‹ L'appel au soldatChapitre 31 sur 46 · PARAITRE OU DISPARAITRE, MON GÉNÉRAL I · texte numérisé non relu

PARAITRE OU DISPARAITRE, MON GÉNÉRAL I

Dans la cour de l'hôtel, les postulante piétinent;

anxieux de leur sort. D'heure en heure, un dés grands patrons, le teint animé, apparaît, entraîne un de ses hommes :

— Pas moyen pour Grenelle. Que diriez-vous de la Bastille?

Voici que Rochefort, en dépit d'une mer houleuse, débarque de Londres. Tous debout acclament son entrée dans la salle des délibérations. Son concours apporte à la liste le ton qui plaît à Paris. L'Intransigeant et la Ligue des Patriotes : toute une démocratie qui va des blanquistes aux plébiscitaires et qui retrouvera la majorité du 27 janvier. Nous entrerons à l'Hôtel de Ville et Paris entraînera la France. Espérons fraternellement! Il ne faut pour le succès que notre bonne entente. Et vraiment, en tonte hypothèse, il y a lieu d'ajourner nos rivalité-, car le succès satisfera les exigences de chacun ou bien l'échec nous laissera des facilités amples et immédiates de nous dévorer les uns les autres.

Mais quel éclat soudain du Général I Sa voix monte, sa main frappe les bras «le son fauteuil. Lui. toujours si maître de soi, quel intérêt trouve-t-il à fournir le spectacle d'une pareille colère ?

C'est Francis Laur qu'il invective... Quoilcet ami de la première heure qui ne le contraria jamais que par ses excès d'affection !

On discutait sur le septième arrondissement. Laur a proposé la candidature «le Drumont... Edouard Drumont, vous savez bien, l'auteur de livres contre les juifs... Ce petit homme de Francis Laur, à la barbe en pointe, aux yeux bleus, qui va d'habitude si paisible avec ses poches bondées de journaux dans un

pardessus flottant et déformé, qui tutoie les individus et dit aux foules « mes enfants », qui trouve tout facile et fraternel autour de lui, tout mystérieux et criminel chez ses adversaires, c'était vers 1860 un orphelin que George Sand et Dumas fils décidèrent d'élever pour doter notre société d'un type d'honnête homme moderne à leur guise. De cette collaboration, il sortit ingénieur breveté à Chàlons. S'il se croit un petit-fils idéaliste de Rousseau, nous le tenons — en groupant autour de la notion d'américanisme des idées aussi vagues que Y Emile semble en évoquer à ses yeux — pour un cousin du Yankee le plus positif. Il passe, et peutêtre il se prend, pour un chimérique ; c'est que sa vue constamment réaliste de la vie crée un perpétuel écart entre ses jugements et ceux de notre bourgeoisie. Au milieu des fureurs parlementaires et parfois, c'est le plus cruel, des sourires boulangistes, il ne suit que son sens propre, sa conscience, comme il dit. Il accomplit tout le temps « son devoir ». Son devoir, aujourd'hui, c'est de rester fidèle à Boulanger, son chef, et à Drumont, son ami ; il s'entête à les concilier et ne s'inquiète pas si tout le monde hausse les épaules de son acharnement.

Drumont a pu dire quelques vérités, mais pourquoi un homme politique se préoccuperait-il de cette personnalité sans mandat? Et puis notre vice-président Naquet peut-il supporter une marche parallèle avec l'antisémitisme ? Enfin oubliez-vous que nous poursuivons la réconciliation de tous les Français? Lanr, vous nous faites perdre un temps précieux.

Réponclra-t-il que le boulangisine a trop accepté l'influence de Naquet, et qu'il doit être antisémite précisément comme parti de réconciliation nationale.

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