‹ l'Apotre Saint JeanChapitre 36 sur 59 · L'AI'OTKK SA F NT JEAN · texte numérisé non relu

L'AI'OTKK SA F NT JEAN

dresser à des philosophies plutôt qu'au sens po[)ulaire, Jean ne répudia pas les hautes spéculations, que les sages de FAsie voulaient trouver dans la science. Or la religion commençait à devenir une science. Les enseignements divins épars dans l'Évangile demandaient à se formuler en un corps de système, et Jean l'évangéliste devait être en même temps celui que l'antiquité appelle unanimement (( Jean le théologien ». De là la profondeur dogmatique de son livre. Ce n'est plus l'Évangile de l'accomplissement de l'antique prophétie; ce n'est plus seulement le récit des événements d'une existence divine : c'est l'Évangile de l'idée , mais de l'idée vivante dans une histoire fidèle.

Il faut le dire toutefois : énoncées par le Seigneur, les sublimes pensées qu'on admire en saint Jean n'avaient point été et ne pouvaient pas être étrangères au récit des auteurs synoptiques; et par cette ressemblance Jean est de leur école, parce qu'ils sont, comme lui, de l'école de Jésus. L'accommodation que les interprètes constatent n'était que dans la forme. Elle ne préjudiciait point à la fidélité historique du livre. Saint Jean n'a pas prêté ses paroles à son Maître, comme quelques-uns voudraient le faire croire aujourd'hui. Ainsi l'expression philosophique

siècle , pour que notre Évangile répondît parfaitement à la situation des esprits. Les Philosophoumena nous ont fait assister à l'élaboration de l'hérésie , et les systèmes bizarres que ce livre nous fait connaître nous reportent positivement au temps de saint Jean.

de Verbe y ceWe qui rappelait le plus l'école contemporaine, n'est pas mise une seule fois sur les lèvres de Jésus. Quant aux autres locutions, comme les mots de vie, de grâce, de vérité, de ténèbres, de lumière, elles sont de la langue de Luc, de Matthieu et de Marc, surtout de celle de Paul, comme de celle de Jean. Si celui-ci les rappelle plus fréquemment peut-être, c'est qu'elles entraient parfaitement dans l'habitude de ces horiimes pour qui ténèbres et chair étaient l'expression du principe du mal, comme lumière et esprit étaient les synonymes du principe du bien.

Ces réserves une fois faites et dans cette juste mesure, nous ne nions pas que l'Évangéliste n'ait préféré certaines expressions de la langue de son temps et' de son milieu. Cela est -il plus surprenant que de voir Paul, à Athènes, citer la poésie classique? Dans cette même Éphèse, ne voyonsnous pas cet apôtre quitter la synagogue , où il n'est plus écouté, pour prêcher dans l'école d'un savant de cette ville ^.^^ Ce n'est donc point ici une pure supposition. L'Évangile, chez ces Grecs, avait senti tout d'abord le besoin de s'adresser aux hommes cultivés. Mais en prenant les mots de la science d'alors, Jean les transfigurait. Il les rendait au^ens que leur avait donné le Verbe de vérité, que personne n'avait entendu de plus près que lui ; et, tout

' Discedens à Judaeis, Paulus segregavit discipulos quo'tidiè' disputans in scholà tyranni cujusdam, Act. xix, 9.

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en se conformant au langage des hommes, il ne faisait que rappeler les discours de Dieu.

Ces discours de Dieu, rapportés en saint Jean, avaient été presque tous prononcés en Judée et à Jérusalem. Ge fut une nouvelle cause de l'élévation qui distingue son Évangile. On ne parle pas aux docteurs et aux premiers d'un peuple comme aux pêcheurs d'un lac. En Galilée, en présence d'un auditoire rustique, sur une barque, sur une grève, sur l'herbe d'une colline, devant les petits et les pauvres, les paraboles familières, les simples entreliens convenaient à la bonté condescendante de Jésus aussi bien qu'à sa sagesse. En Judée, sous les portiques du temple de Jérusalem;, aux initiés de la loi, aux prosélytes accourus de toutes les synagogues, aux étrangers venus de toutes les villes polies, sur un même fond de doctrine il fallait d'autres paroles. Là Jésus de Nazareth avait été le prophète prorois à Israël, et ses bienfaits suffisaient à prouver sa mission. Ici c'est un docteur, un Maître, comme on l'appelle constamment en saint Jean, rahhi, magister, et sa divinité se révèle par ses discours. Or ces discours de Jésus, rapportés en saint Jean, étaient tels, que, de l'aveu de ses ennemis euxmêmes, « jamais homme n'avait parlé comme cet homme. »

Cette excellence de renseignement de Jésus aux docteurs a passé dans celui qui s'en est fait l'écho, et elle forme, en regard de la familiarité des autres

Évangiles, un contraste qui expliquera supériorité de l'Évangile de saint Jean.

