‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 86 sur 111 · AT, L · texte numérisé non relu

AT, L

confiance en Jésus qui veut lui pardonner et qui peut le faire, car il est l’envoyé de Dieu. La condition du pardon dans cette péricope est identiquement ce qu'était la condition de la guérison, dans les textes que nous avons analysés plus haut, nous voulons dire la foi.

Quelques mots cependant présentent une difficulté sérieuse, et demandent un examen spécial. Après avoir rappelé ce qu’a fait la femme, Jésus dit au Pharisien: « C’est pourquoi, je te le dis, ses péchés qui sont nombreux lui sont pardonnés, parce qu’elle à beaucoup aimé » (Luc, 7, 47;). Suivant une interprétation très répandue, l'amour serait ici la cause du pardon, il constituerait en quelque sorte un mérite capable d’expier le péché. Cette idée est fort ancienne, on la trouve déjà dans le Nouveau Testament. « L'amour, dit la première épître de Pierre, couvre une multitude de péchés » (1 Pierre, 4, 8;). Nous croyons devoir écarter cette interprétation : les deux membres de phrase : « Ses péchés lui sont pardonnés », et « Elle a beaucoup aimé », sont unis par

la préposition x qui a un sens assez large. Grammati-

çcalement, deux interprétations sont possibles; la premiére est celle que nous avons rapportée plus haut: « Ses péchés lui sont pardonnés parce qu’elle a beaucoup aimé »; La seconde interprétation est la suivante : « Ses péchés lui sont pardonnés, cela se voit à ceci qu’elle a beaucoup aimé ». L'amour est ici, non pas la cause mais le signe du pardon des péchés. Laquelle de ces deux interprétations doit être préférée? L’examen du contexte peut seul répondre à cette question. Remarquons que la phrase que nous étudions est suivie immédiatement de celle-ci : « Celui à qui on pardonne peu, aime peu » (Luc, 7, 47;). Il est hors de doute qu'ici l'amour est la conséquence du pardon. Il en est donc certai-

nement de même dans la phrase qui précède. La para-

bole des deux débiteurs (Luc, 7, 41-43 ;) que Jésus raconte pour expliquer l'attitude de la CRBUE confirme cette opinion.

La foi est la condition du pardon des péchés, l'amour en est la conséquence ; il nous reste à voir quelle en est

‘la cause. Jésus ne connaît qu’une cause du pardon des pé-

chés : l’amour et la miséricorde de Dieu. L'idée qu’il faut offrir une satisfaction à Dieu pour qu’il lui soit possible de pardonner est tout à fait étrangère à la pensée de Jésus. Nous avons vu que sil attribue une valeur à sa mort, c'est parce qu’elle est un. moyen d’amenerl’avènement du règne de Dieu. Flle est ainsi une rançon mais seulement au sens figuré, parce qu’elle est une cause de

salut; elle ne l’est pas au sens littéral, parce qu’elle n’est

ni une satisfaction accordée à Dieu, ni un salaire payé au diable. Ce qui prouve que telle est bien la pensée de Jésus, c’est, d’une part, qu’il n’y a dans la parabole de l’en-

fant prodigue pas un mot qui fasse la plus légère allusion |

à une expiation quelconque, et d’autre part, que dans tous les passages que nous avons étudiés, Jésus parle au présent; il dit: « Tes péchés te sont pardonnés », jamais « Tes péchés te seront pardonnés”.

Lorsqu'un homme a obtenu le pardon de ses péchés, son salut n’est pas encore pleinement réalisé, car il n’est

pas entré dans le Royaume de Dieu. Nous avons vu que pour Jésus le Royaume sera réalisé un jour par l’avène-

ment du Fils de l’homme. Nous avons à examiner les

conditions que l’homme doit remplir pour pouvoir alors entrer dans le Royaume.

1. Quant à l’idée que la mort du Christ peut agir par anticipation, il est à peine besoin de dire que rien dans les paroles de Jésus ne la suppose, ni même n’autorise à l’imaginer.

