SCHWEITZER, Das Abendmabl, II, p
Je ocre de Dieu était sa fin suprême, Ilyacepen- :
dant entre les deux morales une différence absolue. Pour
le judaïsme, la vie morale est un moyen d'obtenir, ou plutôt de mériter ce bien'. Pour Jésus le Royaume ne
peut être ni gagné, ni mérité par l’homme, il est un don
de Dieu. Sa possession n’est pas le point d’aboutissement de l’activité morale, elle en est le point de départ, et celle-
ci apparaît sous. la forme d’une vie nouvelle*.
Ces principes posés, essayons de résumer l’enseignement moral de Jésus. Le premier trait à noter est que la
morale de Jésus est essentiellement une morale religieuse. Elle ne se préoccupe pas des problémes de la vie économique ou de la vie politique, mais se propose uniquement de régler la vie intérieure de l’homme, ses rapports avec Dieu et avec ses frères. Ceci est mis en lumière par un épisode caractéristique que Luc nous a rapporté*.
=. Quelqu'un du peuple s’approchant de Jésus lui dit :
« Maître, dis à mon frère de partager avec moi l'héritage », et Jésus lui répond : « O homme, qui m'a établi juge ou arbitre entre vous? » (Luc, 12, 13. 14;) Jésus marque nettement par ce refus que les questions économiques ne
rentrent pas dans sa sphère d'influence directe. À l'égard
des questions politiques, Jésus garde la même réserve. Nous avons vu avec quelle énergie il repousse la notion juive du Messie politique. Il a nettement conscience que les questions politiques sont étrangères à son Évangile.
La seule question politique à laquelle il ait répondu est
1. Die Ethik des traditionellen Messianismus war darauf o cerichtet, das hüchste
Gut zu verdienen; EnRHARDT, Grundcharakter... p. 115. 2. Das hüchste Gut kann nicht durch menschliches Handeln erworben oder
verdient werden. Sein Besitz ist nicht Z'iel des sittlichen Strebens, sondern Aus- - . gangspunkt desselben; EHRHARDT, ouv. cilé, pp. 115-116.
3. [l est vrai que cela en rend l'authenticité quelque peu suspecte.
LA MORALE He | # 33$ *
celle qui se posait de son temps devant la conscience juive : Est-il légitime de payer le tribut à César? On sait
comment Jésus répond à cette question : « De qui est cette image et cette inscription? » demanda-t-il en se faisant présenter uñe pièce de monnaie par les scribes qui l’interrogent? et comme on lui répond : « De César », il déclare : « Ce qui est à César, rendez-le à César, et ce qui est à Dieu, rendez-le à Dieu » (Marc, 12, 13-17 et paral.).
L’abstention à l'égard du domaine politique et du domaine économique s'accompagne d'une certaine défiance. On peut citer des paroles de Jésus qui semblent opposer la richesse et le Royaume de Dieu, et cela, non seulement dans l’évangile de Luc dont la tendance ébionite
n’est guëre contestable, mais aussi dans ceux de Marc et
de Mathieu. Le passage le plus caractéristique à cet
égard, est certainement la péricope du jeune homme
riche. Il est inutile de revenir ici sur ce que nous avons déja dit au sujet de ce texte. Rappelons seulement, que si Jésus porte un jugement parfois si sévère sur la ri- ‘chesse, ce n’est pas qu'il la considère prise en elle-même comme un mal, mais c’est que l’attachement aux richesses est à ses yeux l'obstacle le plus sérieux à l'attachement au Royaume de Dieu. Ce qui précède établit nettement, nous semble-t-il, le caractère exclusivement religieux de la morale de Jésus.
C’est certainement à la croyance à la venue très prochaine du Royaume de Dieu, que la morale de Jésus doit
ce caractère. Jésus n’a pu considérer en effet que les
questions politiques et économiques ne rentraient pas dans le domaine moral, mais les directions qu’il donne ne sont pas destinées à une société qui doit durer. Jésus est convaincu que la parousie va bientôt supprimer toutes les questions autres que les questions religieuses.
n tant que religieuse, Ja moral | térisée par l'approfondissement dé la notion dial C'està cela qu’on peut ramener toute l'attitude de Jésus vis- ä-vis de la Loi. Il oppose enapparence au commandement ancien un commandement nouveau. Là où le judaïsme disait : Tu ne tueras pas, Jésus dit : Sois Le aime, - pardonne. Là oùil disait: Tu ne commettras pas a Jésus dit : Ne convoite pas une femme, dans ton cœur. La oùildisait : Que celui qui répudie sa femme lui donneune ns divorce, Jésus dit: Celui quirépudie sa femme, s est pour cause d’adultère, la rend coupable d adultirs et celui qui épouse une femme répudiée commet adultére (Math, $, 21; ss. ). Dans tout cela, Jésus n’ op- | pose pas commandement à commandement, mais de la lettre du précepte il remonte à son esprit. Au lieu de la
. soumission tout extérieure dontse contentait le judaïsme, il demande la soumission du cœur au principe de la loi, ou plutôt, l'harmonie entre les sentiments du cœur /etile principe de la lot caril ne saurait 14 avoir de soumis-
sion du cœur. :
A On peut dire que Jésus i inaugure la morale de l'inten-. ! tion, mais pour lui l'intention ne suffit pas. Personne Ë n’a condamné plus sévèrement que lui. l'hypocrisie À d'actes qui ne répondent pas aux sentiments du cœur. … Il ne blâme pas moins les sentiments qui restent stériles, car ce sont pour lui des sentiments hypocrites : « Ce ne . sont pas tous ceux qui me disent Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le Royaume des cieux, dit-il, mais ceuxlà seuls qui font la volonté de mon Pere qui est dans les cieux» (Maih., 7, 21:). Les textes ici sont si nombreux FN et Sinets quil estimpossible de les citer tous. Rappelons | seulement la malédiction du figuier stérile (Marc, 11, 12- 14; Maih., 21, 18. 19.), et la parabole qui y correspond à