‹ L'appel au soldatChapitre 33 sur 46 · PARAITRE OU DISPARAITRE, MON GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

PARAITRE OU DISPARAITRE, MON GÉNÉRAL

ditions do la société moderne et de dissiper les préjugés de celle-ci envers notre passé; au milieu de toutes ces oscillations continue à se poser, mais de plus en plus épuré, le problème boulangiste : Où la France trouvera-t-elle les énergies nécessaires pour qu'elle demeure une nation et un facteur important dans le monde? >•

En avril 1890, le Comité politique qui discute à La Pomme d'Or ses candidats municipaux semble ignorer ce danger national, ou du moins il se désintéresse de comprendre son étendue el sa gravité, dontles masses pourtant eurent l'instinct quand elles créèrent Boulanger. Ces praticiens donnent l'impression que le parti s'est rapidement vidé de tout principe, pour ne devenir rien que des soldats autour d'un chef.

Le caractère personnaliste du boulangisme ne fut jamais plus exalté que dans ses contractions suprêmes. La vieille garde forma le carié et supporta héroïquement l'assaut des vaincu- du ±1 janvier, grossis cette fois par la défection des monarchistes. Après un corps à corps acharné, après que se furent multipliés jusqu'à l'épuisement les entraîneurs du

parti, apparaissant le même soir dans i suite de

réunions, au milieu des clameurs enthousiastes des cent quarante mille fidèles qu'on gardai I tout de même, et après qu'on eut dépensé une somme mystérieuse de ito.ooo francs, <>n aboutit au premier tour (27 avril 1890 à l'élection du seul Grébauval.

Dans cette catastrophe, comme on court au drapeau, les partisans décimés se ress< rrenl autour de Boulanger; ils n'attendent rienjque de lui, ou bien, à la française, ils crieront : Trahison! Le di-

manche soir, au reçu des résultats, Déroulède, Naquet, Laisant, Laguerre s'enferment dans le bureau de ce dernier, et, s'avouant perdus, ils disent à l'unanimité :

— Son arrestation sensationnelle peut seule galvaniser les électeurs pour le second tour. Son procès, où nous serions impliqués, ressusciterait le parti. Qu'il rentre, voilà notre dernière carte.

Le lendemain lundi matin, ils montent à la gare Montparnasse dans le train de Granville. Le Hérissé les accompagne. Enivrés par la défaite, ces braves ne désertent une bataille que pour courir à une autre : ils vont vaincre la résistance du Général et l'entraîner, suprême effort, dans la suprême journée du ballottage !

Nul d'eux n'a dormi. Ils s'empoisonnent le sang à songer qu'ils ont misé sur un timide. Dans le wagon, ils rejettent les journaux dont la clameur de victoire les assassine, pour prendre et reprendre les raisons d'espérer auxquelles ils se rattachant. Tous cinq résument enfin leurs vues dans cette formule de Déroulède :\< Paraître ou disparaître, mon Général! » Prévenu par dépêche de leur arrivée, Boulanger pressent leur proposition. Il s'applique moins à la peser qu'à dominer la colère dont elle l'emplit. En août-septembre 89, il refusait déjà de rentrer : « C'est le conseil de traîtres qui veulent me livrer à Constans. » Aujourd'hui, on doit encore plus douter si cette folie ramènerait la popularité, Et puis quoi! la popularité! de dures expériences enseignent à l'élu du 27 janvier qu'elle n'est pas le pouvoir et ne le procure pas. Si J'enthousiasme immense qu'il suscitait en 1888 et 1889 ne lui garda pas sa place

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