‹ l'Apotre Saint JeanChapitre 42 sur 59 · SAINT JEAN A 1, A PORTE LATINE · texte numérisé non relu

SAINT JEAN A 1, A PORTE LATINE

Cependant les jours de Jean atteignaient la vieillesse, et il n'échappait pas à la plus grande tristesse de ceux que Dieu condamne à vivre, celle de voir tous les siens disparaître autour de soi, et de rester seul de son siècle pour en porter le témoignage et le souvenir.

Saint Paul, captif à Rome, avait arrêté là sa course, commencée, il y avait trente ans, sur le chemin de Damas : Cursum coîisummavi ; Pierre l'avait embrassé sur le chemin du supplice, et luimême avait eu , le même jour, l'honneur de monter sur la croix de son Maître, au faîte dune colline d'où il avait béni la ville et l'univers. C'était également entre les bras d'une croix qu'André s'était endormi dans la mort, comme il convenait au frère du prince des apôtres. Après Jacques le Majeur, après Jacques le Juste, Siméon avait offert à Jérusa-

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lem le pur sacrifice de son sang. Thomas avait fini sa carrière dans les Indes, après avoir porté plus loin que tous les autres celte foi en Jésus que, plus que les autres, il avait été lent à croire. Plus près de Jean, en Phrygie, à Hiérapolis, au sein même de cette Asie gouvernée par notre apôtre, Philippe avait subi un glorieux martyre. Ainsi les hères étaient-ils tombés tour à tour, et le Seigneur du ciel avait presque entièrement reformé dans son sein cette famille du cénacle, de laquelle il disait : c( 0 Père, je vous rends grâces, parce que, de tous « ceux que vous m'avez donnés, je n'ai perdu perce sonne. »

Un seul demeurait encore. Le voyant prolonger ainsi son existence, les disciples pouvaient croire qu'il ne devait pas mourir, et le bruit en courait parmi eux, comme il dit '. I "apôtre n'avait vécu si longtemps que pour voir un suprême désastre plus inconsolable que les autres. Jérusalem n'était plus. Après des désolations qui étonnent l'histoire, Vespasien et Titus avaient dressé leurs tentes sur la colline même où le disciple avait vu un jour son Maître pleurer sur la ville coupable qui tuait les prophètes. La cité était en ruines, le temple était en cendres; et ceux qui avaient pu s'enfuir avant ces jours de meurtre et d'incendie, dispersés par le monde , avaient dû dire à Jean que c'en était fait des

1 Exiit ergô sermo iste inter fratres quia discipulus ilie non moiitur. Joan. xxi, 23.

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lieux où il avilit vécu près de Dieu et Je sa Mère, Son cœur en ressentit une blessure profonde. Encore que nous soyons de la patrie du ciel , l'amour de la patrie terrestre est un sentiment trop haut pour qu'il ne soit pas digne de l'âme des saints. Jean se souvint donc des larmes que son Maître avait répandues sur les maux autrefois prophétisés par lui, et maintenant trop certains ^ Il put les pleurer aussi; et plus il avançait dans la souffrance et dans la vie, plus il comprenait le sens douloureux de la parole que le Seigneur Jésus avait dite sur lui : « Ne puis-je vouloir que ce disciple demeure jusqu'à ce que je vienne? »

Un moment il put croire que son jour était venu. Domitien était sur le trône. C'était un homme craintif non moins que féroce, que ce prince appelé par TertuUien « l'autre moitié de Néron », portio Neronis. Sa politique cruelle, comme Suétone la désigne, callida sœvitia, s'alarma des progrès de cette secle ei;ivahissante, qui menaçait de devenir maîtresse des choses. Sous Claude, elle n'était encore qu'un embarras de police, dont l'empereur se délivrait en la bannissant de Rome. Sous Néron, c'était déjà un péril pour l'État. Ce n'étaient plus seulement les esclaves, les misérables et les ignorants qui, selon

