un jugement, ainsi que cela ressort de l’enseignement de Jésus sur le jugement dernier, rapporté plus haut, et de cette déclaration de Jésus : « Le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres » (Math., 16, 27;)'. De cette déclaration, il faut en rapprocher une autre : « Celui qui aura honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aura honte de lui quand il viendra dans la gloire du Pêére avec les saints anges » (Marc, 8, der Mi 1032533: ut, 12, 8:) 00e
Une fois qu’on se place sur ce terrain eschatologique, la question importante qui se pose est celle du moment de la parousie. D'une manière générale, comme nous l'avons vu, Jésus réserve expressément au Père seul, la connaissance du jour et de l’heure (Marc, 13, 32; cf. 33- 37 ; Math, 24, 36; cf. 39-42;). Mais malgré cela, Jésus a certainement cru à la proximité très grande de son retour. A cette prédiction : « Ils verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec beaucoup de puissance et de gloire », il ajoute cette déclaration solennelle : « Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera pas avant que toutes ces choses soient accomplies » (Marc, 13, 26. 30. 31;). Jésus déclare de même une autre fois : « Je vous le dis en vérité, il y en a de ceux quisontici pré-
r. C’est encore l’idée du jugement qu’implique Luc, 21, 36;