STUREL RETOMBE SOUS LE JOUG DES CIRCONSTANCES
du fameux accident où Pascal en carrosse faillit être précipité. Lieu sacré qui favorisa la plus admirable folie et des accents désespérés! Ils vaudraient alors même que l'humanité demanderai! à d'autres doclunes qu'au catholicisme un point de vue pour ravaler la nature humaine et la force pour se soulever, au moins de désir, hors des intelligences obtu>< courtes, contentes d'être, satisfaites du monde el de la destinée.
Ces grandes idées, cette berge solitaire, ces déserts de jardins el de petites maisons, leur beauté, leur secret, venaient rouvrir la voie que s'était faite jadis Thérèse dans Pâme de Sturel. Ce petit canton de Saint-James, le plus mystérieux de Paris, donnait plus d'expression à la figure voluptueuse de cette délaissée. A vingt-quatre ans, malgré tous les artifices qui contraignent une mondaine, Thérèse., dans ce mois de juillet tout chargé d'orages, plus d'une fois avait soupiré et s'était énervée. Ces deux journées lui furent douces et tristes. En vain cherchait-elle à s'illusionner sur ce retour de ternir — A chaque minute, ils s'apercevaieni qu'ils ne valaient plus que pour se faire souffrir; parfois encore, «'lit* attirail la tète de son ami. puis elle le repoussait en sanglotant. La seule passion sensuelle, avec les familiarités qui lient, elle ne pourrait jamaisl'éprouver pour Sturel, car entre eux il y avait eu trop de choses délicates, à la pension de la rue Sainte-Beuve. Elle avait désiré ce rendez-vous, h cependant elle -«■ détourna, le soir, quand il voulut la prendre dans Ses bras.
— En vous repoussant aujourd'hui, disait-elle, je garde moralement le droit d'être passionnée unjour.
406 L APPEL Al' SOLDAT
Cette résistance irritait l'imagination du jeune voyageur et cette jalousie qui, chez l'amant, survit longtemps à l'amour. Après quelques pleurs, elle cessa de s'entêter et Sturel croyait étouffer dans sa main une chaude colombe poignardée.
Il ne quitta Saint-James qu'à minuit passé pour revenir, dès la première heure, le lendemain dimanche. C'était le jour fameux des élections au conseil général ; Boulanger se présentait dans quatre-vingts cantons. Mme de Nelles, que son éducation, à défaut de sa tendresse lassée, faisait toujours attentive, avait pris soin qu'on informât Sturel dans la soirée. A minuit, il connut les premières nouvelles qui arrêtèrent les mouvements de son cœur.
— Nous sommes battus !
Puis, honteux de mal supporter un désastre et se rappelant ses vues de Lorraine sur la nécessité de secourir la nation contre l'envahissement étranger et sur Ta continuité des fièvres françaises qui tant de fois sauvèrent le pays, il fit un acte de foi, une élévation qui dépassait ses pensées ordinaires de partisan :
— Boulanger n'est qu'un incident. Nous retrouverons d'autres boulangismes.
Sur cette pensée virile, la jeune femme se méprit. Elle le crut sec pour son chef, incapable de suivre même les ambitions auxquelles il la sacrifiait. Elle se rappela, d'autre part, combien de fois, parce qu'elle se repliait dans un sentiment mélancolique, il l'avait accusée de ne rien éprouver, de ne pas vivre. Elle songea à ses chagrins, aux larmes qui depuis quelques mois lui tombaient dans le cœur.
STUREL RETOMBE SOUS LEJOUG D >\-ï\\u - -
Elle se surprit à dire toul haul d'un ton fier : mme j'ai vécu plus que lui ! ■•
De tels malentendus abondenl entre lers personnes sentimentales, fort grossières au demeurant, <-t celles qui considèrent les choses *u# specie aeterni, ou <|ni. simplement, embrassent, comme a fait Sturel sur la Moselle, nu développement de quelques siècles.
Le mardi 30 juillet. Sturel partit pour Londres. Mmc de Nelles, demeurée seule dans le petit hôtel «le Saint-James, jouit, comme d'un sommeil après la fatigue, de sa solitude. Elle se sentait délivrée «le cette anxiété constante que lui donnaient lespaupières de son ami. ses lèvres, le son de -;i voix, qui la laissaient brisée, rompue de révolte-. Par un après-midi magnifique, le soleil montant sur l'immense feuillage du Bois évoquait pour elle, qui depuis -a terrasse le contemplait, la jeunesse et la puissance. Le parfum de juillet versait dan- ses veine- un sang ehaud. exaspéré, une surabondance
de vie. Jusqu'alors une petite mondaine, elle Se >n i-
prit à désirer «le- voyages, la campagne. Les grandes niâmes d*eau, les horizons d'arbres, l't Icéan, eussenl facilité sa vie.
