‹ L'Application de la Législation sur l'Enfance Coupable par le Tribunal de BordeauxChapitre 41 sur 50 · SECTION VI L'ŒUVRE DE RÉÉDUCATION · texte numérisé non relu

SECTION VI L'ŒUVRE DE RÉÉDUCATION

. C’est à travers un tel programme de vie que l’œuvre de rééducation imposée par la loi va opérer sur les esprits rebelles des jeunes délinquantes classées au préalable en vue d’un meilleur rendement d’après leurs aptitudes physiques, intellectuelles, d’après leurs qualités morales.

. On distingue trois facteurs principaux d’amendement des criminels : « l’éducation, la conduite, le travail » disait Brocleway, le fondateur d’Elmira, la première colonie anglaise de rééducation des mineurs délinquants.

Ces trois points feront l’objet de trois sous-sections de cette étude, l'éducation intellectuelle, l'éducation morale et l’éducation professionnelle. Nous y joïindrons l’éducation religieuse et l'éducation physique qui, à notre avis, ne doivent pas être négligées.

Sous-section I. — L'éducation intellectuelle est assurée par les trois institutrices qui groupent les pupilles suivant leur degré d'instruction dans trois classes.

Le travail à accomplir est considéraible : il faut trop souvent partir de zéro ; les prescriptions de la loi scolaire n’étant pas toujours observées dans le peuple, beaucoup d’enfants ne sont jamais allées à l’école. Sans verser dans l’uto-

pie et dire avec le poète : « Quand on ouvre une école, ou ferme une prison », on ne peut nier l’influence éducatrice de l'instruction, quand on constate la quantité de délinquants illettrés. L’instruction permet de conserver un certain niveau social qui souvent empêchera l’acte criminel, tout au moins l’acte crapuleux. Ces cours d’instruction se rapprochent des cours d’écoles primaires.

L’effectif des élèves, avons-nous dit, est réparti en trois classes :

La première comprend les enfants pourvues du certificat d’études primaires à leur entrée à l’école et celles, assez fortes, pour suivre avec profit la préparation à cet examen.

Dans la deuxième classe sont groupées les élèves possédant déjà un ensemble de connaissances suffisant pour faire face aux situations qui les attendent à l’époque de leur libération définitive. |

Cette classe compte deux divisions.

La troisième classe est scindée en trois groupes, elle réunit avec les illettrées, les élèves susceptibles de suivre dans un avenir prochain les cours de la deuxième classe.

L'emploi du temps différera de celui d’une institution normale par la présence de cours de puériculture nécessaires chez ces pupilles qui ont souvent dépassé de beaucoup l’âge habituel de la scolarité.

Voici, à titre d'exemple, l'horaire de la seconde classe.

Seconde classe. —— Cours élémentaire.

Lundi Mardi Mercredi Vendredi Samedi

De 4h. 30à 5h. ... Lecture Lecture Lecture Lecture Lecture (histoire) (géographie) (sciences) De 5 h. à 5 h. 30 Morale Ecriture Problèmes Lang. fr. Morale (comp. de phrases) De 5h. 30à 6h. Calcul Français Orthographe Instruc. Orthographe Vocabulaire | civique Interrogat.

Elocution sur la dictée DeGh.à6h.30 ... Grammaire Enseignem. Puéricult. Calcul Puéricult.

ménager

Ce simple aperçu nous donne une idée de l’enseignement pratiqué ; le but est d’inculquer quelques notions simples et claires, d’une pratique courante. Ce n’est que par exception, pour quelques sujets bien doués, que l’on poussera la préparation jusqu’à l’examen. Tous les ans, l’école de préservation présente une dizaine d'élèves au certificat d’études et obtient une très honorable proportion d'élèves reçues, parfois même avec les mentions les plus flatteuses.

À côté de l'instruction reçue en classe, il faut noter, au point de vue de l’éducation intellectuelle, les conférences faites tous les dimanches par le Directeur sur des sujets variés, qui permettent à l’enfant d’avoir au sortir de la maison un aperçu sur beaucoup de choses ; voyages, vies de personnages célèbres pris même parmi les contemporains, grands événements d’un passé récent ou même d’actualité. Elles suivent, de très loin, la vie du pays, il faut s’ingénier à faire naître chez elles des éléments d’intérêt, des passions nobles, qui peut-être contribueront à les arracher au milieu où elles retomberaient trop facilement au sortir de l’établissement.

La circulaire de M. le Garde des Sceaux du 31 octobre 1934 a réclamé dans le même sens et à juste titre « l’installation de postes radiophoniques dont certaines auditions musicales ou relatives aux sports pourraient être données aux pupilles, l’organisation de séances récréatives à titre de récompenses. »

L'école de Cadillac s'était depuis longtemps engagée dans cette voie et le dimanche les plus méritantes pouvaient écouter les concerts reçus par le poste particulier du Directeur que celui-ci mettait à leur disposition.