Le caractère de l'apôtre, ce qu'il nous apprend de sa vie, ce que nous avons vu de son contact intime avec l'âme de son Maître, entrèrent également pour une grande part d'influence et d'inspiration dans l'éminente singularité de son livre.

Origène écrivait : « L'Évangile de saint Jean est comme la fleur des Évangiles. Celui-là seul pouvait pénétrera cette profondeur, dont la tête reposa sur la poitrine de Jésus, et auquel Jésus donna Marie pour mère. Cet ami si intime de Jésus et de Marie, ce disciple traité par le Maître comme un autre luimême^ était seul capable des pensées et des sentiments résumés dans ce livre. »

« Il buvait en secret à cette source divine ', » a dit saint Augustin en parlant de la Cène. Et, s'il est vrai de dire que le style c'est l'homme, quel homme était mieux fait pour peindre en Jésus -Christ le Verbe tout puissant et le doux Agneau de Dieu que le génie à la fois ardent et méditatif de l'enfant du tonnerre et du disciple bien-aimé? Voilà pourquoi grandeur et bonté de Jésus, sublimité et tendresse, tous les traits du Sauveur se reflètent dans son Évangile comme dans l'eau la plus pure. C'est, des récits évangéliques, le plus étonnant comme le plus émouvant et le plus simple. Nous l'avons vu reproduire

l Ex illo pectore in secreto bibebat. ( S. August. Tract. XXXVni in Joan.)

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tous- les faits qu'il raconte, ressuscitant réellement Jésus-Christ devant nous, miracle de candeur comme de sublimité, emportant son essor vers l'éternelle lumière, mais toujours soulevé par le souffle de l'amour.

Puis saint Jean était vierge. Que la critique sans âme tienne ou ne tienne pas compte de cet élément moral dans les choses humaines, tous devront convenir que c'est une considérable puissance intellectuelle dans les choses divines. C'est en ce sujet surtout que la pénétration du regard de l'esprit dépend de sa pureté : « Bienheureux les cœurs purs, parce qu'ils verront Dieu. » Platon lui-même n'avait-il pas demandé au disciple de la sagesse cette calme intégrité qui permet à l'esprit son élan perpétuel et libre vers la lumière? Le regard de l'âme, comme celui du corps, a plus ou moins de portée. « II y a, dit excellemment Origène, diverses formes du Verbe, sous lesquelles il se révèle à ses disciples , se conformant au degré de lumière de chacun , selon le degré de leur progrès dans la sainteté. S'il s'est manifesté sur la montagne de la Transfiguration sous une forme beaucoup plus sublime que celle sous laquelle il apparaissait à ceux qui étaient restés au bas de la montagne et ne pouvaient atteindre le sommet, la cause en était que ceux qui étaient restés au bas n'avaient pas des yeux capables de contempler la gloire et la divinité du Verbe transfiguré '. » Saint Jean avait

l Origen. coiitrù CeU. iv, 10; érlit. Delarue, t. I, p. 51i ,

été porté par sa sainteté sur ces hauteurs bénies.

Aussi lorsque les Pères exaltent le génie de Jean , c'est premièrement à sa virginité qu'ils en rapportent l'honneur. « L'Évangéliste était vierge, écrivait saint Ambroise, et je ne m'étonne point que, mieux que tous les autres, il ait pu exprimer les mystères divins, lui devant lequel était ainsi toujours ouvert le sanctuaire des célestes secrets. »

Le style de l'Évangile reçut ces inspirations, ressentit ces influences. Ce fut le style spontané où la pensée est tout. L'expression en jaillissait immédiatement, sans recherche d'elle-même, mue par la vérité, et se versait dans le discours, comme de l'or en fusion, sous le feu de l'Esprit- Saint. De là ces vifs élans qui sont comme les coups d'aile de ce génie captif; et aussi quelquefois cette étrangeté de parole, qui ensemble composent la physionomie du style de saint Jean. C'est que l'Esprit de Dieu , en descendant du ciel, ne trouve dans la parole humaine qu'un vase trop étroit pour le pouvoir enfermer. 11 le déborde donc. Les formes ordinaires du langage sont brisées; la pensée entre en lutte avec l'expression, qui ne la peut contenir, et, outre le premier sens, des sens nouveaux et profonds prolongent indéfiniment la lumière des mots.