Sturel, pensait-elle, jouit de ses ennui-, de sa lièvre. Moi, comme Etœmerspacher, j'ai horreur du chagrin, des inquiétudes, de tout ce qui arrête mou li l>re développement. Il faut poutrant, s'avouaitelle avec une innocence audacieuse, qu'un jeune être aime ou soit débauché quand il a certains souvenirs. M<»n désarroi moral n'est-il pas absence d'amour, sensualité plus que désespoir? C'esl un désir ardent vers un bonheur normal donl m'éloigne la dureté inconsciente de ••«•lui que j'aimais.
Elle lit porter un mot au jeune historien. Il avait interrompu ses visites pendant le bref séjour de Sturel. Cette discrétion, impertinente de tout autre, ne témoignait que les sentiments d'un homme excellent et honnête, en qui Mme de Nelles retrouvait ce que Ton dit dans la « Bibliothèque rose » des gros terre-neuve pour les toutes petites filles, ou, dans les révoltes aux îles, du dévouement respectueux de certains nègres pour des jeunes femmes créoles qui leurmontrèrentdela bonté. Elle ne songeait jamais à railler ses manières simples ; elle appréciait dans sa société une sorte de sécurité, et, près de ce lorrain un peu fruste, elle se retrouvait ce qu'elle était tout au fond : une bonne petite lorraine dont les grand'mères, à cette saison de Tannée, se distrayaient de leur vague à Pâme en surveillant les confitures.
CHAPIMRE XIII
A Londres, Naquet, lucide dès huit heures du matin et qui, d'une apparence débile, peut cependant recommencer cent fois par jour un même raisonnement, démontre, d'une façon irréfutable, qu'il n'y a rien à conclure d^un vote par canton. Les arrondissements qui se réservent de manifester leurs sentiments boulangistes aux élections législatives viennent précisément de se sentir tout à fait libres pour ne se préoccuper que de leurs intérêts locaux.
Quelque chose pourtant rend soucieux le sénateur. 11 mené son jeune ami chez Dillon.
— Mon cher comte, voulez-vous que nouscausinnde 1 Est avec notre ami Sturel, qui nous arrive droit de Lorrain»'?
M. Dillon, d'un ton paternel et (l'une voix un peu rouillée. accabla Sturel de compliments faciles; il cherchait ;\ différer l'entretien :
— Sur toute la France, les neuf dixièmes des arrondissements sont déjà garnis; jevous soumettrai bientôt mou travail d'ensemble.
Laguerre, survenant, appuya Naquet et le jeune homme. Aussi bien ces atermoiements irritaient, surtout après Léchée de dimanche. A chaque fois que le Comité l'interrogeait sur les listes électorales, Dillon répondait : « Elles sont dans les papiers que j'ai apportés de Bruxelles; je vais les déballer cette semaine. » On savait que, par deux fois et à quinze jours d'intervalle, M. Auffray, venu de Paris pour conférer de la part des droites, s'était heurté aux mêmes défaites de Dillon. Sur l'insistance de Naquet, de Laguerre et de Sturel, l'Eminence grise exhiba un petit cahier rouge qui portait en marge les noms des circonscriptions et, dans trois colonnes, les candidats « nationalistes », « opportunistes » et « conservateurs ». Comme nationaliste, Dillon cita pour la Meuse Suret-Lefort.
— Je crois l'indication. inexacte, dit Sturel. Suret- Lefort nous veut du bien, mais il manœuvre pour obtenir les voix opportunistes. Si vous prétendez lui donner votre estampille publique, il vous désavouera.
Dans la Haute-Marne, Dillon nomma le comte de Nelles. Sturel n'osa pas protester, mais il pensa qu'à patronner un orléaniste avéré, le Général détruisait son autorité républicaine dans toute la région et se préparait, en cas de succès, une Chambre plus royaliste que boulangiste. Sa propre position, fortambiguë pour apprécier Nelles, aurait pu le rendre indulgent aux compromis où ses amis de leur côté se diminuaient. Mais il pensait, avec saint Thomas d'Aquin, que le sage est celui qui fait l'ordre dans les choses : « Sapientis est ordinare » ; il voyait beaucoup d'orateurs, d'esprits brillants, d'hommes énergiques dans
BOULANGEE S*E$St il- LE VISAGE DEVANT STl KM. 111
Le boulan| il il jugeail que M. Naquel man-
quait à son devoir en se sousi rayant au rôle de - Le Général s'appliquait, comme il lit au ministère, puis rue Dumont-d'Urville, à gagner les sympathies «lu milieu où les circonstances le plaçaient : on «levait l'approuver de maintenir sa force figurative; sa présentation au prince de Galles et l'accueil empressé «le L'opinion anglaise répondaient avec avantage aui violences de la Haute Cour, et Les réduisaient ù Leur de manœuvres électorales, mais le jeune homme. - mespril réalisateur de lorrain,
plaçai! avanJ toui de fournir des candidats aux i l< cteurs, puisque au dernier mol L'idée boulangiste «levait s'exprimer an bulletins de vote.
