‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 75 sur 111 · TO NE RU TR · texte numérisé non relu

TO NE RU TR

« Dieu béni au-dessus de tout pour l'éternité » (é àv ii ravrwv Des cb hoynrèe es vobc aiüvas, Rom., 9,5 RL Si l’on prenait ce passage au pied de la lettre, le rapport entre le Christ et Dieu serait un rapport d’identité. Mais cette interpretation ne nous paräît pas être légitime. Si Paul avait enseigné, au sens strict du mot, la divinité de Jésus-Christ, il serait, pour ne pas dire davantage, étrange qu'il lait fait seulement dans une phrase incidente'. De plus, le mot où n’a pas pour Paul le sens strict et précis qu'il a pour nous. « Il y a, écrit quelque part lapôtre, des êtres que l’on appelle dieux, soit au ciel, soit sur la terre, comme

il y a beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs (cs

Deot root nat xüptot rohhot ) ; mais pour nous il n'y a qu’un Dieule Péres-(L'Cor82s."65)" Pour Paul Chrismést un de ces êtres qui méritent le nom de Dieu, mais cela ne veut pas dire qu'il soit Dieu au sens qu'aurait pour nous cette formule. La deuxième épitre aux Corinthiens nous fournira peut-être, sur le rapport entre Christ et Dieu, quelques indications plus précises. « Christ, dit l’apôtre, est l’image de Dieu » (II Cor., 4, 4;). Il faut très certainement entendre par là qu’il est comme un reflet de l'essence divine”; mais il ne faut pas trop presser le sens de cette expression, et oublier que pour Paul l’homme aussi est « l’image de Dieu » ([ Cor., 11, 7;).

1. Un certain nombre de critiques suppriment la question ‘en rayant tout simplement le verset $ ou quelques mots de ce verset : Tels sont BALJON, KRÜGER, HAEKSTRA, MICHELSEN, VAN MANEN, etc. (cf. CLEMEN, Die Einheitliichkeit der paulinischen Briefe, Goettingue, 1894, p. 88 ). — Sur ce passage, voir H. HozTzmanN, Neutestamentliche Theolovie, IL, p. 92, n.3. Le R. P. Duranp, La divinité de Jésus-Christ dans saint Paul (Revue Biblique internationale, 1903), voit dans ce passage l’idée très nette de la divinité de Jésus; GünTRER, Zur Exegese von Rom., 9, 5 ; (Studien und Kriliken, 1900) croit que Geès ici se rapporte à Dieu.

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Remarquons d’ailleurs qu’on rencontre aussi chez Paul

l’idée que Dieu, par Christ, est présent dans le croyant, si bien que nous sommes conduits à cette conclusion, que Christ, en qui Dieu est présent, vient sur la terre pour que tous les hommes aient Dieu habitant en eux, Fils de Dieu,

il vient sur la terre afin que les croyants deviennent, eux

aussi, enfants de Dieu. Christ apparaît ainsi comme le type de l'homme normal. Paul l'appelle l’homme céleste (I Cor., 15, 48;), et l’oppose à Adam, type de l'humanité pécheresse (Rom., 5, 17;). Dans sa préexistence, Jésus

posséde comme facteurs constitutifs de son essence les

biens spirituels que par son ministére il poqure aux siens (ILGor:, 8.9:

Nous trouvons dans l’épitre aux Philippiens, des idées d’un caractère métaphysique beaucoup plus accentué.

* Christ, d'après cette épitre, préexiste en forme de Dieu

(y uopoñ 0e si), c'est-à-dire qu'il est un être, non pas identique, mais semblable et égal à Dieu. Paul déclare en effet qu'il n’a pas regardé comme une proie (äprayuèv) le fait d'être égal à Dieu, ce qui veut dire qu’il n’a pas voulu jouir de cette égalité en égoïste, mais il s’est abaisse, il s'est vidé (£xivussv), dit même l’apôtre, et a pris la forme d’un serviteur; il est ainsi devenu semblable à l’homme (Phil., 2, 6; ss.). Le Christ renonce donc aux privilèges dont il jouissait par sa nature, et ne les reprend que lorsque, par son humiliation et son abaissement, il a pu racheter les hommes. L'idée fondamentale de ce passage est la même que nous avons rencontrée dans la seconde épître aux Corinthiens, l'expression seule diffère”.

