AU PAYS DE LA SARRE
A Sarrebriick, à Sarrelouis, jusqu'au monument d'Igel, tout au long de la rivière qui jaillit sous le temple mystérieux du Donon, nous pouvons mieux qu'ailleurs étudier notre va-et-vient, nos dépressions, nos expansions, l'infortune d'une race sans cesse entraînée d'un destin à l'autre. C'est là que le problème se pose avec l'actualité la plus immédiate. Je trie dans mes dossiers ce que m'ont écrit, au cours de la guerre, des enfants de cette terre disputée par deux civilisations. Leur pensée exprimée en pleine crise contribuera à nous instruire, même après le maître livre de Babelon.
Sarrelouis, c'est une parcelle lorraine qui fut réunie à la France dès 1697, bien avant que nous autres, Lorrains du duché, nous fussions devenus Français. Ces Lorrains de Sarrelouis croyaient avoir accompli leur destin, quand à Nancy nous cherchions encore le nôtre ; ils furent français avant les Lorrains du duché. Et pourtant, en 1815, les vaillantes gens furent livrées à la Prusse.
La France dut se replier et les abandonner. Un demisiècle avant Metz et Strasbourg, ils subirent l'annexion. Que souffrirent-ils, alors ? Que devinrent-ils ? Comment évoluèrent leurs sentiments ? Et leurs enfants, au cours de ce long siècle où toujours la France reculait, de quelle manière se sont-ils débrouillés ? Nous ont-ils rejetés hors de leur mémoire et rayés de leurs livres de famille ?
Un héros surgit du milieu d'eux, pour nous répondre et, rompant la glace du silence, témoigne d'une manière irréfutable pour leur fidélité. C'est Pierre Gouvy, le maître de forges de Goffontaine.
« Mon ami, — avait-il dit, dès Waterloo, à Berryer, — songe bien que si la fatalité me fait Prussien, je suis un homme mort. » Quand il eut la certitude que la Sarre était sacrifiée, offerte en holocauste, cédée à la Prusse odieuse, il s'enferma dans son cabinet, rédigea son testament, sa lettre d'adieux à sa femme, qu'il signa Gouvy mort Français, et se fit sauter la cervelle.
Assurément, on voudrait que ce noble homme eût pris sur lui de vivre et d'être le chef de la résistance française, le mainteneur du souvenir, mais comment ne pas l'aimer ? Il se place dans nos cœurs auprès du commandant Beaurepaire, qui, contraint à rendre Verdun aux Prussiens en 1792, se tira deux coups de pistolet. L'Assemblée législative décréta que le corps de Beaurepaire serait déposé au Panthéon, et Goethe, historiographe de l'armée prussienne, écrivit que « ce suicide était à la fois un acte d'héroïsme et un présage de la résistance que rencontreraient les Alliés ». Nous avons le droit d'appliquer cette phrase à Gouvy.
Parce metu... « Laisse toute crainte, Gouvy, les destins des tiens restent à jamais immuables et assurés. » Un tel sang ne peut se démentir. A la première heure de cette guerre, l'arrière-petit-fils de Gouvy m'écrivit spontanément pour me donner son sentiment sur le parti que nous aurions à tirer de la victoire. Je publie sa lettre sans lui demander son autorisation. Elle est à son hon-
ncur, et surtout elle possède une valeur éducative que nous ne devons pas négliger quand il faut que ces problèmes du Rhin deviennent familiers à tous les Français.
Le lieutenant d'artillerie Félix Gouvy de son métier maître de forges à Dieulouard, en Meurthe-et-Moselle, après avoir rappelé l'acte désespéré de son aïeul, nous donne en quatre lignes la vue la plus saisissante sur le recul auquel la faiblesse de la France et la pression de la Prusse ont contraint nos foyers et notre génie dans la région rhénane.
« Mon trisaïeul, Pierre Gouvy, maire de Sarrelouis sous Louis XV, créa dans les environs de cette ville, notamment à Dilling-sur-Sarre, ainsi que dans le duché de Nassau-Sarrebriïck, à Goffontaine, des forges d'acier et des fonderies qui fournirent quantité d'armes et de munitions aux armées de la République, puis à l'Empire. Ces établissements furent annexés à la Prusse en même temps que Sarrelouis et Sarrebrûck, à la suite de la deuxième invasion, en 1815. Mon grand-oncle ne voulut pas survivre à la rectification de frontière... Plus tard, mon père, désirant conserver sa nationalité, créa de nouvelles usines aux environs de Saint-Avold (Lorraine) et celles-ci ayant été à leur tour annexées à l'Allemagne en 1871, nous sommes venus enfin à Dieulouard. »
Quel exode ! Quelle suite déplorable d'étapes ! Je n'ai pas besoin, n'est-ce pas, d'insister sur la dernière et de vous décrire la vie qu'eurent durant cette guerre les usines de Dieulouard, à 10 kilomètres des tranchées ! Dire qu'il y a des niais et des méchants qui voudraient, au nom de leurs principes, qu'on n'organisât pas la dé-
fense de la France sur le Rhin ! Le fait Gouvy est d'immense intérêt ; il illumine tout le pays rhénan. 11 nous permet de suivre le recul de la race. De 1714 à 1914; en deux siècles, les Gouvy ont retraité (avec un groupe important de leurs ouvriers, qui en cours de route se débandaient, devenaient Allemands), de Goffontaine et de Trêves (où l'on parlait alors français) à Sarrelouis, puis à Hombourg (sur la ligne de chemin de fer de Forbach à Metz) , puis à Dieulouard. Voilà comment la nation française a été impuissante à défendre ses foyers sur ses frontières.