Au sortir de cette visite, Laguerre ei Naquel emmenèrent leur visiteur déjeuner au restaurant. Us convinrent qu'il raisonnait à merveille et avouèrent un peu de désordre. Il- se chargeaient de Le réparer. Us comptaient sur la veine du Général. Dans leurs tournées de propagande, l'enthousiasme des partisin> avait toujours soulevé un nuage qui leur masijuaii l'horizon. Et ce grand nombre «le solliciteurs qui débarquaient par chaque bateau de tous le- départements ne leur Laissaient pas mie heure nu ils pussent juger par eux-mêmes.
— Considérez^ «lisait le subtil Naquet, que, si nos amis Nelles.et Sûret-Lefort ne peuvent être affichés comme nos candidats propre-, on «l«>it en conclure que le Général trouvera dans la prochaine Chambre beaucoup d'adhérents en plus «le ses candidats officiels.
Le sénateur partit avant la tin du déjeuner pour Portland Place où il allait annoncer sturel au Gêné-
rai. Le jeune homme resté seul avec Laguerre lui dit à l'improviste :
— Et si ça ne réussissait pas?
Laguerre ferma les yeux, se passa la main sur le bas de la figure et dit :
— C'est impossible !
Il y eut un silence. Sturel se troubla de reflet produit. Ce lui fut une révélation sur les angoisses des ambitieux. Il comprit que, sans oser se l'avouer, Laguerre doutait et entrevoyait l'effondrement. Mais, se ressaisissant, le député de Vaucluse affirma que le Général rentrerait avant les élections et par là déterminerait un mouvement irrésistible.
Sturel, introduit à Portland Place, trouva le chef toujours pareil à lui-même et aux photographies dont la France était tapissée. Boulanger, debout, la tête un peu inclinée à gauche, familier, frivole et le regard froid, l'interrogea sur leurs amis de Paris et sur Mme de Nelles. Mais le jeune visiteur ne se prêta pas à cet évident désir d'un homme excédé, qui cherchait son repos dans des curiosités superficielles.
— Mon Général, j'ai vu les listes de M. Dillon pour les départements de l'Est, dont vous m'avez invité à m'occuper. Sauf pour Nancy, où le parti s'organise sur place, les choix semblent mauvais.
Tout de suite, l'accent' de Boulanger s'énerva :
— Nous enregistrons les désignations locales. D'ailleurs le Comité national, Naquet et les autres, qui sont des hommes politiques, discuteront les projets de Dillon.
— Mais si l'on n'a pas fait surgir les bons candidats ? Je vous assure, mon Général, que des électeurs qui vous aiment et se déclarent boulangistes refuse-
ront pourtant de ratifier les choix que yos cahiers proposent.
La figure de Boulanger se contractait; il se leva.
— Ne vous inquiétez pas; sur leurs noms, c'est pour moi qu'on votera. Nous aurons le dernier mot.
— Pardon, insista Sturel, <>n ne les croira pas vos amis, et, s'ils se prouvent tels, on cessera de vous aimer. Ils échoueront où Ton vous eût nommé et vous subirez leur échec.
— La première condition de succès, c'est la discipline et la confiance. Il ne faut pas jouer ici les prophètes de malheur.
Sturel n'avait qu'à se retirer.
L'imagination s'enivre à snrprendre chez Boulanger, dès août 1889, les prodromes de cet épuisement nerveux où un homme, hier encore intact, s.1 ni >i vivement toute contrariété qu'à la tin il lui plaît de se détruire,
Le jeune homme attendit pourtant à Londres les résultats du ballottage pour les conseils généraux. Le samedi .'i août. Renaudin lui transmit le désir du Général qu'il revînt à Portland Place. Mal informé de l'incident, le journaliste supposai! que Sturel avait plaidé la thèse du retour en France. Ils causèrent de ce projet, que tous les lieutenants travaillaient à faire accepter du chef, en même temps qu'ils !«' louaient publiquement de son départ.
— Faut-il croire ce qu'on prétend? demanda Sturel: certains politiques de la droite voudraient le
ramener et le voir en prison; à la faveur de l'émotion populaire, il> feraient passer leurs candidats en septembre, puis ils se retourneraient contre notre
ami qui les inquiète.
— (/est an risque, je ne m'y arrête pas. Et, Sturel se scandalisant, il poursuivit :
— J'ai tout osé et je suis prêt à redoubler pour le Général. Impossible de reculer avec les haines que mon dévouement m'a values. Mais, lui aussi, il faut qu'il marche. En guerre, on tire sur les fuyards. Son relus de rentrer serait une trahison !
— Alors tu t'accommoderais avec la droite qui l'aurait étranglé ?
— Sauve qui peut ! répondit Renaudin. Je sens tout craquer et c'est bien heureux qu'il ne le croie pas ; il nous plaquerait.
