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rinstruction des lecteurs et le fruit du discours que la suite exacte des temps.
Jean se préoccupa d'y mettre cette lumière. Elle était particulièrement nécessaire en son récit, dont son dessein le forçait d'interrompre la trame pour ne point s'exposer à répéter les autres. Mais, si elle seule pouvait rattacher en saint Jean ces narrations souvent très -distantes entre elles, elle devait en même temps être un guide dans le récit des trois autres Évangiles. Saint Luc déclare que lui-même avait déjà pensé à mettre l'ordre dans l'histoire de la vie de Jésus. Ce fut Jean qui le fit. Quatre Pâques, quelques autres fêtes de l'année religieuse, clairement indiquées chacune en son lieu , jalonnent la route de l'historien, et assignent leur date aux événements principaux de la vie du divin Maître. Tous les synchronismes qu'on a faits de l'Évangile sont partis de ces points éclairés par saint Jean.
Ainsi la vie divine retrouvait-elle sa place positive dans le temps; ainsi l'idéal par essence se mouvait au sein de la réalité la mieux déterminée. L'Évangile réputé le plus spiritualiste devenait également celui dont le caractère exact et historique était le mieux accusé; et Jean avait creusé le lit oii l'Évangile, trop vague jusqu'alors, allait couler désormais entre des rives certaines.
L'apôtre lui-même indiquait un troisième dessein qui était le principal objet de son ouvrage : (( Ces choses sont écrites, disait l'évangéliste, afin
« que VOUS croyiez que le Christ est le Fils, de Dieu , « et que, croyant, vous ayez la vie en son nom *. » Ce n'était donc pas de compléter seulement, ce n'était pas non plus uniquement de mettre en ordre, qu'il s'agissait dans cette œuvre, mçiis de prouver la divinité de Jésus.
Etait-ce là toutefois i^ne croyance et une doctrine personnelles à saint Jean? Les trois évangélistes ne l'avaient- ils point formulée avant lui? La divinité du Christ n'éclatait-elle point également dans toutes les épîtres de saint Paul ^ ?
Dans cette même Asie où saint, Jean écrivait que « au commencement était le Verbe, et que le Verbe était en Dieu, et que le Verbe était Dieu, et que le Verbe s'était fait chair, » saint Paul n'écrivait-il pas que, « étant formellement Dieu, le Christ n'avait pas cru usurper la divinité en se disant égal à Dieu; mais, prenant la forme d'esclave, il s'était anéanti, se faisant semblable à l'homme et se montrant aux hommes sous une forme humaine "? » Aux mêmes lieux où saint Jean professait que ce « Verbe était venu parmi nous plein de grâce et de vérité » , saint Paul n'avait-il pas prêché que « la bénignité et l'hu^
1 Haec autem «cripta sunt ut credatis quia Jésus est Christus Filius Dei, et ut credentes vitani habeatis in nomine ejus. Joan. XX, 31.
2 V., contre cette erreur de M. Vacherot {Hist. critique de l'école d'Alexandrie), le P. Gratry, Une Étude .sur la sophistique, IV, p. 23.
■^ Coloss, II, 9,
L'APOTRE SAINT JEAN 3o!t
manilé de notre Dièii' Sauveur nous était apparue »? Là où sairit Jean proclamait que le Verbe, étant Dieu', avait piris lë'cdi"ps de l'homme, saint Paul ne disait-il pas qile a en J^sus-Christ habitait corporellement la plénitude de la Divinité » ?
Ainsi, quoi qu'on ait dit, Jean n'est pas le premier qui ait écrit que le Verbe était Dieu, et, en parlant ainsi , il n'énonce nullement une pensée nouvelle par rapport à saint Paul. Des synoptiques à saint Paul, de saint Paul à saint Jean, la doctrine n'a varié, ni progressé, ni changé. Celui qui a écrit cette définition : « Le Christ, qui est le Dieu béni dans tous les siècles, » ce n'est point saint Jean, c'est saint Paul '. Et Jean, en adressant son Évangile aux nations, prenait lui-même le soin de prévenir ses bien -aimés qu'il n'était pas novateur, et que son enseignement était « la même parole qu'ils avaient èhfièndiië' dès le commencement » .
Seulement, ce que les autres historiens de l'Évangile n'avaient fait qu'énoncer, saint Jean le développa. Ils avaient affirmé la divinité du Christ, saint Jean la démontra. Ils l'avaient fait ressortir en racontant sa vie, saint Jean la discuta en rapportant sëè discours. Les autres en avaient fait le sujet de son histoire, saint Jean s'en fit une thèse formellement énoncée, constamment suivie; et tout dès lors convergea vers ce centre de ses pensées. Entre les
1 Christus, qui est supei' omnia Deus benedictus in saecula. Rom. IX, 5.
miracles de Jésus, quelques-uns allaient mieux à la preuve de cette thèse : ce furent ceux qu'il préféra, comme il Texplique lui-même : Scripta ut credatis. Entre les discours de Jésus, il mit en lumière ceux qui revendiquaient le plus clairement sa divinité méconnue. Telles sont les discussions avec les pharisiens, si développées en saint Jean. Le caractère historique du livre n'y perdait rien; mais le caractère dogmatique et apologétique s'y faisait mieux sentir; et Jean atteignait ainsi la fin première de son œuvre, qui était d'opposer une réfutation indirecte, mais formelle, aux incrédulités de son temps et de l'avenir.
Du triple dessein que s'était proposé l'évangéliste devait naître une première originalité du livre de saint Jean. Les circonstances du temps, du milieu, et surtout le génie de l'auteur, en commandèrent en outre l'esprit et le langage. Ainsi l'œuvre fut marquée d'un caractère unique dont rien ne peut dire l'excellence, mais dont tout peut expliquer la belle et surhumaine singularité.
Ce fut d'abord la position de saint Jean en présence des écoles gnostiques qui modifia la langue et la rédaction du quatrième Évangile \ Forcé de s'a-
1 La gnose était assez avancée à Éphèse à la fin du premier