‹ l'Apotre Saint JeanChapitre 2 sur 59 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

et Sainte-Groix-de-Jérusalem. Kome fuyait dans le lointain. Seule la coupole de Saint -Pierre dominait et rayonnait toute brillante dans le ciel.

J'avais toujours été saisi du symbolisme qui, en faisant de la basilique de Saint -Pierre la vaste métropole de la catholicité, avait choisi l'église consacrée à saint Jean pour être la cathédrale de la ville éternelle, et comme le cœur d'où devait refluer dans le corps chrétien le sang, la vie, l'amour. Mais je ne m'étais jamais senti aussi près de ce cœur.

C'était la première fois que je visitais le sanctuaire du bien -aimé disciple. Quelques rares fidèles y priaient çà et là sur le pavé de marbre. Les chanoines y célébraient avec solennité la messe du jour. A côté de l'autel, enchâssée dans l'or et entourée de lumières, une table de bois était exposée aux hommages. On me dit que c'était la table où le Seigneur s'était assis, à côté de saint Jean, dans sa dernière cène. Un diacre lut l'Évangile : c'était celui où Jean dit que « Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin ». Le prêtre consacra l'hostie : j'adorai le même Jésus qui avait reçu la tête de saint Jean sur cette poitrine

PRKFACK IX

OÙ trouvent l'imique repos toutes les têtes languissantes et tous les cœurs brisés. Douze grandes statues de marbre blanc étaient dressées au-dessus de la nef sacrée : c'étaient les images de ceux qui avaient communié à côté de saint Jean. Tout le cénacle était là, magnifique et immense, ainsi que le Seigneur avait jadis demandé à Jean de le préparer, cœnaculum grande, cœnaculum stratum. L'apôtre était partout, et, tandis que son temple le ressuscitait dans ses joies, au dehors, au contraire, c'était de toutes parts l'image de ses douleurs. A deux pas, les degrés de la Scala Santa rappelaient le prétoire; Sainte- Croix de Jérusalem faisait se souvenir du Calvaire; et près de là, au premier plan de cette campagne romaine sereine et solennelle, s'ouvrait la porte Latine, où le disciple avait eu l'honneur de souffrir pour Dieu sans avoir obtenu le bonheur de mourir.

Qui n'a eu dans sa vie de ces heures bénies où l'on se sent sous l'action et comme dans l'attraction d'un être qui vous domine, d'une pensée qui subjugue? J'étais sous le charme de saint Jean ; et ce fut à la lumière de ce lieu et de ce jour que la physionomie céleste de l'apôtre s'anima devant moi pour la première

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