‹ L'appel au soldatChapitre 6 sur 46 · DANS LES SALONS A ŒILLETS ROUGES, STUREL RENCONTRE MADAME DE NELLES · texte numérisé non relu

DANS LES SALONS A ŒILLETS ROUGES, STUREL RENCONTRE MADAME DE NELLES

Sturel revint souvenl à L'Hôtel du Louvre où, dès l,i seconde visite, chacun, à la suit»' du chef, le traitait en familier. C'était l'Usage que le général Boulanger, s'il acceptait une invitation, lit connaître de quels amis il lui plaçait d'être entouré. Toujours Dillon, souvent Laguerre, Naquet, Le Hérissé; Laissât aussi et parfois Sturel. Dèsavril 1888, les salons de Paris les |>ln> élégants, et quelques-uns des plus fermés, furent tout à l'œillet rouge. Les jolies femmes, intéressées comme de n*aies Françaises par ce beau roman rapide, faisaient fête à ce joli homme, •'! tous par vanité, par intrigue, surenchérissaient d'adulation. La différence entre certains engouements et une divinisation a'est pas dans l'intensité, mais dans la durée du sentiment.

Ces salons, par des manifestations tapageuse une confiance insensée, compromettaient la cause et jouaient involontairement le rôle d'agents provocateurs. Quels services pouvaient-ils rendre? Qu'est-ce

que l'aristocratie française, cette morte.9 En province, elle s'adjoint des grands propriétaires à qui l'usage accorde le nom de leurs terres. Elle peut fournir d'excellents officiers pour les grades inférieurs. Balzac a pensé qu'elle conviendrait aussi à relever les justices de paix. A ces terriens, c'était bien inutile que Boulanger fît des avances : il travaillait à détruire l'opportunisme qu'ils abhorrent pour de perpétuelles compétitions locales. Quant à l'aristocratie parisienne, elle ne recrute que des rastaquouères dont elle partage d'ailleurs les goûts luxueux. Sans examiner la convenance politique de ces réceptions, le jeune homme y goûtait un plaisir théâtral : il était pins content de jouer une pièce historique que préoccupé de sa bonne marche. Nouveau dans la vie publique et plein de ferveur pour son chef, comment eût-il pu analyser les premiers rayons, la douceur dorée de cette aube consulaire?

Dans une de ces grandes fêtes courtisanes où le Général fut présenté au monde orléaniste, Sturel, après dîner, entendit annoncer le baron et la baronne de Nelles. Ce que mirent sur son jeune visage les battements de son cœur ne pouvait être remarqué, dans un milieu où personne ne le connaissait. Il vit s'avancer son ancien flirt avec la simplicité brillante d'une jeune fille plutôt que dans l'éclat d'une mondaine. La mort de sa mère l'avait tenue à l'écart depuis son mariage et peut-être expliquait cette légère tristesse, que crut observer Sturel, sitôt qu'elle eut abandonné l'expression factice d'une Parisienne qui fait son entrée.

Cette réunion politique, où il se sentait l'âme un peu sèche et sans racines, fut soudain doublée pour lui

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de ses véritables domaines : il revécut en quelques secondes ces époques abondantes «le romanesque et de travail donl M"" Alison avait été lé témoin à la villa Coulon vaux , pue Sainte-Beuve.

Elle lui lit un accueil amical. Ses épaules Dues s peau d'une finesse prodigieuse, son maintien créaient de la "volupté, el quelque chose combattait pour elle plus ample el plus puissant que chez toutes les femmes belles, fines, spituelles, assemblées, demivêtues, -"H- ces éclatantes lumières. Cette force sous-jacente, inexprimable, < 1 1 1< - subi! Sturel, c'était le long passé de sensations qui les reliait l'un à l'autre el les mettait sur i pente <!«' rêverie.

Avec le goûl qu'il rapportait épuré d'Italie pour les objets esthétiques, il l'admirait : mais il trahit, mêlée ,i son émerveillement, une opiniâtre et confuse douleur devant ce corps qui lui avait été volé.

— Pourquoi me regardez-vous ainsi ? Suis-je changée? lui dit-eMe, par deux Pois, avec la sécurité

- vingt-trois ans.

Il ae se hâta pas de rép ndre. Et son silence qu'elle accepta indiquait leur entente. Puis il lui expliqua comment dans sa parole, son regard, sourire, sa figure et la physionomie de sa robe il retrouvait toutes les belles images qu'à vingt ans il se composail de la vie.

— Oh! s,écria-t-eller dan^ce temps-là j'étais meilleure qu'aujourd'hui.

— Pourquoi «loue? interrogea le jeune homme, (jui la savait bien un peu mûrie, mais à qui cette tare légère la faisait paraître plus femme qu'autrefois.

— Je a'avais rien de trouble. Je cherchais partout de belles âmes.

Cette évocation si vraie d"une honnête petite fille évanouie n'entraîna pas Sturel dans le domaine des moralistes. "Le boulangisme lui donnait la forte humeur des camps, qui ne s'attarde pas en délicatesses lymphatiques. Il admira cette gorge, ces hanches, cet ensemble où il respirait l'amour et la tristesse. Son mécontentement qu'elle eût été possédée par un autre, il le marqua au moins par sa manière de prononcer :

— C'est une telle perfection qui, pour moi, s'est montrée si dure.

— Il ne faut pas compter sur les personnes de dixneuf ans. répondit Mme de Xelles en lui tendant la main. Jusqu'à notre majorité, nous habitons un autre monde, la plus j lie des étoiles, et sur terre nous nous démêlons très mal. Les petites filles acceptent toutes les apparences et ne discernent pas les choses voilées : elles imaginent et elles méconnaissent avec une égale facilité, parfois bien coupable.

Sturel se croyait depuis longtemps consolé, mais auprès de celte élégante jeune femme, plus belle avec ses formes développées et qui l'enivrait, il prit naturellement l'expression d'un désespoir qui n'ignore pas son remède, et dans un éclair qu'elle supporta avec une innocente effronterie, il lui exprima quels désirs fous l'envahissaient.

Comment se trouvait-il là? Vraiment! il accompagne le Général, avec MM. Dillon, Laguerre, Naquel 1 Elle ne lisait dans les journaux que les échos mondains; elle se plût à montrer son ignorance et à prouver son exclusivisme aristocratique. Il vanta ses amis d'une façon presque technique :

— Regardez Laguerre, il n'a pas trente ans. Au

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