Vous pensez quelle est la conclusion de mon correspondant Gouvy. Il peut dire, avec le poète : Agnosco veteris vestigia flammes... « Je reconnais en moi les signes de l'ancienne flamme... » Ecoutez comme il nous appelle à la reconquête de nos champs, de nos usines et de nos frères : « Ayant conservé, dit-il, de nombreuses relations avec des familles restées de l'autre côté de la frontière et même en Prusse, au delà de l'ancienne limite de 1815, je crois connaître la mentalité des classes dirigeantes de ces pays... Elles ont gardé non seulement des mœurs et des goûts français, mais encore des relations fréquentes, voire intimes, avec leur parenté de Lorraine ou de Paris. Je vous citerai les Villeroy, les Boch, dont l'un fut même ingénieur diplômé de l'Ecole Centrale, les Reverchon, les Villiers, etc.. Avec le temps, ces familles, qui possèdent une influence considérable dans le pays, seront certainement ralliées à notre domination... »
Sur ces familles, dont les aïeux étaient étroitement les frères de nos aïeux, les renseignements abondent et concordent.
Un Lorrain qui s'est marié au pays de la Sarre m'écrit : « Je me suis attaché à ce pays, comme on s'attache à ce qu'on retrouve : toute la Sarre, c'est la Lorraine. Mêmes horizons calmes et vastes, mêmes larges collines couronnées de forêts. Le confluent de la Sarre et de la Nied serait aussi bien à Liverdun ou à Gerbéviller. Mêmes populations aussi qui redeviendront très vite françaises: Picard et Bourg-Dauphin, sont les emplacements des régiments de l'ancien régime; à Sarrelouis, les noms français abondent, et il y a encore dans le pays des Ney, cousins de notre grand maréchal. Si de braves gens sont partis pour rester Français, il y a de bons et loyaux Français de père en fils qui sont demeurés dans le pays ou qui y retournent pour y finir leur vie près de la terre maternelle. Près de Sarrelouis, les gros bourgs de Beaumarais et de Vaudrevange sont restés des foyers d'influence française. Le général Etienne, mort à Versailles, il y a quelques années, était de Beaumarais ; la famille Vagner, le colonel et Mme Janin ont des propriétés à Vaudrevange, où ils reviennent tous les ans ; enfin, la famille Villeroy de Galhan, fixée dans le pays depuis le xvme siècle, y est restée envers et contre tout sans cesser un moment d'être française. Elle y avait fondé des faïenceries et y possède des terres qui font d'elle, pour le moment encore, la première famille de la région. Vous pensez bien que tout cela n'a pas été sans luttes, sans souffrances et sans un magnifique entêtement, et vous imaginez quelles difficultés ont dû surmonter ces Français de la Sarre pour venir faire leur devoir en 1914, les hommes dans l'armée, les femmes dans les ambulances. » (M. de V., février 1915).
Un professeur de l'Université de Lyon me dit : « Mon grand-père, un des volontaires de la Moselle en 1793, était originaire du pays du maréchal Ney. Pour rester Français, après la mutilation de notre département de la Moselle en 1815, il dut quitter la Sarre et vint s'établir à Sierck où sont encore fixés la plupart des miens. Quelques-uns pourtant, fuyant l'annexion, sont venus, après 1870, s'installer dans l'intérieur. Vous avez raison de le dire, en chassant de ces régions de la Sarre le Prussien intrus et détesté, nous ne ferons que rentrer dans notre domaine. » (M. Ruplinger, 28 février 1915).