Ces laides férocités ranimèrent l'affection de Sturel pour son Général. Dans le cab rapide qui les emportait à travers Londres, il écoutait mal les plaintes de Renaudin. Le journaliste n'obtenait pas de Dillon l'argent nécessaire à sa campagne électorale; ayant jeté son dévolu sur une circonscription sûre de la banlieue et, pour couper toutes chances à ses concurrents boulangistes, il voulait immédiatement commencer sa campagne.
— Tu devrais me rendre le service d'en parler à Boulanger, conclut-il. Il me faudrait 20.000 francs.
Il parlait, certes, avec grossièreté, mais tout de mênie son égoïsme s'accordait avec l'intérêt du parti ; pour conquérir le pouvoir, il faut de ces jeunes féroces, et Sturel qui craignait le manque de candidats lui souhaitait le succès.
Boulanger rentrait d'un dîner en ville, avec le vice-président du Comité national. Il vint à Sturel et lui posa une main sur l'épaule :
— J'ai causé avec Naquet, il vous a une circonscription où vous réussirez certainement.
— liais je ix veux pas de candidature, mon Général.
— Il le faut
— Certes, mon Général, je vous suis complèteiiK'iii dévoué, mais les habiletés électorales ae sont pas mon affaire. J'ai horreur dés chicanes, des polémiques, de tous les petits combats irritants. Surtoui je me sens mal a Taise de discuter en cachant mes idées. Dans une élection, il s'agit de plaire à La majorité, et non pas de publier la vérité nationale. Ah ! cette vérité nationale, si vous vouliez jamais, par une action un peu brusque, vous mettre en position de la servir, c'esl moi <jni solliciterais d'assumer à vos côtés une pari des responsabilités morales ei des risques immédiats! Je comprends pour tan I La discipline que vous aous donnez; il faut marquer les divers moments dans un raisonnement : nous demandons aujourd'hui qu'on rende la parole au peuple; ensuil •. d >us formulerons cette parole el ce <|u*' la nation doit désirer. Eh bien ! réservez-moi pour ce second boulangisme, l<" vrai !
Boulanger écoutait avec une parfaite attention : c'est la plus délicate des Qatteries et qui permet ensuite de contredire sans offenser. Il répliqua :
— Il faut accepter. Quand aous aurons la majorité à la Chambre, rien ne sera terminé : le Sénal nous refusera la révision : j aurai besoin «I»' bons Français à mes cotée.
Naquel Intervint. Il voulait que leur ami Sturel tut initié à la situation. < > 1 1 n'avail rien a reprocher an\ conservateurs, mai- plutôt, d'une façon qu'il allait (lire an\ partisans <lu Général. M. Auttrav avait apporté la li-t<' de- circonscriptions que l<'
Comité des droites se réservait ; en échange, il demandait la liste bonlangiste pour les circonscriptions où les conservateurs considéraient qu'ils n'avaient pas de chances. Eh bien ! cette liste de républicains dévoués au Général, jusqu'alors on n'avait pas su la dresser. Le temps pressait ; les candidats manquaient : Sturel pouvait-il se dérober?
Durant ce discours, Boulanger paraissait absent ; son regard avait pris une certaine fixité et cette dureté qui, de temps à autre, remplaçait pour une seconde l'expression bonne et un peu rêveuse de ses yeux bleu clair. Cette profondeur de l'abîme épouvanta Sturel. Un pareil désarroi et cette pénurie d'hommes, qui vont empêcher sinon le succès électoral, du moins l'utilisation boulangiste du succès, le devraient fortifier dans son refus. Il a vérifié la qualité exacte de son esprit dans ses méditations sur la Moselle ; pourquoi s'engagerait-il dans une voie où il est inférieur à un Suret-Lefort? On n'est jamais forcé de sauter par la fenêtre et ce n'est pas d'un goujat de mesurer son élan d'après son devoir strict. Mais quoi ! Sturel a l'imagination vive. Puisque dans la circonstance c'est plus esthétique d'accepté que de décliner la candidature, il obéit et s'incline.
— Merci, dit le Général, avec le ton leste d'un homme qui a terminé une petite affaire dont la solution, d'ailleurs, ne lui parut jamais douteuse.
Peut-être croyait-il vérifier pour la centième fois qu'un homme ne refuse jamais son intérêt.
Maintenant, Naquet, sans renier les détails par lesquels il a éveillé dans ce jeune homme l'esprit de discipline, les interprète de façon à le convaincre du succès.
BOULANGER S'ESSUIE LE VISAGE DEVANT STUREL il"
— Dans les circonscriptions où dous possédons peu de chances, les conservateurs présentent des candidats et nous les appuyons. En revanche, il- votenl pour les nôtres partout où il- se sentent en minorité. C'est raisonnable, car la première partie de QOtre plan de campagne concorde avec le leur : il s'agit de battre la coalition opportuniste. Nous groupons donc toutes les ressources : ce qui, soit «lit entre parenthèses, nous permettra de subvenir largement aux dépenses des nôtres.
