‹ L'appel aux armes et la réponse canadienne-françaiseChapitre 20 sur 36 · LAS LE PUBLIC · texte numérisé non relu

LAS LE PUBLIC

Cette thèse — il faudra bien peu de temps encore pour que les esprits moins ébranlés par les passions n’en signalent nlus l'originalité — a eu un gros succès... d’impopularité. (C'était prévu, et écrit. ‘ On se rira de lui, on ne l’écoutera pas et il sera bousculé ”. Quand on ne les a pas dédaignées, on a fait devant le public, le procès de mes idées, ce qui est légitime, mais l’on m'a fait aussi des procès de tendances ; de très braves gens, — raisonnant, dans leur trouble, comme la canaille qui, toute et d'instinct, est allée grossir les rangs de ceux qui “ par principe ” ne veulent pas marcher, — d'excellents cœurs se sont charitablement demandé quels calculs pouvaient bien être les miens et ont exprimé parfois leurs doutes sur la droiture de mes intentions. Ces sortes d’accidents, nouveaux pour moi, sont trop souvent arrivés à d’autres, pour que je n’en eusse d’avance prévu et accepté le risque. Et moi qui, jusqu'ici, (j'en ai fait l’aveu) ai préféré la quiétude de la vie privée aux luttes acerbes de la vie publique, et qui, la guerre finie, suivrai avec délices le conseil que l’on m'adresse quelque part de “ ne plus fréquenter que le Palais et mes livres”, eh ! bien, la volupté âpre de souffrir quelque chose pour mon pays, en ce temps de souffrance universelle autrement plus cruelle, — je l’ai savourée !

Les procès de tendances, on aura tout de même fort à faire pour les gagner devant l’opinion saine, ou redevenue équitable, des gens de bonne foi qui m’auront lu. On sera forcé de juger mon intervention comme je l’ai jugée moi-même, en donnant le bon à tirer : si J'avais une carrière politique, présente ou future, à briser, si je n’avais pas pour gagner la vie de ma famille un métier qui y suffit, si J'avais d’autres ambitions que de laisser à mes enfants un nom honorable, modeste mais fier d’être tout à fait inconnu de ceux qui, en arrhes ou en pourboires, distribuent les faveurs ou les charges, — et que j’eusse, quand même, jeté cette pierre au public ameuté en lui criant : casse-cou, c’eût été le vrai geste à faire... pour me briser les reins.

En effet, dans la recherche des auteurs du mal dont nous souffrons, quels sont ceux que j'ai rencontrés et dénoncés, sinon :

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les chefs du gouvernement, ‘les plus coupables ” ; les chefs du parti d'opposition, ‘les complices ”, et les chefs du groupe nationaliste, qui se sont faits les travailleurs de notre dénationalisation ? Et, pour la défense de notre peuple, il fallait bien dire cette vérité, qu'il avait été mal dirigé, et que la question nous avait été mal posée ! Mais ce blâme adressé à tout notre monde politique, pouvait-il être bien recu ? Au surplus, outre que dans ce pays, où la politique est tout, l’opinion d’un homme qui n’a pas été même ‘ candidat ”, ne compte pour rien, mes conclusions ne devaient-elles pas déplaire au peuple que mes raisons ne peuvent atteindre ? Aussi, nécessairement, la presse, que dirigent les chefs de parti ou de groupes et que l’opinion publique rend prudente et qui n’ose tout de même pas combattre ouvertement des conclusions simplement anti-séditieuses, devait garder le silence ou devait travestir ma pensée pour m'accabler d'opinions qui ne sont pas les miennes. A quelques exceptions près, c’est bien ce qu'ont fait les grands quotidiens (1) et aussi, avec moins de discrétion, les journaux hebdomadaires.

Et cependant, cet appel à la raison réfléchie, au sentiment de la dignité individuelle et nationale, l'élite indépendante à qui il s’adressait lui a fait bon accueil. Avec, sur les prémisses, des réserves aussi légitimes que variées suivant le parti que l’on préfère sans y appartenir corps et âme, les esprits cultivés et libres condamnent eux aussi une agitation qui n’a plus d'objet utile et veulent l’ordre dans l’acceptation du fait accompli ; de cela j'ai des preuves très abondantes et qui me sont venues, écrites ou orales, de toutes les classes sociales, de tousles groupes politiques, de tous les coins

(1) Sauf une chronique de Madeleine, qui n'engage pas la responsabilité de la Patrie, les journaux ministériels n’ont rien dit; sauf un article du Soleil, précieux sans doute mais qui ne compromet pas le journal, même silence chez les libéraux ; seul le Droit, journal nationaliste, fait semblant de critiquer mes idées mais n’abat vraiment que celles qu’il me prête et que je répudie. (Aïnsi ce journal me fait dire que c’est un devoir d'honneur pour nous de nous enrôler, quand j'ai dit simplement que c'était pour nous un devoir d'honneur, quand nous serons appelés, de ne pas être déserteurs en refusant d’obéir ; ainsi encore il me pose en défenseur de la Confédération, dont j'ai signalé la “ faillite ” en termes très clairs, etc. Ce mode de discussion s’aide ordinairement d’attaques personnelles qui n’ont rien à faire au débat — le rédacteur du Droit a suivi la coutume... S) Chez les neutres (en politique canadienne), l'Action Catholique a publié une eritique à laquelle je réponds plus loin.

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du pays. On peut en trouver une autre preuve claire, et qui devient chaque jour plus évidente, dans le fait que, pour ne pas heurter cette opinion calme de l'élite qui se tait en public mais qui pense souvent tout haut, les journaux anticonscriptionnistes importants, tout en continuant de condamner le gouvernement qui nous a imposé cette loi de conscription (c'est leur droit et leur devoir), ne disent pas ou ne disent plus nettement que nous ayons le droit, encore moins le devoir, de risquer la guerre civile en offrant à cette loi une résistance quelconque.

Pour des raisons qui ne seront peut-être pas les miennes — et il n'importe, tout chemin mène à Rome — on en viendra tout prochainement, à prêcher, comme je l’ai fait, cette vieille doctrine qui n'aurait jamais dû scandaliser personne : le respect de la loi:

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