Et cette strophe encore de ce cantique douloureux de l'exil : « Je possède à Vaudrevange une ferme entrée dans ma famille en 1670. Mes grands-parents maternels, les du Pilard de Requin, avaient eu mission de préparer l'annexion de Sarrelouis à la France. Ils ont été largement récompensés par Louis XIV, qui les a comblés de biens et anoblis. Ils ont rempli à Sarrelouis pendant plus de cent ans, de père en fils, la fonction de lieutenantgénéral du bailliage ou plutôt de président du présidial. Tous sont enterrés dans l'église de Sarrelouis. Jusque vers 1860, je passais mes vacances à Vaudrevange, près Sarrelouis, chez ma grand'mère de Requin ; je me souviens parfaitement que le français était presque la langue usuelle ; on y parlait encore peu l'allemand ; on me menait souvent alors chez la comtesse Guilleminot, veuve du général Guilleminot ; chez la baronne Schlincker, chez la veuve du général de division comte Grenier... Leurs maris avaient conquis leurs titres et leurs grades dans l'armée, sous le premier Empire. Ce pays était encore
habité par une importante colonie française... C'est dans mon lointain passe que je dois remonter pour retrouver ces souvenirs. Depuis 1870, l'annexion a fait son œuvre, les anciennes générations ont disparu. Mais je ne saurais assez le redire, je suis convaincu que malgré l'enrichissement allemand, la croûte germanique disparaîtrait bien vite, et que tout cet arrondissement redeviendrait aussi français qu'il l'était autrefois, et même ce ne serait pas long. Ils seraient enchantés de se séparer d'une Allemagne humiliée, vaincue et ruinée par-dessus le marché. » (M. Thomy, Saint-Brieuc, 8 novembre 1918).
Je devrais m'arrêter, mais c'est par piété et par amitié française que je veux donner une vie publique à chacune de ces voix de la fidélité.
« En vous lisant, m'écrit M. G. de F..., je ne puis m'empêcher de penser à mon foyer sous la botte prussienne. Lorrain de Nancy par mon père, Lorrain de la Sarre par ma mère, je comprends que vous commencez une campagne afin que nous soyons incorporés à la France. Il est absolument impossible qu'on se contente de l'Alsace- Lorraine... Malgré l'annexion de 1815, malgré celle de 187 1, nous sommes tous restés Français dans ma famille là-bas, et on nous respecte énormément comme tels. Le village de Vaudrevange, que j'habite, à 3 kilomètres de Sarrelouis, on l'appelle dans tout le pays « ein Franzosennest », un nid de Français. Néanmoins, la population compte sur vous et je puis vous garantir que les Français y seront bien accueillis... Faites-nous rentrer dans le giron maternel, faites que nos houillères, nos aciéries, nos champs, nos vignes, que tout cela redevienne fran-
çais, faites que la petite maison de Sarrelouis, de la Biet gasse, sur laquelle esl posée une plaque de marbre noir avec ces simples mots eu or : « Ici est ne le maréchal Ney », faites que tout cela redevienne à nous... » (20 février 1915. M. G. F.)
Ah ! pourquoi les professeurs qui commentent les accents du poète latin dépouillé de son petit champ aux bords du Mincio, n'ont-ils pas ému nos enfants, depuis cent ans, avec la grande poésie de la Moselle et du Rhin ? Le drame de ces territoires perpétuellement entraînés d'un destin à l'autre, et que ne cessent de parcourir des bandes de pauvres exilés, appartient si bien au poète que je me surprends à réentendre dans ma mémoire, tout en écrivant ces articles, les fragments que je puis avoir retenus de Virgile et que je murmurais déjà, sur le pont de Trêves, en regardant nos prisonniers revenir d'Allemagne et en apprenant que des Boches, la veille de notre arrivée, avaient pris le chemin du Rhin. J'aimerais qu'un de nos Lorrains eût chanté sa maison détruite de la Sarre, sa ferme, son usine, avec la tendre douleur de Virgile : « Est-ce que jamais plus il ne me sera donné, après un long temps, revoyant ma terre paternelle et le toit de ma maison, de me dire en les contemplant : C'était là pourtant mon domaine et mon royaume ! Quoi ! Un barbare possédera ces moissons où j'ai mis mes peines ! Voilà où la discorde a conduit nos malheureux concitoyens ! Voilà pour qui j'ai ensemencé mon champ ! »
Cette délicatesse virgilienne (qu'un Claude Gellée a respirée sur la Moselle), nous ne la trouverons pas dans
le rude climat de la Sarre, mais du moins une veine solide et sensée, une fierté plus proche de l'orgueil du citoyen romain que de la soumission du serf germanique.
Avez-vous lu les Vieux de la Vieille, ce livre si beau de nos grands romanciers et patriotes lorrains Erckmann- Chatrian ? L'incompétence de ces deux écrivains quant à l'ancienne France est totale, mais ce défaut, aisé à expliquer puisqu'ils vivaient de tradition et qu'il n'y a pas de tradition monarchique française en Lorraine, ne diminue pas la valeur de leur témoignage sur les manières de penser et de sentir de leurs compatriotes durant les guerres de la Révolution et de l'Empire et durant le xixe siècle. Lisez ce qu'ils racontent de la protestation de Sarrelouis et de Landau vers 1830. Ils nous font voir (page 178) l'arrivée des jeunes gens de Landau qui désertent aux premiers bruits de guerre de l'armée prussienne pour venir servir chez nous : « Comme c'était tout naturel, il en arrivait des centaines qui voulaient combattre avec nous pour ravoir leur patrie. » Ils rapportent la cordiale réception qui fut faite à ces jeunes braves ; ils y ajoutent des faits et des couleurs fort curieuses (pages 186 et s., 191, 206, etc..) et on peut voir les relations que Landau et d'autre part les villes de la Sarre avaient conservées avec nos villes d'Alsace et de Lorraine.
