LA CULTURE ALLEMANDE
Est-il permis que l'on s'étonne de
la ratification donnée par les savants,
puisque c'est l'Université allemande
qui fabriqua ces âmes forcenées»*
Georges Lecoutr, Afaftn, 29 octobre.
Il la vise, disent les intellectuels, mais « nos ennemis prétendent hypocritement le contraire » .
Les intellectuels se trompent. Ce qu'on prétend, non pas hypocritement, mais ouvertement excepter de la guerre faite à l'Allemagne, c'est ce qui s'en excepte naturellement : les Français ni personne n'ayant jamais prétendu qu'il ne soit sorti d'Allemagne que des monstres, en horreur à l'humanité. Ce que les Français assurent, sans que nulle crainte de le dire impose à leurs discours la moindre hypocrisie, c'est que la « culture allemande » prise en soi, mis à part les hommes de mérite qui ont pu aaître en AUe-
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magne, est aussi détestable que la puissance allemande, que le militarisme allemand.
Voilà la distinction que les intellectuels trouveront faite en France sous les plumes les plus autorisées, venant des parties de la société et de l'opinion les plus diverses. De l'Institut et des diverses branches du monde savant, c'est le cri qui s'élève. Il sort de la bouche d'un Bourget, d'un Anatole France, d'un Barrés, d'un Saint-Saëns. h'Action française^ qui s'est appliquée à recueillir les témoignages de cette doctrine, en a composé depuis trois mois la gerbe la plus abondante, la plus riche de considérations et de lumières.
Il est vrai que nos Allemands ont peine à comprendre cela. L'idée ne leur vient pas qu'on puisse seulement médire de quelque chose d'aussi beau que leur civilisation. La sentent-ils combattue, ils ne peuvent s'imaginer que ce ne soit pas en cachette, sous le couvert d'une équivoque, « hypocritement (heuchlerisch) ». L'adoration d'elle même aveugle l'Allemagne, et aussi les hommages qu'elle a longtemps reçus, l'immense préjugé qui longtemps a régné chez les nations d'Europe en sa faveur. Il faut l'avertir que ce préjugé a pris fin, et que nous ne sommes plus, mais plus du tout, au temps du livre de M""^ de Staël. Tirons-les de leur rêve béat. La soi-disant civilisation allemande est ce qu'on combat aujourd'hui, ce qu'on avoue de combattre en même temps que leurs armes. Et ce qui les surprendra plus encore, on est prêt à prouver
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qu'en cela on fait œuvre légitime, raisonnable et profitable au genre humain.
Car en quoi le genre humain aurait-il intérêt à ce que la civilisation allemande soit conservée? Comment au contraire son intérêt ne demanderait-il pas qu'elle soit effacée (getilgt) de la terre? Est-ce que les intellectuels ne voient pas que ces mots seuls : civilisation allemande, deutscheKultur, expriment une usurpation? Elle l'exprime clairement en français, plus obscurément en allemand, oii le mot de Kultur précisément a été plié à un usage que le mot de civilisation repousse. Pour faire passer l'équivoque en français, ils ont eu soin de le traduire par u culture », qui en ce sens n'est qu'un barbarisme : un homme cultivé signifiant en notre langue autre chose qu'un homme civilisé.
Venons à notre fait. Ou la civilisation n'est rien, ou elle est quelque chose de commun entre les nations. Elle ne saurait donc, en tant que telle, avoir de marque nationale. Elle ne peut consister que dans la découverte, l'application, la mise en pratique et en habitude de principes qui valent pour tous les hommes. Les préjugés locaux, les humeurs particulières, les déterminations ethniques, n'en font pas partie. Il n'y a donc pas, il ne saurait donc y avoir de civilisation allemande {deutsche Kultur), pas plus que de civilisation française ou anglaise, ou italienne, pas plus que de civilisation boschimane ou turque.
Cela ne veut pas dire qu'une nation ne puisse
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vanter comme son ouvrage, soit tout entière, soit en partie, la civilisation dont jouit le genre humain : rien n'empêchant que ce qui convient à tous soit la découverte, le résultat des efforts d'un seul. Ainsi d'immenses apports de civilisation ont été fournis par Rome et par la Grèce, et c'est ainsi qu'on a pu parler de civilisation grecque, de civilisation latine. Mais cela ne signifie pas que les préjugés grecs ou latins, les humeurs grecques ou latines soient devenus tout à coup les règles de la raison, que les traits de visage des Grecs ou des Latins, leur prestance et leur corpulence aient été tout à coup promus au rang de proportions de la beauté. Au contraire, c'est en corrigeant ces préjugés, en subordonnant ces humeurs, en réformant ces traits et ces proportions dans le sens délicat que révèle l'étude des choses poussée jusqu'aux principes et le vrai embrassé dans toute son étendue, qu'ils ont mérité de devenir les instituteurs du genre humain. La compréhension de leur doctrine, la majesté et l'ampleur de leurs exemples, l'air naturel de leur imagination, leur a soumis les hommes, qui, en les imitant, n'ont pas eu le sentiment de se transformer en Latins ou en Grecs, mais d'entrer en participation du bien commun de l'humanité.