Saint Denys d'Alexandrie, dans son admiration, ne doute point que le contact des écoles d'Éphèse et la fréquentation habituelle des Grecs n'ait poli ce pêcheur. (( Rien en lui, a-t-il dit, d'impropre, d'inconvenant, rien qui se traîne à terre. On dirait qu'il a reçu non-

seulement le don de tout voir, mais celui de le bien dire '. » ToutefQis les hébraïsmes, les formes syriaques, les locutions chaldaïques trahissent chez ce Grec J'habitude d'une autre langue et d'un autre pays. Le Galiléen se retrouve ici dans l'Éphésien, et les deux patries de Jean se feraient assez distinguer seulement à son style. La connaissance parfaite qu'il a des circonstances particulières du judaïsme montre qu'il lui appartient, au titre de sa naissance; mais la manière très-libre dont ses compatriotes sont appréciés par lui témoigne qu'il a rompu avec la Synagogue. Le style sententieux, coupé et rhythmique de sa phrase procède manifestement de l'élément hébraïque, tandis que la perfection relative de sa langue fait promptement reconnaître le nouveau peuple chez lequel il achève sa vie. Quant aux répétitions qui lui sont habituelles, Michaëlis y voit un signe de la grande vieillesse attribuée à l'écrivain ^ C'est ainsi que partout le livre révèle l'auteur, l'auteur rend compte du livre. Un critique a pu dire : « Si, à défaut de renseignements historiques, on devait découvrir, d'après de simples vraisem-

1 Evangelium et epistola non modo emendatè quod ad Graecum sermonem attinet, verùm etiam cum sumraâ elegantiâ, tùm in verbis, tum in argumentationibus et in totâ orationis compositione praescripta sunt. Utroque enim preeditus erat Evangelistes, sernaone nimirum ac scientiâ, cùm ha3C duo ipsi Dominas concessisset , scientiam simul et eloquentiam : Aiiçotépoiç àmw "/«pK^a [xévo'j Toù Kypîou, t6vt£ rT;; Yvt<)(7£w; , x6vTcTr)ç cppàcrewî.^Dionys. Alex., apud Euseb. Hist. Ecoles, lib. VII, c. xxv.)

2 Michaëlis, Introd. au N. T., t. III, p. 394-396.

blances, quel est l'auteur véritable du quatrième Évangile, les savants s'arrêteraient aussitôt à saint Jean, tant le caractère de cet apôtre et les circonstances de sa vie se décèlent clairement dans son ouvrage ' . »

C'est l'ouvrage le plus beau que la terre ait possédé et possédera jamais, même entre ceux qui sont nés de l'inspiration de Dieu. a. Par un phénomène unique, a-t-on justement observé, les répétitions continuelles, les formes vulgaires, la couleur étrangère, l'inexpérience de l'art d'écrire, et même l'incorrection, qui caractérisent ce style en font ressortir davantage la sublimité -. » Il n'y en a pas d'autre raison que cette règle suprême du style et de l'éloquence : « Plus une parole ressemble à une pensée , une pensée à une âme, une âme à Dieu, plus tout cela est beau. » Or quelle beauté sans égale ne devait pas reluire en un livre où la parole est l'imago de la pensée et de l'âme de Dieu?

1 Reithmayr, Introd. au N. T., t. II, p. 92.

M. de Pressensé dit de même : « Jamais il n'y eut entre un livre et un écrivain une concordance plus frappante qu'entre le quatrième Évangile et la personne de Jean, telle que l'histoire du premier siècle nous la fait connaître. {Jésus-Christ, sa vie, p. 223.)

Et M. Renan : «... La lecture de l'ouvrage surtout est de nature ;i faire impression. L'auteur y parle toujours comme témoin oculaire; il veut se faire passer pour l'apôtre saint Jean. Si donc cet ouvrage n'est pas réellement de l'apôtre ,11 faut admettre une supercherie que l'auteur s'avouait à lui-même. Or on n'a pas d'exemple dans le monde apostolique d'un faux de ce genre. » {Vie de Jésus, introd., p. xxv-xxvii.)

2 M. Berger de Xivrey , Étude sur le texte et le style du Nouveau Testament, p. 3.

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« La main d'un ange Ta écrit, » comme disait Herder; et, avant lui, saint Augustin disait sembiablement : « Jean commençait à être ange : Cœperat esse angélus ' / )>

C'est Augustin encore qui comparait l'Évangile à une grande montagne, élevée et sereine, d'où la Divinité se laissait contempler : « Et quelle montagne que celle-là, s'écriait le grand docteur, quelle élévation que celle de ce génie! Voyez Jean qui dépasse toutes les cimes terrestres, tous les espaces éthérés, toute la région des astres, puis les chœurs célestes eux-mêmes et les légions des anges. Que lui parlez-vous du ciel et de la terre? Ce ne sont que des créatures. Que parlez-vous de ce que le ciel et la terre enferment? Créatures encore. Même que font ici les êtres spirituels? Ces êtres sont l'œuvre de Dieu, ce n'est pas Dieu lui-même. Mais si vous voulez atteindre à la Divinité, montez sur les hauteurs qu'habite l'évangéliste, entrez dans sa lumière ^ »