Erckmann et Chatrian ont pour génie de rapporter les choses qu'ils ont vues et les récits qu'ils ont entendus dans leur jeunesse. Il y a de grandes probabilités pour que les personnages qu'ils mettent en scène dans les Vieux de la Vieille aient, vraiment existé avec les traits et même
sous le nom qu'ils leur donnent (6). Les Vieux de la Vieille, ce roman délicieux où un vieux grognard, au cœur ingénu, initie un petit Lorrain au culte de la gloire et de la patrie, est un précieux document sur l'état d'esprit rhénan, sur le ressort habituel guerrier du vieux monde gaulois en face des Germains. J'en trouve une charmante confirmation dans les mémoires inédits de mon grand-père Barrés, qui fut de la garde impériale et prit part à toutes les batailles du Grand Napoléon. Le commandant Barrés raconte que le matin du 18 octobre 1830, comme il cheminait en tête de son bataillon, sur la route de Bitche à Strasbourg, à peu près à une demi-lieue de Lembach, il vit venir à sa rencontre « une espèce de troupe armée, marchant en colonne, tambour battant, drapeau déployé. Arrivée à portée de la voix, cette troupe s'arrêta et son chef cria : « Qui vive ! » Après les réponses d'usage, ce chef s'approcha de moi, me salua de l'épée et me dit que les citoyens de Lembach recevraient avec plaisir les soldats du brave 15e léger. Ce capitaine était un gamin de quinze ans, de très bonne tournure et montrant beaucoup d'aplomb. Il commandait une compagnie de plus de cent jeunes gens, de 12 à 15 ans, bien organisée, ayant tous ses officiers, ses sousofficiers, ses caporaux, ses tambours, son porte-drapeau et sa cantinière. Rien n'y manquait, pas même l'instruction, l'ordre et le silence. Après avoir causé quelques minutes avec cet intéressant jeune homme, je lui dis de prendre la tête de la colonne, de nous conduire sur la
(6) Voir la note 5, page
place où nous devions nous arrêter et de venir ensuite dîner avec moi. Ce qu'il accepta avec une grande satisfaction. J'appris à mon arrivée au gîte d'étape que c'était un capitaine en retraite qui avait eu la patience d'instruire et d'organiser ces enfants avec tant de succès. Ils faisaient plaisir à voir. Ils avaient pour armes de grands sabres en bois dont les chefs, décorés d'épaulettes ou de galons, selon leur grade, faisaient souvent usage sur le dos de leurs subordonnés. »
Et ce fait donne à mon grand-père l'occasion de décrire l'état d'esprit du moment : « L'Europe tout entière était en agitation. Les rois se préparaient à la guerre, soit pour contenir les peuples que la Révolution de juillet avait mis en mouvement, soit pour résister à la France qu'on croyait disposée à porter ses principes en Allemagne et à faire de la propagande armée... L'apparition du drapeau tricolore dans une ancienne province française eût été d'un effet décisif. » Des deux côtés de l'ancienne frontière de 1814, on brûlait de déchirer les odieux traités de 1815. A Landau comme en Alsace, à Sarrelouis comme en Lorraine, les âmes hères attendaient leur revanche.
Vingt-neuf ans plus tard, en 1859, l°rs de ^a guerre d'Italie, môme ébullition d'amitié. Notre sous-préfet de Wissembourg écrivait à Paris : « Tous les tambours de la garnison de Landau, ayant à leur tête le tambour-maître en grande tenue, se sont présentés pour se ranger sous les drapeaux français... » (M. P. Vidal de la Blache, d'après les Archives nationales.)
Et en 1870 ! Ecoutez ce que me raconte un officier lorrain, M. Gaudry : « Le père de ma mère, le colonel
Chartener, était né à Sarrelouis. Il fit toutes les campagnes de l'Empire avec son ami et concitoyen le maréchal Ney, et en 1815, quand Sarrelouis fut annexé à la Prusse, il se retira à Metz. En mourant il y laissa deux fils. Or, bien des années après, c'était en 1871 et Metz venait de capituler, mon oncle, Gustave Chartener, vit arriver en trombe chez lui un cousin de Sarrelouis qu'il avait presque oublié et qui, se jetant à son cou, lui dit : « Mon cher Gustave, que je suis heureux que Metz soit prise. — Comment, malheureux, vous osez me parler ainsi ! — Oui, je suis heureux : depuis 1815, la France nous oubliait, nous laissait Prussiens. Eh bien ! elle ne pourra pas oublier Metz et elle nous reprendra avec vous. »
M. Gustave Chartener resta à Metz après l'annexion. Il y était l'un des chefs des Français irréductibles. Un soir, à dix heures, il sortait du cercle, plein de santé et plein d'entrain. Que se passa-t-il ? une heure après on le trouvait gisant sur le trottoir, à cinquante mètres du cercle, à dix pas d'un factionnaire prussien, qui prétendit ne s'être aperçu de rien. M. Chartener portait à la tempe une affreuse meurtrissure. Ses amis y reconnurent un coup de crosse de fusil. Le commissaire allemand déclara la mort naturelle.