A Saint Jean n'a pas rapporté dans son Évangile la prédiction du Seigneur fiur la ruine de Jérusalem. S. Chryso.storae en donne une raison délicate : « Ayant écrit après la ruine de la ville sainte, si Jean avait rappelé la prophétie de son Maître, on eût pu l'accuser de l'avoir faite après coup, d'après les événements. »

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l'expression de Tacite et de Suétone, se faisaient les instigateurs de cette nouveauté. C'étaient les patriciens, les philosophes, les sénateurs; c'était, entre ces derniers, Pudens avec sa famille C'étaient peutêtre Thraseas, Petus, Bareas Soranus, âmes vertueuses sur lesquelles pèse ce noble soupçon. C'était Proculus, un homme de la maison de l'empereur, converti par saint Paul C'était sans doute aussi Poraponia Grsecina, épouse de Plautius, « cette femme vénérable qui fut jugée, et acquittée par nn tribunal de famille, sur une accusation de religion étrangère ^ » C'était Servilia, fille de Bareas, inculpée de magie, comme l'étaient les chrétiens. N'était-ce pas aussi l'impératrice Poppée, tuée par Néron, son mari, et dont Baronius fait une disciple de saint Paul?

Mais sous le règne de Domitien la foi déborde à Rome. Ce n'est plus sur les degrés du trône que la religion s'assied : elle est près de monter dessus. c( {]e fait est curieux et incontestable, raconte un historien. La maison Flavia, qui avait terminé les guerres civiles, et donné douze ans de paix au monde avant de lui donner Domitien , n'avait reçu ces bénédictions temporelles que parce qu'elle contenait des

1 M. de Ghampagny, les Antonins, t. I, p. 146.

cfur Pomponia Graecina et son mari Aulus Plautius , conquérant de la Bretagne sous Claude, voyez le passage de Tacite {Annal. XIII, xxxii). Le changement de vie de Pomponia Graecina date de Tan 43 , c'est-à-dire de l'arrivée de saint Pierre à Rome; son jugement par ses proches, de l'an 53; sa mort, de l'an 83. (D'aprôs Tacite, ibUL, et Dion, LX, p. 677.)

justes dans son sein. Dès le temps de Néron, il y avait eu une Flavia Plautilla , fille de Flavius Sabinus, nièce de Vespasien, cousine germaine de Domitien, laquelle jadis, assistant en pleurs au supplice de saint Paul, lui avait prêté son voile pour bander ses yeux. L'apôtre lui avait promis de le lui rendre bientôt; et, en effet, les anges le rapportèrent sanglant à Plautilla, en lui annonçant qu'elle ne tarderait pas à suivre Paul. Elle mourut l'année suivante ^ »

Plautilla, en mourant, laissait le christianisme dans sa maison. Son frère, Titus Flavius Clemens, était chrétien; et quand il épousa sa cousine Flavia Domitilla, il la trouva ou il la rendit chrétienne ^ Plautilla laissait de plus une fille appelée, elle aussi , Flavia Domitilla, trop jeune pour avoir pu recevoir de sa mère les enseignements de la foi. Mais deux serviteurs fidèles, Nérée et Achillée, veillaient sur cette jeune âme. Quelques années après la mort de sa mère, Flavia était prête à se marier; elle allait épouser Aurélien, fils du consulaire Aurelius Flavius. Elle souriait aux préparatifs de sa toilette nup-

1 20 mai 68. V. Actes des saints Domitille , Nérée et Achillée , apud Bolland. et Martyrol. Rom. 12 raaii; et rexcellente dissertation de l'abbé Greppo : Les Chrétiens de la famille de Domitien, dans ses Mémoires relatifs à l'iîïsf. ecclésiastique; Paris,

•^ Le christianisme de Clément et de Flavia, sa femme, ne saurait être douteux, d'après ce que Dion Cassius (LXVII, xviii), et Brutius Prsesens (apud Euseb. III, xviii), écrivains païens, disent de leurs souffrances sous Domitien. — V. de plus Eusèbe lui-même et saint Jérôme.