Entre les nations modernes, si quelqu'une a quelquefois donné son nom à une époque de la civilisation, ce fut dans le même sens, et parce que celle-là portait plus haut que les autres ces traits de la civi-
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lisation commune. Ainsi on a pu dire que la civilisation de la Renaissance était italienne, que la civilisation du xviii'' siècle était française. L'Allemagne a prétendu changer cela. Elle a voulu avoir une civilisation qui ne fût qu'à elle, qui ne reflétât qu'elle, dont les traits ne fussent rien que ses traits nationaux.
Je veux dire qu'au lieu de redresser ses goûts, ses fantaisies et ses humeurs sur le modèle commun du juste, du proportionné, du raisonnable, elle s'est donné pour règle ces goûts, ces fantaisies, ces humeurs mêmes. Je veux dire que la règle qu'elle se donnait ainsi, il lui a plu de l'appeler civilisation : Kultur. De là se sont ensuivies deux choses : d'une part un schisme européen, plus radical, plus solennel que celui qu'a marqué la Réforme, différent en outre de la Réforme en ce qu'il ne séparait que l'Allemagne; d'autre part, une prétention monstrueuse de subordonner le monde à ce schisme. Car la séparation que l'Allemagne opérait, le système intellectuel, moral, ethnique dans lequel elle se retranchait, ne l'empêcha pas de prétendre à une manière d'universalité, qui était celle de la conquête. Réduite essentiellement à n'être que le germanisme, la Kultur afficha, en vertu de son nom, qui se traduit par civilisation, la prétention de s'annexer le monde.
De quelles raisons la métaphysique allemande appuya cette prétention, ce n'est pas le lieu de le rechercher ici. Il suffit que, le fait étant notoire, nous ayons démasqué l'abus de vocabulaire qui donne
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cours à cette prétention. « La culture allemande, écrit M. Boutroux dans un important article consacré par lui à ce sujet (Revue des Deux Mondes, i5 octobre), diffère profondément de ce que l'humanité entend par culture et civilisation. »
On concevra maintenant ce que j'ai dit : que le monde ne prend pas intérêt à la conservation de la civilisation allemande, qui n'est que l'Allemagne promue modèle et mise en dogme ; qu'au contraire il doit désirer que cette civilisation disparaisse, puisque cette humeur d'une race ose prétendre à se soumettre toute l'espèce.
Dans tout ceci, je l'ai dit, on ne met pas en cause ce que l'Allemagne a pu rendre de service à la civilisation générale, par l'effort soit des particuliers, soit de la nation elle-même au temps où n'était pas inventée sa théorie de la Kultur. Je ne prétends pas même nier que dans certains domaines, où cette théorie est de peu de conséquence, sciences exactes ou sciences auxiliaires de l'histoire, la nation, même après cette époque, ne se soit encore rendue utile; je dis que tout ce qui procède chez elle du dessein de n'être qu'elle-même, et de s'imposer comme telle au genre humain, est à pourchasser et à honnir.
Leibnitz date d'avant l'invention de la Kultur; Goethe en est le contemporain, mais il lui échappe à peu près tout entier; Beethoven et Schumann n'en tiennent rien. L'examen des diverses célébrités de l'Allemagne, menée de ce point de vue, montrerait
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aisément qu'en rejetant la civilisation allemande en tant que telle, le monde civilisé ne se prive d'aucun avantage, d'aucun profit, qu'il ne rejette que le mal.
Ce point réglé, reste à parler des rapports de la civilisation allemande avec le militarisme allemand, ou, pour parler plus nettement que ne font les intellectuels, avec la puissance politique allemande.