Voilà des faits que l'histoire, cette dédaigneuse, dans son aristocratique négligence, n'enregistre pas, mais qu'il faut pourtant que nous y introduisions, par respect de la vérité et pour l'illustration de notre race. Il importe que l'on sache les souffrances et la fidélité <!<• nos frères de la Sarre, qu'ils soient partis pour l'exil ou demeurés sur la terre natale. Il importe que l'un fasse écho à ces
annexés de 1815, qui jamais ne laissèrent s'établir la prescription de leur filiale amitié lorraine et française. L'obscure protestation de la Sarre vaut les glorieuses protestations de Metz et de Strasbourg.
Un homme a vécu, un homme mystérieux dont je ne sais même pas comment s'orthographie exactement le nom. Il a signé Baltzer une histoire de Sarrelouis, publiée en allemand à Trêves, en 1865, et Balcer, en 1893, un Appel aux Sarrelouisiens, imprimé en français à Trois- Rivières, au Canada. Dans l'intervalle, en 1880, il a donné, en gardant l'anonymat, une histoire de la persistance du sentiment français à Sarrelouis. Cette histoire est intitulée : Deux centième anniversaire. A la manière de ce noble esprit qui signait : Le philosophe inconnu, je serai tenté de l'appeler : Le patriote inconnu.
Je ne vous analyserai pas ses livres. Je me laisserais aller à les transcrire, car ce sont des textes si beaux qu'on ne peut plus s'arrêter quand ils commencent à nous échauffer. Baltzer se définit lui-même « un enfant du terroir, un descendant de cette vieille race gauloise qui, pendant des siècles, eut l'honneur d'être la sentinelle avancée de la patrie, un Sarrelouisien qui sut conserver intactes les traditions de ses pères et ne perdit pas l'espoir de voir, un jour, la terre natale faire retour à la France ».
Sans doute qu'à la fin ce vaillant ne put tenir devant la marée allemande qui montait toujours. Il s'en alla au Canada, et c'est de là que, sans écho, il lança, dans le silence et les ténèbres, son suprême Appel aux Sarrelouisiens. En réalité tragique appel à la justice de
Dieu, glorification de sa terre et de ses morts, anathème au régime prussien.
Le « patriote inconnu » est mort, à la veille de la guern , là-bas, au Canada. Quel fond d'horizon pour la tombe de cet annexé, ce beau pays qui fut la Nouvelle-France ! Je n'imagine pas une destinée plus poétique. La mission de Baltzer, son œuvre en ce monde, c'était de rester le Sarrelouisien français, quand même! Il a aimé son œuvre pour elle-même et n'a connu nul de nous. C'est un des plus beaux traits de son patriotisme de ne s'être jamais tourné vers la patrie. Il n'a compté sur rien que sur le plaisir d'être étroitement uni avec le passé et avec un avenir dont il ne voulait pas douter. Le voici devenu l'anneau glorieux qui relie deux époques. (7)
Sont-ils assez beaux, tous ces faits d'amour ! Quelle suite saisissante ! Autour d'eux, rétablissez, par l'imagination, ce qu'ils supposent de conciliabules et de conspiration ininterrompue des cœurs, et vous aurez une idée de cette multitude de bonnes volontés qui amènent les grands événements et que l'Histoire engloutit sans les nommer.
« Mais, pourrait me dire un lecteur, ces fidèles de la France, pour qui vous nous demandez justement notre amicale gratitude, ce sont des heureux et des puissants de ce monde, qui voyagent, qui viennent à
(7) Voir la note 7, page 92.
