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soit rappelé, et quand on nous la lancera, que ferons-nous ? Est-ce qu’on nous écoutera quand nous recommencerons toujours à balbutier ces interminables explications : persécutions, erreurs politiques, mauvaise direction ?...
Ou bien, devant ceux qui nous regardent — ennemis, alliés, neutres — et pour qui nous serons le peuple qui déserte, nous nous résignerons à ne plus lever les yeux, à courber le front ? Les coups de cravache des Anglais d'ici, le regard anxieux et tragique de nos alliés de là-bas, le flot d’outrages que déversent déjà sur nous nos voisins Américains, nous subirons tout cela ? Et vous croyez que nos enfants ne verront pas l’affreuse chose? Notre génération avalera tout, et nous vivrons, nous, groupe canadienfrançais, avec la hantise de ce cauchemar ? Nous, toujours si fiers de nous réclamer de nos grands ancêtres, c’est ce legs que nos fils trouveront dans notre testament ?
... Epouvanté de cette conclusion, j'ai voulu douter de ma raison, j ai cherché, autour de moi, des contradicteurs, j'ai sollicité des preuves d’un grossissement possible de ma vision. Un prélat éminent m'a répondu : — Cette crise est grosse de tous les malheurs possibles. Les esprits en ébullition, les mauvais instincts du peuple remués, ce sont de mauvais guides ; la postérité trouvera peut-être à notre décharge une vérité qui, dans ce brouillard d'aujourd'hui nous est cachée, et nous rendra l’honneur ; mais, il est vrai: nous ne pouvons pas ne pas être mal jugés ; votre question il faut la poser publiquement, la réponse que vous voulez et que je n’ai pas, d’autres vous la donneront peut-être...
Et ainsi, tous voiles déchirés, les autres aussi voient l’abîme.