PARAITRE OU DISPARAITRE, MON GENERAL I
Ceci resterait toujours surprenanl : un élève de Rousseau défenseur d'une doctrine <|ui affirme L'inégalité des hommes. Mais Laur a hérité de Jean-Jacques la sentimentalité plutôt que les théories; si L'antisémitisme, qui plaît pourtant beaucoup ;m\ électeurs, vous choque trop, il l'abandonnera. Son argument victorieux, c'esl sa délicatesse de cœur :
— J'ai deux ami-, le Général el Drumont ; voyez ma position : l'un d'eux me demande de choisir...
— Q vous demande I Non : il vous ordonne!
El Boulanger, au paroxysme de l'irritation-, interdit qu'on défende en sa présence L'insulteur de son père. Le jeune fils de Laur. qui l'ail Le voyage gaiemenl pour connaître le grand ami donl sa famille s'enorgueillit, assiste à ce choc désolant. Ni Laur ni L'enfant, accablés, gros de Larmes, au milieu des convives gênés, ne touehenl à leur déjeuner. Le Général oe dégage pas de son humeur sombre. Enfin, vers l'instani des toasts el quand tout le monde exige des Impressions uniquement agréables, le petit homme se Lève el affirme avec ('■moi ion qu'il a déjà beaucoup i ifié pour le chef el qu'il continuera. - Très bien! très bien! • <m applaudit, H sur cette phj 1e,
on tient pour closes des difficultés qui restent grandes ouvertes.
Dm mont écarté ! l'antisémitisme à L'index! Certains membres du Comité s'en attristent, aon point d
honorables parlementaire^ mais «les individus avide-
<lr nouveau el < ] 1 1 i senleul le be-nill d'une formule
populaire Boulanger a parle de son père, c'esl de L'ordre privé., et «lu plus respectable, mais ses raisonpolitiques? Craignait-iJ de nuire aux forces défen* sives «le la France en inquiétant l'argent ? » le scxiif>vde
exista. J'ajoute : un homme que ses réminiscences des Châtiments détournèrent, au 27 janvier, de répondre à l'appel du pays, a dû nourrir sa sensibilité la plus profonde avec une littérature trop étrangère à l'idée de races pour qu'il admette dans sa cinquantième année de soumettre une classe d'habitants à une législation spéciale.
A ce moment, le boulangisme, qui ne sut jamais sortir de la phase sentimentale, perd même le fil de l'instinct national. Les masses ardentes et souffrantes le suivirent, quand il semblait tout emporter, et par haine des parlementaires à qui elles ont à reprocher. Mais il ne leur offre aucune satisfaction d'ordre économique. Pour elles le point de vue est tout social, tandis que, pour les lieutenants de Boulanger, tout politique. Millerand va ramener au parlementarisme les révolutionnaires eux-mêmes, en leur promettant leur relèvement d'une accession lente et régulière au pouvoir. Une seconde clientèle du Général, c'était la petite bourgeoisie, âpre au maintien de la propriété privée, mais jalouse des grandes fortunes. Elle fournit un bon terrain à l'antisémitisme. Celui-ci, comme un animal plus jeune et d'une croissance prodigieuse, bientôt dominera et englobera d'importants morceaux de ce boulangisme qui vient de l'excommunier. Mais ces formes ne changent rien à. la maladie organique du fond, et les phénomènes morbides continueront à diminuer notre pays. Sans doute le socialisme échappera à ses chefs parlementaires, qui ne sont que des radicaux encore infectés de libéralisme, et avouera une doctrine positiviste et dictatoriale; Sans doute aussi l'antisémitisme remplira sa tâche, qui semble d'acclimater les traditionalistes aux con-