Paris, qui ont le loisir de se souvenir, ce sont des intellectuels. Vous nous parlez d'exceptions... »
Des exceptions toutes pareilles se trouvent dans les rangs les plus modestes des Sarrelouisiens. Ecoutez plutôt ce que m'écrivait, le 19 mars 1915, une simple domestique, en m'envoyant dix francs pour nos soldats mutilés :
« Vous ne sauriez croire, me disait-elle, combien immense a été ma joie lorsque, dernièrement, j'ai vu le nom de la petite ville de Sarrelouis dans vos articles. 11 serait donc possible que Sarrelouis redevînt français. Dieu en soit loué 1 Je serai donc Française. Quel bonheur ! J'ai été si contente de voir que vous nous rendiez justice, que vous ne nous traitiez pas en Allemands, comme le font la plupart des Français. Je sais bien que la plus grande partie des Sarrelouisiens d'à présent sont des Allemands, mais il y a encore, à cette heure, malgré cent ans d'annexion, de nombreuses familles françaises à Sarrelouis et à Vaudrevange, et il y en a beaucoup d'autres qui sont restées sympathiques à la France, et si vous grattez légèrement le vernis allemand il apparaît un bon Français. En France, on parle toujours tant de l' Alsace- Lorraine, on plaint toujours tant les pauvres Alsaciens; on a raison, mais ce qui m'a toujours étonnée, c'est que l'on n'ait jamais plaint les pauvres gens de Sarrelouis qui ont été annexés à la Prusse. Et cependant ils ont tant pleuré d'être devenus des Allemands. Ils ont tant attendu et tant espéré de redevenir Français. Ils sont restés fidèles à la France pendant plus de 45 ans, eux ! Il y a deux ans est mort, à Sarrelouis, un vieil oncle de mon père ; il avait 90 ans. Jusqu'à son lit de mort, il n'a cessé de parler
en famille la langue française. Lorsque je suis allé lui faire ma visite, peu avant sa mort, il ne parlait déjà presque plus. Tout à coup, il ouvre ses yeux, me reconnaît et dit : « Les Français sont décidément des paresseux. Je ne Les verrai plus... » Des personnes présentes me disaient : « Il délire, il ne vous reconnaît pas, il est si faible ! » Moi, l 'avais bien compris, au contraire, qu'il ne délirait pas et que c'était une souffrance pour le pauvre vieux de se voir mourir, sans avoir vu les Français revenir prendre possession de Sarrelouis. Aussi je lui ai promis, dans un serrement de main, qu'ils sortiraient bientôt de leur paresse. Malheureusement, il n'aura plus la consolation de voir cela, ni ses fils, ni son petit-fils, car tous trois sont morts... «
Comme il est beau et tendre, ce mot de « paresseux ainsi placé ! Que dites-vous de cette lettre ? Quel état d'esprit romanesque ! Pourquoi Flaubert a-t-il dépensé son génie à nous raconter l'histoire d'une servante qui s'hébétait affectueusement devant un perroquet empaillé? On s'encombre ainsi la mémoire avec des anecdotes qu'on serait heureux de ne pas connaître. Profitons de la bonne fortune qui me permet de vous faire entendre cette gentille tille de Sarrelouis nous décrivant elle-même sa formation :
« Monsieur, continue-t-elle, si vous le permettez, je vais un peu vous parler de moi. Je suis née à Sarrelouis, le 14 janvier 1870. En 1872, j'ai perdu ma mère, et en 1874, mon père. Nous étions, trois filles et avons été élevées dans un couvent. L'aînée a été placée à Nancy, chez des gens de Metz, il y a de cela 33 ans. Lorsque j'ai eu l'âge de 13 ans, elle m'a fait, venir auprès d'elle à Nancy, où j'ai continué mon instruction. Dans ce temps-
là, il y avait encore de très bons Français à Sarrelouis ; j'aimais donc beaucoup la France, c'est pourquoi j'ai voulu y aller, étant obligée de gagner ma vie. Ma sœur aînée a épousé un Français, dont les parents ont quitté Metz après 1870 ; c'est vous dire qu'ils sont doublement Français. Quant à moi, j'espérais bien devenir Française dans les mêmes conditions que ma sœur ; malheureusement, je suis restée sur le carreau. Je m'étais tellement considérée comme Française, et voilà que cette maudite guerre est venue faire de moi une Allemande. Comprenez ma souffrance. Je suis Allemande sans l'être. Depuis trente-deux ans que je suis à Nancy, comme cuisinière, et puis comme gouvernante de maison, j'avais d'abord obtenu un permis de séjour ; mais, lorsque est arrivé l'ordre d'évacuer toutes les Alsaciennes-Lorraines de la ville, j'ai été obligée de partir avec elles, le cœur bien gros et la mort dans l'âme. Par une faveur spéciale du ministre de l'Intérieur, j'ai été autorisée à rester à Saint- Raphael, dans le Var, avec les Alsaciennes évacuées de Nancy ; je n'ai qu'à m'en louer, mais mon cœur saigne lorsque les habitants d'ici me traitent de Prussienne et d'Allemande... » (Lettre d'Anna Schneider.le igmars 1915.) Je suis fâché de donner de tels documents sans leur faire une digne monture. L'Allemagne s'enorgueillit d'avoir retrouvé les trésors d'Attila cachés dans le Rhin, mais la France ramène à la lumière, dans les mêmes lieux, des trésors de gentillesse et d'amour. Comparez ces deux masses de richesses morales pour connaître la diversité des deux races. Au pays rhénan, les fidèles de l'Empire allemand se louent de la prospérité qu'il leur donnait,
et ceux qui appellent la France disent qu'elle satisfait leur âme. Le cas d'Anna Schneider n'est pas rare ; c'est un des cailloux précieux que roule communément" le fleuve, un brillant du Rhin. Il a une valeur de renseignement général. Voyez-y
Une étneraude oh semble errer toute la mer.
comme dit un des beaux vers inconnus de Hugo. Cette servante au grand cœur a des frères par milliers. Nous sommes la nation aimée.