tiale, aux joies d'un hymen désiré : « Fiavie, lui disent les deux serviteurs, sais-tu quelles peines te sont réservées an sein de ces noces païennes? Saistu la joie et la gloire de la sainte virginité? (.'onnaistu l'époux céleste qui te réclame? » ils lui enseignent riionneiir de la pureté chrétienne. Fiavie est saisie d'admiration pour une loi si belle; elle reçoit le baptême, elle reçoit du pontife Clément hi consécration des vierges de Dieu; elle se tient prête pour le martyre '.

Voilà donc quatre chrétiens dans la famille impériale : Plautilla, sa fille, son frère et sa belle-sœur, tous proches parents de Domitien. Ces chrétiens avaient été pendant quelque temps dans les bonnes grâces de l'empereur. Bien que Thumilité chrétienne de Clemens passât aux yeux des païens pour de l'inertie, Domitien venait de le faire consul, consul ordinaire et consul avec l'empereur, ce qui était un honneur triple. Enfin Domitien avait presque adopté ses deux jeunes fils, qu'il désignait pour ses héritiers, et auxquels il avait donné les noms de Vespasien et de Domitien -.

Que Domitien expire, que ces deux fils du chrétien, ces élèves de Quintilien, ces disciples de l'Évangile, arrivent à l'empire, dont ils sont héritiers; et, soixante ans à peine après la mort honteuse de ce

1 V. les mêmes Actes. Par suite d'une confusion de noms, ils font du pape saint Clément un oncle de Flavia Domitilla.

5 V. Quintil. III, vu; IV praefat., x, 1 ; sur les noms de ces jeunes princes , voyez les médailles.

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nommé Chrestus , comme Suétone l'appelle, du vivant de son dernier apôtre et de son ami, son culte allait parvenir sans secousse, par le droit de l'hérédité légitime, à l'empire du monde; et peutêtre saint Jean allait-il être appelé à venir solennellement prêcher et célébrer, en présence des Césars, sur le tombeau de saint Pierre.

L'enfer dut frémir d'un pareil danger. Domitien le découvrit; le sang coula. Le consul Flavius Glemens, son proche parent, eut la tête tranchée, comme étant convaincu, rapporte Dion Cassius, « d'une sorte d'impiété particulière aux Juifs'. » Flavia Domitilla, nièce de l'empereur, fut proscrite au loin : les deux jeunes princes disparurent. Tout ce qui était Juif ou qui semblait l'être , au rapport de Suétone, devint l'objet d'une persécution acharnée. On sait que par ce nom, chez les auteurs d'alors, ce sont surtout les chrétiens qu'il faut entendre ^

Une pensée purement fiscale de l'empereur fut l'origine première de la persécution. Vespasien, son

1 II y a un siècle environ, on trouvait à Rome une boîte de plomb contenant des fragments d'os , des cendres imprégnées de sang , un vase de verre brisé , et sur le marbre qui recouvrait cette boîte ces mots : Flavius Clemens, martyr.

Voy. Mamachi, t. I, p. 354; Zacharias, Hist. littér., p. 235. L'inscription n'est certainement pas contemporaine; mais elle doit remonter à une haute antiquité.

■^ Sur cette confusion des juifs et des chrétiens, V. Sueton. m Claud. XXV. — Sulpic. Sever. Hist. II , xcix. — Arrian. ex Epiclet. II, X. — Spartian. m Caracall, i. — Gels., apud Origen. III, 6-7. — Tertull. Apolog. xxi.

