‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 94 sur 111 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ï. — La morale de Jésus.

Il n’y a pas une morale de Jésus, car la morale, ausens strict du mot, est un ensemble de réflexions systématiques

concernant les régles de la conduite, et que ces réflexions *

sont totalement étrangères à la pensée de Jésus. Il est

cependant possible de dégager, des règles et des conseils que donne Jésus, les éléments d’un système de morale. Deux traits nous paraissent, à ce point de vue, caractériser la pensée de Jésus : le premier est qu’elleconserve

la notion de la loi, le second, qui est le plus important, est qu'elle est toutentière dominée par l’idée du Rae de Dieu.

En pratique, Jésus en a usé vis-à-vis de la loi avec une

très grande liberté. Il a brisé le cadre étroit dans lequel

elle prétendait enfermer l’activité humaine; de la lettre de la loi, il en a appelé à son esprit, parce qu’il connaissait des exigences morales qui dépassaient la sphère de la loi”. Mais s’il considère les commandements comme

1. Sur la morale de Jésus, voir EnRHARDT, Der Grundcharakter der Ethik Jesu, Fribourg, Leipzig, 1895; J. Weiss, Die Predigt Jesu vom Reiche Gottes, pp. 134 ss.; Jacogy, Neutestamentliche Ethik, Künigsberg, 1899, pp, 1-149.

2. Jesus kennt und stell} sittliche Forderungen, die über die Sphäre, in der sich das Gesetx bewegt, vôllig erhaben sind. EHRHARDT, ouv. cité, p. 65.

neliant pas l’homme d'une manière absolue, il n’a jamais mis en doute le principe même de la loi”. L'idéal de la vie morale lui apparaît toujours comme une obéissance*. Il déclare lui-même qu’il n’est pas venu abolir la loi, mais la mener à son épanouissement. « Je vous le dis en vérité, déclare-t-il, jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, il n’y aura pas un iota ni un trait de lettre de la loi qui soit aboli. Celui qui anéantira un seul des plus petits commandements et enseignera aux hommes à agir ainsi, sera appelé le plus petit dans le Royaume des cieux, et celui qui les accomplira et les enseignera aux autres, sera appelé grand dans le Royaume des cieux » (Muih., $, 17-19;).

Le second trait que nous avons relevé est que la morale de Jésus est entièrement dominée par l'idée du . Royaume de Dieu; un simple coup d'œil sur les préceptes donnés par Jésus à ses disciples, permet de s’en convaincre. Jésus ne donne pas de règles de conduite pour les diverses circonstances de la vie, sa morale est essentiellement une morale intérimaire qui enseigne comment doivent se conduire ceux qui attendent le Royaume de Dieu: KE

Les préceptes de Jésus visent seulement les principes généraux de la vie intérieure du chrétien. Îl se borne à en indiquer l'application dans quelques cas très simples, visant les relations du chrétien avec ses frères. En un certain sens, il n’y avait là rien de bien nouveau dans la morale de Jésus. La morale du prophétisme et du judaïsme tout entier était, elle aussi, tournée vers l’avenir ;

1. Jesu Gesetxeskritik ist eine gesetxeserballende Kritik. EaRHARDT, Grundcharakter.., p. 67.

2. Sitiliches Handeln ist für Jesus identisch mit Gesetxerfülluns ; EnrHaRoT, UV. Cilé, p. 58.

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