‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 93 sur 111 · IL.'— La sotériologie de Jésus et celle de Paul · texte numérisé non relu

IL.'— La sotériologie de Jésus et celle de Paul

L’impression qui ressort de la comparaison de la sotériologie de Paul avec celle de Jésus est qu'il y a entre ces deux enseignements un contraste violent. Les points essentiels de la sotériologie paulinienne sont étrangers

à l’enseignement de Jésus. Jésus fait reposer le pardon des péchés, exclusivement sur l’amour infini de Dieu, et ne considère pas sa mort comme une expiation ou une satisfaction, mais uniquement comme devant servir à hâter l’avénement du Royaume. Paul, au contraire, considére que l’expiation opérée par le Christ en mourant

sur la croix, lui saint, comme un coupable, est la condition indispensable qui rend possible le salut des pécheurs. Il est difficile d'imaginer deux théories plus radicalement différentes".

Rien ne serait plus faux cependant que d'imaginer que sur ce point Paul ait voulu rompre avec son maître, et qu’il ait eu conscience de substituer à son enseignement une doctrine qu'il avait librement créée. Avant de tenter une explication du désaccord fondamental que nous avons signalé, il convient de mettre en lumière les relations étroites qui, sur bien des points, font de la sotériologie paulinienne une dépendance de la sotériologie de Jésus.

Notons d’abord la distinction, chez Jésus et chez Paul, de deux moments dans l’accomplissement du salut : le pardon des péchés actuel et immédiatement réalisé dans toute sa plénitude, et l'entrée dans le Royaume, la possession entière de la vie réservées à l’avenir, et dont le croyant n'a que le gage par le fait de son appartenance au cercle des disciples, d’après Jésus; par le don de l'Esprit qu'ila reçu, d’après Paul.

Pour Jésus comme pour Paul, la seule condition du salut, c’est la foi, et, malgré quelques différences plus apparentes que réelles, l’un et l’autre entendent la même chose parce terme. Pour Jésus, c’est le mouvement de l'âme qui ayant conscience de sa misère et de son impuissance à se sauver elle-même, se tourne avec confiance vers Dieu, ou vers Jésus son envoyé, qu’elle sait vouloir la sauver. La foi est cela aussi pour Paul, mais, poussant

1. Dass Paulus Rechtfertisungsuriheil und Tod Christi xusammenband, ist seine ursprüng liche Konxeplion… Sobald dieser Gedanke prinxipiell erfasst und in der Formel der Schulsprache zum Ausdruck gebracht wurde, ercibt sich eben das Rechtfertigungsurtheil (Trrivs, Die DD en p.170).

plus loin son analyse, l’apôtre constate qu’elle est essen- … tiellement l’union du pécheur avec son Sauveur.

Un dernier point commun qui ne doit pas être négligé,

c’est que malgré tout, pour Paul, comme pour Jésus, c’est

en dernière analyse l'amour de Dieu qui est la vraie cause du pardon des péchés et du salut. |

Ceci posé, venons au point central et essayons de comprendre historiquement la divergence capitale que nous avons signalée plus haut. Elletient uniquement, croyonsnous, à la position que Paul occupe historiquement visà-vis de Jésus. Il ne faut pas oublier que l’apôtre envisage toute la vie et toute l’œuvre de son maître, sub specie

morls, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Pour lui, dès

avant sa conversion, la mort est le point culminant de toute la vie et de toute l’œuvre du Christ. Aussi quand

Paul envisage le péché d’un côté, et le Christ de l’autre,

il n’est pas amené à se rappeler que Jésus a proclamé le pardon des péchés de la part du Père, pour tous ceux

qui se repentent de leurs fautes et s'approchent de lui

avec foi, mais il met immédiatement le pardon des péchés en rapport avec la mort du Christ, et il déclareque Christ, en mourant, expie le péché de l’humanité et rend le pardon possible'. C’est pourquoi Paul n’a jamais eu conscience d’innover, mais s'est cru le fidèle disciple de Jésus, quand il a mis au centre de sa théologie comme de sa piété, la mort expiatoire du Christ.

Passons à un dernier point : l'attitude vis-à-vis de la loi, plus spécialement de la circoncision considérée comme condition essentielle du salut. On sait avec quelle énergie Paul combat les prétentions des juaéo-chrétiens

1. Peut-être Paul a-t-il été dirigé dans une certaine mesure par l’idée juive de l’expiation, et par certaines images employées par Jésus (Marc, 104$; Dex).

‘LA SOTÉRIOLOGIE 4 tee

ait ‘be Lo au contraire, placé RE de la ee sion de milliers de païens, a dû envisager l'appel des incirconcis d’une manière plus générale. La seconde diffé- rence est que Jésus ne s’est jamais occupé théoriquement de la question, tandis que Paul cherche à justifiérla con-

duite qu'il tient, et l’enseignement qu’il donne, par le raisonnement et la critique CASE du rôle de la Gr 2 | concision. 6 Ne:

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