Le paragraphe II de la même circulaire trouverait difficilement son application à Cadillac : « Les établissements, dit-il, comprennent pour la plupart une bibliothèque garnie de livres heureusement choisis. Mais il arrive qu'ils ne servent qu'à la lecture en commun qui reste, le plus souvent, sans distraction et sans profits ». Ce n’est pas

le cas, hâtons-nous de le dire, pour Cadillac. On lit beaucoup dans cette maison, non seulement, en classe, mais à l'atelier, au réfectoire, etc. Il ne s’agit que d’une minorité évidemment, mais d’une minorité passionnée. La lecture doit certes être recommandée, mais il semble que pour ces imaginations vagabondes, pour ces corps disciplinés par force, les lectures de romans même sérieux, à haute dose, ne sont pas très indiquées. Il faudrait sur ce point une réglementation stricte, limitant le nomibre des livres à délivrer chaque semaine et sélectionnant les pupilles, susceptibles de les obtenir à titre de récompense. HE - La bibliothèque est très fournie et judicieusement composée. Nous avons été très étonnés d'entendre une pupille . discuter intelligemment sur le livre de Bourget qu’elle avait en mains. Jules Verne est avec Alexandre Dumas l’un des auteurs préférés; mais celui qui réunit, par quel mystère? l’unanimité des lectrices, c’est Henri Conscience.

Sous-Section 11. — L'Education physique.

Dans son règlement du 8 juin 1928, l'Administration pénitentiaire a prescrit des exercices de gymnastique dans les écoles de préservation pour les jeunes filles. Cette heureuse innovation fut très bien accueillie par cette jeune population. Les résultats sont d’ailleurs excellents tant pour le développement corporel, que pour la fatigue du corps ; à ces tempéraments, en effet, des exercices physiques étaient in-. dispensables. Notons que sans rentrer dans cette rubrique, . les travaux parfois pénibles de menuiserie, scierie, peinture qu'accomplissent les pupilles aboutissent au même résultat. |

Deux fois par semaine les élèves, groupées par section de 20, vêtues d’un uniforme qu’elles ont elles-même confectionné, sont réunies en plein air dans la belle saison, ou. sous une galerie par mauvaïs temps sous la direction d’une

institutrice ; elles effectuent divers mouvements d’ensemble, marchent en chantant, courent, sautent, etc...

On s'efforce de leur inculquer des notions élémentaires d'hygiène car ce sont parfois de vraies sauvages qui débarquent ; certaines n'avaient jamais couché dans un: lit et le Directeur se souvient encore d’une pupille dont on retrouvait les matières fécales le matin entre le matelas et le sommier. Il est donné aux pupilles un bain de pieds tous les‘huit jours et un bain-douche tous les quinze jours. Pendant la saison chaude, les baïns-douches ont lieu tous Les huit jours. Des habitudes de propreté et même de coquetterie bien comprise ne sont pas interdites, HE contraire serait plutôt à craindre.

Ces enfants deviennent rapidement robustes grâce à cette: vie régulière qu’elles n’avaient encore jamais menée. Pour se rendre compte si ce développement s’opère ou non de façon normale, il est procédé trimestriellement à des pesées et à des mensurations; si des diminutions de poids viennent à être constatées, l’attention du médecin est appelée sur chaque cas.

Il est tenu un registre des pesées et nous avons pu constater qu’entre le 1° octobre et le 1° janvier

59 pupilles ont augmenté de poids (de 1 à 12 kil.) 18 pupilles sont restées au même poids, 16 pupilles ont subi une diminution de 1 à 3 kil.)

Le développement corporel de 77 enfants sur 93 ne donne lieu à aucune remarque défavorable. La diminution constatée chez les autres est due à des causes qu’il appartiendra au médecin de préciser.

Sous-section 111. — Education professionnelle. Nous pourrions placer les observations qui vont suivre

sous la devise qui est apposée dans chacun des trois ateliers : « Le travail éloigne de nous trois grands maux :

l’ennui, le vice et le besoin. ». C’est dire de façon un peu sentencieuce, l'importance du travail dans la rééducation du mineur délinquant.

C’est, hélas ! une idée dont la pupille est loin d’être imbue — le travail n’est trop souvent pour elle qu’un pisaller ; il est très diffiicile de lui faire comprendre qu’il est l'exercice normal de toute activité humaine, que c’est par lui que des adoucissements se produiront dans son existence et surtout qu’elle préparera sa rentrée dans la vie libre.

L’effectif est réparti dans trois ateliers qui correspondent aux sections d'observation, de mérite et d’épreuve prévues par le règlement de 1928. Ce sont :

1° L'atelier de ravaudage où sont classées les arrivantes pour être suivies attentivement. Elles reçoivent dans cet atelier les premières notions de couture, reprises, .tricotage, coupe et pose de pièces. C’est dans cet atelier que le manque de savair faire, la maladresse, le défaut de soins, l’indolence de ces filles se révèlent. Certaines, et cela laïsse supposer l’existence qu’elles ont pu mener, auparavant, ne savent pas placer le dé au doigt convenable.