Pourquoi, comment, à quelle heure ces ignorants qui ne savent que leur cœur ont -ils entendu l'oracle de leur destinée et pris parti dans le combat des races ? C'est un mystère dont chacun d'eux connaît bien le secret.
« J'ai eu des Boches dans ma maison durant quatre années, m'écrit un habitant de Bruges, M. C. van D. H. En avril 1915, je logeai deux sous-officiers et trois soldats de l'infanterie de marine. C'était l'époque de la discipline rigoureuse. Il était défendu aux militaires de causer avec les civils, sinon de choses banales, et ils avaient à réciter, sur des sujets déterminés, une leçon apprise par cœur. Je ne tardai pas à savoir que les trois hommes étaient Alsaciens, et du coup, une entente tacite s'établit entre "nous. Mais ils avaient toutes les peines du monde à échapper à la surveillance des deux gradés, qui visiblement se méfiaient d'eux. Un jour, l'un des sous-officiers, un Prussien pur sang, vantait avec d'abondants détails la supériorité de l'armée allemande, ses succès contre la France. Derrière lui se trouvaient les trois Alsaciens ; leurs regards lançaient des éclairs; par des gestes, en secouant la tête,
en remuant les lèvres, ils me disaient : « 11 en a menti. » « De ces trois Alsaciens, un seul parlait français. Il était des environs de Dieuze et portait un nom allemand, mais sa mère s'appelait Humbert. Il avait une confiance absolue qu'à son retour il retrouverait le drapeau tricolore au clocher de son village. C'était un bien noble cœur qui battait sous l'uniforme feldgrau, et je me demande avec émotion si cette vue, dont il me parlai avec des larmes dans les yeux, lui a été accordée. Ses deux camarades ne savaient pas le français. N'empêche qu'un dimanche après-midi, les gradés étant sortis, je les entendis tous trois entonner religieusement l'air de la Marseillaise. Je me rendis près d'eux, et les deux pauvres diables qui ne connaissaient pas deux mots de français, frappaient sur leur poitrine en disant : « France ! France ! »
« Quelques mois après, je logeai de nouveau un Alsacien, de la frontière suisse, celui-là. C'était un primitif, un bûcheron habitué aux besognes solitaires, et partant peu communicatif. Devenu plus confiant, il me montra un jour une lettre de sa sœur, cachée dans un paquet. J'appris que, dans ce village perdu au fond des bois d'Alsace, on colportait avec bonheur la nouvelle, fausse d'ailleurs, de formidables désastres boches. Je lui dis : « Mais vous ne connaissez ni la France, ni la langue française. Comment se fait-il que vous détestiez les Allemands et que vous aimiez les Français ? » Alors, il me répondit : « Was wollen Sie ! Das sitzt im Blut. » (Que voulez vous! Nous avons cela dans le sang.) (8).
(8) Voir note 8, page >>z.
Profonde réponse. Les Rhénans ont la France « dans le sang » et les Français ont été « paresseux ». Voilà deux mots inoubliables, deux mots où tient toute l'histoire de notre race sur le Rhin.
Et maintenant par -la force de nos aimes et d'une énergie qui s'amassait durant notre apparent sommeil, nous voici revenus sur le grand fleuve. Le désir du Rhin a repris sa force, son élan, et la fortune le couronne. Il était temps. Ah ! dame, après cent quatre ans de contrainte teutone, les beaux éléments qui nous attendaient, même sur la Sarre en Lorraine, choses et gens allaient périr. Leur opiniâtreté ne se laissait vaincre que très lentement, mais enfin durant notre paresse le sang s'épuisait.
La Sarre captive se dénaturait. Les faits que j'ai accumulés ont donné aux lecteurs le dessin et les couleurs de cette tragédie aussi belle et aussi vraie que la tragédie de l'Alsace-Lorraine. Ces documents et ces émouvantes anecdotes, j'aurais pu aisément les mettre en système. J'ai pensé que dans leur simplicité et tout nûment ils parleraient mieux. Ne changeons pas de méthode, et pour mesurer le déclin d'où nous neus sommes relevés, pour calculer le refroidissement de nos extrémités, prenons deux exemples, l'un plus physique, l'autre plus moral.
