CHAPITRE VIII
L'Écuise. Les SACREMENTS. LA GNOSE.
Nous avons à présent à aborder un dernier ordre … d'idées qui paraissent être particuliéres à l’apôtre Paul, et dont on ne trouve aucune trace dans l’enseignement de Jésus. Nous voulons parler de celles qui sont relatives à l'Église, au culte et à la gnose, c’est-à-dire de toutun ensemble d'idées par lesquelles le paulinisme serapproche déjà du gnosticisme, et d’une manière plus générale, de toute la philosophie religieuse de l’hellénisme, dans la- quelle domine l’idée du mystère, c’est-à-dire de la réali- a sation d’une communion entre l'individu et la divinité, ns! par le moyen de certains rites. he
LL — Absence de ces idées dans l'enseignement de Jésus.
Jl n’est pas malaisé de montrer que toutes ces idées sont restées totalement étrangères à la pensée de Jésus. Prenons d’abord l’idée de l’Église, conçue comme une entité mystique : Jésus ne lui fait aucune place. On ne trouve le terme d’ëxansis que deux fois dans les paroles
de Jésus qui nous ont été conservées, mais il fautremarguer que les deux passages qui le contiennent sont par-
| ticuliers à l'é cle "a Matte et que oi ONE : est plus que suspecte. Le premier est la réponse de Jésus à la confession de Pierre : « Je te dis que tu es Pierre, et Sur cette pierre, je bâtirai mon Église et les pores: É l'enfer ne DS point contre je » (Matbh., 18:)°:
Le second passage se trouve deux chapitres plus in a «© Si ton frère a péché contre toi, dit Jésus, va et re- prends-le entre toi et lui. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère; s’il ne t’'écoute pas, prends avec toi une où deux personnes, afin que toute affaire soit réglée surle témoignage de deux ou trois témoins. S'il ne les écoute pas, dis-le à l’Église, et s’il n’écoute pas l’Église, qu’il soit pour toicomme un païen et comme un péager » (Math, 18, 15-17;). Les derniers mots de cette phrase, à eux seuls, suffiraient pour nous démontrer que nous n'avons pas affaire ici à une parole authentique de Jésus. Le fait que Jésus à choisi parmi ses disciples douze
apôtres, paraît au premier abord constituer une grave objection à cette manière de voir. Mais, à bien examiner les choses, on voit que, si Jésus a choisi douze apôtres, il n’a nullement entendu par là poser le principe d’une hiérarchie ou d’une institution ecclésiastique quelconque, mais il a voulu s'assurer des collaborateurs pour l'œuvre que son Père lui avait donnée à faire.
L'idée d’un culte nouveau n'existe pas fon plus chez de Jésus : : toute sa vie il n’a pas connu d’autre culte public __ quecelui de la synagogue, et c’est en Juif qu’il célébrait le culte avec le petit groupe de ses disciples. |
Unsere ganxe Stelle ist brüchig und ei nur un Lauf des xueiten. À ire boules ibre jetxige Form angenommen xu haben (H. HocrzmaNN, Hand- Commentar, I, 1, p. 258).
lui- même : le eut et la Céne. Nous ne dE bn pas dissimuler que la question qui se pose est extrémement délicate, surtout parce qu'il est difficile à beaucoup d’es- prits de la considérer à un point de vue strictement his- torique, en faisant abstraction de toute idée dogmatique pa | préconçue. | > En ce qui concerne le Baptême, on peut avoir les con- victions dogmatiques les plus variées, au service desquelles il n’est pas difficile d'imaginer des hypothèses historiques, mais on ne peut considérer comme scientif- quement prouvée qu’une seule chose, c’est qu'ilest im- : possible de démontrer que Jésus ainstitué le rite du Bap- -tême. Il l’a certainement connu, puisque lui-même a été Daptisé par Jean ; ses disciples, mais non lui-mêmeauraient aussi pratiqué ce rite, si l’on en croit une indication du “ , quatrième évangile (Jean, 3,22;cf.4,2;), mais iln’estpas prouvé qu il ait donné à ses déols l’ordre de baptiser. ceux qui croiraient en lui, car on n'est pas autorisé à considérer comme historiques les paroles de l'institution du Baptême que le premier évangile met dans la bouche du ressuscité (Math., 28, 19;)'.