« Ah! s'écriait Chrysostome, parlant au peuple d'Antioche , vous désirez pénétrer le secret des pa-

1 S. August. m Joan. T. III, p. 2; Tract. CXXIV, p. 288.

2 Qualis iste mons erat, quàm excelsus! Transcenderai omnia cacumina terrarum, transcenderai omnes campos aeris, Iranscenderat omnes altiludines siderum , transcenderai omnes choros et legiones angelorum. Quœris de cœlo et terra? Facta sunt. Quseris de his quse sunt de cœlo et terra? Facta sunt. Quœris de spiritualibus creaturis? Et ipsa facta sunt. Ergô, fratres mei, si vultis intelligere, levate oculos vestros in montem istum , id est, erigite vos ad evangelistam, erigite vos ad ejus sensum. (S. August. in Jomi. cap. I, p. 291.)

lais, connaître les actes de l'empereur : Yenez apprendre ce que dit et ce que fait votre Dieu. C'est son meilleur ami qui vous le fera connaître ; car il porte en lui-même la parole de Dieu. Que si un ange descendait pour nous communiquer le langage des cieux, avec quel empressement on vous verrait accourir ! Or c'est vraiment du ciel que vient celui qui vous parle. En lui réside l'Esprit devant lequel l'avenir est comme le présent, et qui sait les œuvres de Dieu aussi bien que notre âme possède nos secrets. Ne vantez plus les pensées de Platon et de Pythagore. Ils cherchent : Jean a vu. Dès son début il s'empare de tout notre être, il le soulève au-dessus de la terre, de la mer et du ciel, l'emporte plus haut que les anges, par delà toute créature... Alors quelle perspective s'ouvre devant nos yeux ! L'horizon recule sans bornes, les limites s'effacent, c'est l'infini qui apparaît, et Jean, l'ami de Dieu, ne se repose qu'en Dieu ' ! »

Ce commencement de rÉvaugile ravissait d'admiration les philosophes eux-mêmes. Saint Augustin rapporte, dans sa Cité de Dieu, qu'un platonicien voulait qu'on le gravât en lettres d'or sur le frontispice des temples ^

Ayant commencé son livre par ce prologue sublime tout rempli de l'infini , saint Jean le termina

1 s. Joan. Ghrysost. in Joan. Evang. Homil. I ; oper. t. VIII, p. 25-26.

2 S. August, de Civitate Dei lib. IX , p. 29.

par l'aveu de son impuissance à tout dire, et à atteindre ce fond inépuisable de grandeur, de vertus et de bienfaits. « Il y a beaucoup de choses encore que fit Jésus; et, si l'on voulait raconter chacune d'elles, j'estime que le monde ne pourrait contenir les livres qu'on en pourrait écrire ^ »

Jean se confessait aux prises avec ce sentiment de l'ineffable qui est la révélation fatale de nos limites, sentiment douloureux souvent même en présence des grandes choses humaines, mais qui est le désespoir du génie de l'homme en présence des grandes choses de Dieu.

C'est en ce lieu de l'Évangile que les évêques d'Asie et les derniers disciples survivants de Jésus- Christ apposèrent leur sanction collective à l'ouvrage dont ils affirmaient ensemble la sincérité et l'auteur. « Son témoignage est véritable. » C'est le dernier mot du livre; n'est-ce pas également le dernier mot de quiconque en achève la lecture, ce De toutes les œuvres historiques n'est-ce pas la plus vraie, la plus simple, la plus immédiatement vue et transmise? On dirait que la lumière de la face du Christ s'est empreinte comme d'elle-même, avec tous ses mouvements et toutes ses expressions, sur l'âme immaculée qui nous l'a conservée. Comme ces images gravées par les choses mêmes, sous le soleil, lesquelles, à mesure qu'on les regarde plus minutieu-

' Sunt autem etalia multa quse-fecit Jésus, quae si scribantur per singula, nec ipsum arbitrer niundura capere posse eos qui scribendi sunt libres. Joan. xxi, 25.

sèment, paraissent toujours plus vraies, de même l'admirable Évangile, à chaque regard plus attentif de l'âme, montre toujours le Christ plus vrai, plus sublime et plus beau ^

C'est donc véritablement le disciple qui l'a écrit. Il n'y avait que cette âme capable d'en recevoir une empreinte si pure. Nous savons maintenant que son témoignage est véritable; et ce n'est pas sans un frissonnement d'adoration qu'arrivant, de proche en proche, du cœur de saint Jean jusqu'au cœur de Jésus, on croit mettre la main sur ce cœur adorable dont on suit l'éternel battement dans l'Évangile.

1 Le P. Gratry, les Sophistes et la Critique, conclusion, p. 392.

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