Ne doit-on pas s'étonner de voir que dans un article qui traite spécialement de ce point, un trait essentiel, consigné dans le texte allemand, a été omis par les intellectuels dans la version française officielle.^ Le texte allemand dit : Zu ihrem Schutz ist er ans ihr hcrvorgegangen, c'est-à-dire : « C'est pour la protéger (la civilisation, la Kulliir) que, né d'elle, le militarisme s'est formé. » La version officielle ne dit autre chose sinon : « C'est pour la protéger que ce militarisme est né. »
J'ai dit que je ne déciderais pas si c'est méprise ou précaution. Quoi qu'il en soit, le point est essentiel : car cette invention de la Kultur, ce schisme intellectuel allemand décoré de prétentions mondiales, est en effet ce qui a engendré la puissance allemande.
Comment? Cela n'est pas non plus de mon sujet. Retenons seulement que le mouvement de i8i3, dont les Discours de Fichte à la nation allemande sont le monument intellectuel saillant, n'a consisté précisément qu'à préparer l'éclosion de l'Allemagne, de l'Allemagne puissance militaire, par la constitution d'une
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inlellectualité allemande distincte, conçue en contradiction avec l'Europe.
Les éléments de ce mouvement se formaient depuis cinquante ans. Les plus anciens, les plus caractéristiques aussi, pourraient être signalés dans l'apport des antiquaires et des critiques comme Winckelmann, Lessing et Wolf, qui réformaient les humanités. Ils les réformaient en haine de la tradition, en haine avouée aussi de la France qui en tenait alors le flambeau. En second vinrent les poètes, comme Schiller, et avec eux l'exaltation du Gemueth allemand, de la métaphore allemande, toute une divinisation d'éléments locaux et positivement inférieurs par les prestiges de l'enthousiasme et du rythme.
En même temps se constituait par les soins de Klopstock la légende historique d'une Allemagne nouvelle, en révolte contre ce que jusqu'alors on avait nommé la civilisation. On inventa de prendre pour héros Arminius, qui défît les légions de Varus en Germanie : cela posait cette Allemagne en rivale, en adversaire de l'ancienne Rome, en destructrice éventuelle du souvenir et de la tradition latine, des monuments latins. Dans la préface d'une histoire du Danemark, un érudit de mérite nommé Mallet ayant révélé Odin, Freya, le dieu Thor et toute la mythologie danoise, le même Klopstock s'empara de cette mythologie et en fit, dans ses poèmes d'Herrmann, le contre- Olympe de l'Allemagne.
De toute cette puérilité, de toute cette pédanterie,
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de tout cet artifice, sortit quelque chose de fort sérieux : l'habitude ayant fini par composer de toutes ces imaginations une sorte de nature au peuple allemand.
Les Allemands se regardèrent comme appelés à une mission unique dans le monde. Ils crurent que quelque chose leur était réservé, semblable à la destinée des Grecs. Aux Grecs, chez les anciens, ils attribuaient un rôle pareil à celui que prétendait leur Kultur : ayant imaginé de dire que cette nation s'était imposée en tant que grecque, que l'hellénisme dont s'était formée une école pour le genre humain n'était pas autre chose qu'un instinct, un tempérament ethnique, lequel mérita de l'emporter pour des causes qui se retrouvaient chez les Allemands.
Cette histoire ancienne maquillée servit de garant à celle qu'ils prétendaient écrire dans le monde moderne à leur profit. En soi, il n'y avait rien de si vide, de si inconsistant, de si arbitraire, que la théorie qu'ils forgeaient; mais elle habitait dans les esprits, et cela composa l'intellectualité dont la moderne Allemagne devait sortir.
Dans le premier de ses discours à la nation allemande, Fichte expose le mécanisme qui devait présider à cette opération.
Ayant remarqué qu'une nation ou tout autre agent qui ne jouit plus de l'indépendance est privée d'action sur son époque, et subit dans son développement l'impulsion de la cause étrangère à laquelle cette époque
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elle-même est soumise, en sorte que cette époque n'est pas sienne et que les diverses périodes en sont marquées pour cette nation par les événements historiques appartenant aux nations étrangères, il ajoute :
Pour qu'elle puisse sortir de cet état, il est nécessaire qu'un nouveau monde se lève pour elle, moyennant l'avènement duquel elle puisse commencer une ère dans le temps, ère qui lui soit propre et qu'elle remplisse d'ellemême et de son avancement. Mais comme elle est soumise à une force étrangère, il faut prendre soin que ce nouveau monde, par lequel elle doit s'affranchir, demeure inaperçu de cette force dans sa naissance, et qu'il n'éveille point de soupçons : mieux encore, que celle-ci se sente portée à ne pas apporter d'obstacle à l'éclosion de ce monde nouveau.
