‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 80 sur 111 · ARE · texte numérisé non relu

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FRS | | « Christ est la fin de la loi », dit-il (Rom., 10, 4;);. ailleurs, il réduit le rôle de la loi à celui d’un pédagogue qui conduit au Christ (Gal., 3, 24;). Nous aurons encore l’occasion de revenir sur ce point.

De même que.la pensée de Paul s'attache à Christ avant le moment de sa venue sur la terre, de même, et à bien plus forte raison, elle s'attache aussi à lui après sa résurrection, dans ce qu’on pourrait appeler sa postexistence. Le Christ postexistant intéresse Paul pour une double raison: d’abord, parce que le croyant vit dans une communion étroite avec le Seigneur, c’est-à-dire avec le Christ ressuscité et glorifié, et aussi parce que le retour glorieux du Christ, la parousie, marquera la fin des temps et l’achèvement de l’œuvre messianique.

Voyons d’abord la première de ces deux idées. Le croyant est mystiquement uniau Christ. En commençant par ce qu’il y a de plus simple, la première preuve que

nous donnerons de cette union sera tirée des formules

solennelles d’adjuration et d’attestation que Paul emploie fréquemment, et dans lesquelles intervient le nom du Christ : « Nous vous exhortons », ou bien « je vous adjure, au nom du Seigneur Jésus » écrit-il aux Thessaloniciens ou aux Corinthiens (I Thess., 4, 1: 5, 27: I Cor., 1, 10;). « La vérité du Christ est en moi », dit-il aux Corinthiens (II Cor., 11, 10;). Aux Romains, il écrit : « Je dis la vérité en Christ, je ne mens pas » (Rom. 9, 1;). « Je vous exhorte au nom du Seigneur Jésus » (Rom, 15, 30;). « Je suis persuadé en Christ » (Rom. 14, 14;). Aux Philippiens, il dit : « Sily a quelque consolation en Christ » (Phil, 2, 1;). Pour qui connaît la

1. Il faut remarquer que l’idée de pédagogue n'implique pas pour Paul celle d'éducation. La loi pour lui ne prépare pas l'humanité à la venue du Christ mais domine seulement sur elle jusqu’à cette œuvre.

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personnalité de l'apôtre, il ne saurait y avoir de doute.

Ce ne sont pas là des phrases vaines ou des formules

creuses, mais si l’apôtre, quand il veut ainsi solennelle-

ment affirmer la vérité de ce qu’il dit, fait appel au té-

moignage du Christ, c'est que le Christ était pour lui le compagnon de toute sa vie, le confident de tous les instants, le témoin des moindres pensées. En d’autres termes, Paul a réalisé l’union mystique avec le Christ dans sa piété personnelle, avant de la formuler dans sa théologie. |

Une autre preuve de la place faite au Christ dans la piété individuelle, c’est que l’apôtre en appelle sans cesse à la grâce du Christ. Qu'on lise les salutations des épitres', dans la plupart d’entre elles, Paul exprime le vœu quela grâce du Christ soit avecses lecteurs. La grâce du Christ, c'est-à-dire son action directe et personnelle, joue un grand rôle dans la piété du chrétien. Rappelons aussi ce que nous avons déjà dit, que l’apôtre est absolument convaincu qu'il a été appelé à être apôtre par Jésus-Christ luimême, c’est-à-dire par le Christ glorifié (Gal., 1,1 ss. ; Cor. r7o4r1 MeCor ras Rom sr TS 16:

etc.). De même, l’apôtre écrit aux Romains qu’ils sont les élus de Jésus-Christ (Rom., 1, 6 ;).

1. Voici quelles sont les différentes salutations dans les épîtres pauliniennes :

10 SALUTATIONS INITIALES : Grâce et paix de la part de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ (Gal.,1, 351 Cor., 1, 3; lCor., 1,2; Rom., 1,7; Philip., 1,2; Phm., 3; Ephés., 1, 2;). La grâce et la paix vous soient données (I Thess., 1, 1). La grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu le ee (Colas r,2:),

2° SALUTATIONS FINALES : La Grâce du Christ (I Thess., 5, 28; Gal., 6,

18; I Cor., 16, 24; II Cor., 13, 13; (en plus ici l'amour de Dieu et la com-

munion du Saint-Esprit). Rom., 16, 20; Philip., 4, 23; Phm., 25;). La grâce (Col., 4, 18; Eph., 6, 243). La bénédiction de Dieu (Rom., 15, 13; 333). La grâce de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ (Eph., 6, 23 ;).

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Uneexpression dont Paul se sert fréquemment et qu'il a comme forgée lui-même, nous permet de nous rendre compte du rapport intime que l’apôtre statue entre le croyant et le Christ. Nous voulons parler de l'expression ë Xpiorÿ OU v xplo, qui ne se trouve pas moins de 99 fois dans les épitres certainement authentiques‘. Deissmann a montré que cet à, relativement rare dans le grec classique, ne pouvait être regardé comme une simple traduction du 2 hébreu, qui a un sens extrèmement vague, mais que cette forme & Xp1rù constitue une expression de prédilection de la langue religieuse de lapôtre, et qu’en l’employant, il a créé un terme technique destiné à exprimer une idée qui lui est propre’; cette idée est celle d’un rapport direct entre le croyant et le Christ, ce rapport étant conçu comme local. Le Christ glorifié, pour Paul, est identique à l'Esprit, et l’Esprit est comme l'atmosphère dans laquelle vit le croyant*. Deissmann conclut ainsi son étude : La formule à Xorord Tnsoë caractérise le rapport du chrétien avec Jésus- Christ comme une existence locale dans le Christ pneumatique. On peut se représenter ce rapport, lequel n’a d’analogue dans aucun rapport d'homme à homme, par analogie avec l’idée de l'existence dans un élément spirituel conçu comme une atmosphère qui est à la base des expressions ëv 6, y rvsiuart. L'existence

1. 152 fois en y ajoutant Eph. Col. ; 164 fois en ajoutant Pastor. et Il Thess. En dehors des écrits pauliniens, on ne la trouve que 8 fois dans les Actes et dans I Pier., c’est-à-dire dans des écrits qui ont très certainement subi l'influence du paulinisme. Nous empruntons ces chiffres à l'excellent travail de Deissman (Die neufestamentliche Formel « in Christo Jesu », Marbourg, 1892, pp. 1, 2.

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