LA SOTÉRIOLOGIE : FN

Nous avons d’abord à considérer trois déclarations importantes de Jésus, dans lesquelles il pose d’une manière parfaitement nette les conditions d’entrée dans le Royaume. Elles se trouvent toutes trois dans le sermon sur la montagne. Commençons par les reproduire : « Ce ne sont pas, dit Jésus, tous ceux qui me disent Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le Royaume des cieux, mais ceux-là seuls qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Math., 7, 21; cf. Luc, 6, 46;). « Je vous le dis, déclare encore Jésus, si votre justice ne dépasse celles des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Math.,$, 20;). « Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice, dit-il enfin, et toutes ces choses vous seront données par surcroît » (Maih., 6, 33;).

Il résulte d’abord de ces textes que le fait d’appartenir à Jésus d’une manière purement extérieure et formelle, ne suffit pas pour entrer dans son Royaume. Il ne sert à rien de proclamer Jésus son Seigneur, si on ne met pas ses commandements en pratique. En d’autres termes, les hypocrites sont exclus du Royaume, car c’est un manque de sincérité de parler et de ne pas agir. Ce n'est pas une conviction véritable que celle qui produit des paroles et non des actes. La même conclusion dérive aussi du passage où Jésus demande une justice supérieure à celle des scribes et des pharisiens : ce que Jésus reproche au judaïsme personnifié par eux, c’est de se contenter d’une soumission de pure forme à la loi, sans exiger que les sentiments intimes du cœur soient en harmonie avec le principe même de la loi. Jésus demande enfin à ses disciples d’être avant toutattachés au Royaume de Dieu”. Cela n'implique pas seulement une rupture

; ue .

1. C'est pour cela aussi qu'il proclame heureux les pauvres, ceux qu

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avec ce qui est l'opposé du Royaume de Dieu, c’est-àdire avec le mal sous toutes ses formes, mais cela implique aussi un renoncement absolu à tout ce qui n’est pas le Royaume de Dieu, même aux préoccupations et aux soucis les plus naturels, à ceux dont l’objet est, ainsi que Jésus le reconnaît lui-même, indispensable à la vie.

Ici apparaît un autre sentiment, celui de la confiance en Dieu, car c’est au nom de la foi à la providence que Jésus conteste la légitimité des soucis. Ainsi, attachement ex: clusif au Royaume de Dieu, sincérité dans les convictions qui mette en harmonie les paroles et les actes, voilà les conditions que aësus pose à l’entrée dans le Royaume de

Dieu. C’est parce qu’il rencontre ces sentiments chez les

péagers et les femmes de mauvaise vie, plus que chez les pharisiens et dans l'élite du peuple, que Jésus ne craint pas de déclarer aux Juifs : « Je vous dis en vérité que les péagers et les femmes de mauvaise vie vous devanceront dans le Royaume de Dieu » (Math, 21, 31;).

Toutes les conditions que Jésus pose à l’entrée dans le Royaume, peuvent se ramener 4 celles que nous avons indiquées. Pour mettre ce fait en lumière, passons rapi-

dement en revue quelques passages qui se rapportent à

cette question. Jésus annonce que de grandes souffrances attendent ses disciples : « Si quelqu’un veut venir après moi, dit-il, qu’il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive, car celui qui veut sauver sa vie la perdra et celui qui perd sa vie à cause de moi et de l'Évangile, la sauvera » (Marc, 8,34. 35 ;etparal.). « Ils vous livreront aux tribunaux, dit-il encore, ils vous battront

pleurent, ceux qui ont faim et soif ou qui sont persécutés(Math., $, 3.4. 6. 10;). Ce n’est pas que la souffrance elle-même soit un bien, mais elle

brise le lien qui attache l’homme au monde et le rend plus apte à s’atta-

cher au Royaume de Dieu seul.

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