Supposé qu'un monde doive se créer ainsi, qui permette l'enfantement d'une personnalité nouvelle et d'un temps nouveau au profit d'une race qui aura perdu, avec sa personnalité, un temps pour la contenir et un monde pour la supporter, celui qui prétend pronostiquer l'avenir n'aura-t-il pas le devoir de dire en quoi ce monde doit consister ?
Traduisons en langage accessible cet extraordinaire amphigouri.
Cela signifie que, l'Allemagne étant abaissée, soumise à la domination française, et subissant jusque dans l'exercice de sa pensée l'influence de notre pays, cet état pour changer exige que l'on procède avant tout à l'affranchissement de l'intelligence allemande. Un monde intellectuel nouveau doit naître : un système d'idées allemandes, de pensée allemande, qui, en ouvrant une ère nouvelle, doit donner lieu à l'Aile-
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magne de prendre, comme puissance matérielle, sa place dans le monde. Pour que ce plan réussisse, il faut en dérober l'importance à la nation qui domine sur l'Allemagne : de façon que, le nouveau monde intellectuel une fois créé, la France et l'Europe se trouvent en fa-ce d'un enchaînement de conséquences inéluctables, aboutissant à la puissance politique, militaire et économique de l'Allemagne.
Ce plan s'est réalisé, et les phases en ont été ce que Fichte voulait qu'elles fussent. Une métaphysique si bizarre maniant de si grossières ficelles aura résolu ce problème de l'éclosion d'une nation. Mais aussi quelle nation 1 un monstre. Ne nous en étonnons pas, quand nous voyons d'où elle est sortie.
Créons et répandons une façon de penser qui ne soit à personne, nommons-la allemande, et l'Allemagne naîtra : telle fut la consigne de Fichte. Qui peut attendre d'une pareille origine quelque chose d'humain P Les intellectuels, dans le texte allemand de l'appel, ne font que le rappeler : l'Allemagne, la puissance allemande, le militarisme allemand est né de la culture allemande; un monde intellectuel nouveau, déterminant une ère nouvelle, a produit le corps de notion que nous voyons.
L'Allemagne en exprime sa fierté. Elle se vante de s'être donné l'être en se pensant. Son erreur est de croire que cette antériorité de la pensée sur l'être est nécessairement noble. Cela dépend de l'objet de cette pensée» cela dépend du but auquel on la subordonne.
L'objet de la pensée allemande était l'Allemagne. « Elle se demanda, écrit Charles Maurras (Action française du 17 octobre), commentant l'article de M. Boutroux, qui elle était. Elle vit au fond d'ellemême ce qui y était : le brutal, le violent, le sauvage, l'impoli, l'indégrossi et le dur. Elle mit sur l'autel toutes ces belles choses en rejetant avec mépris tout tempérament étranger. Le fou bossu qui se croirait Dieu mettrait la bosse au rang des attributs divins. Ainsi fait l'Allemagne de ses bosses, de ses tares, de ses verrues... » Non vraiment personne ne saurait admirer la pensée qui se donne un pareil objet.
De plus, à l'exercice de la pensée prise en soi, est-il permis d'assigner le matériel pour but? Est-il noble, est-il digne de l'homme d'inventer une philosophie, de s'appliquer à créer des idées, dans le but de conquérir la puissance matérielle.^ Fichte est sans détour làdessus. L'affranchissement de l'Allemagne est le but, le monde nouveau à créer le moyen : en sorte que la pensée se fait serve du profit.
La version française officielle de l'appel laisse cela dans l'ombre. Elle laisse entendro que, la Kultur existant, le militarisme s'est formé pour la protéger. Noble souci et noble tâche, si les fins se subordonnaient ainsi. Mais cela n'est pas. Le militarisme est né de la culture, et la culture n'a été inventée que pour créer le millitarisme, avec la puissance matérielle qu'il représente.
En un mot, les Allemands n'ont rompu en visière
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à la raison traditionnelle, aux lois antiques du goût et du bon sens, que pour se donner l'existence comme nation. La révolte de leur intelligence tendait à des fins utilitaires.
N'en restons pas à ce reproche, puisque leur effort tend plus loin, puisque ce qu'ils osent nommer leur civilisation, ils prétendent de plus l'imposer au monde. Il faut que la révolte de leur pensée leur vaille, non seulement l'être, mais la domination, et que, s'étant retirés de la civilisation, ils fassent maintenant leur proie de tout ce que la civilisation rassemble encore.
Mais cette civilisation reste armée. Si ses armes l'emportent, comme tout le fait espérer, tant de ruse et d'opiniâtreté, tant d'abus du don de penser seront vains et le complot audacieux deTAllemagne aura vécu.