Il démontra la moralité et la sûreté <le la combinaison. Dans cette volte-face, ce pessimiste, tourné soudain au plus réconfortant optimisme, parut irréfutable : on parlait en l'air. sans dossier, il suffisait de bien raisonner, et voilà précisément où il excellait.
Vers minuit, quand Sturel voulut suivre le philosophe du Comité qui se retirait, Boulanger le retint :
• — J'ai dispos»'1 de vous pour travailler avec moi cette nuit. Donnez un mot au domestique ; il prendra votre bagage à votre hôtel ; vous serez mon hôte. Je oe dérange pas vos projets?
Il fit une plaisanterie de soldat, que, sur le départ de Naquet, il arrêta court, — comme en sortant de scène on interrompt son rôle, — pour se Laisser envahir par des soucis qui le vieillirent de dix ans.
D'un meuble à clef, il tira une Liasse d'épreuves d'imprimerie :
— Yoiei le volume des témoignages recueillis par M. Quesnay. On va le distribuer aux membres de la Haute-Cour. Ce brave Mermeix nous a rendu le signalé service d'eu détourner un exemplaire à
l'imprimerie. Il s'agit de mettre aux mains du public ma réponse, et, en dénonçant ces ineptes calomnies, de couper l'effet du réquisitoire qui sera prononcé dans quatre jours. J'attends de votre dévouement (\\\v vous me serviez de secrétaire.
Toute la nuit, Boulanger dicta, sans une note, inspiré par une sorte de fureur, comme un homme dans un guet-apens combat pour sa vie jusqu'au jour. Il se promenait dans ce long cabinet encombré à l'anglaise de bibelots vulgaires qui dénonçaient la maison meublée. Mais, pour ce soldat et pour son fidèle, cette nuit il n'y a plus d'exil : ils sont au centre de la nation et lui distribuent comme des armes les arguments dont elle frappera demain ces parlementaires, les vrais exilés, eux, puisqu'elle les bannit de son âme.
Au dehors, Londres peut mener son triste grondement, Sturel, Boulanger, n'entendent que la voix des Buret et des Alibert, contre lesquels il faut que se défende un général tombé sur quatre champs de bataille et cité deux fois à l'ordre de l'armée. Le gouvernement obtient le concours absolu de Buret, repris de justice trois fois condamné, en le menaçant d'exhiber son casier judiciaire, et il lui servira jusqu'à sa mort, pour récompenser sa déposition, deux mille cinq cents francs de rente. Alibert, misérable escroc, mourra le nez dans le ruisseau, d'une crise de delirium Ire mens. « Français! — répond le Général, haussant la voix par-dessus les injures de ces misérables,— vous pouvez en toute tranquillité me garder votre confiance : je n'ai pas conspiré; j'ai voulu, au grand jour et pour le bien national, prendre part au gotrvernemeift de mon pays. Je n'ai pas volé... »
StureJ pose sa plume :
— Volé! volé ! quoi, mon Général, même de cela faut-il donc vous défendre?
Eh! si quelqu'un vous crache an visage, certainement il faut de votre main vous essuyer La joue. L'injure des Thévenet, des Constans, <l< - Eteinach, oncle el neveu, ue vaui pas contre une vie qu'eux e1 leurs amis trouvaient admirable quand ils pensaient l'utiliser pour leur politique propre : cela suffit aux gens réfléchis et à L'histoire. Mais pour la foule?... Pour la foule, qui que vous soyez, ei contre tout accusateur, il faail vous disculper, et plus fori que L'autre n'accuse, el d'une façon qui émeuve. « Laissons, dit-elle, ce que vous fîtes en Italie, en Cochinchine. à Champigny, en Tunisie; laissons ce qu'ils firent eux-mêmes : moi. public, j'ai ton- Les droits et je veux vous arbitrer. Ma juste méfiance m'incite à plus exiger d'un chef que d'un égal. Gl puis il y a mon envie démocratique qui se satisfais de vous voir, vous, -i puissant, obligé de vous déçour vrir et de .voue her la boiiche en explications.
Enfin, comptez avec ma curiosité, .le me dresse pour voir la riposte, la forte riposte de celui que j'aime.
Boulanger accepte sans une plainte cette aécessité,
toujours la même à travers le- sièdes pour les chefs
populaires*. Seulement, d'heure eu heure, il monte
au deuxième étage, jusqu'à la chambre ou souffre Mme de Bonnemains. H \ a quelque chose de tragique dans le spectacle de cet homme, pale, cette nuit, el
qu'ils tueront. îvfutanl miniit iciiseinenl le> plus infâmes combinaisons de Leurs calomnies. Quand il
a fini de dicter, sa pâleur n'ot pas laite seulement du
reflet des bougies contrariées par la triste lumière
naissante, mais encore de cette coupe amère qu'il vient de boire. Du moins, par cette nuit prise sur son sommeil, au milieu d'une si furieuse dépense de vie, il a dégagé sa mémoire, essuyé son visage devant la nation.
