XVI PRÉFACE
La seconde partie s'écoule au sein de l'Asie grecque. Là, sur cette terre natale de tous les symboles et de tous les systèmes, entre les esprits de Python, les prêtres de Gybèle et la grande Diane des Éphésiens, Jean écrit l'Évangile, et développe dans une langue nouvelle la sublime doctrine du Verbe de Dieu fait homme. C'est lui qui, avec Paul, est le fondateur et le père de cette Église d'Orient vers laquelle se portent aujourd'hui tant de sollicitudes et de vœux inquiets.
Or, quels que soient les triomphes des siècles postérieurs^ une prédilection s'attache aux commencements de cette jeune société dont Pierre était la tête, dont Paul était le l)ras, dont Jean était le cœur. Il s'exhale du cénacle quelque chose du charme de l'enfance de Jésus quand il croissait en âge, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes.
Les plus chers souvenirs de l'histoire sont donc là. Mais là ne sont-ils pas, avec nos origines, les titres de notre foi, les lois de notre vie, et la clef des questions qui divisent le monde? Qu'est-ce que le christianisme dans son inspiration? Qu'est-ce que la sainte Église dans son institution? Qu'est-ce que l'apostolat
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et le pontificat? Enfin qu'est-ce que l'Evangile? De quelle main est-il venu? En quel temps estil né? Sous quel souffle est-il éclos? Toutes ces questions surgissent à la fois dans ce siècle. C'est de là que tout est parti, c'est là que tout se retrouve. Et, s'il est une page d'histoire religieuse fondamentale entre toutes, c'est bien éminemment celle des origines de l'Église chrétienne.
Or on ne se doute pas de l'effroyable confusion qui règne chez les esprits, même les plus cultivés, sur les origines saintes de la mère patrie dont ils se disent les fîls? Pour eux, en très-grand nombre, les saint Pierre, les saint Paul et les saint Jean, perdus dans une sorte d'auréole légendaire, apparaissent comme les héros d'une mythologie qui a précédé l'ère de l'histoire positive. Jean en particulier est demeuré sous le nuage. Pour les uns, Jean l'apôtre n'est pas la même personne que Jean l'évangéliste. Pour les autres, l'évangéliste se distingue absolument du prophète de l'Apocalypse. N'en trouverait- on pas chez qui le fils de Zébédée s'identifie avec le fils de Zacharie? Mais combien qui le connaissent, qui le suivent dans l'Évangile, mais qui perdent sa trace quand il
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est à Éphèse, et pour qui un demi- siècle de cette existence si divinement belle disparaît dans la brume d'une vague tradition où ils ne distinguent rien?
C'est à reconquérir, pour l'histoire positive, cette existence complète que j'ai employé ce travail. Puisse-t-il de la sorte faire rayonner de son pur et immortel éclat la physionomie à la fois forte et douce de l'apôtre saint Jean !
On se tromperait, en effet, si on ne voyait en lui que le type d'une tendresse inerte et allanguie, comme pourraient le faire croire la peinture et la légende. Oiji se rappelle que Jean s'est nommé lui-même le disciple bien-aimé; on oublie trop que Jésus l'appela le « fils du Tonnerre ». On regarde volontiers en lui l'évangéliste de FAgneau; on oublie que cet Agneau fut l'héroïque victime, et que l'aimer, c'est le suivre jusqu'à l'immolation. On se souvient que Jean demandait une place d'honneur à la droite de son Roi; on oublie qu'alors même il s'engageait à boire son calice d'amertume, et qu'il a tenu parole. On le voit à la Gène qui se penche sur le cœur de Jésus; on ne le voit pas assez debout sur le Calvaire et au pied de la croix. Qu'on ne s'y méprenne point, l'amour que Jean représente, ce