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père, ayant vaincu les Juifs, les avait contraints à transférer au temple de Jupiter Capitolin le tribut de deux drachmes, jadis perçu pour leur lemple. Avare autant que cruel , Domitien étendit cet impôt aux chrétiens. N'étaient-ce pas des Juifs, à ses yeux, que ces hommes n'adorant pas les dieux, ayant un culte à part, célébrant un sabbat, et s'agenouillant devant un Dieu galiléen?On les ruina d'abord par des exactions, et Suétone, qui ne sait pas encore leur nouveau nom, indique cependant qu'il ne s'agissait plus ici uniquement du peuple d'Israël. « Outre ceux de cette religion, dit -il, il y en avait d'autres qui, sans en faire profession , menaient une vie semblable, et qui niaient cependant être des fils de cette race. »

La capitation imposée par Vespasien devait assurer aux Juifs la liberté de leur culte. Les chrétiens la payèrent, mais n'en furent pas plus libres. L'empereur était inquiet '. Déjà, d'après le récit contemporain d'Hégésippe, rapporté par Kusèbe, il avait fait amener et comparaître devant lui deux pauvres chrétiens de Judée, petits-fils de l'apôtre saint Jude, et derniers rejetons de la famille de Jésus et de la Vierge Marie. Celui qui avait souhaité que Rome n'eût qu'une seule tête pour l'abattre d'un coup, avait cette politique de ruiner les partis en s'atta- ({uant aux chefs. Mais lorsque, ayant demandé à ces Israélites quelles étaient leurs ressources , ceux-ci

l EçoêetTO yàp TYjv ■reapoydtav toO XpiatoO. (Euseb. III, XX.)

lui eurent répondu qu'ils n'avaient à eux deux que neuf mille deniers d'argent, et trente-neuf plèthres de terre ^ dont ils payaient l'impôt; que ce revenu n'étant pas suffisant pour les nourrir, ils travaillaient pour vivre ; et que ces fils de David lui montrèrent leurs mains durcies par le travail; lorsque, interrogés sur le règne du Christ, leur divin parent, ils répondirent que son royaume n'était pas de ce monde, et que Jésus ne l'inaugurerait qu'au jour où il reviendrait sur terre pour juger les vivants et les morts, Domitien ne fit qu'en rire ^ Quelle apparence que ce fiât à cette dynastie de colons misérables que dussent s'appliquer les promesses des livres Sibyllins? La secte avait d'autres chefs; et apprenant qu'en effet le dernier et le plus (îher disciple de Jésus vivait encore à Éphèse, Domitien donna l'ordre qu'on lui amenât saint Jean.

Je n'avais tenu d'abord absolument nul compte de la correspondance que Prochoi»e a supposée entre l'empereur Domitien et le proconsul d'Asie, au sujet de saint Jean. De récentes découvertes ont prouvé que du moins ces lettres avaient joui d'un véritable

< Neuf mille deniers, environ neuf mille francs; trente-neuf plèthres, 3 hectares, 71 centiares.

2 Euseb. Hist. Eccl. III, xx.

Routh, Reliquiœ sacrœ , I, ccxiii.

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crédit durant le moyen âge. Il n'y a que quatre ans, des travaux exécutés dans la belle et antique salle capitulaire de l'abbaye de Westminster mirent au jour, à côté de fresques dégradées, une inscription latine qui émut l'opinion, et qui ouvrit au monde savant de l'Angleterre un vaste champ de recherehes et de conjectures. Ce document, dont l'origine semble avoir échappé à l'investigation des antiquaires anglais, n'est autre qu'un passage du manuscrit de Patmos, tel, d'ailleurs, qu'il se trouve actuellement transporté dans la bibliothèque du Musée britannique. Voici donc ce que le proconsul écrit à Domitien touchant le grand apôtre :

« Au très -pieux César Domitien, toujours Auguste, le proconsul d'Éphèse, salut.