— Maintenant, dit-il à Sturel, j'attends encore de vous un effort : que vous rédigiez ma dictée. Le temps me manque. Il faut le plus profond secret. Cette maison est la vôtre, faites-vous servir ; vous déjeunerez avec nous, ou, si vous préférez, dans votre, chambre. Disposez votre travail et votre repos à votre guise, mais il faut que ce soir, par le dernier courrier, vous emportiez votre rédaction à Paris.
Il installa Sturel et vérifia lui-même l'encre, les plumes, le papier. Le jeune homme immédiatement se mit au travail. Un bruit de voix, une longue toux lui apprirent qu'une simple cloison le séparait de cette mystérieuse Mme de Bonnemains, soigneusement cachée alors par le Général à ses amis. Tous ces premiers instants de l'aube, elle ne cessa de se plaindre doucement, tandis que le Général la servait, l'encourageait. Vers six heures, elle parut s'endormir et demeurer seule. A neuf heures, Sturel entendit le Général qui revenait s'informer de son amie :
— Il faut que je sorte, disait-il; les journaux de Constans inventeraient que les révélations de la Haute Cour me forcent à me cacher.
De sa fenêtre, Sturel le vit passer à cheval avec Dillon et le capitaine Guiraud ; tous trois se rendaient chaque matin à Hyde Park, cle préférence à l'allée de liotten Row. Fatigué par l'insomnie et pressé de sa tâche, le jeune homme jouit pourtant de se trouver dans une maison française et de travailler au triomphe
de l'esprit national tel qu'il le conçoit. Parfois, avec le sentiment plutôt hostile d'un étranger, il se distrait à regarder ce beau quartier de Portland Place. Sur le trottoir, des groupes stationnent. Des curieux, des amis qui attendent une audience, des policiers de Paris. Le Général rentra vers onze heures.
Sturel, usant de la liberté qu'il lui avait donnée, s'excusa de ne point descendre à table; il craignait que Mme de Bonnemains ne fût contrariée de paraître devant son voisin de cette nuit.
Il continua tout l'après-midi de travailler, fatigué, fiévreux, accumulant des feuillets que, par-dessus son épaule, toute la France eût voulu lire. De la maison montait un bruil de visiteurs aussi nombreux qu'à l'Hôtel du Louvre ou rue Dumont-d'Urville. Vers deux heures, éclata la haute voix, reconnaissais entre toutes, de Rochefort. Cette maison, si vivante, pleine des agents de l'enthousiasme, journalistes, orateurs, candidats, relevait Sturel des pénibles pressentiments où, cette nuit, les plaintes de Mme de Bonnemains l'avaient laissé glisser.
Ce désordre même du boulangisme ajoute à son prestige sur le romanesque Sturel. Qu'un vaste chêne, dont le branchage crie, soit sur le point d'être déraciné, jamais il n'a manifesté sa force plus puissamment qu'en cet instant où elle faiblit.
Au soir, le Général vint prendre connaissance de ce travail hâtif qu'il approuva.
— Et maintenant, par le premier bateau, portez vous-même ce manifeste à la Presse, à V Intransigeant, à la Cocarde, au Gaulois; nous corrigerez Les épreuves... Pour votre circonscription, Naquel vous fera parvenir tous les renseignements.
Et traitant Sturel en ami :
— Vous avez entendu, n'est-ce pas, cette toux, ce matin? Mmc de Bonnemains souffre dune pleurésie, mais qui se guérit tous les jours. Aujourd'hui, elle va très bien.
Sturel, ému d'avoir été utile au chef, chercha à lui rendre un autre service. Il exposa qu'on devrait bien verser les subsides de Renaudin :
■ — Je suppose, mon Général, que vous êtes baroelé par des centaines d'exploiteurs, mais autour de vous on devrait promettre moins, et donner plus exactement.
Seule la suite des expériences nous guérit des excès de zèle. Sturel vit, au nom de Renaudin et sur ces questions d'argent, la figure de Boulanger se durcir :
— Tout ce qu'on a promis, on le donnera. Mais traitez ces affaires avec Dillon. Mettez-vous aussi d'accord avec lui pour les candidatures en Lorraine.
Et Sturel, inquiet du rôle où l'engageait Renaudin, répondit contre sa pensée et pour ne pas contrarier davantage le chef :
— En Lorraine, ce sera facile, mon Général.
Deux jours après, Sturel reçut à Paris une tel Ire amicale du comte Dillon l'informant que le Comité national le désignait pour porter le drapeau révisionniste à Paris, dans le vingt et unième arrondissement.