En ce qui concerne la Céne, la question est plus déli- || cate encore. Sans doute nous avons l'avantage de possé-
ke deri ici une relation historique de ce qui s’est passé au
1. L'origine non exclusivement chrétienne du rite du baptême est af- | firmée par Peceiperer, Das Urchristentum, I, 295; H. HOLTZMANN, Neutestamentliche Theologie, IT, p. 179; Gunxez, Zum religionsgeschchilichen Verständmiss des Neuen Testaments, Güttingue, 1903 (Forschungen xur Religion und Litleralur des Allen und Noa) Testaments, 1, 1, p. 83); Hetr- MÜLLER, Taufe und Abendmahl bei Paulus. Darstellung und religionsge- …schichtliche Beleuchtung, Gôttingue, Ds p: 38.
dernier souper que Jésus fit avec ses disciples (Marc, 14, 22-25 el paral.); maïs il ne faut pas oublier que la relation la plus ancienne de l'institution de la Cène se trouve dans la première épître aux Corinthiens, et qu'il est très vrai-
semblable quela manière dont Paul a conçu la Cène, n'a
pas été sans exercer une influence sur son récit, et par la sur celui des évangiles synoptiques. Il n’est, en particulier, pas impossible que l’ordre de célébrer à nouveau la Cène ne soit pas historique. |
Quelle que soit d'ailleurs la vérité sur ce point, une chose est certaine, c'est que, étant donné ce que nous avons vu plus haut de sa sotériologie, jamais Jésus n’a fait dépendre le salut de la pratique d’un rite quelconque.
Jésus n’est pas venu sauver dans l'avenir, il est venu sauver
dans le présent. Dans tout le cours de son ministère, il a sauvé réellement ceux qui venaient à lui, alors que la Céne n'existait pas encore. Il est donc impossible qu'il ait considéré la communion comme un moyen de salut, sans cela, il n'aurait pas attendu le moment de son agonie pour l’instituer.
L'idée d’un salut surnaturel, communiqué par l’intermédiaire d’une institution divine, l'Église, au moyen de rites mystérieux, est complètement étrangère à la pensée de Jésus. Il n’y a pas non plus chez lui l’idée que l’Évangile est une sagesse surnaturelle. Nous avons vu plus haut qu’on ne peut en effet, considérer comme historique le passage de l’évangile de Marc dans lequel Jésus développe l’idée du mystère du Royaume, que les paraboles expriment, mais en le cachant, de telle sorte que ceux qui les entendent, loin d'être éclairés par elles, en sont aveuelés (Marc, 4, 11;). Tout au plus trouverait-on l’idée d’un abime entre la sagesse de l’homme et celle de Dieu, dans cette parole de Jésus : « Je te loue, à Pére, Seigneur
des cieux et nie la t terre, ‘de ce que tu as acte ces chos aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révé “ie. aux enfants. Oui, Père, cela est ainsi parce que tu l'as trouvé bon » (Maïh., 11, 25. 26 et paral.): il est aisé de voir que ce n'est pas l’idée d’une gnose, mais bien ; : phtthi l'inverse, que contient ce passage. .
II, — L'Église, l'Apostolat, les Sacrements, la Gnose, FE chez Paul. An
Pour Paul, l'Église‘ est d’abord l’ensemble detousles … croyants qui résident dans un même lieu; il n’y a pas. dans ce sens une Église, mais des églises, qui ne sont pas . autre chose, si l’on peut s'exprimer ainsi, que des syna- Eu gogues de chrétiens (E Thess., 1,13 Gal., 1, 2.22; I Cor, a di 1:2;). ce AN
Mais Paul ne s’arrête pas longtèemps à cette manière
de considérer les choses. De l’idée de l’église, réalité concrête, il passe à l’idée de l'Église, être spirituel. A ce point
de vue, l'Église lui apparaît comme le corps du Christ?. Cette idée, sans doute, est développéesurtout dans l’épître aux Éphésiens, mais elle se trouve déjà trés nettement .