« Nous faisons savoir à Votre Gloire qu'un homme appelé Jean, de la race des Juifs, est venu en Asie, et y prêche le crucifié Jésus, affirmant que celui-ci est Dieu, et Fils de Dieu. Par lui le culte de nos dieux invincibles est délaissé, et les temples vénérables bâtis par nos prédécesseurs sont menacés d'une ruine prochaine. Cet homme vient à bout, par ses prédications et sa magie prestigieuse, de convertir le peuple d'Éphèse au culte d'un homme mort qui a été mis en croix. Quant à nous, pleins de zèle pour nos dieux immortels, nous avons traduit à notre tribunal cet impie, l'engageant, par caresses et menaces, à abjurer son Christ, et offrir d'agréables libations aux dieux tout -puissants de l'empire. N'ayant pu réussir à le persuader, nous

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avons adressé ces lettres à Votre Puissance, afin qu'il vous plaise de nous faire connaître ce qui sera agréable à Votre Majesté '. »

Ce qui suit n'est que le récit du supplice de saint Jean à la porte Latine, et de son bannissement dans l'île de Patmos, tel encore qu'il se trouve dans le même manuscrit. Faut -il attribuer à cette lettre proconsulaire quelque authenticité? Son existence du moins, sinon sa forme actuelle, a-t-elle quelque garantie dans l'histoire de ce temps; ou bien n'estce qu'un pastiche de la lettre bien connue que, vers ce même temps, Pline le Jeune adressait à l'empereur Trajan sur les progrès alarmants de la religion du Christ parmi les peuples de Bithynie? Quoi qu'il en soit de ce texte, ce qui est attesté par tous les bis-

1 Piissimo Cesari et semper Auguste Domiciano , proconsul Ephesiorum, salutem. Notificanius glorise vestrse , quoniam quidam vir, nomine loannes, e gente Hebrasorura, in Asiam veniens et predicans Jesum crucifixum, affirmavit eum verum Deum et Dei Filiura esse; culturam [autem in victissimorum Deorum nostrorum évacuât , et templa veneranda ab antecessoribus vestris constructa funditus evertere festinat. Contrarius ilaque hic existens , ut magnus et sacrilegus, vestro imperiali decreto , suis magicis artibus et [predicationibusj omnem pane populum urbis Ephesine ad culturam hominis crucifixi et mortui convertit. Nos autem [zelum habentes erga culturam immortalium Deorum] eum tribunalibus nostris presentatum comitatibus, blanditiis et [terroribus juxla impériale edictum admonuimus, ut suum Chrislum] abnegaret, atque Diis omnipotentibus grata libamina offerret. Gui eum nuUa ratione ista persuadere potuissemus, hos apices vestre potestati dirigimus, ut quicquid majestati vestras placuerit de eo fieri notificelis.

V. la lettre du Rév. Chr Wordsworth au rédacteur du Times, 15 mai 1865.

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loricns, c'est (|iie Jean fut amcn6 à Rome cliargé de fers, par cette route glorieuse où un de ses enfants, Ignace le Martyr, ne devait pas tarder à reprendre sa trace.

L'entrée de saint Jean à Rome, en Tan 911, sur les extrêmes confins du siècle apostolique dont il était le dernier et auguste débris, est certainement un des faits les plus considérables de l'histoire de ce temps. C'était la consécration de cette grandeur suprême de l'Église romaine cimentée déjà, vingt-huit ans auparavant, par le sang glorieux de saint Pierre et de saint Paul, les frères bien -aimés dont Jean avait partagé premièrement l'apostolat, et dont il espérait partager le tombeau.

A cette époque surtout il trouvait Rome pleine de Juifs \ Implantée dans la ville depuis bientôt deux siècles, la colonie juive avait débordé dans toutes les régions urbaines, où elle se divisait en plusieurs tribus dont nous savons les noms.

C'étaient les Campeuses , peut-être fixés au Champ de Mars, les Augustenses, Agrippenses, Suhurenses , Volumnensps , Elœenses, Calcarienses , et les Hebrœi proprement dits. On les retrouve dès lors ce qu'ils ont été depuis : les uns plus riches, vivant non loin de la porte Capène, dans la vallée fameuse où Numa écoulait les leçons d'Égérie, et où les Muses avaient un beau temple de marbre avec un bois sacré; les

• Joseph. Antiq. Jud. XVII, xii.

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