Il voulut d'abord refuser. Sturel, de Neufchâteau (Vosges), n'a que faire d'un mandat parisien; il se doit aux traditions et à la raison lorraines, retrouvées dans son voyage sur la Moselle. « Cepen-
dani. se disait-il, à supposer que je représente un arrondissement de ma région, je ne trouverai pas dans la législation existante des moyens poui liiinT une voix efficace à la terrée aui morts? Ces I Paris qui décidera l'issue de celle bataille eng pour donner à la France urne orientation nouvelle. Libérer des parlementaires la capitale, ee sérail i ssuseiter les provinces.
Il soumi! la difficulté à Saint-Phlin, qui violemment le détourna de toute candidature, sinon en Meurthe-et-Moselle', dans la Meuse ou dans les Et peu importait que le terrain parût plus on moius favorable! Sturel devait aborder la tâche en l'acceptant avec toutes Bes inconnues. Saini-IMilin lui donnail en exemple Suret-Lefort, <|u"il se flattait de dresser au nationalisme lorrain et «à qui il procurerait l'appui des conservateurs.
Comme Sturel balançait encore, il apprit qu'on inscrivait Mouchéfrin sur les listes boulangistes et que ce malheureux déjà faisait tapage des cinq mille Francs qu'il - palperait . Il eut tel fait par une lettre à Londres de clore ce scandale. Manquait-on à ae point d'honnêtes gens? Roemerspacher, qu'il alla presser d'accepter une candidature, le reçut comme s'il apportait «I<> propositions dégradantes; et quelques jours après, à M"ede Nettes disanl combien cet accueil avail peiné leur ami. il répondait :
— Je comprends un gros propriétaire, comme M. de Nèfles, un avocat intrigant, comme Suret- Lefort, qui Be donnent à la politique active. Pour François, nerveux, délicat, imaginatîf, c'est une aventure. Il se livre a tous les hasards, a tous les ennuis. Eb bien! moi, je défends contre la vie ma
sérénité intérieure, mon travail. Je serais un fou de fréquenter dorénavant un camarade dont toutes les préoccupations me détourneraient.
Sturel commençait à sentir les gouttes amères que la politique laisse tomber sans interruption sur le cœur de ses courtisans. Mais cette amertume même devient vite nécessaire à ceux qui connurent son poison. Il commença de soigner les électeurs du vingt et unième arrondissement.
Les voix innombrables du parlementarisme, qui traitaient Boulanger de concussionnaire, ne parvenaient à convaincre personne, mais elles modifiaient les rapport de ce Messie et de son peuple. Quand le Procureur général Quesnay de Beaurepaire termina son réquisitoire devant la Haute Cour, le sénateur Buffet dit au sénatenr Tolain : « Je vous mets au défi de condamner. » — « Vous avez tort, répondit l'autre, le réquisitoire est lamentable, mais il y a la fuite des accusés! » Ces terroristes pensaient : « Nous pouvons le frapper parce que son départ Ta transformé ; la nation ne reconnaîtra plus son grand protecteur, réduit maintenant à lui demander sa protection. »
Ce Boulanger! il amusa la malice française du traitement qu'il réservait aux parlementaires, et ce sont eux qui le bafouent. Il disait qu'il sauverait la France; et voilà qu'il se sauve! Un bon soldat, un juste, mais c'est sa force qu'on aimait : faudra-t-il affronter à cause de lui les persécutions auxquelles il jurait de nous soustraire? Les officiers de réserve, gens influents dispersés sur tout le territoire et mêlés à tous les métiers, à tous les intérêts, de façon à constituer une sorte d'aristocratie, avaient montré
au jeune ministre de la Guerre un dévouem ml passionné, parce qu'ils avaient en commun d§s idées vagues sur la dignité éminente de l'armée dans la République, mais, à mesure que le boulangisme
devenait une expression politique el désignait des mécontents, des rebelles, ces hommes, qui, dans la force de l'âge et dans l'indépendance civile, se rappelaient avec un bien-être moral la discipline militaire, se trouvèrent désorientés et, sans juger le fond «les choses, reportant leur sentiment national sur Les généraux de Miribel, Jamont, de Boisdeffre, de Boisdenemets. ils conclurent avec un accent de regret : « La politique, ce n'était pas l'affaire de Boulanger, n
Ainsi îes arguments élaborés par les Bouteillers n'aboutirent pas à transformer l'opinion du pays au point qu'on tînt Boulanger pour criminel d'avoir voulu modifier l'ordre des choses, mais il c d'être dans les imaginations une force irrésistible; on avait borné devant tous les yeux sa puissance qui faisait le principe et la mesure de sa popularité. « Il n'est donc pas la République et la Patrie, puisque des républicains privent de ses services la défense nationale! » Au lieu de se confondre avec les intérêts de l'État, il s'explique sur des faits personnels. On ne sent plus derrière lui la nation, mais des candidats.
