‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 87 sur 111 · DRE A · texte numérisé non relu

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\ de verges, ils vous conduiront devant les gouverneurs et devant les rois, à cause de moi... Le frère livrera son frère à la mort, et le pére son enfant; les enfants se souléveront contre leurs parents, et les feront mourir, et vous serez haïs de tout:le monde à cause de mon nom » (Math., 10, 17-22; cf, 24. 25 ;). Le sens de ces souffrances est que les disciples de Jésus ont rompu avec le monde, ils renoncent à chercher leur agrément ou leur avantage, ils sacrifient même délibérément leur vie.

Si les disciples sont appelés à souffrir, c'est sans doute parce que ceux qui ont haï leur maître ne peuvent pas ne pas les haïr eux-mêmes, mais s'ils supportent ces souffrances avec patience, s'ils n’essayent pas de s’y sous-

traire, c’est parce qu'ils renoncent à tout pour le Royaume de Dieu. Une des béatitudes dit de même « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car c’est à eux qu'appartient le Royaume des cieux; heureux serez-vous, lorsqu'ils vous outrageront, lorsqu'ils diront faussement toute sorte de mal de vous à cause de moi. Kéjouissez-vous alors et tressaillez de joie, car votre récompense sera grande dans les cieux »(Math., s, 10-12; cf. Luc, 6, 22. 23 ;). C'est à cette même idée de renoncement que fait allusion la parole de Jésus : « Celui qui me confessera devant les hommes, je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux, et celui qui me reniera devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père qui est dans les cieux » (Maih., 10, 32. 33 ; cf. Marc, 8, 38 ; Luc, 9, 26; 12, 8. 9;). Le contexte prouve en effet que Jésus songe ici aux persécutions etaux mauvais traitements que s’attireront ceux qui se réclameront de lui, et qu'ils ne pourront supporter que par l'attachement au Royaume de Dieu et le renoncement au monde.

Jésus prêche le renoncement en vue du Royaume de

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Dieu quand il dit : « Si ta main te fait tomber dans le péché, coupe-la, car il vaut mieux pour toi entrer manchot dans la vie, que d’avoir deux mains et d’aller dans la Géhenne » (Marc, 9, 43 ; cf. 45. 47; Math., 5, 29.30;

SRE Rappelons que Jésus présente aussi la possession de

richesses comme un très grand obstacle à l'entrée dans le

Royaume de Dieu : « Qu'il est difficile que ceux qui ont des richesses entrent dans le Royaume de Dieu », dit-il à propos du jeune homme riche (Marc, 10. 23. 27 etparal.).

Au même titre que la richesse, l’orgueil, sous quelque forme qu’il se manifeste, est un obstacle à l'entrée dans le Royaume, c’est pour cela que Jésus déclare : « Heureux les pauvres en esprit car le Royaume des cieux est à eux » (Math., 5, 3;); c’est pour cela aussi qu’il propose des enfants comme modèle à ses disciples, en leur décla-

rant : « Celui qui ne recevra pas le Royaume de Dieu

comme un petit enfant, n'y entrera pas » ue TO

cf. 13-16 ei paral.).

Nous avons maintenant à nous date de quelle nature sont ces conditions d’entrée dans le Royaume que pose Jésus. Il est essentiel d’écarter une interprétation, trés répandue mais erronée, de l’enseignement de Jésus, d’après laquelle il serait question, dans les textes que nous avons étudiés, de mérites à acquérir pour obtenir

l'entrée dans le Royaume. Rien n'est en effet plus étran- :

ger que l’idée de mérite à la pensée de celui qui a dit : « Quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles » (Luc, 17, 7-10;). Jésus a bien pu se servir de l’image d’une récom-

1. De ce passage il faut rapprocher la déclaration sur les eunuques qui se sont mutilés eux-mêmes à cause du Royaume (Mafh., 19, 12 ;).

pense, ou même de celle d’un salaire, comme dans la parabole des ouvriers dans la vigne (Math., 20, 1-16;), mais, si l’on examine avec soin cette parabole, on voit que ce qu’elle veut mettre avant tout en lumière, ce n'est pas l’idée de mérite, mais celle de don gratuit, reprèsentée par le salaire de la journée donné à ceux qui n'ont travaillé qu’une ou deux heures.

Il ne nous semble pas d’ailleurs que Jésus ait cru qu’il y avait des gens irréprochables. Rappelons-nous la parole sur la paille et la poutre (Math., 7, 3-s ;), ou encore, la parabole du pharisien et du publicain (Luc, 18, 9-14;) et nous verrons que Jésus n’a pas été dupe des apparences, et qu'il a vu tout ce que la vie la plus vertueuse cachait d’orgueil et d’égoïsme. La parabole du repas de noces, sous la forme que lui a donnée le premier évangéliste (Math., 22, 1-14;), nous met sur la voie d’une interprétation exacte des conditions d’entrée dans le Royaume.

On connaît cette parabole : Un roi a préparé le repas des noces de son fils, mais ceux qui y étaient conviés refusent au dernier moment de se rendre à l'invitation qui leur a été adressée. Le roi envoie alors ses serviteurs, et fait entrer au festin tous ceux qu’ils rencontrent le long des chemins, en sorte que la salle est remplie. « Mais le roi, continue l’évangéliste, étant entré pour voir ceux qui étaient à table, vit un homme qui n’avait pas revêtu un habit de noces, il lui dit : Mon ami, comment es-tu entré 1c1 sans avoir un habit de noces ? maïs lui, garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui les pieds et les mains, et ;etez-le dans les ténèbres du dehors, c’est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Math., 22, 11-13 ;). Pour entrer dans le Royaume, il s’agit donc de revêtir un habit de noces, c'est-à-dire de se mettre en harmonie avec le milieu dans lequel on a été

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appelé. L'habit de noces ne constitue en aucune mesure un droit à une invitation, ce n’est qu'un acte de déférence à l'égard de celui qui a fait l'invitation‘. Les conditions posées par Jésus pour l'entrée dans le Royaume ne constituent pas des mérites à acquérir, elles consistent à Ôter ce qui est en conflit avec le Royaume, ce qui empécherait d'y entrer. Si Jésus demande que l’on renonce au monde, ce n’est pas que le renoncement constitue un mérite, c'est que l'attachement au monde et l’attachement au Royaume sont inconciliables. Les conditions d'entrée dans le Royaume ne sont donc pas des exigences arbitraires de Jésus, elles résultent de la nature même des choses.

Nous avons vu que jamais Jésus ne pose comme condition d'entrée dans le Royaume la circoncision, ou la pratique des rites commandés par la loi juive. Nous

sommes donc amenés à examiner l'attitude de Jésus vis-

a-vis de la loi”. Cette question se rattache directement à la sotériologie, parce que pour le judaïsme contemporain de Jésus, la loi était l'unique moyen de salut.

Pour éviter les confusions, voyons d’abord l'attitude

que Jésus prend vis-à-vis des commandements moraux

de la loi. Cette attitude est résumée tout entière par cette parole du Sermon sur la montage : « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Math, $, 17;). Jésus prenant l'un après l’autre les différents commandements de Ia loi, ceux relatifs au meurtre, à l’adultère, au divorce, au

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