‹ L'Application de la Législation sur l'Enfance Coupable par le Tribunal de BordeauxChapitre 24 sur 50 · OR PIE · texte numérisé non relu

OR PIE

: La maison recoit, en outre, en vertu de la loi Théophile- Roussel du 24 juillet 1889 les enfants maltraités et moralement abandonnés, les enfants de lAssistance publique à elle confiés par la loi du 28 juin 1904, sur l’éducation des pupilles difficiles ou vicieux de l’Assistance publique (loi Strauss), enfants assistés auxquels ne peut convenir le placement familial. L'application de la loi Roussel coïncidait, d’ailléurs, avec la fondation de la colonie Saint-Louis, et le Conseil général de la Gironde ayant voté, en 1891, l’application de la loi dans le département, le Préfet de la Gironde passa avec l'Œuvre un traité en vertu duquel les garçons dont la tutelle serait confiée à l’Assistance publique, seraient placés moyennant une pension annuelle pour chaque enfant, à la colonie Saint-Louis. Grâce à ses statuts très souples de colonie privée, l'Œuvre peut recevoir, en outre, des enfants vagabonds (loi du 24 mars 1921, loi Flandin) et même des enfants indociles que les parents confient de leur propre élan, lorsqu'ils sont dans l’impossibilité d'assurer une éducation suffisamment rigide.

Ainsi, exception faite des enfants condamnés correctionnellement qui ne bénéficient pas des dispositions de l’article 66 et qui sont destinés aux maisons correctionnelles d'Etat : colonie pénitentiaire et correctionnelle d’Eysses en Lot-et-Garonne, l'établissement reçoit toutes les autres catégories d’enfants.

Ce mélange, loin d’être dangereux, est excellent pour la rééducation qui va être tentée. En effet, les quelques enfants vraiment pervertis sont, de ce fait, l'exception. Facilement surveillés, « repérés » par les maîtres, le danger de contamination qu’ils représentent est très réduit ; leurs antécédents ne présentent aucune analogie : lun est un petit vagabond, cet autre un brutal, le troisième.un voleur, le reste du groupe ne comprend que des petits malheureux qui ne sont là que parce que leurs parents n’ont pas pu ou n’ont pas voulu s’en occuper.

Les petits délinquants saisissent vite, grâce aux conseils

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qu’ils reçoivent et aux exemples qu’ils ont sous les yeux, qu'ils sont moralement des « anormaux », que la vertu doit être la règle, chose qu’ils n’avaient jamais soupçonnée jusqu’ici.

M. Marin nous donne sous une forme un peu romantique, mais de ce fait plus saisissante, la composition de la colonie dans ses premières années. Elle n’a guère changé de nos jours et l’impression reste la même : « Les pupilles peuvent se diviser en trois catégories

1° Les abandonnés qui, soit en raison de leur âge, soit en raison du milieu dans lequel précédemment ils avaient vécu, n'étaient pas gangrenés et dont l’éducation ne présentait dès lors aucune difficulté sérieuse. Je n’en parlerai que pour indiquer qu’ils nous sont fort utiles. Ils forment la cohorte d’élite qui donne l’exemple, qui entraîne Îles hésitants. C’est le coin embaumé du jardin qui assainit les parties impures..

2° La seconde catégorie comprend les abandonnés qui connaissent le mal parce que leurs bons parents ont eu soin de l’étaler sous leurs yeux et de les élever dans l’amour et le culte du vice. Ce sont les rejetons de la fille Elisa, née rue Rougier, de pères très inconnus et de mères trop connues sur les registres de la prostitution, les fruits de l’adultère, les petits martyrs qu’un ivrogne enchaîne et roue de coups.

3° Les pupilles qui forment, la troisième catégorie sont, je n’hésite pas à lle dire, nos préférés, parce qu’ils sont les plus mauvais. Ici nous avons à faire à des enfants qui n’ont pas seulement connu le mal, mais qui l’ont pratiqué. Ce sont les habitués du Petit Parquet et de la Correctionnelle : voleurs, incendiaires, vagabonds..

Telle est la pâte à pétrir et à façonner. »

En 1933, le recrutement de la colonie Saint-Louis s’établissait comme suit :

Reynaud. 4

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