‹ l'Apotre Saint JeanChapitre 41 sur 59 · I.'AI'OTHK SAINT .IKAN · texte numérisé non relu

I.'AI'OTHK SAINT .IKAN

Secondement l'Évangilo 6\iùi la loi morale, la loi de sainteté; et saint Jean rexpli(jnait aussi dans son ôpître : « Mes petits enfants, disait-il, je vous écris ceci afin que vous ne péchiez pas... Nous savons rpie quiconque est né de Dieu ne pèche pas... Nous distinguons à ce signe que nous connaissons Dieu, si nous gardons ses commandements. Celui qui dit le connaître et ne garde pas sa loi, celui-là est un menteur, et la vérité n'est pas en lui '. » (( Celui qui fait le péché est du diable , lequel pèche dès le commencement. Celui qui est né de Dieu ne fait pas le péché, parce qu'il est le fils de Dieu. » Toutefois Jean savait bien que la grâce n'était pas limpeccabilité, et sa lettre expliquait que l'Évangile de la justice était aussi celui de la miséricorde : « Je vous écris ceci pour que vous ne péchiez pas. Mais, si vous tombiez encore, nous avons auprès du Père un avocat qui est le Juste, Jésus-Christ, et (jui s'est fait victime pour expier nos péchés -. »

Enfin le divin Évangile n'était pas uniquement la sainte loi morale qui atteignait les consciences,

erimus. Scimus quoniam cùm apparuerit^ similes ei erimus : quoniam videbimus eum sicuti est. 1 Joan. m , 2.

1 Filioli, hœc scribo vobis ut non peccetis... Et in hoc scimus quoniam cognovimus Deum si mandata ejus observemus.

Qui dicit se nosse eum et mandata ejus non custodit, niendax est, et in hoc veritas non est. Ihid., ii, 1-4.

2 Sed et si quis peccaverit, advocatum habemus apud Patrem, Jesum Christura justum ,

Et ipse est propitiatio pro peccatis nostris. Ibid., ii, 1-2.

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la sainte loi religieuse qui regardait le ciel , c'était la loi sociale qui devait gouverner la terre, et l'amour de riiomme pour l'homme ne se séparait pas de son amour pour Dieu. Ou plutôt c'était là un seul et même amour, et Jean n'exalta pas seulement le devoir envers nos frères, il le divinisa. Il nous apprit comment, lorsque nous aimerons les hommes qui vivent près de nous, ce sera le Dieu invisible que nous aimerons en eux; l'homme est substitué à la personne de Dieu dans cet amour unique qui embrasse la créature avec le Créateur :

« Celui qui dit : J'aime Dieu, et qui déteste son frère, celui-là est un menteur, » disait le grand apôtre.

« La loi que nous avons reçue de Dieu lui-même, c'est que quiconque aime Dieu , aime de même son frère.

« Quoi ! celui qui n'aime pas son frère qu'il voit près de lui , comment pourra-t-il aimer le Dieu qu'il ne voit pas ' ? »

Mais Jean montrait que Dieu était accessible dans l'homme; que l'homme réciproquement, si chélif (ju'il pût être, était aimable en Dieu. L'invisible avait ainsi son culte dans le visible; la beauté éternelle pouvait être servie dans la laideur de nos

' Si quis dixerit quoniam diligo Deum, et fratrem suum oderit, menJax est. Qui enim non diligit fratrem suum quem videt, Deum, quem non videt, quomodô potest diligere?

Et hoc raandatum habemus à Deo , ut qui diligit Deum , diiigat pt fratrem suum. I Joan. iv, '20, 21.

L'AI'OTRK SAINT .IKAN 'r>7

maux; l'opulence divine agréait d'être secourue drins l'indigence humaine; la grandeur suprême couvrait de sa majesté toutes nos infirmités. Une seule loi régissait tout l'être spirituel, depuis Dieu jusqu'à nous, comme une même attraction gouverne tous les corps, de l'étoile à l'atome : c'était la loi de charité, dont Dieu était le centre : Dem charilas est; et, si le signe de Dieu est le signe de l'unité, il n'y avait pas de loi plus manifestement divine que celle-lèi.

« 0 mes petits enfants, écrivait l'apôtre d'Éphèse, n'aimons donc pas seulement en paroles et en discours, mais aimons en vérité et en œuvres. Nous avons reconnu l'amour de Dieu à ce signe, qu'il a donné sa vie pour nous : nous devons pareillement donner notre vie pour nos frères '. y> Voilà la mesure de la charité : c'est de n'en point avoir.

A l'exemple de Dieu , voici donc que les hommes vont s'aimer à la vie, à la mort.

Voici pour eux l'Évangile : a La nouvelle que vous avez apprise dès le commencement, c'est qu'il faut vous aimer les uns les autres. »

Voici pour eux la lumière : « Celui qui prétend être éclairé, et qui a de la haine contre son frère, est

1 Filioli mei , non diligamus verbo neque linguâ , sed opère et veritate.

In hoc cognovimus charitatem Dei quoniam ille animam suam pro nobis posuit, et nos debemus pro Iratribus animas ponere. I Joan. m, 16-18.

encore dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière. »

Voici pour eux la justice : « Celui - là n'est pas « juste qui n'est pas né de Dieu , et qui n'aime pas « son frère. »

Voici pour eux la vie : « Nous savons que nous sommes transférés de la mort dans la vie, si vraiment nous aimons nos frères. »

Puis achevant l'éloge de l'intrépide vertu : « Il ne « peut y avoir de crainte dans l'amour; l'amour « vrai ne craint rien, et craindre, ce n'est pas être (( parfait dans la charité '. »

Telle est la loi morale, telle est la loi de sainteté, telle est la loi d'amour. C'est la loi du progrès, c'est la loi de l'avenir. Il y a bientôt deux mille ans que l'épître de Jean en a rédigé la formule; et c'est à peine si l'homme et le monde en ont tiré les premières conséquences. Cependant ce sont ces essais, tout incomplets qu'ils sont, qui nous ont fait ce que nous sommes.

Maintenant achevez le reste. Demandez à cette loi fout ce qu'elle peut donner. Mettez -la dans les cœurs, mettez- la dans les mœurs, mettez -la dans les codes et les législations; ne la mutilez pas surtout en la dénaturant; ne séparez pas l'une de l'autre la charité pour Dieu et la charité pour l'homme; ne prêchez pas une stérile fraternité humaine en méconnaissant trop la paternité divine,

1 I Joan. Il, 10, '19; iv, 18.

i;aim)ti{k saint jkan itJ^

qui est le Ironc de l'arbre de vie. N'isolez pas à plaisir la loi de religion de la loi de société. Mais laissez l'union se faire entre toutes les âmes, laissez l'harmonie céleste se faire entre toutes sphères ; préparez Tavénement de cette race sainte, de cette dynastie d'élus dont Jésus-Christ est le père; puis, tout étant soumis à cetle gravitation spirituelle sur la terre, voyez la terre se mettre en mouvement vers les cieux; voyez la paix, la joie, la société des esprits, la famille des âmes tournée à se sauver au lieu de se détruire, et tâchez de deviner ce que serait dans le monde uni et transformé la dernière conséquence du principe d'amour dont saint Jean est l'apôtre, et dont Dieu est le terme... Nondum apparuit. Saint Jean lui-même déclare que nous ne le savons pas.

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