Il n'entre pas dans nos projets de suivre Sturel, Renaudin et Suret-Lefort chez leurs électeurs. La poursuite d'un mandat législatif en province est admirable à peindre pourvu qu'on n'abrège pas les détails. Le résultai esl conditionné par le développement historique <!<■ la région, par les sentiments et les habitudes héréditaires «le la population. Ces
forces du passé constituent une fatalité contre laquelle échouent la plus belle activité et la meilleure organisation. A Paris, l'intérêt -est plus superficiel. Aucune tradition ne parle dans ce pêle-mêle de populations versées de toutes les provinces. Le candidat réussit selon le comité qui le patronne et qui luimême affiche la doctrine de l'année. Les démarches pour se faire agréer, voilà le nœud de son intrigue, après quoi il n'a plus qu'à présenter avec énergie des arguments simples, et, plutôt que des arguments, des affirmations répétées.
Un jour, Sturel se rendit à la Permanence boulangiste, un petit hôtel de la rue Galilée, où étaient groupés les services administratifs du parti? Dans le décor cle boiseries, de papiers et de plafonds que reproduisent invariablement les salles à manger, les salons et les chambres à coucher d'un loyer de sept mille francs, avec pour meubles uniques des chaises et des tables en sapin, et par terre d'énormes ballots éventrés d'où coulaient des brochures de propagande, des portraits et des cartes du Général, au milieu d'une épaisse tabagie et d'un envahissement qui complétait cette atmosphère de pillage, Renaudïn, de sa haute voix et frappant du poing, du pied, réclamait l'argent promis :
— Quand je pense qu'un Bouteiller trouve dans son parti des cinquante mille francs pour chacune de ses élections, et l'on m'en dispute six mille! Qu'est-ce que j'ai touché de sérieux sur les trois millions de la duchesse? Hirsch vient de remettre cinq millions au comité des droites, et vous voulez que je vous croie sans le sou? Si la boulange est battue, j'aurai été une fameuse dupe!
BOULANGER S'ESSOIE LE VISAGE DEVANT STUREL Hfl
Dillon n'étant pas parvenu à installer oè il convenaii <lc> candidats boulangistes, le baron de Mackau jppléari par des conservateurs et refusait, ea conséquence, de versera Londres treize ••.■ni mille francs qui, selon lui, n'avaient plus d'objet. La \i<>lence de Renaudin emplissait cet hôtel désordonné, et, par toutes les portes ouvertes, ses éclats, révélations, des chiffres si énormes, parvenant jusqu'aux solliciteurs, candidats, agents électoraux, fonctionnaires révoqués qui grouillaient dans les escaliers, avivaient leurs appétits. Fort légèrement, le Comité national avait promis ans malheureux que le ministre jetait sur le pavé de continuel- leurs appointements, «'t. faute plus grave, on ne pouvait pas remplir ce! engagement. Par crainte de ces affamés prêts pour une jacquerie, Constans ra sortait jamais qu'eu voiture fermée. Hais les propos de Renaud in détournaient leur- fureurs, les soulevaient contre le Comité national et contre les employés de la Permanence, qui, chargés de faire face sans munitions a de tels agresseurs et mis a boni d'éneruemeht, dénonçaient, a leur tour, le- grands chefs, tes Dillon, tes Naquet, comme traîtres au Géméral. Suite nom de ce dernier, le courant se brisait, faisait
encore plus de mousse. Ces fiévreux, dont le sort se jouera au scrutin du ±l septembre, élèvent vers Boulanger dr<, sentiments pareils à ceux du Napolitain fanatique de la loterie qui Supplie et menace la Madone. Il- le chargent de- injure- 1 ■- plu- odieuses à ridée qu'il refuserait jusqu'au bout de rentrer. C'est quelque chose à la fois de \ il et de fort pauvres gens se tout du boulangisme une idée bien inférieure au sentiment désintéressé d'où il naquit,
mais, pour qu'il triomphe, chacun d'eux risquerait son tout, et, d'ailleurs, n'imagine rien que des moyens de théâtre. Ils se butent sur cette idée : « Le retour de Boulanger surexciterait les esprits, prêterait à d'immenses manifestations et permettrait de franchir, dans un coup d'emballement, l'effrayante banquette du 22 septembre. » Alors, Renaudin, qui, par la terreur, les éclats et d'émouvantes supplications, a tout de même obtenu ses billets de mille, sort du cabinet où l'on vient de les lui compter, et, dans une bouffée d'optimisme, pour que la confiance règne dans ce milieu de délégués et de mouchards, une des places publiques les plus en vue de France, il prend sur lui de déclarer :
— Le Général reviendra trois jours avant le scrutin. Je le sais de la source la plus sûre; un yacht le déposera sur une côte de Normandie.
Ainsi lancés, ces bruits circulent, tiennent en haleine les opportunistes, reviennent à leurs auteurs avec une déformation qui leur donne une manière d'authenticité, et peu à peu ils rendent nécessaire, sous peine de grave désillusion, cette tentative aventureuse du chef à qui décidément on ne demande pas des actes suivant la raison, mais toujours des actes suivant sa légende.