2° L'atelier de lingerie pénitentiaire en régie. C’est dans cet atelier dirigé par une monitrice, chef d’atelier, qu’il est pourvu à l'entretien du vestiaire de l’Ecole, à la confection des costumes pour les libérées et placées, à l'exécution des commandes passées par des établissements d'éducation surveillée de garçons et aux réparations pour le compte du pérsonnel.

Durant leur passage à cet atelier de lingerie, les apprenties se perfectionnent et en sortent capables de couper et de confectionner elles-mêmes leur trousseau.

3° L'atelier à l’entreprise (terme usité, qui est en fait un travail en régie mixte). Le concessionnaire réside à Bordeaux. La concession porte sur le finissage de chemises d'hommes. Cet atelier reçoit les élèves qui ont donné des gages suffisants d’amendement, qui ont fait preuve d'activité

-et sont susceptibles de livrer des-articles confectionnés avec un soin qui permet de supporter la comparaison avec des objets de lingerie provenant de la main-d'œuvre libre.

Le travail exécuté dans cet atelier consiste à assembler, -par la couture à la maïn et à la machine, les pièces prépa- -rées par de coupeur. Une contre maîtresse de la maison concessionnaire vient périodiquement prendre contact avec les pupilles pour les guider et leur donner des conseils pratiques. La maison est satisfaite de l’exécution de ce travail dont la réception ne donne lieu à aucune critique. Les enfants travaillent d’ailleurs avec goût, elles sentent qu’elles trouvent dans cet atelier les facilités d'acquérir les conmaissances professionnelles appelées à leur être de la plus grande utilité à l’époque de leur libération.

Un certificat de travail établi par le concessionnaire atteste les aptitudes professionnelles des jeunes ne qui ont été occupées pour son compte. Le

Le résultat n’est pas négligeable au point de vue financier puisque chaque année une somme de 4.000 francs va au Trésor, et une somme égale est versée au pécule des enfants. | |

- Les pupilles apprennent en outre à se familiariser avec les menus travaux d’un petit ménage ; blanchiment, réfection des peintures, réparation de meubles, sont faits sur place. Elles sont initiées à la tenue d’une maïson par leurs passages successifs aux divers services économiques : cuisine, lingerie, vestiaire et buanderie. À

Le cours de cuisine notamment est : remarquablement conçu. Get enseignement est donné dans une grande pièce très propre, aux couleurs vives, qui ne peut que donner aux élèves.le goût de la propreté dans leur intérieur futur. Les pupilles sont réunies par groupes de 10 et une monitrice fait préparer sous sa direction un plat de viande, de légumes, de poissons ou de pâtes alimentaires avec un entremets ou un dessert. Au cours de la préparation des aliments, des :conseils sont donnés sur la manière de régler le-budget fami-

Reynaud. 8

Dre te

la, de calculer les prix de revient d’un plat, sur la manière d'installer et d'entretenir avec coquetterie et hygiène un intérieur simple.

Une séance hebdomadaire de repassage est donnée chaque semaine aux pupilles libérables dans l’année ; elles apprennent à plier, à amidonner, à placer le linge avec le soin que toute bonne ménagère doit apporter à da tenue de son armoire,

Un jardin potager d’une contenance de 10.000 mètres carrés est cultivé par la main-d'œuvre pupillaire ; les jardinières sont choisies panmi les pupilles d’origine rurale appelées à retourner à la campagne lors de leur libération. Sur l’avis du médecin, quelques enfants dont le tempérament nerveux exige la vie au grand air sont affectées à cette équipe. La culture maraîchère dirigée de façon rationnelle approvisionne l’établissement en légumes frais et en fruits. |

Durant les périodes de pluies, les jardinières débitent le bois de chauffage.

A l’époque du palissage de la vigne et au moment des vendanges, certains viticulteurs de Cadillac et des communes environnantes, viennent demander la main-d'œuvre des élèves pour les aider dans leurs travaux. Ne font évidemment partie de ces équipes viticoles que celles qui ont les aptitudes requises et une conduite satisfaisante. Elles reçoivent un salaire journalier de 11 francs qui est réparti ainsi : 5 francs pour le péculle, 5 francs pour le Trésor, 1 franc pour la caisse de Patronage.

Ces sorties sont accueillies, inutile de le dire, avec enthousiasme et constituent un puissant moyen pour favoriser la bonne conduite, car sont désignées seulement celles qui s’en sont montrées dignes. Il n’y a jamais eu d’incidents fâcheux à déplorer, les pupilles restant constamment sous la surveillance des monitrices.

Ces travaux des champs auxquals elles participent incidemment peuvent être très bienfaisants pour ces jeunes

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