“dans les épîtres certainement authentiques. C’est ainsi
que dans la premiere épître qu'il leur adresse, Paul dit
aux Corinthiens : « Vosmembres sont le corps de Christ »
. ( Cor., 6, 15;). « Vous êtes le corps de Christ » (I
“Cor, 12,27: cf. Rom.,:12,5:). Le Baptème et la Cëne
expliquent cette unité mystérieuse d’une pluralité d’indi-
vidus. « Nous avons été baptisés, écrit Paul, de ma-
nière à ne former qu’un seul corps » (I Cor., 12, 13;),
1. H. HozTzman, Neuïestamentliche Theologie, Il, 175 ss. 2. Tirius, Der Paulinismus... pp. 281 ss.
pain, nous s qui sommes tes ne us san
seul corps, puisque nous mangeons tous 7 un même ja ».
(CRM TETE IE ë .
Cette conception de l’Église, réalité ile de or
hr
vait amener Paul à considérer les fonctions ecclésiastiques 0
comme résultant de l'institution divine. Ce principe n’est Ra
sans doute pas poussé chez l’apôtre jusqu’à ses dernières … conséquences. Paul considère la plupart des fonctions ecclésiastiques (énumérées dans I Cor. 121) simplement comme des charismes*. Mais, sur un point au moins, Paul est parfaitement conséquent avec le principe ‘posé par lui; pour lui, l’apostolat est d'institution divine, c'est.
une charge conférée par Dieu et par Jésus-Christ (Gal. -1,1;), et qui a pour conséquence certains droits*. On sait que Paul est intraitable sur ce point, et qu'il affirme
l’origine divine de son apostolat, et la légitimité des : droits qui lui sont par là conférés, avec une énergie inlassable. Il n’est pas douteux que les attaques passionnées …
et injustes dont Paul avait été l’objet de la part des judaï-
sants, aient eu une influence sur les affirmations de
l’apôtre, mais si elles en expliquent la pointe polémique, elles ne sauraient expliquer ces affirmations elles-mêmes. À côté de l’apostolat, Paul connaît d’autres fonctions ecclésiastiques encore mal définies, et non distinguées les unes des autres avec précision, elle n'apparaissent pas à Paul comme purement humaines : il y voit des cha-
1. Ceci nous montre qu'il ne faut pas considérer comme des i images,
. mais comme des formules précises, des expressions comme « L'Église qui
est en Christ » (Gal., 1, 22 ; Rom, 16, 16;), ou «l Église de Dieu » (I Cor. 12010232: 13: etc)
2. PFLEIDERER, Der Pme 5249) 3. Sur ce point voir HENRI MONNIER, La notion de l’apostolat des origines. à Irénée, Paris, 1903, pp. 23 ss.
ne c'est quel . est une ee “be: out f d’un seul acte d’investiture conférant des droits qui restent attachés à la personne de celui qui les a reçus, tandis que les charismes n’ont pas cette fixité, ils ne con- . férent pas des droits particuliers, mais ils sont variables. … « L'Esprit agit en chacun comme il veut » (I Cor., 12, 5 113). En somme, la seule différence, c’est que l’apostolat | est une charge spéciale nettement définie, tandis que les autres charismes ne sont pas encore différenciés les uns . des autres. Paul a donc posé un principe duquel devait sortir, par une évolution naturelle, tout le système ecclé- : ou de l'ancienne Église catholique. | ie = Nous avons à constater dans les communautés pau- liniennes, l’existence d’un culte chrétien qui n’a plus rien de commun avec le culte de la synagogue. C’est surtout la premiére épître aux Corinthiens qui nous renseigne sur ce point @ Cor. ., 12 4 14.;). Ce n’est pas le lieu de nous arrêter ici à analyser les détails de ce culte; nous nous bornerons àrelever un point important : C'est que, a côté d'éléments d’adoration et d'enseignement (hymnes, prophétie, glossolalie, etc..), ce culte comprend certains rites sacramentaires. Pour Paul, le Baptême et la Cène sont bien des sacrements, c’est-à-dire des actes rituels, par lesquels se fonde et se maintient l’Église, être surnaturel formé par la communion des croyants. ; On peut sans doute citer un passage de la premiére épitre aux Corinthiens, duquel il paraît résulter que Paul n'attribuait que peu d'importance au Baptême.