Regardez les usines de Dilling-sur-Sarre. En 1685, c'est la France qui gouverne sur la Sarre ; Louis XIV accorde .111 marquis de Lenoncourt (un Lorrain), seigneur d<>
Dilling, le droit de construire une usine de fer et d'acier. Après la paix de Ryswick, qui restitue la région aux ducs de Lorraine, ce droit est renouvelé, en 1697 et 1720, par la cour de Lorraine. En 1766, Dilling devient français, puis, en 1815, prussien, et en 1829 quelques actionnaires allemands y pénètrent. Pourtant, le long du siècle, jusqu'en 1880, la direction des usines de Dilling-sur- Sarre est restée française. La langue française est demeurée la langue des assemblées générales et des réunions du comité, jusqu'en 1904. Le comité a compris deux membres français jusqu'en 1912. A cette date, ces deux Français ont été exclus par ordre du gouvernement allemand. En 1914, trois cent trente actions sur sept cent cinquante appartenaient encore à des Français, et les Allemands faisaient vainement des efforts acharnés pour se débarrasser de nos compatriotes. Ceux-ci, une centaine environ, tenaient bon. Parmi eux, je relève quatre généraux, un très grand nombre d'officiers, beaucoup de hauts fonctionnaires, préfets, conseillers à la Cour d'appel de Paris et conseillers-maîtres à la Cour des comptes. Au cours de la guerre, leurs parts furent saisies et attribuées aux actionnaires allemands.
Voilà l'histoire d'une pensée et d'une activité françaises. Passons à quelque chose de plus spirituel encore. Regardons une famille du terroir, et quelle famille !
Le fameux Lasalle, le héros de l'Egypte, de l'Italie, de l'Espagne, d'Austerlitz et de Wagram, le modèle des cavaliers français, était Lorrain, et son frère s'était fixé dans la région de Sarrelouis. Ce frère mourut en laissant un fils qui épousa une Française, mais qui, tout de même,
resté dans la Sarre, annexée à la Prusse, y devint souspréfet. Quand il mettait son uniforme pour une cérémonie officielle, les bonnes femmes de Sarrelouis l'apostrophaient familièrement : « Est-ce que nous n'êtes pas honteux, monsieur de Lasalle, de vous promener ici habillé en Prussien ? » Il ne se fâchait pas, il pensait comme elles, il était resté Français de tempérament. Seulement, les Français ne revenaient pas ! Son fils est mort, son petit-fils a aujourd'hui une vingtaine d'années et se croit complètement Allemand. N'empêche que le plus bel ornement de la maison, c'est toujours le portrait du grand-oncle héroïque, le portrait du général Lasalle, d'après Gros. J'ai bon espoir que la goutte de sang français aura tôt fait de se ranimer et de commander toute la famille. Mais il était temps que nous arrivions et que nous vinssions raviver des lampes à demi-éteintes, dont la mauvaise odeur soulève le cœur.
Je ne mets pas en doute la régénération de la Sarre et sa réintégration dans son esprit lorrain primitif. Pas plus que je ne doute que nous ne voyions se réveiller, sur toute la rive gauche, la vieille âme celtique et l'antipathie séculaire contre les Prussiens. Revenus dans ces beaux lieux avec une mémoire fraîche et joyeuse, nous avons contracté de grandes dettes morales en Lorraine, en Alsace, au Luxembourg, dans la Sarre ; payons-les magnifiquement. En mettant à l'honneur nos souvenirs, nous favoriserons nos espérances.
Ce soin de gratitude incombe, aussi bien qu'à l'Etal français, à tout citoyen.
J'ignore à qui je m'adresse ; je parle dans une sorte
d'obscurité, mais je tiens à le dire dès cette première heure, nous avons le devoir d'élever dans Sarrelouis une statue au maréchal Ney, nous avons le devoir de placer à Goffontaine une plaque de marbre en l'honneur de Gouvy, nous avons le devoir de rapporter sur la Sarre les cendres du grand patriote Baltzer.
« Ce n'est pas à l'audience, disait superberpent le « philosophe inconnu », ce n'est pas à l'audience que les défenseurs officieux reçoivent le salaire des causes qu'ils plaident. C'est hors de l'audience, après qu'elle est finie. » L'heure est venue de reconnaître des services qui n'ont pas été « honorés » quand leurs auteurs vivaient.
Ney qui refuse de laisser plaider qu'un Sarrelouisien, de par le traité de 1815, a cessé d'être Français et qui déclare : « Je ne sauverai pas ma tête à ce prix, elle tombera française » ; Pierre Gouvy qui refuse de vivre quand Sarrelouis devient prussien et qui signe son testament : « ,..mort' Français » ; Baltzer qui refuse de désespérer jamais et qui au nom de ses compatriotes, par deux fois, solennellement, rompt la prescription, voilà de grands protestataires; dignes des protestataires alsaciens et lorrains. Leurs faits, solides comme des rocs, doivent être placés dans la digue que nous dressons éternellement contre la Germanie. Propageons, immortalisons par le livre, le marbre et le bronze de telles images. Elles sont une arche bâtie dans la souffrance où un petit peuple s'est réfugié et a duré pendant le déluge (9).
(9) Voir la note q, page 92.
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