:. L'Épitre aux Colossiens appelle Christ « l’image du Dieu invisible » (1, 15). Elle dit qu’en lui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance {Col , 2, 3:). et enfin que tout le plérôme de % divinité habitait corporellement en lui (2, 9;).

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Il est un côté de la christologie paulinienne dont nous ne nous sommes pas encore occupés, c’est celui par lequel le Christ est en contact avec l'humanité. Paul n’affirme nulle part l'humanité du Christ'. Cela tient seulement à ce que cette humanité n’était pas mise en doute par les chrétiens auxquels il écrivait, mais indirectement Paul affirme que Jésus-Christ est un homme, en le proclamant membre du peuple juif, descendant d'Adam, d'Abraham et de David. Il en est de même de expression « né de la femme » qu’emploie l’apôtre (Gal., 4, 4;). Quelques exégètes ont, il est vrai, voulu trouver dans ce passage un témoignage en faveur du dogme de la naissance surnaturelle. Cette manière de voir ne nous paraît pas acceptable. Non seulement Paul s'attache dans ce passage à mettre en lumière, non pas ce qui relève le Christ, mais ce qui l’abaisse, mais encore ces mots « né de la femme » forment dans lAncien Testament une expression employée couramment pour désigner l'homme”. De plus, cette expression se trouve dans l'évangile de Luc à propos de Jean-Baptiste (Euc, 7, 28;), sans qu'il soit venu à l'esprit de personne d'y voir une indication en faveur de la naissance surnaturelle du précurseur. Le Christ est donc, d’après Paul, un homme né comme les autres hommes, soumis aux mêmes nécessités qu'eux. Il y a cependant quelque chose qui le distingue complètement des autres hommes, c’est son absolue sainteté; Paul relève à plusieurs reprises ce fait que le Christ est le modèle de l'humanité, il affirme qu'il a été obéissant à Dieu en toutes choses (Rom., 5, 17. 19; Phl., 2, 8:). Il

1. L'humanité du Christ résulte indirectement du parallèle entre Adam et Jésus-Christ.

2 CE Job, 11,8 (LKR). 12 (LR) A TT Ham 4e

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A à SAN VE, 2

n'y a là sans doute rien qu’une différence d'ordre moral,

mais, pour qui a présents à l'esprit les principes de la

doctrine paulinienne du péché, il est évident que cette différence morale implique une différence de nature. Puisque la chair depuis la transgression d'Adam est devenue

le principe du péché, et que le Christ a vécu zarà sn, il

faut que sa chair ne soit pas de tous points identique à celle de l’homme. C’est ce que Paul exprime en disant que Dieu a envoyé son Fils dans une chair semblable à la chair du péché (2 épouwmatt caprès Aaprias, Rom., 8, 3 DE Essayons de définir la nature de cette Hétione ses4 cause n’est évidemment pas autre que le fait de la sainteté parfaite du Christ, la chair du Christ ne diffère donc de celle des autres hommes qu’en tant qu’elle n’est pas cause du péché. Or, nous l'avons vu, la chair n’est la cause du péché, que parce qu’à la suite de sonidolâtrie, le premierhomme a été abandonné par Dieu aux directions de sa chair. Pour concevoir une chair exempte de péché, il suffit d'imaginer un être que Dieu n’ait pas abandonné, en sorte que les mouvements ét les passions de la chair soient contrôlés par l'esprit; tel est le cas du Christ’.

En résumé, le Christ nous apparaît comme le type de l'homme normal, saint, parfaitement obéissant à Dieu, et par suite vivant en communion avec lui, au lieu d’être abandonné par lui. Mais en même temps, le Christ n'est pas un homme qui a pu, soit par lui-même, soit avec l’aide de Dieu, réaliser l’homme idéal, car il y a sur l'humanité une loi de péché que l’homme ne peut secouer.

Bien qu'ayant pris rang dans l'humanité, le Christ est

un être céleste: comme tel, il préexiste en possession de tous les biens spirituels qui auraient dû être le partage

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